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Full text of "Bulletin de la Société d'agriculture, sciences et arts de Poligny (Jura)"

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BULLETIN 


DB LA 


D’AfiRim, snm et arts 


(jura) 

floMRe da Patronage de S# A. I. M^Me Prince NAPOLÉOüi 



POIilCiNW 

IMPItlMËRIE DE G. MARESCHAL 
1865 


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AUTEURS 


y.<ir 1 : i f 

J 

i-^? s 

«‘^5’j’^DES ARTICLES INSÈRES OU ANALYSÉS DANS LE BULLETIN. 


MM. 

Azaïs (Gabriel}, ill. 

Baud, 184, 357. 

Bel, 7,30, 37,84, 101, 347. ' 

Berge (Hector), 13, 331, 340. 
Bergeret, 15. 

Billot (Achille), 366. 

Blondeau (Casimir), 74. 

Bourotte (M»«), 77, 239, 293, 327. 
Bousson de Mairet, 342. 

Brune (Adolphe), 247. 

Châtel (Victor), 320. 

Chavanton, 77. 

Ghe^assus (Adolphe), 75, 150,262. 
ChonneaU'Dubisson, 103, 136, 168, 
. 188, 200, 220, 225, 250, 257, 285, 
289, 314, 321. 

Cler (H.-G.), 26, 39, 43, 47, 55, III, 
141, 175, 216, 301, 305, 333. 

De Bourilhon, 1, 33, 65. 

De Piétra-Santa, 232. 

De Rattier (Ernest), 216. 

Donnet (Mgr), 364. 

Fauconnet (Alfred), 208. 

Fourquet. 61, 223, 350, 357. 

Giiidre. 59, 70, 121, 235, 272, 359. 


MM. 

Girod, 50, 337. 

Huart (Adolphe), 83. 

Jacquemin (Louis), 8. 

Lambert (Eutropc), 301. 

Léon (Jules), 83, 87, 204, 297, 333. 
Marcou (Jules), 67. 

Marminia, 52, 305. 

Millien (Achille), 48, 294. 

Oppepin (Louis), 76, 237, 293. 
Papillon (Fernand), 39, 43, 47. 
Pasteur, 243. 

Perron, 24. 

Pidancet, 97. 

Raindre (M“®). 129, 161, 193. 
Régnault, 179. 

Rouget, 81, 210. 

Sauria (Edmond), 62,93, 125, 157, 187. 
Sauria (Charles), 173. 

Sénaipaud (Jean;, 290. 

Thevenot (Arsène), 14J. 

Tissot, 337. 

Tourniaire, 274. 

Vionnet, 29, 61 , 92, 24 1 , 247, 283, 31 1, 
354. 

Wey (Francis), 117, 269. 


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— I — 


ZlîoUcc sur le IrcmblemfBnt de terre dNOran» 

eialTeO^ 


PAtt LE DOCTEL'E DE BOUElLHOIf, VEMBlIfi COREESPONDANT. 

(SmleU 

in.— RÂPPCmT Bü COMTE BE CUMBEE-HSRNOSA, SUR LS TREMBLEMENT 
DE TERRE SURVENU DANS LA NUIT DU 8 AU 9 OCTOBRE 1790. 


SiRB, aujourd’hui que Dieu, par un effet de sa miséricorde infinie, a 
daigné nous délivrer des cnnomis toujours acharnés contre nous , et 
que les commotions souterraines, quoique continuelles, ne spnt plus 
aussi violentes, je me Tais un devoir d’obéir à l’ordre de Votre Majesté, 
^u\ m’enjoint de lui adresser une relation exacte des évènements dont 
cette ville vient d’être le théâtre, dès que je pourrai m’y reconnaître. 
En conséquence, j'omettrai dans mon récit les détails qui, en raison de 
leur peu d’importance, ne mériteraient pas de fixer l’aUention de Votre 
Majesté, ou qui découleraient de l’exposé même des faits, m’attachant 
à présenter, dans le meilleur ordre possible, les évènements les plus 
essentiels. 

Dans la nuit du 8 au 9 octobre dernier, a une heure et quelques mi- 
outes, alors que le sommeil exerce un plus grand empire sur la nature 
humaine, Dieu fit peser sur nous le glaive de sa justice, menaçant de 
nous exterminer tous dans Les convulsions d’un tremblement de terre 
si profond, si terrible, qu’en moins de trois minutes il riuna la m^ure 
partie des édifices et ébranla le reste de fond en comble. Les bâtiments 
situés sur les hauteurs de la villé, tels que l’alcazar, le conlréle des fi- 
nances, la trésorerie, la résidence de PiotCDdant, ]e quartier du régi- 
ment des Asturies et les églises, tous éprouvèrent les plus grands domma- 
ges. Ces dernières, principalement, causèrent d’irrémédiables malheurs, 
écrasant, dans leur cbulc, tout ce qui se rencontra devant elles. L’épou- 
vante produite par une si étrange secousse retint, tremblants 
Jours lits, un grand nombre d’habitants, tandis que d’autres se sauvè- 
rent de leur demeure. Lequel de ces deux partis fui le plus sage? C’est ce 
qu’on ne saurait dire; car si quelques-uns de ces infortunés, en cher- 
chant à fuir, coururent â une mort qu’ils auraient pu éviter, d’autres 
périrent pour l’avoir attendue. 

Après cette première et affreuse secousse , on entendit les génpfl^-\ « 
Aients et les cris de détresse des victimes â moitié ensevelie^ des 

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— 2 — 


blessés, des mourants et d’autres malheureux qui, suspendus à des 
poutres soutenues par des décombres, attendaient la mort; de ceux, 
enfin, qui appelaient en aide, sinon pour eux-mémes, du moins pour 
leurs pères, leurs enfants, leurs maris, leurs femmes, leurs maîtres 
ou leurs serviteurs. Et si quelques-uns, préservés du désastres (peu 
échappèrent à une perturbation morale ), s’aventuraient à porter des 
secours, ils étaient bientôt ensevelis eux-mémes sous les ruines, et 
éprouvaient le même sort que les malheureux qui invoquaient leur 
assistance. 

Pour nous, qui avions été préservés, nous nous réfugiâmes sur les 
places et les points les moins encombrés. La place d’armes, située au 
centre de la ville, devint, en raison de sa position, un lieu d’asile géné- 
ral, verSkrlequel afflua un grand nombre d’individus. Une étrange con- 
fusion de cris s’élevait du sein de ce désordre : tel, qui gémissait sur la 
mort d’un de ses proches, interrompait sa douleur pour faire un dernier 
acte de contrition et se disposer à la mort, dont le menaçaient les 
ébranlements du sol. 

Les prêtres nous donnèrent l’absolution : il fallut la dispenser d’une 
manière générale à la foule, dont les pressantes paroles des hommes de 
cœur et de sang-froid ne pouvaient faire taire les gémissements. Con- 
vaincus, en effet, qu’un autre danger nous menaçait au dehors, ceux-ci 
leur remontraient le péril, si le retentissement de leurs cris et de leurs 
invocations parvenait jusqu’à l’ennemi, qui nous observe sans cesse. 
Certains de nos malheurs , enhardis par les circonstances , les Maures 
pouvaient s’introduire la nuit dans nos murailles par quelqu’une des 
brèches que nous supposions ouvertes. Mais qui commandera jamais au 
désespoir d’une population en proie aux horreurs de l’agonie, sans espé- 
rance de salut, et qui voit sa propre mort dans celle de ses proches, 
expirés la plupart dans leur lit, à côté d’elle ? 

Au milieu du deuil général, on ne pouvait reconnaître l’état des châ- 
teaux, des fortifications, ni des murailles. Il n’éUit même pas facile de 
s’en assurer, et cette incertitude, jointe aux maux qui nous assiégeaient, 
ajoutait à nos alarmes. On cherchait le général ; personne ne pouvait 
nous éclairer sur son sort. Le peuple réclamait à grands cris qu’on lui 
ouvrit les portes de la ville, afin de se réfugier dans la campagne et se 
soustraire ainsi à la chute des édifices, partout ébranlés. C’était, en 
effet, pour nous un sujet de terreur que les murailles encore debout, 
quoique chancelantes sur leurs bases, qui, à la moindre commotion du 
sol, oscillaient d’une manière effrayante. On demandait toujours les 
clefs de la ville, mais celles-ci, avec une partie de la maison du gouver- 


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— 3 — 


neur, étaient enterrées sous les ruines de Téglisc métropolitaine. On 
clierclia avidement des instruments de fer, soit pour enfoncer les portes, 
soit pour extraire les victimes des décombres; ce fut en vain. On appela 
alors les ouvriers de l'alcazar; aucun ne parut; en sorte qu’emprisonnés 
dans nos murs, et en face d’une mort inévitable, à laquelle cependant 
nous eussions pu nous soustraire en gagnant la campagne, nous restions 
en proie, tous ensemble, aux dangers et aux cruelles réflexions qu’ils 
faisaient naître. 

Les premières ticurcs du jour nous surprirent dans cet état d’anxiété; 
à la faveur de la lumière, on entreprit des fouilles laborieuses , et nous 
acquîmes la certitude que le général et toute sa famille avaient péri. 

Je me chargeai aussitôt du commandement, et je pris les mesures 
suivantes : je décrétai la peine capitale contre tout individu qiflWréû^ 
drait coupable de vol. J’assignai aux déportés, rendus à la liberté par la 
destruction de leurs casernes, un point où ils pussent être concentrés 
et utilisés au besoin. J’envoyai dans chaque rue des patrouilles compo- 
sées d’un officier, de quatre soldats et de quatre déportés. Elles avaient 
mission de secourir tous ceux qu’elles trouveraient respirant encore 
sous les décombres et de recueillir les morts. Mais, h peine cet ordre 
était-il rendu, et les patrouilles à l’œuvre, qu’on éprouva de nouvelles 
secousses de trefhblement de terre , lesquelles faisant crouler tout ce 
qui restait debout, forcèrent nos hommes à rétrograder, et empêchèrent 
ainsi les bons résultats que nous nous étions promis de cette mesure. 

Une disposition qui produisit de plus heureux effets, ce fut l’ordre, 
signifié par moi aux ouvriers employés dans les ateliers de l’alcazar, 
de descendre en ville. Cet ordre, transmis par une brèche qui s’était 
déclarée à la muraille de Ganastel, les trouva sains et saufs. A leur arri- 
vée, en effet, les portes furent ouvertes, et Fon put faire cesser le na- 
vrant spectacle de gens mutilés, défigurés et entièrement nus, que nous 
avions sous les yeux. Je pus aussi inspecter la ligne des fortifications, 
nos bastions et nos forts, afin de m’assurer en quel état le ciel avait laissé 
nos moyens de défense. Cependant on parvint à dégager bon nombre 
de blessés, dont te chiffre ne peut être ni recherché ni évalué. Ces mal- 
heureux demeuraient en plein air, sans qu’il fut possible de leur four- 
nir des secours, dont nous manquions entièrement. Les médicaments 
étaient enfouis sous les ruines; des médecins, les uns étaient morts, les 
autres blessés; circonstances qui rendaient plus déchirant le tableau 
de tant de souffrances. Et, ce qui ajoutait à nos angoisses, c’était tout 
à la fois la pensée que nous étions à quarante lieues de tout secours 
humain , la férocité bien connue de nos ennemis et le manque de vivres; 


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— 4 — 


car, cacore que nous eussions de la farine, nous étions sans tarais, 
sans pétrins et sans fours pour la euisson du pain. Ce défaut d*a1iments 
était un sujet de réelamations de la part des soldats, de la part des dé- 
portés surtout, qui, toujours peu endurants, récriminaient contre des 
maux sans remèdes. Mais avant de laisser empirer la situation, et pour 
prévenir de plus fâcheuses conséquenees, on appliqua dans la matinée 
même, tous les ouvriers qu’on put réunir, à la construction de fours en 
plein air, lesquels commencèrent à fonctionner immédiatement. 

Cependant, le Seigneur, infiniment miséricordieux, eut pitié de nos 
malheurs. Fléchi par rintercession de sa Très-Sainte Mère, la Vierge 
du Rosaire, — dont la statue, au témoignage des Pères Dominicains, 
était tombée parmi les ruines du temple, le visage tourné vers la cus- 
tode ^<était exposé le Saint-Sacrement, à roceasion de la neuvaine, — 
Dieu permit qu’au milieu d’un si grand châtiment, noua ne fussions 
pas entièrement désarmés et que nous pussions nous soustraire à l’escla- 
vage, notre seule alternative, avec la mort que nous recélions dans nos 
mors. 

La muraille d’enceinte était ouverte en quelques endroits, depuis 
Treraeccn jusqu’à la Cloche, la Barrière, le Conduit-Royal et la tour 
de Saint-Roch. Les contre-forts du bastion de Saint- André, les houle-, 
vards du Prince et de la Princesse, celui de Saint-Philippe, avec la bat- 
terie extérieure, toutes les tours, le bastion de Sainte-Croix et celui de 
Saint-Grégoire, avaient été fortement ébranlés, mais non au point de 
nous laisser entièrement à découvert. 

En partie ralTermi par cette marque de protection divine, je rentrai 
pour m’occuper de la défense de la place, comme aussi de la condition 
des malheureux, parqués à ciel ouvert et réduits à se couvrir avec le 
peu que chacun avait sauvé; car beaucoup avaient fui complètement 
nus, eu égard à la coutume du pays, où l’on se couche de la sorte. 
Malheureusement, les magasins de l’artillerie, où se trouvaient déposés 
les effets de campagne, étaient ou ruinés ou hors d’état de nous servir, 
par suite de l’écroulement d’autres édifices. On déposa les blessés dans 
les caves de la marine, seul abri qu’on pût leur donner, et sans autres 
secours que les rares aliments recueillis par quelques âmes charitables, 
en fouillant les décombres. 

Il était impossible de fournir du pain ni des aliments d’aucune espece 
à ceux qui avaient survécu; aussi, me parut-il que je devais aviser, 
avant tout, à leur subsistance. Dans ce but, quelques boulangers furent 
installés à Mazalquivir, afin que, de ce point, ils pussent nous appro- 
visionner de leur mieux. En même temps, voulant remédier au désor- 


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— 5 — 


dre qui n^avait pas cessé dans la ville^ j’ordonnai que l’entrée en serait 
interdite à tout individu sans exception, et que des patrouilles, parcou- 
rant les rues, en expulseraient tous ceux qui s’y trouveraient. Cette 
dernière disposition devint inexécutable, parce que bon nombre d’indi- 
vidus malintentionnés se eaebèrent dans les ruines, ou qu’il fut impos- 
sible de pratiquer des recherches à fond au milieu de ces décombres 
mouvants , de ecs rouraines hors de leur aplomb, dont la chute était 
rendue imminente par la continuité des tremblements de terre; néan- 
moins on fit ce qui était possible, et on ne laissa que les troupes néces- 
saires pour garnir rcnccinte de la place. 

Hais si , en nous conservant quelques moyens de défense , en nous 
laissant les moidins nécessaires et une petite quantité de vivre^i^^ 
vidence semblait revenir sur le dessein qu’elle avait manifesté d’abord 
de nous exterminer tous , elle nous poussait, sous d’autres rapports, 
jusqu’au dernier degré de l’angoissé. Ainsi, le dépét des déportés, libres 
par la force des choses et en proie h la famine ; la troupe excédée de 
fatigues, comme Votre Majesté le verra plus bas, et exténuée par la 
réduction des vivres, tout inspirait de cruelles alarmes, surtout en pré- 
sence de l’ennemi. Pour surcroît de maux, la destruetion des édifices, 
l’accès que les ruines ouvrirent, en quelques endroits, vers l’intérieur 
de la ville, et la difficulté d’exercer une surveillance active sur ces 
points, moins importants que ceux qui font face l l’ennemi, poussèrent 
les gens de mauvaise vie à piller les maisons les plus riches, demeurées 
désertes ; en sorte que si l’ennemi eût saccagé la ville, les malheureux 
colons n’eussent pas été plus complètement ruinés. 

La prompte répression de ces excès, et l’exemple réitéré des cbà- 
tlments, la vigilance et la sévérité déployées contre les malfaiteurs, rien 
ne put les arrêter. Cette nouvelle perplexité rentre, à mes yeux , dans 
la somme des maux que Dieu nous a infligés. 

Cependant nos ennemis vinrent nous donner un sujet de souci d’une 
nature plus générale et qui mit le comble à nos maux. Au point du jour, 
on les vit couronner, en grand nombre, les éminences environnantes, 
et envoyer des espions pour reconnaître le malheureux état de la place. 
Jugeant notre position encore plus désespérée qu’elle ne l’était réelle- 
ment, ils se regardaient déjà comme maîtres de la ville et de nos liber- 
tés. Pleins de cette confiance, ils nous attaquèrent, à la nuit, par tous 
nos flancs à la fois, pressant de plus près Tremecen et sa muraille, jus- 
qu’à la Cloche, — qui était tombée; — le CoUduit-Royal, la Barrière, 
les châteaux de Sainte-Croix, de Samt^régoirc, le fort de Sainl-Pici i c, 
la tour de la Fontaine, et même la ligne. 


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— 6 — 


Quoique nous n eussions que quinze cent vingt-six hommes en état 
de prendre les armes, nous avions renforcé tous les points exposés^ et, 
a noire résistance énergique, les Maures purent se convaincre que nous 
n’étions pas réduits à l’état désespéré où ils nous croyaient, puisque 
nous les repoussions avec vigueur. Mais comme les continuelles oscilla- 
tions du sol occasionnaient de nouveaux ravages, et que les tours des 
jardins ne pouvaient plus être gardées, tant a cause de leur mauvais état 
que du. petit nombre des défenseurs, les Maures, qui avaient continué 
faiblement leurs hostilités ce j,our-là, revinrent la nuit plusieurs fois à 
la charge, avec une ardeur toujours nouvelle. Armés de pics et d’autres 
instruments, ils enfoncèrent les portes, brisèrent les poutres et sacca- 
gèrent les tours, dont ils enlevèrent toute la charpente; toutefois, notre 
fèu ne lëut permit pas de les abattre entièrement,^ comme ils l’essayaient. 
Ces attaques ayant lieu la nuit, et nos troupes combattant u découvert, 
sons- pouvoir s’abriter contre les balles pendant tout le temps de l’ac- 
tion, les esprits en étaient d’autant plus impressionnés, qu’ils avaient 
été précédemment ébranlés par im concours d’évènements calamiteux. 

De nombreuses brèches, une infinité de points faibles et peu de 
troupes, c’étaient là de mauvais éléments pour une défense vigoureuse. 
Nous appliquâmes néanmoins tous nos ciTorts vers ce but; nous cons^ 
truisîmes des batteries sur les plateaux de la Potence et de S^-Philippe. 
Nous y plaçâmes l’artillerie tirée d’autres points où elle était utile, sans 
doute, mais non indispensable. Les brèches furent mises en état de dé- 
fense; on déblaya les décombres, on nettoya les fossés, on fit des épau- 
lements de tous les débris avec une ardeur sans égale ; tout cela au 
milieu des privations et de k faim que souffraient les travailleurs. Grâce 
à ces précautions, fruit de tant de fatigues, nous nous trouvâmes gardés 
de toutes parts et en mesure de recevoir le roi de Mascara, qui, à la 
tète des troupes et de l’artillerie de toutes ses tribus, accourut poser 
le siège devant la ville. Ils cscarmouchèrent d’abord, parcourant cha- 
que jour la campagne environnante , mais sans plan arrêté, jusqu’au 
27 , que réunis au nombre de dix-huit mille hommes, ils tentèrent une 
attaque générale. La tour de la fontaine fut d’abord assaillie avec une 
extrême vigueur. Les Maures débouchèrent en masse par le ravin du 
Sang, parvinrent sous les murs de la tour, et, plantant l’échelle, tentè- 
rent d’enfoncer les portes. Dans cette extrémité, comme notre feu était 
impuissant à arrêter l’élan de l’ennemi et à le débusquer de sa position, 
j’ordonnai que les compagnies de fusiliers, — les déportés armés, — 
soutenues de quelques compagnies de grenadiers, fissent une sortie. 
A peine l’ordre fut-il donné, que ces troupes sc précipitèrent impétueu- 


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— 7 — 


semeni par les avenues du ravin Saint-Ferdinand et les avant-posles 
de Saint-Cfaaries, chargèrent, avec Timpëtuosité de l’édair, sur les 
Maures surpris, et, après leur avoir tué beaucoup de monde, restèrent 
maîtres du champ de bataille. Notre perte se borna à un sous-lieutenant 
du régiment de Cordoue et un grenadier de celui de Lisbonne, tous 
deux morts ; deux sous-lieUtenants de Cordoue, trois grenadiers de 
Lisbonne, l’officier commandant la compagnie de fusiliers, un subal- 
terne et sept fusiliers blessés. Les Arabes laissèrent beaucoup de morts 
sur la place, et leurs efforts pour recueillir les cadavres des leurs aug- 
mentèrent sensiblement pour eux le nombre des victimes. Après ce 
coup de main, nos troupes, qui venaient de se couvrir de gloire, se 
replièrent en bon ordre. 

( A suivre ). 


Motlee sur lu Xour^u-lüelxL («luru} ii propos 
du mot MeljL et de Cul vin, 

PAR M. BEL, MEMBRE CORRESPONDANT. 

Cette commune importante s’est appelée successivement Meix de 
Claustre, Jlfeix de Saint-Claude et La Tour-du-JIfcia:. Pourquoi le mot 
Meix, que l’on trouve aussi écrit, suivant les différentes contrées, Mée, 
Meie, Mai, etc., se conserve- t-il dans les trois variantes de nom de ce 
Heu? Quelle en est la signification première? Ce mot ne dériverait-il 
pas de marmoj maison, campagne, séjour, ou peut-être encore du grec 
éfnétna, demeurer, rester, dont l’usage a altéré l’orthographe, ainsi qu’il 
l’a fait dans Sézeria et Alièze, qui sont écrits, dans les anciennes chartes, 
Cfseria et Alesia f Cela est d’autant plus vraisemblable, que les localités 
qui portent les noms Meix, Mée, Meie^ étaient des domaines, des pro- 
priétés seigneuriales où le souverain en voyage avait le droit de séjourner 
manere (ménéin), avec sa suite. C’est ainsi que Louis XI fut hébergé au 
château féodal de La Tour-du-Meix, lors de son pèlerinage aux reliques 
de Saint-Claude. Mais pourquoi le nom claustre, daustrum, barrière? 
Ne serait-ce pas à raison de l’étroit col ou défilé d’Entre-les-deux- 
Roches, le seul par lequel du bassin de la Vallouse on pénétrait dans 
celui de l’Ain, et où était une barrière, afin de percevoir quelques droits 
de péage? C’est ce qu’appuierait le nom de Pont-de-la-Pyle (Pont-de- 
la-Portc), le mot pyle venant évidemment du grec pulé, qui veut dire 
porte et barrière d’octroi. Ce pont est immédiatement au-dessous 
d’Entre-les-deux-Rochcs. Que si le lieu prit le nom de Meix de Saint- 


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— 8 — 


Guude, cela fait présümer qu'appartenant à celte ricbe abbaye, Toctroi 
était perçu k aon profit. Depuis Vabolition de ce. droit, la commuite ne 
s’appela plus que La Tbor-dchMel^c. 

Il est un faH peu connu et qui mérite bien de fètre , et que nous 
relatons ici. 

Le château féodal de La Tour était loué par l’abbé de Saint-Claude 
à Pierre de la Baume, évêque et prince souverain de Genève, qui étafi 
en villégiature dans ce manoir, quand Calvin commença , en iS35, à 
prêcher sa réforme dans celte ville. Un premier courrier étant venu en 
porter la nouvelle au prélat, eclui-ci se contenta de dire : « Tirai. » 
Un second vint quelques jours après lui annoncer que la nouvelle doe- 
trine^éaisait de rapides progrès ; Pierre de la Baume répondit cneorc : 
U Tirai, y irai. yy Enfin un troisième message lui apprit que Genève avait 
fermé ses portes â son souverain mitré. 

Voilà bien rbomme qui ne connaît guère le fatal à demain tes affaires^ 


REVUE BIBUOGRAPHIQÜB. 

Monographté du Théâtre antique d* Arles, par Louis Jacquenitn,. 
correspondant du Ministère de Tlnstruction publique, etc. 

Pour Famour de Dieu , gardez-vous bien de vous en rapporter à la 
modestie affectée et à la bonhomie de ce titre , Nimwm ne fide colorL 
L’auteur vous trompe sciemment, i moins qu’il ne suppose qu’en dépit 
de l’étiquette, vous saurez bien démêler la qualité de la marchandise 
et appliquer à son œuvre le célèbre axiême Jacotot : Tout est dans tout. 
En effet, eelte prétendue nionographie d’un théâtre, qui semble no 
vous annoncer que l’historique d’un monument , commence d’abord 
par une introduction ou avant-propos consacré bel et bien à l’histoire 
de la ville d’Arles ^le-même, à partir de la date présumée de la fonda- 
tion de eette ville, attribuée, selon les uns, à l’un des fils de Gad, selon 
les autres, k Arulus, petit-fils du roi Priam, et continuée à travers ces 
âges jusqu’à nous. 

Cité gauloise, elle est enveloppée dans la conquête de César, qui, 
louché de la beauté du site, y envoie, sous la conduite de Gaude-Tibère 
Néron, une colonie, sous la double dénomination de Colonia Julia pa~ 
ierna et de Colonia sextanorum. Grâce à cette première faveur, elle 
atteint en peu de temps un tel degré de prospérité, que déjà, vers le 
III* siècle, elle était considérée comme l’un des points les plus impor- 
tants des possessions romaines en nos contrées. 


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— 9 — 


Après des victssitudes faTorables ou contraires, des incidents divers 
d’élévation ou d’abaissement, il lui est donné de fixer les regards de 
Constantin, é tel point épris de ses agréments, qu’il songe un instant h 
l’élever au rang de capitale de l’univers. Peu satisfait d’y avoir établi 
sa résidence, de l’avoir décorée de son nom, il en fait le centre des arts 
et des lettres. Par ses soins, des écoles renommées furent créées dans 
Arles, qui devint dès ce moment le siège du beau langage, des belles 
manières et d’une civilisation puissamment organisée. Mais déjà les me- 
naces agressives des Bart)ares ont forcé l’empereur k transporter le 
gouvernail de l’Empire et le timon des affaires k Byzance. Arles ne 
sembla pas d’abord ressentir les effets de ce déplacement fècheux. 

Même sous Honorius, prince faible et timide, la cité prqy.f^itÇllln se 
vit ériger en chef-lieu de préfecture des Gaules et du Patrieiat. -i- C’é- 
tait dans ses murs que les consuls désignés au-deçè des Alpes prenaient 
les insignes de leur charge et revêtaient la pourpre consulfiire. Un dé- 
cret de ce prince y convoque les députés des sept provinces, présen- 
tant Arles comme un immense entrepôt, nn marché fréquenté par 
tous les peuples de la tm*re, eu se trouvaient k profusion tous les tré- 
sors de l’Orient, tous les parAims de l’Arabie, toutes les épices de l’Inde, 
les produits les plus rares de l’Afrique et de l’Espagne, ainsi que les 
armes finement trempées, les précieux tissus de laine et les riches bro- 
deries en or et en argent sorties de ses propres manufactures. » Mais 
les mauvais jours approchaient avec l’invasion des barbares. 

Signalée d’avance à leurs attaques par son éclat même, tour-à-tour 
prise et reprise, assiégée et défendue par tous ceux qui voulaient s’en 
réserver la jouissance, Arles eut beaucoup üi souffrir do cette lutte in- 
cessamment renouvelée. Enfin, après une longue résistance, elle tomba, 
en 470, au pouvoir des Visigoths. — Initié aux principes du christia- 
nisme, bien qu’attaché à la secte arienne, ce peuple sut assez la ména- 
ger pour lui rendre son joug supportable, surtout quand il eut pour chef 
un homnie de cœur, comme Tbéodoric, habile à repousser de scs murs 
les armes de Clovis ; mais sous Viligès , prince pusillanime., il la laissa 
échapper de ses mains et passer en celles de Cbildcbert, roi de Paris. 
Dès cet instant, l’antique cité de Constantin déchoit de plus en plus. 
Assiégée par les Sarrasins, la torche incendiaire promène la flamme 
dansson enceinte depuis le palais des empereurs jusqu’à l’amphithéâtre 
et k la porte aurélicnne, elle fanatisme religieux mêlant ses brandons 
à ceux de la politique, détruit jusque dans leurs bases les monastères 
et les églises. La victoire de Charles Martel sur Abdérame, eut natu- 
rellement pour effet de la soustraire momentanément à celte rage de 


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— 10 — 


dévastation. Le bras puissant de Charlemagne continua la tenue à dis- 
tance de ces nouveaux iconoclastes. Un système funeste, celui des rois 
de la seconde race, de diviser le royaume entre leurs fils, ne vint que 
trop tôt leur rendre le courage. Prompts à profiter de la disparition de 
la scène du fondateur de l’empire d’occident, ils se hâtèrent de revenir 
sous son faible successeur, Louis-le-Débonnaire, non sans être accom- 
pagnés ou suivis d’une nuée d’autres assaillants. Disputée, ballotée 
entre les Arabes, les Saxons, les Danois, les Normands et les succes- 
seurs des Romains dans les Gaules , Arles échut enfin â ces derniers, 
et resta le partage de Charles-le-Chauve, quatrième fils de Louis-le- 
Débonnaire; — resta, non, que pouvait-il y avoir de stable dans ce 
temps de trouble et d’anarchie? Beron, beau-frère de Charles, déjà 
iflhresti de^a souveraineté de la Provence, réussit par ses intrigues à se 
faire proclamer roi d’Arles et de Bourgogne, au ooncile de Mentale, en 
Dauphiné, en 879. — Cette royauté se maintint, sans opposition de la 
part des monarques de France, jusqu’à Rodolphe 111, qui, se voyant à 
son lit de mort, privé de toute postérité, prit le parti de transmettre 
ses droits à Conrad-le-Salique , époux de sa nièce, la belle Gisèle de 
Souabe. Celui-ci légua la couronne arlésienne à son fils, Henri-le-Noir, 
à titre d’héritage de famille. Néanmoins, Lothaire s’étant emparé de 
l’empire germanique , n’hésita pas à l’englober dans son usurpation , 
en sorte que la cité française devint un fief des empereurs d’Allemagne, 
fief, il est vrai, simplement nominal. Cette circonstance même lui dé- 
plut : fatiguée d’un siinùlacre de pouvoir, qui avait l’air de lui ravir 
son indépendance, sans être à même, en compensation, d’aussi loin, de 
lui accorder une protection efficace, elle rompit ces faibles liens, en se 
constituant en république, en 1125, avec des magistrats désignés sous 
la dénomination successive de consuls, de podestats, de recteurs ou 
syndics, pour ainsi se traîner, au milieu des orages et des scènes vio- 
lentes du forum , jusqu’en 1251, année où Charles d’Anjou, roi de Si- 
cile et comte de Provence en ayant formé le siège, et bientôt obtenu 
la reddition, abolit aisément a son profit un régime toujours sur le pen- 
chant de sa chute. — Toutefois, c’était pour elle encore une certaine 
satisfaction que d’appartenir à un chef particulier. Cette consolation 
dernière lui fut enlevée. Meurtrie par tant de secousses, épuisée par 
tant de blessures, elle se vit réduite, en 1480, à déposer le peu d’auto- 
nomie et de personnalité qu’elle avait pu conser\er, et comme un mé- 
téore éteint, absorbée dans les rayons lumineux projetés du trône de 
France, à s’endormir, sous le sceptre peu clément de Louis XI , d’un 
sommeil qui menace de se prolonger indéfiniment. 


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— U — 

Telle est, n vol d’oiseau, Thistoire d*une ville qui a marché en sens 
inverse de sa brillante voisine, la ville de Marseille. 

Suit une description de sa position géographique ; un portrait libre, 
original et peu fardé du caractère de ses habitants; une appréciation de 
la langue locale, puis rénumérntion des prélats qui, a mérites divers, 
se sont succédé dans son église, sur le siège épiscopal, depuis les pre- 
miers temps du christianisme jusqu'aux temps modernes, le tout ter- 
miné par une élégie sur les grandeurs déchues de cette reine décou- 
ronnée ! 

Eh ! mon Dieu ! le sort d’Arles n’estril pas le destin de bien d’autres 
cités, et pour n’en citer que quelques-unes, de Versailles, cette rési- 
dence de la Cour au XVll"** siècle; de Bourges, dont le nom a ser\’i de 
litre à l’un de nos rois, Charles Vil; de Blois, cet ancktr Paris des 
Valois? Quel est le lieu un peu important qui n’attriste les yeux de la 
vue de quelques tours écroulées, de quelques pans de murs abattus sous 
le marteau du temps, ou sous les sévices des hommes, qui n’afflige les 
regards du spectacle des débris et des ruines? Magnifique témoignage de 
notre néant, comme s’écriait la grande voix de l’aigle de Meaux, en pré- 
sence du cercueil du grand Condé ; consécration solennelle de cet aveu 
désillusionné de l’illustre empereur Sévère, au moment suprême : J’ai 
tout été et rien ne vaut, « Omnia fui, nihil valet* » 

Voilà, certes, un portique bien sombre, une avenue bien triste pour 
nous conduire à la monographie d’un théâtre. Mais encore une fois, ne 
vous arrêtez pas a l’enseigne, passez outre. Rappelez-vous l’expédient 
de Simonide, le poète aimé des dieux. Prié de répandre les magiques 
couleurs de son pinceau sur les lauriers d’un vainqueur aux jeux olym- 
piques, et trouvant le sujet un peu rebattu, que fit Simonide ? Après un 
nombre de vers en proportion convenable en l’honneur du lauréat, il 
se jeta bravement sur l’éloge de Castor et de Pollux, inventeurs de ces 
exercices célèbres. Ainsi a procédé notre auteur. Dans l’impossibilité 
de remplir autrement deux beaux et forts volumes, de notices, d’anec- 
doctes, de particularités toutes plus curieuses et intéressantes les unes 
que les autres, il n’a pas craint d’appeler à son aide l’épisode cl la di- 
gression, de manière à transformer le principal en accessoire, et en 
faire simplement l’oeeasion de grouper autour d’un texte une incroya- 
ble multitude de faits, d’incidents inconnus bien certainement a la plu- 
])art des lecteurs. Ce qui a échappé à la muse de l’histoire, ou cc que 
Calliopc, dans ses prétentions à la rigidité, n’a pas cru devoir nous 
apprendre, ses deux sœurs, Melpomène cl Thalic, à la façon des chœurs 
antiques, viennent à tour de rèle nous le raconter, chacune en ce qui 


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— !2 


est de son ressort et de son domaine. 

Donc, comme à une longue représentation, compliquée de drames 
en tout genre, tragédies, comédies, pantomimes, courses et combats au 
cirque, à Thippodrome, tantôt en plein air et sous le vaste dôme de la 
Voûte empyrée, d’où la description des lieux de Taction, celle des cos- 
tumes , des moyens employés pour grossir la voix ^ pour amplifier le 
geste ; tantôt dans des constructions élevées par l’art et dont nous sommes 
laissés juges; donc, les deux filles de la déesse mémoire nous font assis- 
ter à l’origine du théâtre, prise au berceau de la Grèce et de Rome, et 
considérée au double point de vue matériel et littéraire ; elles nous en 
font suivre â travers les temps et les lieux, sous toutes ses manifesta- 
tions,* les développements, les mouvements de progression, de grandeur 
el de décadence; elles nous font connaître les écrivains qui ont travaillé 
pour la scène, analysant leurs pièces dans des phrases habilement cise- 
lées, mais dont l’art a su dissimuler la laborieuse entente, indiquant les 
causes qui en qnt assuré le succès ou précipité la chute, aussi bien que 
les imitations plus ou moins voilées auxquelles elles ont donné lieu, non 
sans mentionner les histrions, les gladiateurs, les conducteurs de 
char, quelques-uns parvenus à une fortune scandaleuse, à un pouvoir 
monstrueux , ainsi que les personnages considérables qui par goût, ou 
dans des projets d’ambition, ont soutenu de leur crédit, de leurs lar- 
gesses, quelquefois par des monuments élevés à leurs frais, les jeux 
scéniques toujours si recherchés, toujours si populaires. 

Il convient cependant, laissant de côté la fiction, et retirant la parole 
aux chastes sœurs , de pénétrer sans elles dans les amphithéâtres où 
coule le sang des esclaves sous la dent des bétes féroces, et le sang des 
martyrs sous le fer des bourreaux ; dans les cloaques de la société ro- 
maine gorgée des dépouilles de Carthage et de Numance. 11 y a là, dans 
le second volume, trois ou quatre énormes chapitres, sous cetlc rubri- 
que, Néron, dont les effroyables détails font frémir. Non, je ne croirai 
jamais pour mon compte, et pour l’honneur et la dignité même de l’es- 
pèce humaine, à tant de perversité. J’aime mieux croire aux rancunes 
du patriciat et à la vénalité des écrivains vendus au parti de Pompée. 
Point de contre-sens historique plus absurde selon moi que d’avoir fait 
de cet ambitieux, qui ne voulait point souffrir d’égal, que d’avoir fait 
aussi des successeurs de Scylla , et encore des fanatiques convives au 
banquet des ides de Mars, tous aristocrates entichés de leurs privilèges, 
des représentants du droit et de la liberté (1). N’importe, ces pages, 


(I) Thèse soutenue en ce moment par 1 écrivain couronné de la Vie de César. 


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^ 13 — 


qocllcs qu* elles soient, il faut avoir le courage de les lire, dédommagé 
qu*on en est d’ailleurs par un luxe d’érudition sans exemple. 

Enfin, à l’extrémité, un peu en dehors, il est vrai, des règles de l’es- 
tétique qui prescrivent que le vestibule soit mesuré sur la grandeur 
de l’édifice, — mais qui se déciderait à écrire, la plume embarrassée 
de toutes les lisières de la rhétorique et de la grammaire? — Enfin 
s’élève le théâtre antique d’Arles. Bienheureux théâtre, source inta- 
rissable de regrets en ce qu’il a perdu, et d’incessante admiration pour 
ce qu’il a conservé, objet d’une histoire non moins dramatique que celle 
des évènenents qui précèdent; construit sous les premiers Césars; ren- 
versé par les Vandales; restauré par les empereurs; de nouveau mis à 
sac par les chrétiens à la voix de saint Hilaire de Poitiers et de saint 
Martin de Tours, puis successivement et le mieux possible ,{y^n%i^uit 
par ses habitants, fouillé sans cesse et refouillé dans ses fondements^ 
pour y être découvert dans son ancienne existence , il a encore eu de 
nos jours la chance de rencontrer un dramaturge dont la baguette, 
comme celle de Moïse l’eau du rocher, a su faire jaillir de ses décom- 
bres tout un monde de souvenirs! H.*G. Cisa, professeur’ imirite, 

I^*£xiraxit cütmndonn^» 

PAR M. HECTOR BERGE, MEMBRR CORRESPOND ART. 

Lo soir, au seuil de sa demeure , 
Heureux celui qui sait encor 
Ramasser un enfant qui pleure 
Comme un avare un scquin d’or. 

Victor Hcco. 

Quand les fleurs se donnent entr elles 
* Des baisers parfumés et doux , 

Et que les brunes hirondelles 
Caressent leurs petits jaloux ; 

Quand la brebis avec tendresse 
Réchauffe et nourrit son agneau. 

Et que la vache avec mollesse 
Allaite aussi son petit veau ; 

Qui croirait que sons la lumière. 

Une mère au cosur inhumain, 

Abandonne au coin d une pierre 
3ou jeune enfant, blond chérubin ? 

Est-ce la misère ou le vice 
Qui te pousse à labandonner ? 


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- 14 — 


Tremble que Dieu dans sa justice 
Ne puisse un jour te pardonner. 

Car l'être que ta main délaisse, 

C’est une âme qui Tient de Dieu ; 
C’est un ange plein de sagesse; 

C’est un lis tombé du ciel bleu. 

Eh bien ! je veux aimer cet ange , 
Cette âme, cette fleur des cieux; 

Et puisque ici-bas le cœur change . 
Je yeux, enfant, sécher tes yeux. 

Ne pleure pas : Je suis ton père , 
Ton père adoptif et chrétien. 

Ma bonté n’est pas éphémère ; 
Souris, je serai ton soutien. 

Ne fuis pas ! dans mes bras Tiens Tite ! 
Chez moi, j'ai du lait et des fruits; 
Sous le toit jauni qui m’abrite. 

On sommeille toutes les nuits. 

J’ai des pinçons et des fauTettes; 

J’ai des roses plein les bosquets. 

Des coqs hardis à belles crêtes, 

Des yases d’or et des bouquets. 

Ton front ennobli par les charmes 
Est sillonné par le malheur. 

Enfant, sois ayare de larmes; 

Couyre d’un voile ta douleur. 

Ton œil où le ciel se reflète 
M’inspirera de joyeux chants; 

Ail! viens égayer le poète; 

Fuyons le cercle des méchants. 

Le monde applaudit le scandale; 

Au vice il décerne des fleurs ; 

Son temple, enfant, est une halle 
Où l’on fait commerce des cœurs. 

Mais laissons de côté le monde, 
Serpent qui rampe sur le sol : 


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Mets sur mon sein ta tète blonde ; 
Prions tous deux Vincent de Paul. 

As-tu froid? — que Pâtre s’allume! 
As-tu faim? — tombe fruit vermeil ! 
As-tu soif? — que la coupe écume! 
Es-tu sombre ? — brille soleil ! 

Dieu prend pitié de la souffrance; 
Implore, mon fils, sa bonté : 

Sa main toujours bénit l’enfance 
Et son cœur est tout charité. 

Matin et soir fais ta prière; 
Demande au Père universel , 

Pour ton esprit joie et lumière 
Et pour ton cœur le pain du ciel. 


BYOIÈNE OU VIGNERON 

OU précuutiouB q[u*il doit; prendre pour con- 
server su snnté, 

PAS LE DOCTEUR BERGERET, d’aRBOIS. 

Les causes principales qui font éclater des maladies chez le vigneron 
sont de trois sortes : les refroidissemenlSy une alimentation vicieuse, les 
excès de travail. 

Refroidissements, — Rien n'est plus funeste à la santé que les sup- 
pressions de transpiration. Or, il est peu de métiers où Phomme soit 
auss:i exposé aux dangers qui en résultent que dans celui de vigneron. 
Pendant les froids les plus vifs, le vigneron se livre à des travaux très- 
rudes, qui excitent vivement la peau à s’humecter; et, comme ces tra- 
vaux s’exécutent en plein air, un courant plus ou moins froid a bientôt 
fait de saisir ce corps échauffé et moite : il ferme les pores de la peau, 
refoule vers les organes intérieurs les humeurs qui devraient s’exhaler 
à la surface du corps; de là un grand nombre de fluxions de poitrine, 
de catarrhes pulmonaires, de rhumatismes, d’esquinancies et de mala- 
dies de toutes sortes, comme, par exemple, des sciatiques très-doulou- 
reuses, qui privent pendant longtemps le vigneron de mouvement et le 
rendent quelquefois boiteux pour toute sa vie. 

Mais cet arrêt dans la sueur est surtout fatal dans certains moments 
où il est nécessaire que la transpiration soit beaucoup plus abondante 


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qu’à l’ordinaire; je veux parler des jours qui suivent ees longues séan- 
ces que le vigneron fait quelquefois à table , pendant l’hiver, les jours 
de /btre, de boudin^ de fricassée; il mange alors et boit beaucoup plus 
que d’habitude, il s’introduit dans le sang une quantité surabondante 
de matériaux qui doivent en sortir principalement au moyen de la trans- 
piration. Si cette évacuation est contrariée par un refroidissement, les 
humeurs refluent vers les poumons ou d’autres organes et y font éelalcr 
de terribles inflammations^ J’ai connu un vigneron d’Arbois qui, trois 
années de suite, fut atteint d’une fluxion de poitrine grave le surlen- 
demain du jour où il avait donné son repas de boudin ; la troisième fois, 
il succomba. 

Comment faut-il que le vigneron sc préserve des refroidissements 
et de leurs conséquences ? 

Pendant la mauvaise saison, le vigneron ne doit jamais se rendre à 
son travail sans être muni de vêtements assez chauds pour s’abriter 
contre l’action du froid, soit pendant le repas qu’il fait à midi, soit en 
d’autres moments. Il doit toujours, par exemple, être pourvu d’un man- 
telet de laine bien épais, dont il peut se dépouiller quand il se livre à un 
travail qui le réchauffe naturellement, mais qu’il doit reprendre aussitôt 
qu’il est obligé de s’arrêter pour un motif quelconque. 11 doit se pré- 
server avec grand soin du froid aux pieds : un des meilleurs moyens 
d’atteindre ce but est de porter habituellement des sabots, le bois ne 
se laissant pas, comme le cuir, traverser facilement par le froid et l’hu- 
midité. La propreté des pieds est une condition essentielle, surtout pour 
les tempéraments qui ont les pieds habituellement en moiteur. 

Si le vigneron est en sueur dans la campagne, il ne doit pas s’arrêter, 
afin d’éviter de se laisser surprendre par le froid : à plus forte raison, 
no doit-il jamais se coucher sur la terre humide et froide pour y pren- 
dre un moment de repos qui, loin d’être réparateur, peut lui occasion- 
ner de graves maladies. S’il rentre en sueur dans son habitation, il faut 
qu’immédiatement ü change de linge; c’est uiic opération qui lui pren- 
dra quelques minutes et pourra le faire échapper à des maladies tres- 
aérieuses. 

Si le vigneron a négligé de recourir aux précautions capables de pré- 
venir les refroidissements, s’il éprouve un commenecment de souffrance 
<iu’il puisso attribuer à l’action du froid, il doit, sans retiurd, provoquer 
un retour de la transpiration par des moyens artificiels. Le meilleur est 
de se mettre au lit, de faire placer le long du corps quelques bouteilles 
remplies d’eau bouillante et de boire des infusions de tilleul bien chau- 
des. Souvent le vigneron, en pareil cas, a recours à du vin chaud dans 


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lequel il a failUouilUr de la cannelle, 4es clous <le girofle el autres are- 
males : détestable liabiludo qui n les inconvénients les plus graves lors- 
que le refroidissement doit suivi de quelque inflammation dans les 

organes, comme une fluxion de poitrine; en ciTct, lo \in cimud et sur- 
tout les décoelions vineuses aromatiques introduisent dans la messe du 
sang des agents très-^échauffants, trcs^irrilants; rinflammation qui 
éclate emprunte à la présence de ces éléments un surcroît d’activité qui 
la rend beaucoup plus redoutable : c’est l’huile versée sur le feu. Le 
vigneroa qui se met au lit pour un commencement de maladie qu’il 
peut attribuer a un refroidissement, ne doit se rccbaulTcr qu’avee des 
infusions de plantes pectorales, tilleul, bourrache» violette, primevère, 
etc., et avec des corps chauds placés autour du corps. 

Ces moyens rcstcnl-ils sans succès, un frisson violent a- l»^il^glDeé 
tout le corps, suivi bicnlèt d’une chaleur sèche, avec accélération du 
pouls; des douleurs vagues ou fixes sc montrcnl-cllcs vers les membres, 
les côtés de la poitrine, vers un point quelconque du corps, le vigneron 
est alors sous l’imminence d’une fluxion de poitrine, d’un rhumatisme, 
etc.; il doit, sans hésiter, faire venh* un médecin et se laisser pratiquer 
une saignée du bras ou une forte application de sangsues pour faine 
avorter l’inflammation naissante. Une première évacuation de sang n’a- 
t-clle pas suffi pour conjurer les accidents, il faut, dix ou douze beur^ 
après, recommencer sans crainte. Il en est des inflammations comme 
des incendies : il faut les arrêter a leur début, par des moyens prompts, 
énergiques, avant que la flamme, qui envahit rapidement do proche en 
proche, ait étendu au loin scs ravages. J’insiste sur ce point a cause de 
la ridicule pusillanimité que témoignent beaucoup de vignerons au siqet 
de la saignée : qu’ils n’oublient pas que e’csl le remède par cxcellcnoc 
au début des maladies inflammatoires qui les atlcigncnt si fréquem- 
meni; mais il faut que ce remède, pour avoir toute son efficacité, soit 
employé de très-bonne heure; telle saignée qui, au début de Tinflam- 
ination, peut la faire avorter, mise en usage 24 ou 3G heures plus lard, 
ne fera qu'en atlcQucr la violence : c’est le sceau d’eau qui peut arrêter 
un incendie naissant et qui devient presque impuissant au milieu d’un 
vaste foyer. 

Le vigneron est exposé quelquefois, pendant l’été, a des causes de 
refroidissement dans les caves; il y entre en sueur ou s’y livre à des 
travaux de manutention qui le font transpirer : qu"il prenne garde alors 
aux répercussions de la transpiration; qu’irévite surtout, par un usage 
trop copiçux du liquide sur lequel il opère, de rendre indispensable une 
sueur très-obondanic. C’est en sc livrant aux travaux des caves, plus 


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— 18 — 


encore qa'en plein air, que rhomme a besoin d’user avec la plus grande 
modération des boissons spiritueuses. En effet, j’ai vu l’odeur seule du 
vin plonger certains cavistes dans un premier degré d’ivresse. On voit 
peu de cavistes et de marchands de vins parvenir à un âge avancé ; 
ceux-là seuls échappent à une mort prématurée qui vivent très-sobre- 
ment et surveillent chez eux les fonctions de la peau en se garantissant 
avec le plus grand soin des refroidissements. Si le vigneron est parvenu 
à un certain âge ou si, jeune encore, il a déjà été atteint de fluxions 
de poitrine, de catarrhes pulmonaires, de rhumatismes, il doit prendre 
l’habitude de porter des mantclets de flanelle, au moins pendant la mau- 
vaise saison ; il peut les quitter durant les chaleurs de l’été, sauf à les 
reprendre aux premiers jours frais de Tautomne. La flanelle est un abri 
protecteur, une sorte de rempart établi entre la peau et Taction du 
froid extérieur. 

2® Alimentation vicieuse ou mauvais régime alimentaire. 

J’ai soigné un assez grand nombre de vignerons qui s’étaient rendus 
gravement malades, et dont quelques-uns même ont succombé parce 
qu’ils se nourrissaient mal et croyaient remplacer ce défaut de nourri- 
ture en buvant une plus grande quantité de vin. Ainsi, j’en ai vu qui 
partaient pour la vigne, le matin, en portant, pour toute la journée, du 
pain et du fromage ou de la viande salée, froide, et une copieuse pro- 
vision de vin pur. Les uns le faisaient par goût; les autres par suite de 
la négligence que mettait leur famille à leur préparer une nourriture 
convenable. Le corps supporte bien, pendant quelque temps, un pareil 
régime, surtout chez certains tempéraments ; mais à la longue, infailli- 
blement, il doit conduire à une inflammation grave de l’estomac et des 
instestins. J’ai vu un certain nombre de vignerons contracter, en sc 
nourrissant de la sorte, des gastrites et des gastro-entérites mortelles. 
S’ils échappaient à la mort, leur santé en conservait souvent un ébran- 
lement tel qu’ils s’en ressentaient jusqu’à la fin de leurs jours. 

Quel est le régime alimentaire le plus convenable pour le vigneron? 
La nourriture par excellence pour lui c’est la soupe. Il doit en manger 
au moins deux fois par jour, à déjeuner et à souper; quand il pourra 
en avoir encore pour son répas du milieu du jour, il ne s’en trouvera 
que mieux. 

Une habitude extrêmement pernicieuse qu’ont certains vignerons, 
consiste à commencer leur journée en avalant une certaine quantité 
d’eau-de-vie, en buvant la goutte. Cette libation matinale provoque 
immédiatement chez eux une surexcitation générale ; elle échauffé le 
gosier et l’estomac, de manière à éveiller une soif factice qui fait que. 


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— 19 — 


plus lard, ^ans le cours de la journée, il faut rendre au baril des visilcs 
plus fréquentes. Il en résulte que le corps entre insensiblement dans 
un état de sürexcititîon dont les effets se montrent principnlemenl vers 
la fin de la journée. On voit souvent les vignerons, surtout ceux qui 
sont déjà avancés en âge, tomber chaque soir dans un état de demi- 
•ébriété qui se trahit par un bavardage incohérent et un défaut de pré- 
cision très-marqué dans les moirv’cmenls. Lu pareil régime ne peut 
être suivi longtemps avec impunité, et, si Ton voit quelques vignerons, 
malgré ces mauvaises habitudes, arriver à un âge avancé, ils ne forment 
qu’une exception rare qui confirme la règle : et encore, que d’infirmilés 
les menacent pour les dernières années de leur vieillesse qui, sans ces 
excès, eût été verte et sans douleurs l 

3® Excès de travail . — Le \igneron est quelquefois condüit à des 
maladies dangereuses par un travail excessif hors de proportion avec 
ses forces. J’ai observé ce labeur démesuré chez des vignerons aveugles 
par l’ambition, poursuivis par un désir immodéré d’arriver à raisancc, 
eu, s’ils possédaient déjà Paisancc, tourmentés de l'envie de devenir 
riches. L’homme sait si rarement borner à propos ses désirs! Il est cer- 
tain qu’en général celte ardeur excessive pour le travail m’a frappé 
moins souvent chez des vignerons pauvres que diez ceux qui, possé- 
dant déjà, étaient préoccu|>és vivement de la pensée d’agrandir, d’année 
en année, leurs petits domaines. Alors ils prenaient sur leur sommeil, 
sur leur repos, pour avancer la tâche de la journée ; ils ne se donnaient 
ni repos ni trêve. Cet étal permanent de surexcitation agitait le cœur, 
4e faisait liabitucWcmcnt battre plus vite et plus fort, et, comme toutes 
les parties du corps soumises à un ctcés d’activité, le cœur avait fini 
par tomber malade; ses parois s’étaient épaissies, ses ouvertures resser- 
rées; le sang l’avait dilaté de manière à ce qu’il fut une fois plus large 
que dans l'état naturel; ne circulant plus facilement à Iravcrs le cœur, 
le sang reflue vci*s les poumons, les engorge, y dépose une infiltration 
aqueuse; de là une oppression tres-|>énible et tous les accidents de ce 
qu’on appelle une hydropisie de poitrine, redoutable maladie qui fait 
mourir au milieu des plus pénibles angoisses. Vers les aulics parties 
du corps, cette stagnation du sang produit une enflure générale qui, 
commençant par les extrémités, gagne de pï'oclic en piocbc et finit par 
éteindre la vie en enrayant tous les rouages dont le mouvement lui est 
indispensable. Dans le cerveau, ce reflux du sang provoque des hémor- 
ragies cérébrales, des apoplexies, qui sont très-fréquentes chez les vi- 
gnerons affectés d’une maladie du cœur plus ou moins avancée. 

Si, cédant au désir de se donner plus de force, ou par inlentpérancc, 


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— so- 


le vignciH)!) a le malheur d'ajouter à Tcxcès dans le travail un usage 
trop copieux de vin ou d’eau-de-vic, tous les accidents décrits plus 
haut arrivent une fois plus vite; en effets les boissons alcooliques sur^ 
excitent les battements de cœur d'une manière très-sensible; quand un 
homme a bu une quantité un peu considérable de vin ou d'eau-de-vie, 
son cœur bat comme s'il avait la hèvre. D'ailleurs, le vigneron qui 
prend une dose trop forte de boisson spiritueuse, et qui croit ainsi dou- 
bler sa vigueur , tombe dans une grande illusion : il se donne ce que 
j'appellerai volontiers un coup de fouet, une surexcitation passagère, de 
courte durée, qui est bientôt suivie d'une dépression des forces plus 
prononcée. Tous les vignerons qui, sous prétexte de travailler plus fort, 
abusent des boisons alcooliques, finissent par devenir de mauvais ou- 
vriers. d^’en appelle à rcxpcriencc de tous ceux qui ont vécu beaucoup 
au milieu des vignerons. 

Lorsque le vigneron , par l'excès du travail , est conduit à éprouver 
les premiers accidents de ces redoutables maladies du cœur, si fréquen- 
tes parmi nos populations viticoles, et dont les premiers symptômes 
sont des palpitations du cœur, une gène marquée de la respiration, sur- 
tout quand le vigneron veut se livrer à une occupation un peu pénible 
ou gravir une pente un peu raide, que doit-il faire P 11 faut qu'il renonce 
à tous les travaux rudes et fatigants de la viticulture, qu'il évite tout 
ce qui surexcite les mouvements du cœur, qu’il suive un régime alimen- 
taire très-doux et très-léger. Grâce à ces précautions, le vigneron 
pourra modérer beaucoup les accidents et les progrès de la maladie du 
cœur ; j’en ai vu qui , ayant suivi ponctuellement mes avis, ont fourni 
une carrière avancée, quoiqu'ils présentassent des symptômes évidents 
d’un commencement de maladie vers l’organe central de la circulation. 
J’ai soigné un vigneron du canton d'Arbois qui, arrivé à 50 ans, com- 
mença à ressentir quelques accidents du côté du cœur, provoqués par 
des travaux excessifs. Cet homme, à l’âge de 20 ans, était domestique 
et n’avait pour toute fortune que scs dix doigts. Il s'ôtait marié â 2i 
ans avec une servante de son âge, aussi pauvre que lui. Deux filles na- 
quirent de leur union. Ces deux époux déployèrent tant d'ordre, d’éco- 
nomie, de travail, que, lorsque le mari fut parvenu à l'âge de 55 ans, il 
avait acquis assez de vigne et de champ pour ne plus cultiver qvie son 
terrain. Mais que de nuits presque sans sommeil, que de repas écourtés ! 
A 55 ans, il vint me trouver pour se plaindre de ce que, quand il allait 
à ses vignes, qui étaient toutes en côte, il ne pouvait plus monter sans 
que son cœur battît trop fort et que le souffle lui manquât; arrivé à sa 
vigne, il étouffait, il était anéanti. Je constatai chez lui un commencc- 


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ment de maladie du cœur. Il fut frappé de consternation quand je lui 
annonçai que, s'il voulait désormais jouir d’une santé passable, enrayer 
les progrès de la maladie dont il éprouvait les premiers accidents , et 
qui deviendrait promptement fatale s'il s’obstinait à persévérer dans ses 
habitudes, il fallait absolument renoncer à tous les travaux pénibles, 
gravir le plus rarement possible, sans fardeau sur les épaules, et k tout 
petits pas, les pentes escarpées qui conduisaient k ses propriétés. 11 me 
quitta tout désolé : mais en s’en allant, une idée lumineuse lui vint à 
l’esprit. C’était un vigneron très-intelligent. 11 se souvint qu’un homme 
de son village eherebait à vendre son âne; il alla l’acheter ainsi que la 
ebarrette. A partir de ce moment, on ne le vit plus sortir pour aller â 
ses propriétés sans son âne, tantôt monté sur la ebarrette, s’il avait de 
r engrais ou des récoltes â conduire, le plus souvent la bête entre les 
jambes, sa Imtte et ses outils sur le dos. Arrivé à sa vigne, il attachait 
son âne et se livrait aux travaux les moins pénibles, comme tailler, lier, 
ébourgeonner, ou il surveillait ses enfants, ses ouvriers. Je l’ai ren- 
contré quelquefois faisant sur son âne une entrée triomphale k la ville, 
quand quelque affaire urgente Fy appelait. Bref, cet homme n’est mort 
de sa maladie dn eœur qu’â 70 ans; il l’a portée 45 ans, en la rendant 
très-supportable, et encore je crois qu’il serait allé plus loin sans la 
mort de sa feinrae , qui fut pour lui un coup terrible et lui causa un 
ath*eux déchirement de cœur. 

Si, au Heu d’arranger son existence de la sorte, il s'était obstiné, 
comme les vignerons le font le plus souvent, k vouloir continuer scs 
habitudes de mouvement et de travail, eet homme n’aurait pas atteint 
60 ans. Il a donc vécu au moins iO ans de plus, grâce au genre de vio 
nouveau qu'il s’était tracé avec une intelligence et une régularité dont 
il ne s’est pas départi un seul jour. Je ne dois pas omettre, en finissant 
Fhistoire do ce bon vigneron, une particularité essentielle : c’est qu’il 
était d’une rare frugalité. 

il est une saison de l’année où les exoès de travail et un mauvais 
régime peu^'ent nuire beaucoup au vigneron i après les chaleurs de 
l’été, il n'est pas rare de voir arriver des dyssenleries, des flux de sang, 
qui peuvent devenir très-graves lorsqu'ils attaquent des corps échauffés 
par l’abus du travail et des boissons. C’est dans ees oirçonstanecs que 
le vigneron a besoin de se conduire avec la plus grande modération 
dans son travail et son régime. S’il éprouve quelques accidents préeur- 
seurs dn lu dyssenterle, il doit sc mettre imniédiaiement à la diète cl à 
Fusage de boissons rafraîchissantes. 

Je veux signaler maintenant nu vigneron quelques accidents 


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- 2Î_ 

moi'us graves qui peuvent l'atteindre dans Texercice de son état, et lui 
indiquer les précautions qu'il doit prendre pour s’en préserver. Ces acci- 
denta sont les hernies 9 les tàlures aux niaim et les coups de serpe aux 
genoux^ 

1® Hernies. — Ce genre d’infirmité se montre principalement chez 
les hommes qui se livrent à de grands efforts, à des travaux rudes, ou 
qui portent de lourds fardeaux. Aussi rien n’est plus commun que les 
hernies chez les vignerons : sur cinq vignerons de 60 ans que l’on ren- 
contre, il y en a le plus souvent un, au moins, affecté de hernie ou de 
ce qu’on appelle vulgairement un effort. Aussitôt que le vigneron 
éprouve dans le bas du ventre, près du pli de l’aine, une sensation péni-» 
blc, à plus forte raison s’il voit qu’il s’y forme une grosseur sensible, 
quand il> fait un effort, il est affecté d’un commencement de hernie, et il 
doit sans retard y porter remède. Pour empêcher la heiiaie de grossir 
et prévenir les accidents graves, quelquefois mortels* qu’elle peut pro* 
voquer, le seul moyen efficace consiste à porter un bandage herniaire 
bien fait et bien appliqué. Le vigneron affligé de cette infirmité doit 
donc prier un médecin de lui choisir un bandage et de lui montrer la 
manière de s’en servir. 11 ne devra jamais quitter son bandage, excepté 
la nuit. 11 y sera du reste bien vile liabitué et en éprouvera même un 
grand soulagement, parce qu’il sentira, en travaillant, que son bandage 
le soutient et prévient la gêne douloureuse que causerait la hernie. Siy 
malgré toutes ks précautions, le vigneron est obligé de suspendre tout- 
à-coup son travail à raison des accidents', des douleurs causés par sa 
hernie, il doit sans retard faire venir un médecin pour y mettre bon 
ordre, parce qu’une hernie devenue douloureuse et mal soignée peut 
rapidement donner lieu aux accidents les plus redoutables. 

Tàlures aux mains, — r La paume des mains du vigneron devient 
le siège d’une espèce de corne très-dure qui, plus épaisse dms certains 
points, y prend la forme des cors aux pieds. Lorsque la main serre for- 
tement le manche de l’outil, ces durillons meurtrissent 1^ chairs situées 
au-dessous d’eux. 11 en résulte des inflammations très-doulonreuses, 
suivies de dépôts purulents qui baignant les tendons, les os, les arti- 
culations, et déterminent souvent les ravages les plus étendus et les 
plus graves. Après avoir enduré des souffrances intolérables, le vigne- 
ron conserve souvent dans la main beaucoup de raideur, un ou plu- 
sieurs doigts restent fléchis à tout jamais, des tendons et des phalanges 
se détachent; en un mot, le vigneron reste plus ou moins estropié. J’ai 
vu même quelquefois celte inflammation gagner l’ avant-bras jusque 
près du coude, des dépôts énormes labourer les chairs du membre, des 


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— 23 — 

points de gongréne apparaiipo ça et là avec des symptômes si inquié- 
tants qu'on SC demandait si Tamputation du membre ne deviendrait pas 
néeessaire. Que les vignerons prennent donc bien garde à ces inflamma- 
tions de la main. Pour les prévenir, ils doivent couper de temps en 
temps les durillons qui se forment dans la paume des mains, après les 
avoir ramollis en les plongeant, pendant quelques minutes, dans un bain 
d’eau de savon bien chaude. S’il leur arrive d’éprouver le spir, après une 
rude journée, un sentiment de chaleur douloureuse dans la main, iis 
doivent l’entourer, pour la nuit, d’un cataplasme épais et bien humide, 
de son, de mauves ou de farine de lin. Si, le lendemain, la douleur est 
telle qu’ils ne puissent reprendre leurs travaux, il doivent s’appliquer à 
faire avorter l’inflammation en tenant constamment la main dans de l’eau 
froide et même glacée, s’ils ont de la glace à leur portée. 11 est essentiel 
qu’une main douloureuse soit tenue toujours élevée, afin que le sang 
n’y afflue pas et, au contraire, s’en retire le plus possible. Si on met le 
bras en écharpe, il faut que la main arrive au-dessous du menton ; si 
l’on est couché, il ne faut pas que la main soit exposée à la chaleur du 
lit. On remplit un sac de paille ou de balle d’avoine, on le met sur le 
lit, à côté de soi, et on, place le bras sur le sac de manière à ce qup la 
main soit aussi élevée que possible. Dur^t la nuit, il faut changer sou- 
venues applications émollientes ou réfrigérantes. Le meilleur est d’a- 
voir prés du lit un seau rempli d’eau froide ou d’eau de son et d’y 
plonger souvent des linges dont on entoure la main malade. 

Si ces moyens n’airôtent pas promptement l’inflammation, n’attei^dez 
pas qu’il y ait, formation de pus; halezrvous de couvrir de sangsues le 
dos de la main et de les faire saigner le plus possible dans un bain émoî- 
liCDt. 

3® Coups de serpe au genou — Quand le vigneron prépare ses échalas 
et les aiguise, il.les appuie souvent sur son genou et y fait une pointe 
à l’aide de deux ou trois coups de serpe vigoureusement appliqués. 
Mais il arrive quelquefois que la pointe de l’instrument pénétre dans le 
genou, ouvre l’articulation et y détermine des lésions plus ou moins 
sérieuses. Deux ou trois fois j’ai eu à soigner des genoux dont l’articu- 
lation s’était remplie de pus ; les blessés y éprouvaient des douleurs 
atroces au moindre mouvement. 11$ furent retenus bien longtemps au 
lit, ne se mirent à marcher qu’avec beaucoup de difficultés ; l’un d’eux 
est resté boiteux. 

Il est facile de prévenir les coups de serpe en entourant le genou 
d’une enveloppe protectrice, un linge trés-épsis roplô plusieurs fois 
autour du membre, ou, mieux encore, comme je l’ai vu faire à qucl- 


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qacs vignerons, en couvrant le genou d'une sorte de cuirasse en fei'- 
blanc ou en cuir épois. 

Si^ malgré ces précautions ou pour ne les avoir pas prises, le vigne- 
ron se fait une blessure un peu profonde, il doit immédiatement quitter 
son travail, se mettre au lit et entourer le genou de linges trempés dans 
de Teau froide ou dans un liquide émollient, comme de l’eau de mau- 
ves ou de son. 11 ne se lèvera qué lorsqu’il sera certain d’avoir, parles 
moyens indiqués plus haut, coiquré les inflammations redoutables qui 
suivent souvent les blessures du genou. Des symptômes inflammatoires 
un peu fortement caractérisés viennent-ils à se montrer en dépit de 
toutes les mesures préventives , il faut les attaquer sur-le-cbamp par 
une forte application de sangsues, suivie de topiques adoucissants. 


Du Régime Intérieur des Hôpltuux 
uu siècle» 

VAS OOCTEVR PERRON, MEMBRE CORRESPONIUriT. 

Une déclaration du roi, portant règlement des hôpitaux, parut en 
1698. Mais ce règlement ne s’appliquait qu’aux maisons de fondation 
récente et nullement aux autres, qui continuèrent de s’administrer en 
conformité d’anciennes lettres patentes. 

Quel était alors leur régime intérieur? 

H est bien diffleile de le sarvoîr exactement. Cependant nous avons 
dans les archives de f intendance quelques rapports de médcchis ins- 
pecteurs qui pourront, jusqu’ô un certain point, nous renseigner à ce 
sujet. Ces inspecteurs avaient été nommés en 1747, à l’occasion que 
voici : 

La Franche-Comté était couverte de soldats (on n’en manfqua jamais 
dans ce noble pays); l’intendance passa un marché avec les hôpitaux 
des villes de garnison ou des lieux de grand passage, h l’effet d’y faire 
admettre les soldats malades. Les hôpitaux ne demandaient pas mieux 
que d’augmenter leurs revenus. Mais comme fl fallait bien s’assurer, par 
ta visite de gens compétents, si les défenseurs de h patrie étaient con- 
venablement traités et nourris, on créa des emplois ^^nsp^ctisurs pra- 
vinciaitx. Ce fut le revers de la médaille. 

Les visites d’inspection furent considérées, dans la plupart de nos 
établissements hospitaliers, comme humiliantes et vexâtoircs; la vanité 
des administrateurs n’acecpla pas voldnticrs ce contrôle pourtant très- 
légitime... 


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Le efairurgieD-mejor Bernier fit la visite de l’hèpital de Satnl^Claude 
en 1758. Celle inspeclion inattendue fut subie une premièro fois sans 
murmures : elle avait été une surprise. Mais, toute réflexion faite, elle 
parut aux directeurs (MM, du Chapiire) i^ne eplrepcise étrange contre 
leurs privilèges; ils ne voulaient pas reconnaître ce droit do contràle à 
riplendance , et ils résolurent de s’en affranchir à la première occasion. 

Le juin 1760, maître Dernier prévint malencontreusoment ThA-» 
pital de son arrivée pour le jour suivant. On l’aUendit de pied ferme. 

Il se présente accompagné du ekirurgien Forestier et du sieur 
Ouirand , bourgeois. Il frappe pour entrer : la porte reste close. La 
supérieure, Baroudel, je crois, parait à une fenêtre du premier 
étage et déclare résolument qu’elle n’onvTira pas, qu’elle a ordre de 
n’ouvrir point. 

Notre inspecteur requiert , en présence de témoins, que l’entrée de 
rhêpital lui soit permise cl qu’qn loi représente, ainsi qu’en l’avait fait 
précédemment, les effets, ustensiles et fournitures nécessaires aux mili** 
taires qui se présenteraient. 

M** Baroudel répond que MM. les administrateurs n’entendaient 
point être soumis h aucune visite de la part du roi; que s’ils avaient per- 
mis l’entrée de leur hôpital ê un chirurgien-major, ils l’avaient fait 
sans conséquence, comtaie h un étranger; qu’au surplus cet hôpital n’é- 
tant confié et sujet qu’à leurs soins, ils refusaient net de recevoir un 
inspeeteor quelconque. 

Maître Bernier Insiste; il demande seulement qu’on lui ponnette 
d’entrer pour consigner dans le procés-vevbal les dh'e et déclarations 
qu’on lui opposait. On refuse euoore, cl, comme la supérieure ne veut 
pas avoir l’air de perdre son temps à parlementer, elle ferme }o fenêtre 
et disparait. Evidenunent les assaillants étaient battus. 

Maître Bernier rédigea dono, au milieu d’une cour, le prpoés- verbal 
de sa visite en présence des deux personnages qui l’aecampogoaioiiti 
Puis, comme le secrétaire do la subdélégalion survint en ce momonWlà, 
on heurta de nouveau à la porte. Mais ce flit en vain ; persOnnne ne 
daigna même $0 montrer de f intérieur pour répondre. 

Le procès-verbal est signé Bernier et Guirand. On Ht au-dessous des 
deux signatures ce curieux post-scriptum : « Et, après la clôture du 
c( présent procès-verbal, nous l’aurions présenté à signer audit Fores- 
« lier, chirurgien, lequel nous a réponduv^n présence des soussignés, 
<c qu’il ne pouvoii pas désavouer les faits contenus audit procès-verbal, 
c< mais qu’il ne vouloit le signer, dans la crainte quo MM. du Chapitre 
« ne lui en fissént mauvais parti et ne le congédiassehi. m Signé : Dou- 


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— 26 — 


vergne, exempt de la maréchaussée, Dauphiu, contrôleur général de 
la saline de Montmorot, etBernier. 

L’issue de cette affaire parait avoir tourné à la confusion de notre 
inspecteur; car il n’est plus question de l’iiôpital de Saint-Gaude dans 
les inspections subséquentes.... 

....Sans tenir compte du traité passé avec l’intendance, non plus que 
des injonctions de l’inspecteur, on continuait ailleurs de soumettre les 
malades à un régime routinier. 

A Saint-Amour, pendant l’inspection médicale de i760, Bernier de- 
mande à sœur Rubat, la Supérieure, quelle quantité de viande elle avait 
fait mettre ce jour-là dans la marmite. Sœur Rubat répond qu’on n’en 
a point mis, attendu qu’il n’y a présentement aucun militaire à l’bôpitaU 
elle ajoute au reste que meme, lorsqu’il y en a, on n’est pas dans l’har 
bitude d’y faire du bouillon gras. 

L’inspecteur Bernier recommande expressément qu’on en fasse doré^ 
navant chaque jour, en conformité des instructions, et il signale sur 
son rapport la naïve déclaration de la Supérieure. 

11 parait qu’on ne fit pas grand cas des injonctions du bonhomme. 
En 1774, M. Passerat de la Chapelle, médecin inspecteur, voulut goûter 
du bouillon militaire qu’on avait fait apparemment à l’occasion de sa 
visite. 11 le trouva détestable. 11 conseilla à ces dames « de mettre quel* 

ques herbes potagères et nitreuses au pot, lorsque la viande a été 
i( bien écumée ; car, dit-il , le goût que les plantes que nous avons in- 
« diquées donnent au bouillon , ne rebute pas les malades comme le 
« bouillon simple fait à la viande. » 

Probablement ces dames n’aimaient pas le bouillon gras ! 

Je rappelle, à ce propos, qu’en vertu des instructions qui accompa- 
gnaient le contrat passé entre l’intendant de la province et les hôpitaux 
de charité pour la réception des soldais malades, on devait mettre cha- 
que jour dans la marmite trois quarts de livre de bonne viande de bœuf 
pour chaque malade. C’était dans le But d’empêcher les administrations 
des hôpitaux de lésiner sur la pitance et d’affamer nos défenseurs. Mais, 
je vous le demande, où passaient les ratiems de ceux que la médecine si 
sobre, si affamante de ce temps-là mettait à la diète? 


NÉCROLOGIE. 

Notre Société a fait récemment deux pertes bien sensibles : le lundi 
6 février avaient lieu à T église Sain trEticnne^du-Mont les Obsèques de 


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— 27 — 


M. RoycMk)llar(l^ professeur à la Faculté de droit de Paris depuis 1628, 
et avocat à la Cour impériale. Légiste distingué, il s* était montré digne 
de la parenté et du nom de Tillustre Royer-Collard^ cet orateur dont 
on disait que les discours étaient autant de traités de philosophie, chef 
du parti doctrinaire, ces Ihéorietens qui s’étaient donné la téche de 
concilier deux choses que Tacite croyait inconcihahles, principatum et 
libertatem, le pouvoir et la liberté, et un des hauts dignitaires de TUni- 
versité dont le passage aux affaires a laissé le plus d’honorables souvenirs. 

Dans une position moins élevée, mais apres une existence écoulée an 
milieu de nous, s’est éteint sous nos yeux un homme de bien par excel- 
lence ; M, Gros. Ancien percepteur, que de fois il a avancé les contri- 
butions des retardataires ; que de fois aussi , de notoriété publique , il 
n’est pas rentré dans scs avances \ Négociant, la probité la plus slrietè 
présidait a ses relations ; aux Conseils de la commune ci de l’arrondisse- 
ment, son adhésion bienveillante était d’avance acquise à toutes les me- 
sures de modération ou de progrès. Chez lui, le cœur dominait la tète ; 
ce n’est pas toujours en ce monde une condition de réussite ei de 
succès. Et puis que de dures et douloureuses épreuves! La compagne 
fidèle de ses jours enlevée à son affection; naguère une fille chérie des- 
cendant dans la tombe avant son père. Or, s’il est vrai, comme on Ta 
dit, que le chagrin nourrisse les femmes, il n’est pas moins vrai, coromè 
ou ajoute, qu’il tue les hommes, et il; les tue d’autant plus sûrement 
qu’ils font plus d’efforts pour n’en rien laisser paraître. A rencontrer 
dans la campagne l’honnéle industriel, se dirigeant tranquillement vers 
son usine ; à le voir s’avancer vers vous, et le sourire aux lèvres, vous 
tendre sa main loyale, qui aurait pu deviner qu’il portait de si près la 
mort dans son sein? 

Que la terre lui soit légère ! H.*G. Cleb* 


SÉANCE GÉNÉRALE DU 9 FÉVRIER 18C5. 

La séance s’ouvre à 2 heures, sous la présidence de M. Clerc, Vice- 
Président. 

Le procès-verbal de la séance du jeudi 8 décembre est lu et adopté. 

Conformément à l’ordre du jour, il est procédé au dépouillement de 
la correspondance dans laquelle se trouvent les remerciements de plu- 
sieurs des lauréats couronnés au dernier Concours : M"** Rcindre; M**® 
Mélanic Bouroltc; M*'® Gabricllc de Poligny; M. Cbonnaux-Dubisson ; 
M. Chapoix, d’Auxonne; M. Marminia, de Paris; M. Ad. Chevassus, de 


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~ 28 — 


Mâcon; M. Antoni Valbrègucs, d*Aix; M. Schneider, de Laforce; M. 
Heclor Berge , de Bordeaux ; M. Achille Millien , de BeaumonUla-Fer- 
riére; M. Oppepin, d’Imphy; M. Giboz, de Dampierre; M. Régnault, 
de Paris. 

M. Neveu, de la Vieille-Loyc, s’excuse do n’avoir pu assister à la 
séance générale du i2 janvier. 

Nous sommes priés d’annoncer une Exposition artistique, industrielle 
et horticole qui aura lieu dans la ville de Niort, pendant le mois de mai 
prochain. 

La Société académique de Saint-Quentin nous adresse le programme 
du Concours qu’elle ouvrira en 1865 et qui se compose : 1® d’un sujet 
eix vers laissé an choix des concurrents ; 2* d’une histoire relative à la 
loealité; 3® d’un tableau de l’industrie do Saint-Quentin et de l’expo- 
sition des moyens propres à en augmenter la prospérité. 

Et tandis que le journal de Roanne, VEeho Roannais, préoccupé des 
besoins matériels, appelle notre attention sur l’importante question du 
vinage des vins, et M. James Boutin, sur son système d* Engrais liquide, 
couronné d’une grande médaille à l’Exposition de Londres* la Société 
pour l’instruction élémentaire, dans sa sollicitude pour des intérêts 
d’un ordre supérieur, se dispose à décerner dans sa prochaine assem- 
blée générale, fixée an mois de mai 1865, des récompenses aux maitres 
que recommandent leur zèle, leurs longs services, la bonne direction 
de leur enseignement et des efforts heureux pour rendre les élèves 
assidus. 

Ces communications sont suivies des lectures désignées dans l’ordre 
du jour : suite du travail de M. le docteur de Bourilhon, sur le Trcni- 
hlement de terre survenu à Oran dans la nuit du 8 au 9 octobre 1790; 
— De la Décentralisation intellectuelle, par M. Arsène Thevcnol (ana- 
lyse par M. H. -G. Clcr). 

Sont proposés et admis comme membres correspondants : M"*« 
Reindre, Joséphine, de Guéret; M. le docteur Doquio, médecin -major 
de !'• classe à l’hôpital militaire de Moslagancm; M. Giboz, instituteur 
à Dampierre ;'M. Jules Martin, élève interne h l’asile des aliénés de Dole; 
M. Millien, homme de lettres a Beauraont-Laferrière (Nièvre); M. Hec- 
tor Berge, homme de lettres k Bordeaux; M. Valbrèguc, homme de 
lettres à Aix; M. Oppepin, homme do lettres à Imphy; M. Billot, artiste- 
. peintre à Lons-le -Saunier. 


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AGRÎCÜLTUftE. 


Du clioix des Graine» pour fUIre de» pré» 
non arro»é»9 

PAR M. VIONNET,. VtCS-PRSSIDBNT. 

j ai toujours vu avec peine le peu de soins qu’on apporte, dans çctte con- 
trée, aux prés dits naturels, arrosés ou non. Grâce aux inondations pério- 
diques, les prés gras se maintiennent en état quand les eaux n’y séjournent 
pas trop longtemps. Mais, hélas! quelle piètre mine ont souvent les prés 
permanents non arrosés ! 

Je traversais l’an dernier des prés de cette nature sur le territoire 
d’Arbois. L’idée roc vint do faucher à Va main une poignée d’herbes, et d’ap- 
précier par le poids ccHes qui étaient vétHahVement fourragères. Je n’en 
trouvai pas un quart de ces dernières; toutes les autres sont repoussées par 
le bétail, et la plupart vicieuses. C’était du rhinanthe ou crête de coq, des 
euphorbes ou réveil-matin, des marguerites, des colchiques, etc. 

A peu de distance de ce pré et dans un même sol, je voyais un vaste champ 
de sainfoin, dont la récolte était plus quu quadruple, à contenancè égtle^ 
de celle du pré dont je viens de parler. Pourquoi alors laisser subsister des 
prés de si mauvaise nature et ne pas les labourer pendant quelques années? 

Généralement, on ne sème qu'une seule espèce de graine pour faire ub 
pré artificiel, soit trèfle, soit luzerne, soit sainfoin. Je no blâme pas cette 
méthode quand elle est employée en guise d’assolement; mais quand deâ 
terrains non arrosés recèlent tant de plantes qui no sont pas fourragères^ 
pourquoi les conscrve-t-on dans cet état? 

Le choix des graines pour faire des prés naturels est facile à faire. Autant 
que possible les légumineuses vivaces doivent être préférées, puis les gra- 
mens viennent ensuite. Parmi les premières, je dois citer les trèfles rusti- 
ques, fleurs blanches et rouges, le lotier oaniculé, qui croit partout, la vesoe 
des prés à fleurs purpurines, la lupuline ou minette dorée, qui s’accommode 
également de toutes sortes de terrains etd’expositiôn. 

Dans la famille des gramens, j'ai une prédilection particulière pour les 
paturins, la houlque laineuse, le fromcntal et les rays-grass. Je rejette de 
mon choix toutes les féluques qui perdent nos esparceltes; le dactyle pelo- 
tonné, la brize tremblante et les brèmes. Ces dernières graminées ne con«- 
viennent qu’aux chevaux, quand encore on a eu soin de couper les foins à 
bonne heure et qu ils ne sont pas avariés. Je ne parie pas de la cynosere 
cretelle, ni de la flouve odorante, dont les chaumes sont si menus qu’ils n’en- 
trent jamais que pour une très-faible quantité dans les fourrages. 

Il n’est pas hors de propos de recommander ici aux personnes qui veulent 


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— 30 — 


convertir des champs en prés naturels, de bien préparer le sol avant de ré- 
pandre les graines, soit au printemps, soit en automne. Un défoncemenl est 
toujours nécessaire, afin que les jeunes pousses ne périssent pas par les 
grandes chaleurs, ou ne soient pas soulevées par les gelées d'hiver. 

11 n est pas toujours nécessaire de labourer un vieux pré pour changer 
presque totalement sa nature; il sufOt d’enlever les mousses qui le tapissent, 
de répandre ensuite , en saison convenable, les bonnes graines que nous 
venons d’énumérer, puis de fumer avec du terreau provenant de balayure 
de rues et d'un mélange de cendres de lessive. Dès la première année on 
aura déjà une récolte passable. 


lHoy^n» de détruire le» Pies» Geais et les 
larves de tiannetons, dits Vers Mânes, 

PAR M. BEL, MEMBRE CORRESPONDANT. 

Il n’est pas d’oiseaux de proie plus nuisibles à l’agriculture que la pie et 
le geai : celle-là met en pièces tous les nids des petits oiseaux qu’elle ren- 
contre dans ses vagations matinales, et celui-ci s'abat par troupe sur les 
champs de maïs, après avoir, au printemps, pris plus que sa part de cerises 
et autres fruits à noyaux. Malheur aux terres voisines des bois, ensemencées 
de blé dit de turquie! Aucun épouvantail n’en éloigne le geai; c’est à peine 
si les propriétaires parviennent à le faire rentrer pour quelque temps dans 
la forêt. Nous avons vu récolter, cette année, avant sa maturité, le maïs 
d’un clos, dont plus de la moitié des épis étaient dévorés. Et dire que l’en- 
gence ne s’est multipliée à l’excès que depuis que la pipée est interdite 
dans nos parages! Cela devait être, car une seule séance de pipeaux suffisait 
souvent pour prendre des centaines de ces ennemis. 

De la destruction des nids des petits oiseaux par les pies (et ajoutons par 
les enfants), sont résultées des myriades d insectes que la Providence desti- 
nait à la nourriture du rossignol, du pinson, du chardonneret, de la fauvette, 
du merle, de tous les chantres de nos bosquets, cl la diminution de ces char- 
mants musiciens. L’équilibre providentiel est rompu; comment le rétablir? 
Le moyen est aussi simple qu’il est sùr : il suffit d’appendre quelques 
morceaux de viande pbosphorée « ur ou deux arbres. La pie, qui est plus 
earnivorc que frugivore, et qui dès la pointe du jour visite tous ceux de 
son canton, ne peut manquer de goûter à l’appât et d’y trouver la mort. 

Quant au geai, il rencontre môme sort, si on attache dans le bois où il a 
sa retraite, quelques épis de maïs, que l’on a fait infuser dans de l’eau où a 
été dissout le phosphore d’un ou deux paquets d’allumettes chimiques. Une 
fois purgé de ces deux fléaux , le canton ne ranle pas à sc repeupler de 


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— 3i — 

musiciens ailés, ét les Ters qui stérilisent les plantes utiles, d'étre ramenés 
à un chi£fl« normal. 

11 est encore plus aisé de faire périr les vers blancs ou lanres de hannetons, 
dont la voracité ne laisse trop souvent pas une tige de maïs, de pommes-de- 
terre, voire de froment et d orge, dans un champ. Pour atteindre ce résultat, 
il suffît de donner un coup de charrue en temps utile, et tous les vers qui 
seront mis au jour, dans les raies, qui doivent être fort rapprochées les 
unes des autres, meurent immédiatement dans le fond. Cette opération offre 
aussi l'avantage d enfouir les herbes parasites et d’en purger le sol, ce que 
fait encore mieux le déchaumage, qui consiste à herser la terre aussitôt 
que les céréales sont rentrées. Ce travail, si expéditif, recouvre les mauvaises 
graines qui le tapissent, lesquelles ne tardent par de germer. Enfouies en> 
suite, au moment des semailles, elles pourrissent, et, au printemps, lesblés 
poussent seuls et luxuriants. 


BromuA Sclirader. 

On lit dans le Journal de la Société centrale d'agriculture du département 
de la Savoie : ' 

« La luzerne, qu’un agronome célèbre a appelée la mei'vcille du mesnage 
des champs, menace d’être détrônée par un fourrage qui lui serait bien supé- 
rieur sous tous les rapports, si l’on en croit les comptes-rendus faits depuis 
quelques mois par les principaux organes de la presse française, sur le 
rendement exceptionnel d'une plante nommée Bromus Schrader. Cette gra- 
minée, originaire de l’Amérique du nord, donnerait en trois coupes, d’après 
l’expérience des hommes les plus compétents, 36,270 hilog. à l’hectare d’un 
fourrage de qualité supérieure à celle de tous les fourrages connus. 

tt M. Charles Sylvoz a voulu s’assurer par lui-même de ces étonnants ré- 
sultats; il a semé et récolté du bromus Schrader, et a obtenu, comme scs 
prédécesseurs, de beaux succès; il engage les agriculteurs à répéter ces essais. 

« Cette plante sc sème en avril; elle ne se reproduit pas seulement par 
graines, mais par boutures, c’est-à-dire qu’on prend des branches de la lige 
pour les mettre en terre. Sa végétation est luxuriante; les plantes atteignent 
jusqu’à près de 2 mètres de hauteur. Ces derniers détails sont contenus dans 
une obligeante lettre adressée par M. Henri Giraud, président de la Société 
centrale d’agriculture des Deux-Sèvres, à M. Terpand, sociétaire, qui lui 
avait demandé des graines du bromus Schrader. 

a Attendons du temps et d’expériences répétées la confirmation de faits 
si avantageux. Les phénomènes ne manquent pas en productions agricoles, 
mais ils ne sont pas la règle commune, et bien souvent la pratique générale 
ne peut reproduire les résultats de premiers essais annoncés connue cer- 
tains. Nous citerons à ce propos des blés passant pour donner des rendements 
extraordinaires : le blé bleu d’Egypte ou de Noé, 81 pour 1; le blé de Judée, 


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120 pour 1; le blé de la Bassc-Palognc, 128 pour l; le blé dé Thurold'Air, 
180 pour 1; le blé de Sétif, 210 pour 1; le blé de Judée à épi multiplié, 25U 
poul* 1» Là pomme^de-terre dito d’/ltwi/ViJic, 132 pour 1, etc. Ea sera*-!-!! 
dé même pour le bromus Sebrader? Le passage suiTant> extrait du Journal 
de la Société centrale iragricultnre des Deux-Sévros, n” de novembre 18G4, 
semble nous rassurer à cet égard : 

« La culture du brome de Sebrader diminuera les travaux, la dépense; 
a elle donnera d’incalculables produits; elle permettra l’édücation d’un plus 
tt nombreux bétail (et chaque tète est, on le sait, une mécanique à engrais); 
« elle permettra d’obtenir, à laide de cet accroissement des engrais, lin plus 
a grand rendement en grains; on obtiendra à bas prix le lait, le beurre, la 
a viande et le grain, et toutes les choses formant la base de l’alimentatidn 
c< publique. — Quelles séduisantes perspectives nous sont offertes! Plaise à 
« Oieu liiÉD la culture de cette merveille du mesnage des ehàmps, répandue 
« dans toute la France, vienne résoudre ce problème, qui semble fuirà me- 
« sure qu’on le poursuit, de la vie à bon merclié. » 

« Et nous ajouterons la prédiction du roi Vert-Galant ; La poule au pot 
chaque dimanche. » 


DONS. 

Il est offert a la Société , par : 

Les Académies ci-après : 

Mémoires de là Société d'émulation du département du Doubs; — de la 
Société des sciences historiques et naturelles de l’Yonne ; — de la Société 
centrale d’agriculture du département du Puy-de-Dôme ; — les Annales de 
la Société d'émulation du département des Vosges; — Considérations sur 
V Institution des Sourds-Muets et des Enfants arriérés de Nancy’, — Mémoires 
lus à la Sorbonne ; — Mémoires de la Société d'émulation du Jura. 

M. ViAL : Vie de Mgr de Chaffoy, évêque de Nîmes, 2 vol. 

M. le docteur BERGEREt : 

Deux opuscules de sa composition : Infanticide et Le Goitre dans le Jura. 

M. le docteur Guilland^ d’Aix-en-Savoie : 

Une notice sur Jean-Claude Neyrel, dont il est l’auteur. 

M. le docteur Prosper de Piétra-Santa : 

Une nouvelle brochure de sa main : De V Emprisonnement ceîtufaire. 

Par son auteur, M. Alphonse Schædelin, pharmacien de l*'« classe dans 
l’Ecole de Paris : Mémoire sur les Pastilles de phosphate de fer. 

Par son auteur, M. le docteur Petit, Secrétaire-Général de la Société 
.ficntc^le de médedue du département du Nord : Evolution spontanée. 

PaV^son auteur, M. Fleury- Lacoste, Président le la Société d’agricul- 
ture du département de la Savoie : Guide pratique du Yignei'on. 

POLIGNY, IMP. DE MARESCI1AL. 



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HISTOIRE. 


!VotlTO evnr le tremblemenE de terre d’Oran^ 
en 

FAR LE DOGTCUR DE BOURILHON^ MElUiaE CeRRESFOrVDAKT. 

ni. — STITE DU RAPPORT DU COMTE DE CCMBRE-DERMOSA , SUR LE TREMBT.E- 
ME>*T DE TERRE SURVENU DANS LA NUIT DU 8 AU 9 OCTOBRE 1790. 

A partir de ce jour, nous remarquâmes que reuuemi exécutait divers 
travaux sur toute la ligne autour de nous. Nous* le vîmes creuser di- 
verses tranebées, deux au défilé de Gomez, une en ioce de Saint-Fcrdi- 
naud, une autre en face de la fontaine, d'autres plus sur la droite, d’au- 
tres enfin à la pLale-formc , près de la coupure ou parapet. Les Maures, 
cependant, se tinrent à l’écart et tranquilles jusqu’au 23. Ce jour-là, 
avant la diane, ils nous envoyèrent trois coups de canon et deux gre- 
nades, dont nous n’éprouvâmes aucun dommage, mais qui attirèrent 
notre attention et nous inspirèrent quelqu’ alarme , car leurs batteries, 
dominant nos retranchements, se trouvaient, en outre, garanties contre 
notre feu. D’abord, leur tir manqua de justesse, mais il se perfectionna 
dans le courant de la journée, encore qu’il ne nous fit aucun mal; sur 
trente eoops qu’ils tirèrent, nous n’eûmes que quelques boulets dans 
nos lentes; ce qui, néanmoins, me fit donner l’ordre aux troupes 
de se retirer dans le château et les fossés de Rosalcazar, laissant nos 
tentes déployées, afin que l’ennemi ne s’aperçût pas de notre cliange- 
acDl de position. 

Pendant ces différentes journées, je fis embarquer pour l’Espagne les 
blessés ci les bras inutiles. 

Les jours suivants, les Maures continuèrent à nous envoyer de temps 
en temps quelques voilées de canon et des coups de fusil ; mais ils se 
rapprochaient chaque nuit du château de Santa-Cruz , avec certaines 
dènonstrations qui nous les firent observer de plus près. Nous enten- 
dimfs, en effet, un bruit continuel de travailleurs, et, supposant qu’ils 
fraüquaimt une mine sons le château, j’ordonnai de faire, avec toutes 
lés précautions possibles, une reconnaissance dans le rayon du fort. On 
y découvrit un commencement de mine, des aiguilles, des vrilles, benu- 
ooop de poudre et de matières inflammables renfermées dans des peaux 
de chèvres, environ dix arrobes; on s’en empara et on détruisit entiè- 
rement leurs ouvrages. 

r.y 

< l.î' .V 

^ r ** 


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— 34 -- 

Dans la journée du 26, les Maures tentèrent une nouvelle attaque 
contre cette même tour de la Fontaine, qu'ils avaient sans doute jugée 
le point le plus facile h emporter et le plus important pour eux à cause 
de sa proximité des ravins. Us occupèreDt d'abord, sur nos derrières, 
les cavités de la carrière, — exploitée par des particuliers, — persuadés 
que nos troupes exécutant une sortie, comme dans la journée du 27, 
ils pourraient ainsi nous prendre entre deux feux. Mais j’évitai le piège; 
après avoir renforcé la tour, je trompai l'attente de l’ennemi, en sus- 
pendant la sortie et le combattant à l’abri de nos forts, de nos châteaux 
et de nos palissades. Il se retrancha alors derrière les tours des jardins, 
et dans cette position, soutint opiniâtrement un feu très-meurtrier pen- 
dant plus de quinze heures. Les Maures s’étaient réunis, pour cette 
attaque, au nombre de dix à douze mille hommes, parmi lesquels nous 
fîmes un grand carnage; tandis que, de notre côté, nous n’eûmes de 
blessés (tue deux soldats du régiment d’Oran, trois du régiment de Cor- 
doue, un de Lisbonne, un de Maroc, un des Asturies, un du corps d’ar- 
tillerie, un officier de fusiliers et cinq soldats de cette arme, tous blessés 
légèrement, y compris trois bomroes atteints par les éclats d’un canon 
qui creva au fort Saint-André, et un autre soldat également maltraité 
par les éclats de son fusil. 

Rebute par la vigueur de notre résistance et par l’inutilité de l’atta- 
que qu’il dirigeait en personne , le roi de Mascara commença dès ce 
jour à lever le camp et à retirer rarlilleric qu’il avait placée sur la 
Meseta. Nous vîmes môme très-dislinctement, du château de S‘-André, 
les Maures emporter une grande échelle qu’ils tenaient en réserve dans 
la tranchée, en face de Saint-Ferdinand. A la faveur de la liberté que 
nous laissait ce mouvement rétrograde et de l’éloignement du danger, je 
détachai, le 29, quelques troupes des plus fermes, des mieux aguerries, 
pour aller incendier les retranchements de l’ennemi; cet ordre fui exé- 
cuté heureusement par nos soldats, qui ramenèrent quelques objets 
abandonnés : trois colliers de chameaux, un peu d'orge, du sel, quatre 
cartouches, trois paniers et sept chevets de canon. 

Ces faits sont rendus glorieux par la situation même où se trouvaient 
nos troupes et la population , après la catastrophe que nous avions 
éprouvée ; en dehors des émotions personnelles, des travaux, des fati- 
gues, des besoins, de la privation de sommeil, chacun avait, en effet, 
à regretter les pertes les plus sensibles. 

Ainsi, bien qu^il soif impossible de connaître jamais le chiffre exact 
des victimes, j’ai pu constater cependant, d’une manière certaine, que 
le nombre des morts s’était élevé, pour les officiers, â trente-huit, ré- 


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— 36 — 

partis comme il suit ; le commandant général , un lieutenant-colonel, 
un capitaine-major, sept capitaines, neuf lieutenants, quinze sous-lieu- 
tenants, deux cadets. 

Parmi les soldats, caporaux et sergents : trente du corps d*artillerie, 
quatre du régiment de Lisbonne, sept cent cinquante-cinq du régiment 
des Asturies, soixante d’Oran, vingt-deux employés de riiôpital, treize 
fusiliers, ... du régiment de Navarre (ce nombre n’est pas limité). 

Quatre-vingt-trois déportés, six Maures Almogalazcs, deux cent 
quatre-vingt-trois colons, beaucoup d’entr’eux avec leur famille, vingt- 
deux ouvriers des ateliers, deux commis du contrôle général des fînan- 
ees, deux ecclésiastiques, deux garde-magasins d’artillerie. 

D’aussi grands sujets de tristesse n’ont point altéré, cependant, ce 
courage, cette constance au milieu des fatigues, dont furent toujours 
animés les sujets de Votre Majesté, puisque c’est avec seize cent vingt- 
six hommes disponibles, à In date du 9 au matin, qu’on a fourni au 
service de tous les postes qui, auparavant, ne demandaient pas moins 
de mille quatre-vingt-dix hommes par jour. Nos soldats sont restés 
constamment sous les armes , sans prendre de repos, ainsi qu’il résulte 
de l’état des distributions faites aux hommes de garde, jusqu’au 26, 
qu’arrivèrent les régiments de Mayorque et de Cordoue. Ces deux corps 
nous apportèrent un renfort quotidien de trois cents hommes, car, 
encore qu’ils présentassent un eileclif de sept mille soldats, ils ne pu- 
rent concourir au service en plus grand nombre. L’activité fut conti- 
nuelle pendant ces fatales journées; le feu durait nuit et jour, et le 
soir, h l’heure du repos, il fallait redoubler de vigilance. Les hommes 
étaient tojours sur pied, les vivres étaient rares, et l’on manquait des 
ustensiles nécessaires pour faire la soupe et le pain. Grâce h leur cons- 
tance et à leur courage, nos soldats n’en parvinrent pas moins à repous- 
ser l’ennemi. Mais je laisse Votre Majesté juge de l’héroïsme de cette 
conduite, si elle veut bien tenir compte de l’impression sous laquelle 
combattaient ces hommes, rudement frappés par le premier désastre; 
si elle daigne considérer que les tremblements de terre durent toujours, 
quelques-uns si profonds encore , qu’ils nous rappellent les malheurs 
dont les premiers nous ont rendus témoins; si elle songe enfin, qu’en 
recouvrant une plus grande liberté d’esprit, chacun de nous devra, 6 
la vue des vides laissés autour de lui, regretter plus amèrement, le père 
son fils, le fils son père, le mari sa femme, la veuve son mari, tous enfin 
des parents, des amis, et un grand nombre le fruit des sueurs de toute 
leur vie; car ceux-ci ont vu leur fortune s’écrouler avec les maisons qui 
étaient leur ouvrage, ou s’ensevelir sous leur ruine, ou leurs bijoux. 


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— sc- 


ieurs vélenicals passer dans les mains des malfaiteurs; souvenirs qui, 
toujours présents à leurs yeux, les plongent dans un abattement capable 
d’abréger leur vie. 

Bien que l’ordre ait été donné d’ensevelir tous les eadavres que l’on 
pourrait retirer de dessous les ruines, sans cependant exposer per- 
sonne, le nombre des corps qu’on est parvenu à recueillir est très-faible, 
comparé à celui des victimes qui gisent encore sous les décombres. Or, 
comme ces ruines se déplacent fréquemment par l’effet des secousses 
nouvelles et des fouilles exécutées par les habitants, il en résulte que 
ces cadavres sont quelquefois ou découverts entièrement ou mis en 
contact avec l’air, et que leurs émanations délétères sont plus h crain- 
dre encore pour ceux qui voudraient les relever. Cette circonstance, 
jointe à celles qui ont été précédemment exposées, et l’opinion où l’on 
est ici que k sol de fondation de la ville ne sera pas facile à retrouver^ 
en raison du bouleversement qui a eu lieu sous l’influence de l’élément 
comprimé, me fait dire que c’est là un des évènements les plus extra- 
ordinaires et les plus terribles dont l’bistoire ait conservé le souvenir. 
Car si l’on a vu des cités détruites, sans qu’il en soit resté pierre sur 
pierre; si d’autres ont été submergées, sans qu’un seul habitant ait sur- 
vécu, ou sont devenues la proie des flammes, sans que personne ait échap- 
pé, que les plus favorisés du sort ; dans toutes ces calamités, du moins, 
ou4)icn la mort terminait promptement les souffrances, ou bien les 
malheureux trouvaient un asile où se réfugier, ou enfin, surpris par 
l’ennemi , ils pouvaient opter entre la vie et la mort. Mais dans toutes 
ces malheureuses cités, les habitants n’ont été victimes que d’un seul 
fléau; dans notre villa, au contraire, nous voyons d’un côté la mort, 
de l’autre l’esclavage; les secours soumis à l’inconstance des flots et des 
vents, nos murs infestés de gens sans aveu ; complication de maux trop 
réels, auxquels nous ne pouvons opposer que nos sombres réflexions. 

Les troupes auxiliaires qui nous sont arrivées ont le moral moins 
abattu, comme n’ayant pas essuyé le premier désastre. Cette disposition 
d’esprit et le renfort matériel que nous avons reçu, ont un peu ranimé 
nos troupes, surtout depuis les nouvelles que vient de nous apporter 
un Maure, ci-devant Maure-de-Paix, passé dans notre camp ; nouvelles 
confirmées par les renseignements que j’ai fait prendre. Cet homme 
affirme qu’au bruit de notre catastrophe, le roi de Mascara mit en mou- 
vement toutes les troupes de toutes ses tribus, au nombre de dix-huit 
à vingt mille hommes, suivis de trois canons et de deux mortiers, et que, 
lors de l’attaque, il promit cinq cents sultans à celui qui, le premier, 
planterait une échelle contre nos murailles. Il nous a appris, en outre. 


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— 37 — 


qu’un canon de rartilleric du roi avait éclaté et que les mortiers avaient 
été mis hors de service avant que, de Tremeeen et de Mostaganem, on 
pût faire arriver la grosse artillerie que le prince y avait demandée. 
De ces derniers canons , deux seraient restés en route , dans un lieu 
appelé Acodal, près Emblata, à deux lieues environ de cette place; le 
roi les réservant pour nous attaquer au printemps prochain. 

EnGn, il parait que ce prince n’aurait pas reçu d’Alger les renforts 
qu’il en attendait; par ces motifs, après une perte considérable en morts 
et en blessés, il se serait retiré à Mascara, ainsi que nous l’avions cru, 
retraite qui a permis à nos bestiaux d’aller à leurs pâturages comme 
auparavant. 

Tel est, Sire, Vétat dans lequel nous nous trouvons, abrités sous nos 
tentes de campagne, aujourd’hui, 2 novembre 1790. 

{A suivre). 


ARCHÉOLOGIE. 

Y auralt«ll lieu d’admettre une troisième 
ü^llace (1)? 

PAR M. BEL, MEMBRE CORRESPONDANT. 

Voilà une question que les archéologues peuvent décider et que Ton 
nous dira bien osé de poser, après les discussions et les recherches 
sérieuses qui ont été entreprises pour la résoudre. D’un côté, nous 
voyons le deuxième César de la France se prononcer, après de savantes 
discussions, pour S'*-Rcinc, de l’ancienne Gaule; dcTautrc, le savant 
Delacroix, de Besançon, au secours duquel accourt un prince fort com- 
pétent en matière d’archéologie , le^uels prétendent que l’Alaise du 
Doubs est la véritable Alesia do Vercingétorix. L’affaire a donc été 
plaidée en instance, puis portée en appel, et la science passe pour 
avoir confirmé le premier jugement. Me serait-ce point ici la fable de 
l’huitre et des plaideurs ? En effet, si, ni Sainte-Reine de la Gaule , ni 
Alaise du Doubs, ne sont pas la véritable Alesia^ l’Alièzc du Jura, que 
l’on trouve écrite Alesia dans les anciennes chartes, ne pourrait-elle 
prétendre à riionocpr ou au malheur d’avoir été détruite par le premier 
des Césars? C’est ce que nous allons risquer d’établir. 

(I) Depuis le travail do notre honorable corrospoodant, il a paru dans VOpinion nationale un 
article qui rovendique pour Chambéry cl scs environs, l’honnour d’avoir élù le deniicr refuge do 
rindépendonce gauloise. 11 faudrait intituler l’essai de 4t. Bel : N’y aurait-il pas lieu d'admettro 
«ne quatrième AKzc? 


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- .‘Î8 — 

Alièze est sur une colline fort élevée, dont un vefsant regarde 
rOrienl, et domine une plaine étroite longue d*cnviron trois mille pas 
de longueur, soit cinq kilomètres, entre des collines d'égale élévation, 
admodùm edito loco,.., circiter milita passuum tria in longitudinem..,, 
pari altitudine fastigio,,.. quœ pars collis ad orientent soient speciabat, 

11 se livre d'abord dans celte plaine, de trois milles de long, un san~ 
glant combat : meà planilie, quam intemiissam collibus trium passuum 
in longitudinem patere, demonstravimus. Mais le combat ne pouvait 
' avoir lieu dans cette plaine que dans la partie sud où elle s'élargit assez 
pour une pareille alTaire, et où existent des tumulus dont il va être fait 
mention. 

Tout eda est parfaitement applicable à Alieze du Jura, aussi bien 
qu’à Alaise du Doubs. Peut-on en dire autant d’ Alise Sainte-Reine? 
On nous objectera sans doute les deux ruisseaux, (lamina, qui coulaient 
devant Alesia; mais au raidi d’Aliéze cl sur le territoire de celle com- 
mune, existent encore cl le réservoir et les ruines d'un ancien moulin, 
et le fond de l'étroite plaine est semé de boîlards ou enlonnoirs qui 
attestent là un ancien courant on ruisseau qui se rendait dans la plaine 
du Vernofs, laquelle commence à environ deux kilomètres d’Aliéze, et 
où l’on voit encore, dans la partie de celte plaine appelée Magne, neuf 
tumulus, non loin de Céseria et du petit lac voisin, nommé dans les 
chartes étang d’écue//e, sans doute à cause de sa configuration, et prés 
duquel ont été mises au jour nombre de pierres lumulaMres. 

En faut-il davantage pour atleslcr que dans cette localité s’est livrée 
une bataille sanglante? La colline de Sainte-Reine peut-elle être dite 
fort élevée et doraine-t-cllc une plaine resserrée par d’autres eolKncs 
d’égale hauteur? Et puis les soldais Germains qui jouent un si grand 
rèle dans le siège d’Alesia, ne doivent-ils pas faire conjecturer que cet 
oppidum devait être plus voisin de la Germanie que Sainte-Reine? 
Comment, d’un autre côlé, Vercingétorix pouvait-il dire qu’il attendait 
les troupes auxiliaires de la Gaule, auxilia Galliœ expeclare, s’il se trou- 
vait dans la métropole de la Gaule? Aux faits qui précèdent et qui mili- 
tent en faveur de l’Alezia du Jura, nous joindrons les suivants ; 

1® Et d’abord est-il à croire que Vercingétorix, qui avait appris sur- 
tout à Gergovia, ce que pouvaient les Romains, eût cru pouvoir leur 
résister et les vaincre dans une région aussi peu accidentée que celle 
ou est situé Sainte-Reine? 

2° On voit encore cniiei*s quatre des sept puits romains, à Poids-dc- 
Fiole (poids, en patois du pays signifie puits). Ces puits, dont trois ont 
été comblés depuis peu par la coinmime, ont été creusés dans le sol sur 


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— 39 — 

tiDC supeiiicic d*â peu près six ares. Ils sont larges, profonds, et à un 
kilomètre environ, d* Al ièze. Comment en expliquer la nécessilé, à moins 
de deux kilomètres de la source perenne de la rivière la Torraigne et 
de la prairie marécageuse du Vernois, que ce courant traverse dans 
toute sa longueur, et où, dans les plus grandes sécheresses, on ren- 
contre partout Teau à 33 centimètres de profondeur? Ne serait-ce pas 
que ces puits étaient nécessaires à faire subsister une armée nombreuse, 
qui s’attendait à rester longtemps sur les lieux? On n’avancerait è rien 
en disant que cet endroit était une halte ou étape de la voie stratégique 
de Lyon à Besançon ; car cette route, dont on voyait encore naguère 
des tronçons dans les bois de Moulone et de Senai, longeait la Torrai- 
gne et la plaine du Vernois, où l’eau. est en surabondance. Objectera- 
t-on ensuite que ces puits étaient aussi nécessaires h la circulation de la 
grande voie de Genève à la ville d’Entre et à Lons-le-Saunier, cl de là 
au cœur de la Gaule? Mais les voyageurs et les troupes qui la prati- 
quaient, traversaient et la rivière d’Ain, au Ponl-de-la-Pylc, cl le ruis- 
seau intarrissable de la Tour-du-Meix, et rencontraient tout près de 
la source de la Torraigne , les fontaines abondantes de l’Heute , à un 
demi-kilomètre de ces puits. 

De tout ce qui précède et des grandes batailles qui se sont livrées 
dans la plaine d’Alièze et celle plus large du Vernois, concluons que, 
si Alièze n’est pas l’Alesia de César et de Vercingétorix, ce village oc- 
cupe une position qui mérite d’être explorée. 

Si celte exploration avait lieu, ceux qui seraient chargés de la faire, 
à supposer qu’ils fussent sans aucune prévention, ne manqueraient pas 
de dire que l’aspect des lieux, tels qu’ils sont aujourd’hui, ne permet 
point d’admetti*c notre supposition. Comment expliquer l’existence des 
forets qui recouvrent la colline sud-est qui sépare les puits de l’étroite 
plaine, et celle des bois qui enserrent le village d’Alièze, forêts et bois 
dont il n’est fait aucune mention dans les commentaires? D’une ma- 
nière bien naturelle, et qui est applicable à l’état actuel d’Entre et du 
Pont-des-Arches, état désolé et si différent de ce qu’il fut, et cet état 
est commun à tous K's emplacements de villes ruinées depuis bien des 
siècles. 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 

La Vie et V Œuvre de Charles-Frédéric Gerhardt, suivies de 
notes et de développements relatifs aux doctrines unitaires. 

Cet ouvrage sc compose de trois parties : la première, consacrée au 


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^ 40 — 

ieveloppemenl du titre énoncé; la seconde relative à quelques-uns des 
travaux du biographe lui-méme; la troisième trace à grands traits 
riiistoriquc de quelques savants» illustres dans celle branehe des con- 
uaissanees de la nature. 

I 

Charles-Frédéric Gerhardl est une preuve, entre tant d'autres, de la 
puissance irrésistible de la vocation dans les âmes fortement trempées. 

à Strasbourg le 21 août 1816, après ses éludes classiques au sémi- 
naire protesiant dé celle ville, il fut placé, à Tage de 15 ans, à l’école 
polytechnique de Calsrube. C’est là que se développèrent scs goûts tK)ur 
la chimie, aux leçons du professeur Walchner. 

A la sortie de cc cours, son père, Samuel Gcrbardt» l’envoya à Tins- 
ii tut commercial de Leipzig, dans l’intention de lui confier plus tard la 
direction d’une fabrique de produits chimiques qu’il possédait aux cn- 
^ virons de Strasbourg. En bon fils, le jeune homme obéit, mais bientôt 
l’énergie de Taptiludc l’emportant sur le désir de se soumettre à la 
volonté paternelle, laissant là la comptabilité, il se remit à la chimie et 
à la poursuite ardente des arcanes de cette science. 

Vainement donc à son retour, le projet de gestion d’une usine enlro- 
prit-il de se réaliser, refus formel ; vainement, comme pis-aller, la pro- 
position d’essayer au moins des voyages de commerce; après ono 
tentative éphémère , il se lassa bien vite de cet emploi, et pour ne pas 
s’^exposer à de nouvelles instances» il s’engagea dans un régiment do 
lanciers en garnison à Haguenau (fin 1835). 

Le service militaire ne pouvait pas davantage convenir à scs goûts et 
à ses besoins de recueillement. S’étant acheté un remplaçant, il se rendit 
à Giessen, où professait le savant chimiste Justus Liebig, et aprç^ avoir 
suivi pendant trois années renseignement de ce maître célèbre» muni 
des grades universitaires de l’Allemagne, il vint à Paris» devancé qu’il 
y était par la réputation d’importants mémoires; parfaitement accueilli 
de MM. Dumas, Thénard et autres sommités scientifiques, grâce à des 
leçons de chimie et à la traduction des ouvrages.de Liebig, il lui fu| 
permis d’y vivre dans une complète indépendance. Cependant» sur 
l’avis de scs protecteurs, il se décida à passer l’examen du doctorat, et 
l’éclat de sa thèse lui valut immédiatement sa nomination à la chaire de 
chimie de la faculté des sciences de Montpellier. 11 l’occupa huit années 
durant , intervalle où il se maria avec M*^® Jane Megget Sanders , fille 
d’un médecin d’Edimbourg , union qui précéda de quelques mois sa 
réconciliation avec son père (milieu 1844). C’est aussi la date de la 
publication de son Prm$ de Chimie.organique. 


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~ 41 — 


Quatre ans après (avril 1848), Gerhardt se rendit à Paris pour y 
prcodre coonaissance des travaux de son collaboraleur et ami, Auguste 
Uorent, relatifs comme les siens à la diffusion des idées unitaires. Il 
t’avait soUieité qu’un congé , mais à l’expiration du délai, il ne put se 
réboudra à s’éloigner de la capitale , milieu qu’il jugeait nécessaire à 
lépanouissemcnt et à la consolidation de scs théories ; et ayant donné 
Si démission, éjn attendant une position officielle, il se mit à écrire. Il 
publia bientôt^ sous le titre d'introduction à l'étude de la Chimie par le 
$§$lème unitaire^ une exposition des principes fondamentaux de sa doc- 
trine, et pour mieux la propager, il ouvrit, en 1851, une école de chi- 
mie pratique et d’initiation à la science régénérée. En même temps, il 
composait la plus grande partie de son Traité de Chimie organique ^ 
vaste travail en vue du prix Jecher (récompense annuelle de 10,000 fr. 
accordée à l’onvrage le plus utile aux progrès de la chimie organique), 
et qui bien certainement eût conquis, ainsi que la preuve en a été four- 
me depuis, les suffrages de l’Académie, sans l’invincible répugnance 
ôn corps constitués, scientidques ou autres, à sc prononcer pour toute 
ionovalion tant soit peu hardie. 

11 ne fallait rien moins que ce déni de justice pour engager le chef 
de l’école unitoirc h accepter loin du centre et du foyer de la science, 
même au lieu natal , la double nomination de professeur à la Facuté 
des sciences et à l’école de pharmacie de Strasbourg (janvier 1855). 
Ces deux cours eussent sufû aux ardeurs d’une activité plus qu’ordi- 
naire, mais chez lui le zèle l’emporta sur la prudence ; à peine sorti de 
la rédaction en commun avec M. Chancel de deux traités d’analyses 
ehiniîqaes (analyses quantitative et qualitative), il se remit à la compo- 
sition de son traité de chimie organique et à la reprise de ses travaux 
de laboratoire. 

Mais ici admirez : retour soudain de la fortune ! rassurée par la dis- 
tance, l’envie ayant cessé de le poursuivre, titres et encouragements 
vinrent l’assaillir : élection de membre de la Société royale de Londres, 
de membre correspondant de l’Institut de France, actes nombreux d’a- 
dbésion n ses doctrines, de la part des chimistes les plus autorisés en 
praltqne et en enseignement, etc. 

Celait trop lard : consumé par des veilles opiniâtres, épuisé par les 
labeurs du corps, et plus corrosives encore, les souffrances de l’éitic, 
dans ses luttes incessantes pour la prédominance d’un système qui 
D attendait que sa lin pour être proclamé juste et vrai, Gerliardl suc- 
comba h la peine, et comme enseveli dans son triomphe, il expira le 
19 août 1856. il modirait ainsi à 40 ans, victime et martyr <le son amour 


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— 42 — 


pour la scieuce, cet amour désiotéressé et sublime entre tous. Sur une 
existence de 40 ans Tédification d*un pareil monument, mais monument 
stérile pour les siens. 

Sanglante ironie du sort ! Elle eut du moins pour cfTct de dessiller 
les yeux et d’inspirer une idée féconde et salutaire. 11 ne laissait pour 
toute richesse à sa veuve que les trois enfants nés de leur union. 11 
fallait y pourvoir, il fallait de toute nécessité, au nom de la décence et 
des plus simples notions de justice, corriger celte monstrueuse iniquité 
de la destinée. Alors s’offrit à la reconnaissance publique la pensée de 
créer la Société de secours des amis des sciences^ association bienfaisante 
en faveur de ces hommes qui, préoccupés uniquement de la grandeur 
du but, oublient de songer à leur avenir, et dont l’entrée en exercice 
fut inaugurée par l’assurance h la veuve et aux orphelins d’une pension 
aussi convenable que légitime, ajoutée aux dons pleins de munificence 
du Ministère de l’instruction publique. 

Ainsi des choses de ce monde : aujourd’hui la ciguë et demain une 
statue; le calvaire la veille, des autels le lendemain ; un grand homme, 
quoi qu’il fasse, n’est grand qu’ après sa mort. Est-il à plaindre? Non 
certes, son lot est encore le plus enviable. En rémunération des négli- 
gences, ou même des persécutions d’un présent fugitif, son nom, légué 
aux âges futurs, conquiert une durée impérissable dans l’immortelle 
consécration de la postérité. 

Il 

M. Fernand Papillon nous pardonnera de ne pas le suivre dans la 
seconde partie de son œuvre, partie purement technique et destinée 
aux savants. 11 sait que l’espace nous est mesuré, et bien restreint le 
cadre où il nous est permis de nous mouvoir. Au lieu donc de parcourir 
avec lui la longue liste des ouvrages du génie dont il s’est fait l’his- 
lorien enthousiaste et convaincu, et les analyses habiles qu'il en a faites, 
qu’il nous suffise de transcrire le résumé de ses appréciations sur T hom- 
me et sur le maître : 


« Au moral : l’âme lu plus magnaoime, le cœur le plus sensible comme 
le plus aimant, une inépuisable énergie, et une persévérance à toute 
épreuve alimentée par son dévouement sans bornes â la science. Sous 
le rapport intellectuel, proclamation de l’esprit et de l’objet véritable 
de la chimie ; mise à jour des principes de la classification rationnelle 
des corps; création d’un symbolisme précieux qui est devenu la source 
des progrès les plus étonnants ; introduction dans la science de ce ratio- 
nalisme minutieux qui peut assurer son a>enir, et parlant, anéantissc- 


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— 43 — 


ment de cette scliolastique arriérée contre la cbule de laquelle se sont 
Tainement ligués la routine et le préjugé ; en somme, conêtitulion et 
organisation définitive d*un ensemble d’idées et de faits qui jusqu’alors 
s’était méconnu lui-même. » 

Tel a été Gerhardt, telle a été son œuvre. 

III 

NOTICES BIOGRAPHIQUES. 

Ici encore la partie historique aura plus d’intérêt pour la plupart des 
lecteurs, que des discussions sur la chimie, son objet, son but, sa portée, 
ses limites, sa méthode, scs définitions, ses types, ses substitutions ou 
métamorphoses. 

LAVOISIER. 

Le nom de cc savant, descendu dans la tombe avec une conception 
pour renfanlemenl de laquelle il implora vainement un sursis d’exis- 
tence, a quelque chose de mélancolique, et comme celui de Condorcet, 
rappelle une époque sinistre et néfaste. 

Antoine-Laurent Lavoisier, né à Paris en 1743, n’avait que 25 ans 
lorsqu’il mérita d’étre admis n l’Institut. Ayant obtenu quelque temps 
après la charge de fermier-général, il n’en poursuivit pas moins le cours 
de scs investigations scientifiques. 

Mais les plus importantes découvertes : la séparation des éléments 
de l’air; la preuve de la synonymie de la combustion et de l’oxyda- 
tion ; des aperçus ingénieux sur l’oxygène, sur la composition de l’eau, 
sur la statique chimique des animaux et des plantes, sur les avantages 
du système métrique , aucun des services du savant ne put sauver le 
fermier-général. Traduit en jugement sous le faux prétexte d’avoir fal- 
sifié le tabac, il fut condamné à mort et exécuté le 8 mai 1794. 

THËNARD. 

Louis-Jacques Thénard naquit à La Louptière, petit village en Cham- 
pagne, près de Nogent-sur-Seine , le 4 mars 1777. A Paris en 1794, 
pour y étudier la pharmacie, après bien des déceptions il se rabattit 
sur une place de garçon de laboratoire, chez Yauquelin. 

Mais le génie sait briser toutes les barrières. Dès 1799, Thénard pré- 
sentait son premier mémoire à l’Académie des sciences. Bientôt se suc- 
cédèrent la découverte du bleu qui porte son nom, le nouveau mode de 
préparation des métaux alcalins; les reefaerebes sur les éthers, sur l’eau 
oxygénée, travaux couronnés par son traité de chimie , et comme suite 
et conséquence, par les honneurs et dignités universitaires. Ainsi : 
nomination de professeur au collège de France, puis a la Sorbonne, puis 


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— 44 - 


à une chaire de l’Ecole polytechnique; admission à rinstitut, au Conseil 
des arts et manufactures ; en i82i, doyennat de la Faculté des sciences 
de Paris, et en 1825, titre de baron. 

Mais son plus beau titre de gloire est celui de principal fondateur, 
à l’occasion de Gerbardt, de la Société de secours des amis des scienceSj 
et cette épitaphe qui pourrait être gravée sur sa tombe ouverte en 
mai 1857 : 

Non ignarus mab‘, miseris succurrere disco. 

A l’école du malheur, j’ai appris à plaindre les malheureux. 

(Imitation de la maxime de la reine de Carthage, l’infortunée Didon). 

BERZELIUS. 

Jacques Berzelius naquit en 1779, àLinkœping, en Suède. Après 
avoir reçu de son perc, directeur d’une école paroissiale, les premiers 
principes des sciences, il se rendit à 17 ans a Upsal pour y étudier la 
médecine et surtout la chimie. Ses travaux sur la chimie médicale et le 
galvanisme lui valurent, en 1804, une nomination de professeur à l’é- 
cole de médecine de Stockholm, et en 1808, son entrée à l’Académie des 
sciences de celte ville. 

Créateur de la minéralogie chimique, auteur de la découverte d’un 
grand nombre de corps nouveaux , parmi lesquels plusieurs éléments, 
analyste du premier ordre, ses aperçus sur les proportions chimiques, 
son Traité sur cette science, un autre Traité du chalumeau répandirent 
sa réputation dans toute l’Europe, et Berzelius était associé depuis 
1832 à l’Institut de France, lorsqu’il mourut en 1848. 

M. DUMitS. 

M. Jean-Baptiste Dumas est né à Alais (Gard), le 14 juillet 1800. 
Après ses premières études dans sa ville natale, et des cours suivis à 
Genève sous les professeurs de Candolle et Prévost, il se rendit à Paris 
on 1821, et deux ans après il obtenait à l’Ecole polytechnique l’emploi 
de répétiteur, suivi bientôt d’une chaire à l’Ecole centrale. Ce n’était 
là qu’un faible prélude aux dignités tant scientifiques qu’universitaires 
et administratives dont nous le voyons investi, et quUl honore autant 
qu’il en est honoré. 

C’est qu’il les a conquises en quelque sorte à la pointe de l’épée ; 
auteur et précurseur de toutes les grandes théories qui ont amené la 
révolution régénératrice de la chimie, méthode, classification, substitu- 
tions, lois de nombre..., à ces investigations dons la partie philoso- 
phique de la science, l’illustre chimiste a joint de grandes découvertes 
£iu* la statique chimique des êtres organisés, sur plusieurs points déli- 


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cals de la chimie organique (alcools, amides, clc.), cl avec d'impor- 
tantes recherches de science appliquée , un grand nombre de produc- 
tions magistrales. 

Outre son grand Traité de chimie appliquée aux arts, M. Dumas a 
publié le Cours de philosophie chimique fait en 1837 au collège de 
France, un Précis de Vari de la teinture, un Précis de chimie physiolo^ 
gique, et une Leçon sur la statique chimique, rédigée en commun avec 
M. Boussingault. 

Chez lui les facultés de rintelligcnce sont ennoblies par les qualités 
du cœur, à tel point, selon le témoignage de notre savant compatriote, 
M. Pasteur, que celles-ci ont servi la science « presqu’à Tégal de ses 
immortels travaux, » comme aussi par rheurcuse alliance de la littéra- 
ture ci des sciences, elles rangent M. Dumas dans la radieuse pléiade 
où brillent les noms de Cuvier, de Fourier, d’ Ampère, d’Arago, de Biot, 
de M, Flourens, ce secrétaire perpétuel de TAcadémie des sciences, à 
qui rhomme sera redevable de savoir que s'il use modérément de l'ége 
cl des années, il a droit de par et en vertu de sa constitution même, 
à un siècle, à cent ans d'existence. 

M. LfEBIG. 

M. Justus Liebig, un des noms les plus populaires de l'Allemagne, est 
né le 12 mai 1803, à Darmstadt. A l'âge de 18 ans il fut placé dans une 
pharmacie d'Heppenheira. Il en sortit pour aller â Bonn, puis à Ërlan- 
gen apprendre les sciences naturelles. 

H vint les perfectionner à Paris en 1822, sous les auspices de Thénard, 
de Gay-Lussac. Ainsi pourvu, à peine de retour dans sa patrie, en 1824, 
M. Liebig fut nommé professeur-adjoint à l'Université de Giessen, puis 
titulaire en 1826. Il occupe aujourd'hui une chaire à l'Université de 
Munich, et l'Institut de France le compte parmi ses membres associés. 

L'enseignement de ce savant a été généralisé par des publications 
relatives â l'acide fulminique, aux alcools, aux éthers, par un Traité 
de chimie organique, une Chimie physiologique, etc., et popularisé par 
des lettres sur les parties les plus intéressantes de la science. Ces lettres 
ont été traduites par Frédéric Gerhardt. 

LAURENT. 

Auguste Laurent, l’ami et collaborateur de Gerhardt, naquit à La 
Folie, près Langres, le 14 novembre 1807. Elève externe de l’Ecole des 
mines â l'ègc de 19 ans, U en sortit en 1829 pour se rendre en Alle- 
magne, où il séjourna deux ans. Nommé, h son retour, répétiteur de 
chimie à l'Ecole centrale des arts et manufactures, Laurent fut attaché 


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— 46 — 


en 1833 à la manufaclure de Sèvres, et en 1838 il obtint à la Faculté 
des sciences de Bordeaux, une chaire qu*il conserva jusqu'en 1846. A 
cette date, ayant été élu membre correspondant deTInstilut, il vint a 
Paris, comme au centre des systèmes en présence, et plus propre à lui 
fournir des ressources dans la lutte qu'il soutenait avec la plupart des 
chimistes d'alors. En 1848, il devint essayeur à la Monnaie, mais le 
séjour du laboratoire lui ayant été interdit par les médecins, il consacra 
désormais tout son temps à la révision de ses anciens ouvrages, ou à la 
composition d'écrits nouveaux, et cela jusqu'à sa mort, arrivée le 15 
avril 1863. 

Laurent avait débuté par un travail sur la naphtaline et ses dérivés 
chlorés, et contribué grandement ainsi à l'établissement de la théorie 
des substitutions. En 1836, il mit au jour la théorie des radicaux fonda- 
mentaux et des radicaux dérivés, ou Tliéorie des noyaux. Bientôt après 
parurent ses recherches cristallographiques , scs travaux sur les déri- 
vés du phénile, ses essais de classification, etc., s’étant montré dans 
tous ses ouvrages aussi habile à saisir le principe élevé des choses, qu*à 
exercer l'art de l'expérimentation ; aussi adroit à démêler les réactions 
les plus compliquées, que patient a séparer les uns des autres les pro- 
duits auxquels elles donnent naissance. 

M. WURTZ. 

Ami et compatriote de Gerhardt, continuateur de ses doctrines, M. 
Adolphe Würlz est né à Strasbourg le 26 novembre 1817. Après des 
études médicales dans cette ville et l’obtention du grade de docteur, 
venu à Paris en 1845, il y fut nommé chef des travaux chimiques h 
l’Ecole centrale des arts et manufactures. Il avait d'abord été prépara- 
teur du cours de chimie à la Faculté de médecine, comme achemine- 
ment à la chaire de professeur dont il obtint le litre en 1851. 

La chimie doit à M. Würlz la découverte d'une nouvelle classe d’al- 
cools connus sous une double dénomination : celle des glycols, lorsqu’ils 
sont considérés comme désignant la double analogie qui existe entre 
ces composés et l’alcool d’une part, la glycérine de l’autre; celle d’al- 
cools diatomiques, lorsqu’ils sont envisagés comme exprimant ce qu’il 
y a de plus fondamental dans leurs propriétés, savoir : une capacité de 
saturation double de celle de l’alcool ordinaire. M. Würlz s’ est fait con- 
naître en outre par d'utiles travaux sur l’hygiène publique, sur les am- 
moniaques composés, sur les dérivés des glycols, sur l’acide lactique, 
etc. Il est de plus rédacteur du Bulletin de la Société chimique, et un des 
plus grands propagateurs de la doctrine des métamorphoses. 


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M. BERTHELOT* 

M. Marcelin Berthclot est né à Paris le 25 octobre 1827. Le prix 
d'honneur de philosophie qu’il obtint au terme de scs études classiques 
lui ayant révélé sa vocation, il se voua avec ardeur o Fétude des scien- 
ces naturelles, et particulièrement de la chimie. Nommé en 1851 prépa- 
rateur de chimie au collège de France , son début fut signalé par un 
trait de génie : la reproduction artificielle des corps gras neutres, dé- 
couverte qui fit le sujet de sa thèse pour le doctorat. 

Depuis, M. Berthelot a fait connaître des méthodes générales pour 
reproduire par l’emploi des seules forces chimiques, la plupart des subs- 
tances organiques : alcools, acides, éthers, etc., et pour arriver même 
à combiner directement le carbone et l’hydrogène. 

Grâce â son savant traité de Chimie organique fondée sur la synthèse, 
il est parvenu à établir une parfaite identité entre l’esprit et les mé-- 
Ihodes de la chimie organique et celle de la chimie minérale, et centu- 
pler ainsi In puissance du chimiste. 

Ces services ont fait monter, en 1859, M. Berthelot dans la chaire de 
professeur de chimie organique à l’Ecole de pharmacie de Paris. 

Considérations sur la science et les savants, à propos d'un 
travail géologique, par le même (M. Fernand Papillon). 

A la différence des autres branches des connaissances humaines qu’il 
nomme hybrides, comme n’étant qu’une complication et un mélange, le 
rédacteur du Moniteur scientifique admet cinq sciences distinctes et sui 
generü. Etages superposés, de manière que chaque échelon supérieur 
dépend du degré immédiatement subjacent. Ce sont, en partant de la 
base : les mathématiques, la physique, la chimie, la biologie et la so- 
ciologie, division empruntée â la Philosophie positive, d’Auguste Comte, 
dont l’abréviatcur se déclare le disciple. 

On voit qu’il n’est accordé dans cette nomenclature aucune place à 
la philosophie religieuse et morale ; et si le jeune auteur se permet 
d’adresser un reproche à ses chefs, ce n’est pas de s’occuper exclusive- 
ment de la matière plus ou moins organisée, uniquement du palpable 
cl â la portée des sens; ce n’est pas d’éliminer de leurs éludes les ques- 
tions de Dieu, de Tàmc et de scs destinées; c’est tout simplement de 
s’attacher aux détails plutôt qu’â l’ensemble, de négliger trop souvent 
de remonter des effets aux causes, des phénomènes à leurs lois. Mais 
quelles peuvent être ces lois, ces causes, quand on se refuse â recon- 
naître une Providence créatrice et ordonnatrice. Si la philosophie posi- 


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tive^ ainsi qu’elle se qualifie, pouvait jamais arriver à scs fins, il ne res- 
terait plus à riiumanité déshéritée de scs espérances, et convaincue de 
n’ètre qu’un misérable produit du hasard , un déplorable jouet de la 
fatalité, qu’à se laisser aller à la dérive et au courant des évènements, 
en souhaitant que la puissance aveugle, qui, sans intention et sans but, 
et dans l’impossibilité d’en avoir, l’en a tirée, la replonge au plus vite 
dans le gouffre du néant. H. -G. Cler, profaieur émérite. 


POÉSIE. 

1^0 Sacrifice 9 

PAR N. ACntLLB NILUEN, MEMBRE CORRESPONDANT. 

I 

11 est des nations qui ne peuvent mourir, 

El dont le sang ardent ne veut pas se tarir, 

Peuples martyrs par qui le ciel donne à la terre 
Un haut enseignement, une leçon austère. 

Lorsqu’au mépris du droit, un vainqueur sans pitié 
A pétri cinquante ans ces peuples sous son pied ; 
Quand, vouant à l'oubli sa victime asservie, 

Il regarde sa face et n y voit plus la vie; 

Quand sur le corps raidi le suaire est roulé 
Et que publiquement le sépulcre est scellé 
On dit : le Juste est mort ! — Il n’est qu’en léthargie î 
Il surgit tout-à-coup dans sa male énergie 
Et Lazare a brisé le mur de son tombeau. 

Ah ! ce spectacle est grand et ce réveil est beau ! 

Il fait bondir le cœur ému sous la mamelle.... 

Fort comme la Justice et renaissant comme elle. 

Le Ressuscité marche et c’est l’heure de Dieu î 

II 

La nuit est noire et froide; un grand sapin en feu 
Qui pétille en flambant au milieu des ténèbres, 
Illumine le ciel de ses reflets funèbres; 

Alentour c’est le bois et des fourrés obscurs, 

Des rangs d’arbres épais dressés commodes murs. 

Au loin tout est désert; mais dans les massifs sombres 
On croirait voir passer et repasser des ombres; 

On entend par moments un hurlement de loup. 

Devant le tronc fumant, des hommes sont debout, 


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— 4Ô ^ 

Vieillards et jeunes gens épars dans la clairière , 
Venus de tous côtés sous la même bannière 
Quand la patrie en pleurs jeta son premier cri. 
Est-oé leur chef, cet homme au visage amaigri ? 

Un lambeau rouge ceint sa tète qui sc penche, 

Sur sa large poitrine il porte une croix blanche.; 

On devine en son cœur un orage secret. 

Le voici qui s’approche, îl parle cl Ton dirait, 

— Tandis qu’à ses accents la foule est attentive, — 
Que la forêt exhale une humeur plaintive. 

III 

« Frères, rheure est venue où nous devons mourir. 
Honte à qui parmi nous, serait las de souffrir; 

Mais maudit soit celui qui voudrait vivre encore 
Et courberait le front sous un joug qu’il abhorre î 
Puisque le long tourment que nous avons souffert, 
Nos toits brûlés, nos cœurs fermes comme le fer. 

Le froid, la faite, la foi dans des jours plus prospères 
N’ont pu fléchir le Dieu qui protégeait nos pères 
Et que le sort trahit notre stérile effort. 

Il nous reste à choisir ou l’exil ou la mort. 

L’exil nous ravirait avec toute espérance 
Le seul bien qui nous reste encore, llndépendance. 
Frères, nous léguerons à la postérité 
L’imprescriptible droit de notre liberté. 

La mort libératrice est là qui nous convie. 

Qui nous endormira sur ton sein, ô patrie, 

Et qui, pour recevoir les cadavres sanglants 
De tes fils, mère en deuil, leur ouvrira tes flancs ! 
Montrons à l’univers ce que sont des cœurs d’hommes 
Et félicitons-nous, ô mes frères, nous sommes 
Libres à tout jamais, car nous mourrons demain ! 

IV 

Demain, répond la foule, et tous lèvent la main; 
Rien ne peut ébranler leur fermeté stoïque. 

Un seul reste étranger à ce chœur héroïque. 

C’est un prêtre : aux lueurs du brasier qui s’éteint, 
Sous la lune naissant aux cieux, son front se teint 
D’une errante clarté qui semble une auréole. 

Il se signe et voici que vibre sa parole : 


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60 — 


« Frères, dont si longtemps j’ai partagé le sort . 

Je me réjouissais de vous suivre à la mort. 

Hélas! cette espérance à mon âme est ravie; 

C’est un lien sacré qui m’enchaîne à la vie. 

Le jour n’est pas venu de reposer mon front, 

Vous partez, moi je pense à ceux qui resteront. 

Le devoir nous sépare : adieu donc, ô mes frères ! 

A vous la fière mort, la fin de vos misères , 

A moi la vie amère et la captivité. 

Tandis que vous verrez la céleste cité. 

Vos amis, vos parents et vos enfants peut-être, 
Laissés à la merci d’un implacable maître, • 

Hans les steppes déserts oü l’exil les attend, 
Sentiront palpiter leur cœur en m’écoutant. 

Car c’est là que, l'œil morne et l’âme gémissante. 
Je les entretiendrai de la patrie absente. 

Je dirai votre mort. Dans les cieux désolés, 

Le soir lorsqu’au milieu des pauvres exilés 
Je verrai sc lever l’astre qui nous éclaire. 

Nous croirons que d’en haut votre ombre tutélaire 
Descend avec la nuit et plane autour de nous. 

0 frères bien aimés, maintenant, à genoux ! 

Disons : Seigneur, vers vous notre âme pleure et cric 
Prions pour tous, prions d’abord pour la patrie, 
Pour vous à qui bientôt le repos va s offrir. 

Et surtout pour celui qui ne peut pas mourir ! » 

V 

Quand parut l’aube après l’heure de la prière , 

On vit à l’horizon poindre une armée entière 
Comme un vol de corbeaux qui croasse et s abat. 

Le signal fut donné du suprême combat. 

Prête à s’ensevelir dans sa mâle défaite. 

Le sein bouillant du feu de l’intrépidité , 
L’héroïque phalange, avec un chant de fête. 
Marcha droit à l’attaque en criant : Liberté! 

Pour les agonisants frappés dans la bataille. 

Le prêtre, lui, priait en élevant les mains, 

El les désespérés, à travers la mitraille , 

Se ruaient et faisaient des efforts surhumains. 


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— bl — 

Leur chcfles-animail de paroles vaillantes 
Et les cherchait des yeux : soudain, il se vit seul 
Tandis que, s’échappant par sept bouches béantes, 
Son sang l’enveloppait comme un rouge linœuL 

11 se souvint alors de sa mère éplorée, 

Mais sans faiblir, leva son glaive aux quatre vents. 
Invoqua Dieu vengeur de sa cause sacrée, 

A la fois attesta les morts et les vivants. 

Ces grands morts immortels que l’histoire renomme, 
Ces vivants endormis dans leur làcltc torpeur; 

Et le front calme et haut comme doit faire un homme 
Il vit venir sa fin et l’attendit sans peur! 

VI 

O terre qui, depuis plus de six mille années, 

Bois le sang des héros sans te désaltérer, 

Et qui veut chaque jour,— rudement moissonnées, 
Des victimes à dévorer, — 

Tour donner à ton ^séin plus d’ardeur et de sève, 
Te faut-il donc le fer ronge et fumant sans trêve, 
Le sang arrosant le guéret?... 

Eh bien! voici la Guerre et scs noires mitrailles ! 
Tu vas engraisser tes entrailles 
Que la Concorde appauvrirait!... 


Maudit sois-tu, Caïn, toi, meurtrier du Juste, 

Qui brisas l’anneau d'or de la fraternité! 

Depuis tes jours, la Paix n’est plus qu’une ombre auguste^ 
Un spectre à tous vents emporté.... 

Quel beau rêve ! Fermer les sanglantes arènes. 

Déposer à la fois les armes et les haines 
Comme une folle impiété; 

M’ouvrir que du progrès la lutte pacifique, 

Ne faire,— avenir magnifique,— 

Qu’un peuple ami, l’Humanité!... 


Mais faut-il qu’abjurant la fierté de son âme. 
Celui qui va mourir salue encor Cé’sar? 

Faut-il que la Pologne avec sa chaîne infâme. 
Jette son dernier souffle en criant ; Gloire au Tzar! 
Faut-il qu’avec galté la misérable Irlande. 

En râlant sous la faim, ceigne d’une guirlamU 








\ ^ 



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■f/j 



Le front d'un despote inhumain ? 

Et quand d'un guet-apens la Justice est victime, 
Doit-elle, au tyran qui l’opprime, 

Baiser le pied, lécher la main!... 

Viendras-tu, bel archange, aux yeux plus purs que l’onde. 
Douce Paix? — La Justice et la Paix sont deux sœurs, 

Et tu nous fuiras tant que tu verras au monde 
Des opprimés, des oppresseurs. 

Laisse au moins, de tes cieux, tes éternelles flammes 
Pénétrer un moment jusqu’au fond de nos âmes... 

El toi, poète, ô cœur de foi. 

Flétris, sans te lasser, flétris la loi du glaive. 

Mais quand le droit sacré soulève 
Son fer vengeur, incline-toi ? 

VII 

Lorsque le vainqueur fit le sanglant inventaire 
De ce champ où la force inique avait vaincu , 

Le dernier des héros étendu sur la terre 
Expirait en priant comme il avait vécu. 

C’était le prêtre : atteint d'une balle perdue, 

Il embrassait la croix d’un geste convulsif; 

Sa plainte avait été de Dieu même entendue : 

Tous dormaient côte à côte, aucun n’dtait captif! 

(Novembre 1864), 


BIOGRAPHIE. 

Li*liUitorlen GHEVA.UEIR. (de 

PAE M. MAEmSlA ^ MENBEE COEEESPONDAET. 

'Le rOle d’un historien consiste à se montrer 
impartial. 

11 est du devoir d’un historien sage, consciencieux, éclairé, qui veut, 
avant toutes choses, se concilier l’estime, l’amour, et par contre, per- 
suader la foule des lecteurs appelés à lire les pages qu’il aura retracées 
en historien plus amant de la vérité dont il doit être l’esclave, qu’amou- 
reux de la fiction; il est du devoir, disons-nous, d’une plume chargée 
de rappeler les hauts faits des grands hommes et des nations, en décri- 
vant les villes dont il a observé les lois, les usages et les coutumes, de 


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— 63 — 

montrer véhément dans une sage et prudente mesure, impartial tou- 
jours, sans jamais se passionner pour son propre pays, dont il est cnelin 
à taire jusqu’aux moindres imperfections. 

Ce reproche que l’on peut faire à plus d’un historien, goûté d’ailleurs 
des masses, mais plus particulièrement de ceux qui ne professent point 
pour la vérité ce respect incroyable, austère, qu’on aime h voir di^ns 
une plume convaincue, peut être adressé plus particulièrement è 
l'homme savant dont nous allons essayer de retracer, quoique briève- 
ment, la vie aussi longue qu’heureuse, que vinrent continuellement 
embellir des jours que né troublèrent pas même les infirmités, à l’âge 
où les glaces de la vieillesse et les rides du visage prêtent une main 
sacrilège aux maux de toutes sortes qui minent sourdement le corps en 
rapprochant davantage l’homme du tombeau. 

Né à Poligny (Jura), en 1708 (1), François-Félix Cbevauer montra 
de bonne heure ce qu’il serait un jour. 

H se fit surtout remarquer dès ses premiers ans par son goût pro- 
noncé pour l’étude des antiquités. 

Fortifié en cela par les précieux conseils et par l’exemple entraînant 
de Dunod, à la fille duquel il unit ses jours, le jeune Chevalier fit de 
rapides progrès dans toutes les branches de la science, grâce â sa persé- 
vérance infatigable, â son amour pour l’étude, â son aptitude pour une 
science qui nécessite à la fois des recherches nombreuses, parfois in- 
fructueuses, toujours arides. 

Maître des comptes à la Chambre de Dole, Chevalier eut le loisir et 
la facilité de voir et de consulter beaucoup et souvent les titres origi- 
naux que possédaient les archives de cette Compagnie, en s’entourant 
avec amour des pièces et chartes les plus précieuses pour Thistoire, qui 
étaient entassées dans les rayons des bibliolhèques de la Chambre à 
laquelle il appartenait. 

Son but, â lui, homme ardent, infatigable, intelligent cl sagace, n’é- 
tait autre que celui de doter sa ville natale de monuments impéris- 
sables comme le nom de la France, c’est-à-dire d’ouvrages enfantés à 
force de travail, de recherches , d’abnégation et de veilles, d’ouvrages ' 
utiles comme tout ce qui émanait de cette plume essentiellement virile, 
bien écrits comme tout ce qu’élaborait ce cerveau déjà mûri par la 
réflexion. 

Ce n’est pas que Chevalier produisit de bonne heure. Soleil d'avenir, 
dont les rayons pour être tardifs n’en sont pas moins vivifiants, l’histo- 
rien jurassien travaillant d’autant plus sûrement qu’il émettait Icntc- 

(t) Le jour de U naissance de cct honuueiUuslre nVst point indiqué dans sa biographie. 


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— 


ment ses idées, s’attacha de préférence à élaborer de longs ouvrages, 
en y apposant ee sceau ineffaçable dont le génie seul possède le secret, 

11 mit donc vingt ans entre ses essais et son premier ouvrage qu’il 
ne livrait à la publicité, et par contre, à l’admiration Je ses concitoyens, 
qu’apres une époque qui eût permis à dix autres plumes plus fécondes, 
mais à coup sûr nioins sérieuses et moins aguerries que la sienne, de 
composer vingt volumes. 

On vit donc apparaître au grand jour ses Mémoires sur la ville de 
Lons-le-Saulnier (2 vol. in-4, 1767 cl 1769), œuvres remarquables à 
plus d’un titre, dans lesquelles l’auteur a réuni quelques dissertations 
sur divers points intéressants de la province de la Franche-Comté, 
qu’il présenta à l’Académie de Besançon, dont il était un des membres 
les plus assidus et les plus distingués. 

On doit encore à rhistoricn Chevalier une Dissertation sur les vohs 
romaines existant dans le comté de Bourgogne; la Description d'un mo^ 
nument découvert dans la plaine de Poligny^ appelée les Chambrettes (1); 
enfin un Discours savant sur remplacement de la ville d'OUnum ou 
Olino, que Chevalier fixe à Poligny. 

Quoiqu’cntachécs de partialité et d’exagération, ses œuvres n’en mé- 
ritent pas moins une place distinguée dans les lettres et dans les scien- 
ces, parce que, somme toute, l’écrivain se montrait moins partial par 
système que par conviction. Si sa plume a parfois dévié du sentier 
étroit imposé à l’historien qui doit avant tout être l’esclave du fait qu’il 
raconte, du sujet qu’il traite, de l’homme, de Ta nation, du pays dont il 
fait la biographie et la description, la faute n’en doit pas être imputée 
à l’homme lui-même, mais bien à son jugement qui le trahissait en le 
livrant à la critique de scs contemporains et de scs successeurs. 

Malgré cette partialité apparente chez celui dont les ouvrages sont 
encore goûtés et estimés de nos jours, comme historien et comme bio- 
graphe, Chevalier a des titres sérieux à la reconnaissance de son pays. 

De son vivant, l’homme savant qui dotait sa chère patrie de travaux 
appelés à passer à la postérité, eut peu d’amis. Les natures d’élites ordi- 
nairement n’en comptent qu’un seul, heureuses encore quand ces âmes 
sensibles parviennent b atteindre ce chiffre, qui ne peut être amoindri. 

Estimé de ses concitoyens, dont il avait entrepris l’histoire en patriote 
zélé et méritant. Chevalier, parvenu à un grand âge (2), s’éteignit dou- 
cement au milieu des siens, sans avoir connu les déboires amers de 
la vie humaine, ni éprouvé ces mille maux qui assiègent d’ordinaire 

(I) Etans son recueil d’ontiquitùs, Gaylus a inséré une mosaïque trouvée dans le mémo endroit .. 

C‘2) 11 mourut en 4800, âgé de 06 an«. 


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un vieillard,, surtout UD noble érudit, sur le point de rendre à la terre 
ses comptes d*ici-bas. 

Gloire soit rendue à rbisiorien infatigable qui consacra ses jours et 
ses veilles à enrichir les annales de son pays, en dotant la France d’ou- 
vrages utiles ! 

Gloire soit rendue k Chevalier ! Gloire soit^également rendue à la 
ville hospitalière qui Ta vu naître et grandir ! 

Gloire enfin àPoligny, qui, de tout temps, a produit des grands 
hommes dans toutes les branches, et qui, de nos jours encore, poursuit 
le cours de ses nobles et durables conquêtes en préparant aux âges à 
venir tin temple fastueux, aux fondements inébranlables, sur le fronton 
duquel nous lisons déjà ces mots écrits en lettres d’or : Sciences, Lilté- 
rature^ Beaux^^Arts, Progrès ! 


Projet de souscription pour une blstolre 
abrdg^ée de la vie de lif ^ de dliairoy* 

L'analyse de la vie de Mgr de CbafToy (1), ancien vicaire-général de 
Besançon, ancien évêque de Nimes, par un honorable chanoine de 
cette ville, lui-méme ancien coopérateur du prélat dans son adminis- 
tration, et confident de toutes ses pensées, M. Félix-Adrien Couderc 
de Latour-Lissidc, celle analyse devait paraître dans ce numéro. 

Mais la vie de M. de ChafToy, comme homme et comme prêtre, est si 
belle, si édifiante, si exemplaire, ennoblie par tant de vertus ; elle est 
si pleine de faits, mêlée à tant d’évènements; rendue si aimable, si 
attrayante par riiistoricn , bien moins porté à puiser dans les riches 
trésors de son esprit qu’aux sources fécondes de son cœur, la matière 
enfin est si abondante et remplie de tant de charmes, qu’elle a entraîné ^ 
l’abréviatcur malgré lui, et cela bien au-delà de la place qu’il pouvait 
réclamer dans le Bulletin. 

11 serait fâcheux pourtant que son travail fut condamné à rester dans 
les limbes, non précisément a cau^e de sa valeur intrinsèque, mais par- 
ce que la vie de M. de Chaffoy mérite d’être connue; que peu de lec- 
teurs prendront le temps de lire deux volumes , que peu d’autres en 
feront la dépense, au lieu qu’un opuscule, bien qu’attentif à n’omettre 
aucuns détails essentiels, est à la portée de toutes les intelligences, de 
toutes les bourses. 

(1) Deux forts volumes, dits à la gênéi-osiiC* de M. Viul, Inspecteur des Contribulioos iudir ec ce 


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— 56 — 

Le prix d^impression ne s'élèvera pas bien haut, el pourra être cou> 
vert par un petit nombre de souscripteurs. 

Je viens donc faire appel aux parents de Fillustrc défunt; Mgr de 
CbafToy est et sera l'éternel honneur de sa famille ; je sollicite la bienr- 
vcillance de MM. les ecclésiastiques, a qui j'offre, sous les auspices d'un 
savant théologien , un guide sijur, un modèle accompli ; je m'adresse 
enfîn aux âmes pieuses, qui aimeront â s'initier aux inspirations de l'iia 
des plus dignes successeurs de Flécbicr. H. -G. Clex. 

SÉANCE GÉNÉRALE DU 9 MARS iSOSw 

La séance est ouverte â deux heures, sous la présidence de M. Clerc- 
Ouihicr, et par la lecture et l'adoption du proces-verbal de la séance 
du 9 février. 

La correspondance comprend : 

Une lettre de M. Davin , conservateur de la bibliothèque de Dole, 
qui nous fhit part de son intention de créer dans le département une 
Société des bibliothèques populaires du Jura , qui serait patronnée par 
fa Société d'émulation du Jura, celte d^agriculture , sciences et arts dç 
Poligny, MM. les députés, MM. les membres du Conseil général, etc., 
et qui nous invite â prendre l'initiative dans rarrondisscroent de Poli-* 
gny, comme il l'a fait pour celui de Dole, et Ta Société d’émulation pour 
celui de Lons-lc-Snunier. 

^ De M. le docteur Bergerct, qui nous recommande Tinsertion, dan^ 
Te plus prochain numéro, de scs conseils aux vignerons. 

3® De M. Billot, professeur de dessin à Lons-le-Saunier, au sujet de 
son portrait de notre illustre compatriote, l'abbé Gerbct, de son vivant 
évéque de Perpignan. 

4® De M. le docteur de Bourilhon, médecin a Mcrs-cl-Kebir, qui a 
Ta générosité de nous proposer, pour le musée, un envoi de plantes de 
la flore algérienne. 

5® De MM. Huard, rédacteur de la Gazette de l'Empire; Marminia,. 
interprète juré près les cours et tribunaux, qui s’offrent à nous repré- 
senter â la réunion prochaine des Sociétés savantes. 

6® De M®* Raindre, de Guéret. Après des réflexions fort justes sur 
la situation délicate faite aux personnes de son sexe, douées d'instruc- 
tion, et pourvues de queîqucs idées dont l'émission leur semble utile, 
et sur le peu de faveur attachée par l'opinion â la plume substituée â 
l'aiguille, cette dame, fort hcurcuseincnt consciente de. scs bonnes ha-» 


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— 87 — 


lentioDS, consent a la publication de son travail : Le Lecteur et son Livre. 

7® De M“* Mélanie Bourotle, également de Guéret. M*** Mélanie nou» 
adresse des vers sur le Mercredi des Cendres ^ vers accueillis déjà par 
VEcIm des Provinces. 

8® De M. Chappclier, ingénieur civil, inventeur d’un nouveau mode 
d’abriter les arbres fruitiers. M. l'ingénieur veut bien nous proposer 
Tenvei de deux de ses modèles, offre acceptée avec reconnaissance. 

9® Sont déposées sur le bureau les pièces suivantes : Circulaire du 
Comice agricole de Lons-le-Saunicr. Entré dans la neuvième année de 
son existence; en possession d'un Bulletin mensuel, consacré à l’exa- 
men de toutes les questions qui intéressent de près ou de loin le culti- 
vateur, ce Comice ne demande qu’à être connu pour .voir s'élargir le 
cercle de son influence. A cet effet, le peu de publicité dont nous dis- 
posons lui est entièrement et sincèrement acquis. 

10® Circulaire du Comice agricole de l’arrondissement de Narbonne, 
développant une idée émanée de l'initiative de M. de Cbampvans, Vice- 
Président de la Société de viticulture de Mâcon ; ce Comice engage 
toutes les Sociétés viticoles à former une véritable Association, qui au- 
rait tous les ans un congrès, composé des délégués de toutes les Sociétés 
agricoles intéressées à la culture de la vigne. Cette assemblée chan- 
geant chaque année le lieu de scs séances, et d’une durée de quelques 
Jours, offrirait une exposition générale de tous les vins français. Les 
prix, consistant en médailles d'or, d'argent et de bronze, ainsi que les 
fl^is de ces expositions, seraient supportés par les Sociétés constituant 
F union des viticulteurs. Pays vignoble comme la Bourgogne et le Lan- 
guedoc, la Francbe-Coraté, et en particulier le Jura, ne peuvent qu'ap- 
plaudir à une mesure dont l'exécution aura pour effet de constater les 
rendements et les qualités des produits après les vendanges, et d’en 
fixer équitablement la vente. 

il® La plupart des feuilles agricoles recommandent comme publica- 
tions des plus utiles : 

Le Brome de Schrader, par Alphonse Lavallée. Développement du 
mémoire lu par l’auteur, le 3 février 1864, à la Société impériale d'agri- 
culture. 

Cette plante fourragère, à peine connue depuis un an, a été tout de 
suite adoptée dans l'agriculture. La seconde publication de M. Lavallée 
♦ expose avec détail la culture du Brome de Schrader, ses rendements en 
vert et en sec, en paille et en grain, sa valeur nutritive et son influence 
sur la production du lait. 

12® Le Guide pratique du yéténnaircy dic tionnaire-manuel à l’usagé 


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— 88 — 

des cultivateurs, par Ch. de Bussy, avec le concours de plusieurs vété- 
rinaires praticiens. Ce petit ouvrage, à la portée de tout le monde, a 
été rédigé sous forme de dictionnaire pour rendre plu» faciles et plus 
promptes les recherches que nécessitent trop souvent les maladies et 
les accidents subis chez les animaux domestiques. 

La vie à la campagne j journal bi-mensuel. Aucun n’est plus 
propre à arrêter l’émigration des champs vers les centres populeux, par 
le charme de sa rédaction cl les talents d’élite qui y concourent. 

14® L’ordre du jour appelle la lecture : De VHomme, étude psycholo- 
gique de M. le docteur T. Ridard, médecin de la Faculté de Paris; — 
Boutades poétiques de M. Longehamp, instituteur à Plument; — analyse 
par M. H. Cler, du premier volume de la Fie de Mgr de Chaffby, de 
Besançon, ancien évêque de Nîmes, par M. Couderc de Latour^Lisside, 
chanoine théologal de cette église . 

15® Sont proposés et nommés membres de la Société : 1* titulaire, 
M. Charles Bourgeois, propriétaire a Poligny ; 2® correspondant, M. 
Alfred Fauconnet, employé des postes à Paris. 

La séance est levée a 4 heures. 


SÉANCE AGRICOLE PUBLIQUE DU 13 MARS 1868. 

La séance est ouverte à 1 heure 1;2 par le Vice-Président, M. Clerc- 
Outhier. 

La première partie de l’ordre du jour étant : Rapport sur les Engrais 
dits artificiels, expérimentés par divers membres de la Société, le 
Seerétairc donne lecture d’une note de M. Gindrc. La lecture de ce 
travail, que nous reproduisons plus loin, est suivie de quelques obser- 
vations de M. le Vice-Président Vionnet. 

L’année précédente, M. Glorgct, de Valentin, près Besançon, fabri- 
cant de guano artificiel, avait mis à la disposition de la Société un baril 
d’engrais provenant de sa maison. Malheureusement cet engrais, a 
cause de différentes circonstances, et principalement à cause des grandes 
sécheresses, n’a pu être encore suffisamment expérimenté. L’année 
prochaine une étude plus approfondie dira s’il y a économie à l’em- 
ployer, car on sait déjà que cct engrais pulvérulent, formé de débris 
essentiellement animaux, doit produire de bons effets. 

Le malheur des engrais artiGcicls, qui ont tous pour base des matières 
azotées ou phosphatées , c’est qu’à ecs matières fertilisantes par elles- 
mêmes, on en a ajouté trop souvent d’inertes et en trop grande quantité 
au point de vue de la spéculation ; que d’une part on a trop vanté 


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— sg — 

leurs cflels, et que de l’autre on a trop exigé d’eux. 

L’avantage incontestable de l’engrais artificiel pulvérulent, c’est de se 
répandre facilement, et d’entrer plus immédiatement et plus uniformé- 
ment en contact avec la plante, à cause même de son état pulvérulent. 

La deuxième partie de l’ordre du jour était : Examen comparatif sur 
reffet immédiat des differents fumiers de ferme. Plusieurs cultivateurs 
présents ù la séance prennent port aux discussions qui s’élèvent è cet 
égard. Et après avoir passé en revue les fumiers fournis par les diffé- 
rentes catégories d’animaux de ferme, on arrive à cette conclusion : 
que chaque espece de fumier a son mérite propre ; que celui fourni par 
les chevaux est le plus riche, parce que le cheval consomme générale- 
ment plus d’avoine; cpic celui des hèles à cornes est plus aqueux'; que 
celui de mouton est plus chaud et plus fertilisant parce qu’il est moins 
mélangé de matières étrangères, paille, etc.; que celui de porcs est de 
tous le plus froid, parce que ces animaux consomment beaucoup d^ali- 
raents détrempés d’eau en grande abondance. 

Généralement, on mélange ces différents fumiers de telle sorte que 
les propriétés propres à chaque catégorie se combinant ensemble, on 
arrive à avoir un fumier de bonne nature. 

On a demandé s’il fallait laisser fermenter le fumier longtemps ou 
l’employer de suite. — Le fumier sorti de l’écurie depuis longtemps 
perd en volume et même en qualité. Seulement, il n’est pas toujours 
facile de l’employer à l’état frais. Le fumier fait, qui fermente depuis 
longtemps, perd en volume ci augmente en densité, mais au bout de 
six mois, deux voitures de fumier se réduisent à une, sans que cette 
dernière, à poids égal, vaille mieux que les deux premières. De telle 
sorte qu’il y a avantage, quand on le peut, à l’employer de suite. 

Après différentes observations, le Secrétaire donne lecture d’une note 
sur les engrais, au point de vue d’éeonomie agricole, et on passe ensuite 
à la distribution annuelle des graines. 

La séance est levée a 4 heures i;2. 


AGRICULTURE. 

Lie» Ensroia nrtillclel» et le Fumier de Terme, 

PAU 11. GINDRE, MEMBRE FONDATEUR. 

Afin de s'éviter plus tard des déceptions, les cultivateurs feraient sagc> 
vient de ne pas ajouter trop de foi aux dires évidemment exagérés autant 


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^ 60 - 

qu'intéressés d’un grand nombre de fabricants d'engrais. L'expérience ne 
tarderait pas à leur faire reconnaître qu'ils doiTent peu compter sur les en- 
grais manufacturés, et qu'il y en a qui n'ont guère plus d'efficacité sur les 
terres que n'en a, selon une Tulgaire expression, un cautère sur une jambe 
de bois. Nous avons nous-mème, en nous conformant scrupuleusement aux 
conditions et au mode d’emploi indiqués, fait usage, parait-il, précisément de 
ces derniers : à l'époque de la récolte, l’œil le plus favorablement prévenu 
aurait été fort embarrassé pour distinguer une ombre de résultat satisfaisant. 
Des amis et concitoyens avaient acheté des engrais d'une autre provenance 
que nous : comme ceux que nous avions éprouvés, s'ils avaient des vertus 
productives, c'était spécialement pour l'escarcelle de ceux qui les préparent 
ou les vendent. Bref, ces mélanges plus ou moins nauséabonds et renfermant 
plus ou moins de parties inertes, mélanges que, sous le nom d'en^at» arlf^- 
cielSt on livre à l'agriculture, perdent une large part de leurs principes ferti- 
lisants volatils par la pulvérisation et la dessication qui en est la suite, et, 
quoique vendus chèrement, valent en général moins qu'une foule de ma- 
tières que la masse de nos villageois néglige d'utiliser ou ne recueille pas 
assez soigneusement, comme les fèces humaines, les débris d'animaux, le 
purin ou lizier, les charrées, les eaux grasses, les boues, etc. 

Entre les agriculteurs qui se sont laissés prendre aux pipeaux de la ré- 
clame et séduire par de fallacieuses annonces, les plus mystifiés ont été 
surtout ceux qui ont fait emplette d’engrais liquides dans lesquels, leur assu- 
rait-on, il suffisait de faire baigner la semence pendant un laps de temps 
déterminé pour obtenir ensuite une mirobolante moisson. Pauvres dupes! 
comme le corbeau de la fable, ils ont juré leurs grands dieux, mais un peu 
lard, qu'on ne les y prendrait plus. Non bis in idem. 

Si la pratique a mis à néant la prétention toute gratuite de remplacer le 
fumier de ferme, il n en demeure pas moins acquis qu’on peut en augmenter 
la masse et la richesse en azote, en phosphates, en potasse, etc., par des addi- 
tions de matières qui lui sont étrangères. Du moment où l’industrie, dans 
des conditions aisément abordables, viendra nous dire qu’elle n’a pas d’autre 
but que d’arriver à donner plus de puissance et d’énergie aux engrais sla- 
bulaires, en même temps qu’elle en accroîtrait la quantité, alors, mais alors 
seulement, les cultivateurs craindront moins des mécomptes. Ce conscien- 
cieux langage, un honorable chimiste-manufacturier l’a tenu. Nous sommes 
d'autant plus heureux de citer son nom, que c'est un des membres de la 
Société d’agriculture, sciences et arts de Poligny. Voici comment s’exprime 
M. Rohart, fils, fabricant de diverses matières fertilisantes : 

« Vouloir remplacer le fumier de ferme est une prétention ridicule, de 
« laquelle, d’ailleurs, l’expérience a fait justice; mais il ne saurait être inu- 
« tile de prouver que l’on peut enrichir les fumiers et en augmenter la pro- 


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61 — 

« duction générale en ajoutant à ceux-ci des débris animaux qui, en défini >> 
« tive Tiennent du sol, et doivent, en bonne économie, y retourner. » 

Dans l'intérêt de nos cultivateurs, qui pourront en faire leur profit, nous 
^joutons, en terminant, que si Ton s en rapporte à des attestations aussi 
nombreuses qu’éminentes, M. Robart, en mêlant 10 à 1 5 parties de la matière 
animale qu’il prépare avec 85 à 90 parties sterco raies, doublerait la richesse 
du fumier, ce qui permettrait d'en employer un moindre poids tout en four- 
nissant au sol la même somme d’azote et de phosphates, ces aliments si né- 
cessaires à la végétation. 


OBSEBV AVIONS SUB LE BAPPOBT DE M. GINDBE, CONCEBNANT LES ENGBAIS 
" COMPOSÉS. 

Chacun comprendra la réserve qu'a mise M. Oindre, en ne désignant pas 
les engrais artificiels qu’il a expérimentés. Ces engrais ont été adressés 
gratuitement à la Société par les fabricants ou entreposeurs, dans le but 
d'en faire l'essai. L’insuccès constaté par le rapporteur ne l'a point autorisé 
à décrier telle ou telle composition dont la vente est autorisée. M. Oindre n’a 
voulu que conseiller aux cultivateurs de se mettre en garde contre cette 
profusion de réclames dont les journaux agricoles sont remplis. Comment 
croire, en effet, qu’avec un litre d’un certain liquide, on peut obtenir sur 
un hectolitre de semence de blé, le même effet que produiraient huit à dix 
mètres cubes de fumier de ferme? Quel est le cultivateur qui, laissant de 
côté toutes ses anciennes habitudes, se contentera, pour ensemencer ses 
champs, de quelques hectolitres de poussière brune dont il ne connaît pas 
même la nature? 

Notre Société n’a, jusqu’à ce jour, proclamé aucune méthode merveilleuse 
en agriculture, et elle fait sagement; car il n’est pas agréable d'enregistrer 
de ruineuses déceptions après avoir donné des conseils prématurés. 

Toutefois, en agitant cette question d’engrais du commerce, il est bon de 
faire remarquer qu’ils peuvent convenir à certains terrains et n’avoir que 
peu ou point d’effet sur d’autres. Ainsi, le Jura, dont le sol est calcaire, n a 
pas besoin de phosphates au même degré que les sols à gravier siliceux. 
Il en est à peu près de même que pour les cendres, qui sont si utiles dans 
les terrains de la Bresse, et qu’on néglige presque dans la montagne. 

Yionnet, Vice- Président. 


Culture du Riz de Cliiue. 

Le riz de Chine, riz sec, ou riz de montagne, appelé ainsi puisqu'il peut 
se cultiver dans toute terre avec autant de facilité que les autres céréales. 


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— (52 — 


Torgc, par exemple, avec laquelle il a le plus dcjrcssemblancc, soit pour la 
forme de l’épi, soit pour la barbe et le port, ce riz, dis- je, que j’ai réussi, 
à force de patience et de temps, à acclimater, se sème dans toute espèce de 
terre, et est d’autant plus productif, comme toute autre semence, en raison 
de la qualité du terrain et des soins qn’on lui donne. Sa qualité est d’autant 
plus grande, qu’il croit où le blé est de meilleure qualité; il n’offre pas plus 
de difficultés pour sa culture. 

Excortiqué, il donne plus de produit que celui du Piémont; il est plus 
farineux, ayant cru dans un sol sec. 

Ce qui prouve la qualité de ce riz, et ce qui m’a fait éprouver du retard 
pour sa multiplication, c’est que les oiseaux en sont très-friands; ils le man- 
gent au champ, à peine formé, puis les souris, lorsqu’il est rentré. 

Je crois donc, d’après mon expérience, que la culture de cette graminée 
serait d’un grand avantage pour le pays, puisque chaque cultivateur pour- 
rait, sans sortir de son travail ordinaire, avoir chez lui sa provision de riz, 
qui ne demande ni plus de culture, ni plus d’engrais que les céréales ordi- 
naires, et serait une excellente nourriture, soit pour les personnes, soit 
pour les animaux. Fourquet, 

horticulteur à DolCy membre correspond*. 


Oe l^évaluation des Fuxniera en €M>niptnl>Ilité 
n^pricole» 

PAR M. EDnOND SAtRIA , SECRETAIRE-ADJOINT. 

Certains agriculteurs se sont prévalus de la difficulté de fixer une valeur 
au fumier pour n’en tenir aucun cas dans leur comptabilité. Si on regardait 
la valeur de la paille comme équivalente à celle du fumier, et que l’on ne 
débitât les récoltes des fumiers ni qu’oa ne les créditât des pailles qu’elles 
fournissent, on suivrait une méthode qui, très-simple en apparence, n’en 
serait pas moins défectueuse; car il y a des récoltes, les récoltes sarclées, 
par exemple, qui reçoivent du fumier sans fournir de la paille. Cette mé- 
thode serait tout au plus applicable dans une exploitation où l'on ne ferait 
^ue des céréales. D’ailleurs, pour les engrais achetés au dehors, il faudrait 
en débiter les récoltes qui les reçoivent, pour le prix coûtant. Or, il parait 
«étrange qu’un produit qui possède une valeur déterminée, lorsqu’il vient 
lie dehors, n’en possède aucune lorsqu’on le fabrique soi-méme; car c’est 
bien là le résultat auquel on est conduit pour le fumier, attribué à des ré- 
coltes qui ne produisent pas de paille. Le fumier est bien certainement un 
^cs produits les plus importants pour l’agriculteur. Il possède dans chaque 
cas una valeur réelle, valeur que nous croyons susceptible d’une apprécia- 
tion trôs-rapprochée, sinon rigoureuse. 


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— 63 — 


C'est pour cela qu'il uqus semble nécessaire de tenir un compte spécial 
(les fumiers et amendements, destiné à nous donner le mouvement de ces 
valeurs et à nous en permettre la répartition. 

Ce compte se tiendra par entrée et sortie. Nous supposerons que les fumiers 
provenant de diverses catégories d'animaux se mélangent, et sont tenus tous 
ensemble au dépét, dans le tiare aux fumiers. 

Le mécanisme de la tenue des tableaux par entrée et sortie de ce compte 
est bien simple, en supposant toutefois qu'on a les moyens de constater les 
quantités de fumier fournies parles diverses catégories d'animaux. C'est là, 
du reste, un point assez délicat, et qui demande tout aussi bien que celui 
de la fixation du prix du fumier, que nous entrions dans quelques détails. 

La question des engrais présente, an point de vue du comptable, à exa- 
miner deux ordres de'faits. Nous appellerons les premiers, faits exacts, et 
les seconds, faits hypothétiques. 

Les faits exacts se rapportent à deux sortes de faits et se résument dans 
ces deux questions : 

l® Le fumier peut-il être apprécié sous le rapport de la quantité obtenue? 

2® Le fumier peut-il être apprécié sous le rapport de la valeur vénale ? 

Les faits hypothétiques sont relatifs à la répartition des engrais entre les 
différentes soles de l'assolement ; en raison de la faculté d'absorption de 
chacune d'elles et à la capitalisation des engrais dans le sol, c'est-à-dire à 
la portion des engrais qui reste dans le sol pour en augmenter la fertilité 
et par suite la valeur. 

ÉVALUATION DE LA QUANTITÉ DE FUMIEH OBTENUE. 

Nous n'évaluerons pas cette quantité parle nombre de brçuettes, ainsi 
que quelques auteurs l'ont proposé; nous croyons cette méthode trop in- 
exacte et sujette à beaucoup de chances d'erreurs, surtout lorsque les ani- 
maux appartenant aux diverses catégories de spéculation sont confondus 
dans la même étable. Gomment alors évaluer la part fournie par chacune 
des catégories et pour laquelle il faudra créditer son compte ? 

Les économistes allemands ont entrepris à ce sujet de nombreuses expé- 
riences, en prenant pour bases de leurs évaluations les quantités d’aliments 
consommés et celles de litières employées. 11 résulte de la comparaison des 
résultats auxquels ils sont arrivés, que la quantité de fumier produite est 
égale à la somme des aliments consommés, ramenés au foin, et de la litière, 
multipliée par un coefficient dont la valeur moyenne se rapproche de 2 et 
. la valeur maxime de 2,3. Ils prennent pour terme de comparaison un fumier 
qu'ils nomment normal, et qui, à l'état de décomposition le plus convenable, 
renferme une quantité d’humidité déterminée. Ce sera cette méthode que 
nous emploierons, en modifiant toutefois les coefficients, selon la nature 


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64 — 


des animauï. Nous contrôlerons ensuite la quantité ainsi obtenue par le 
cnbage direct du tas de fumier. — Entrons dans quelques détails relativement 
 ces calculs. 

(A suivre-). 


DONS. 

Il est offert à la Société , par ; 

Son auteur, M. Adolphe Huard : Mémoires sur Marie- Anloinetle, 

M. Giratjd, Président du tribunal civil de Niort : 

Deux exemplaires du Bulletin de la Fraternité, 

Les Académies ci-après : 

Mémoires de la Société littéraire de Lyon, année académique 1861-1862 ; 
de la Société dunkerquoise, 1862-1864; — de la Société des sciences natu- 
relles et médicales, tome 7®, 1861-1862, tome 8«, 1862-1863; — de la Société 
académique de Maine-et-Loire, 15® et 16® vol.; — Journal d’agriculture de 
la Côte-d’Or, 1 vol.; — Bulletin de la Société d’histoire naturelle de Colmar, 
4® année. 

M. le docteur Jules Guyot : 

Son rapport à Son Exc. M. Armand Béhic, Ministre de l’agriculture , du 
commerce et des travaux publics, sur la viticulture du Nord-Est de la France, 
2 vol. 

Le Ministère de l’agriculture, du commerce et des travaux publics, 
Société impériale et centrale d’agriculture : 

Exposition générale des produits de V horticulture employés dans lejardi^ 
nage, devant avoir lieu dans le palais de l’industrie, aux Champs-Elysées, 
du 30 juin au 3 juillet. — Société pour l’instruction élémentaire libre : 
Création d'un enseignement primaire libre. 

Le Ministère de l’Instruction publique : 

Distribution des récompenses accordées aux Sociétés savantes, le 2 avril 
1864. 

M. Achille Marminia, interprète juré près les Cours et Tribunaux, auteur 
du Génie du Sacerdoce : De Vinjustice des patrons et des chefs d' établisse- 
ment, en matière de salaire et d'appointements, 

M. Frédéric Billot, membre de la Société de géographie de France : 

Notice sur M, Berlandier et se^ voyages dans l'extrême Orient. 


ERRATA DU \ (1865). 

Page 29, ligne 14, vicieuses; lisez : vi reuses. 

' > W. ‘ id. 28, caniculé; /wr- : corniculé. 

, POLIGNT, IMP. DE MARBSCIIAL. 


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— B5 - 
IHSTOiRfi. 




W ‘^^n- A" 


Notice sur le tremblement de terre d*< 
en 






PAR LE DOCTEl^R Tit «ÔURfLHON, WEVBRE CORRESPO^iDANT. 

(Suite et fin). 

IV. — ABANDON DE LA VILLE d’ORAN PAR LES ESPAGNOLS. 

Après la terrible catastrophe dont nous venons de reproduire, avec 
des couleurs trop pAles, les scènes de désordre cl de deuil, grande fut 
l*épouvante dans la ville d*Oran! La garnison h moitié détruite, ses 
fortifications offrant *des issues do toutes parts , les munitions perdues, 
tes hôpitaux écroulés, Fennemi autour des murs cl le découragement 
partout ! Voilà la position de la cité après les désastres qui précèdent. 

Le dey d’Alger, Mohamed-ben-Osman , après la nouvelle, ordonna 
au bey de Mascara, Mohamed, d’enlever la place aux chrétiens. Mais ce 
dernier apercevant dans le port de Mers-el-Kebir de nombreuses voiles 
au mouillage, ayant amené des renforts, rentra dans sa capitale après 
un mois de tentatives inutiles. Il revint au printemps, passa tout Fétë 
sans résultat, et fuft repoussé, malgré scs vigoureuses attaques, le 23 
juillet par les gardes Walloncs, commandés par le chevalier de Torcy, 
qui reçut dans celle affaire neuf blessures et perdit deux cent soixante- 
six hommes. 

» 

Le 17 septembre FassautTut terrible, mais encore sans résultat; Q 
était dirigé contre le fort Saint-Philippe; enfin le 18, après deux heures 
d’un combat acharné , le bey Mohamed fil sonner la retraite et obtint 
la permission d’enlever ses morts. — Repoussé sur trois autres points, 
tl «c replia sur Mascara, où il prit ses quartiers d’^hiver. 

Le roi d’Espagne, ‘Chades lV, prince pusillanime, fit alors des ouver- 
tures au gouvernement d’Alger pour traiter pacifiquement de la reddi- 
tion d’Oran, place qu’il ne sut pas conserver à l’Espagne, et d’où ses 
armées ne pouvoTcnt sortir sans être écrasées parles infidèles. L’orgueil 
espagnol a dû rougir bien des fois, mais ce peuple allier n^a jamais 
avpué avoir été vaincu , et encore aujeurdThui nous entendons souvent 
dire aux gens de cette nation , qui viennent mendier chez nous : i< Vous 
êtes ici chez la reine d’Espagne. » Mais racontons sans médire. 

L’hiver se passa en négociations et en escarmouches. Le commandant 
de la Brigitte, capitaine Guinbarda, envoyé à Alger, n’arriva à aucun 
résultat satisfaisant ; le dey voulait la reddition dos deux places , Oran 


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— 66 — 


et Mcrs-el-Kcbir, sans condition. — La mort de Môliamcd^n-Osmant 
12 jnîHet 1791, coupa court à tontes ces difficultés, et son successeur, 
Aü-Abou-Assan, signa le traité suivant, le 12 septembre de la même 
année. 

Le dey accolait qu'un comptoir espagnol, semblable à Fancienne 
association française de la Galle, s’installât dans lea environs de Mers-el- 
Kebir, moyennant un versement annuel de cent-sept mille petits rïals 
ou pataquès chiques d’Alger, soit ccnl-vingt mille francs de notre 
monnaie ; 

2^ 11 permettait la pécbc du corail tout le long des cdtcs de Touest; 

3° Les Espagnols auraient le droit d’acheter mille charges de blé par 
année, au cours ordinaire du pays, sons augmentation de tarif, et sans 
que le bey pût modifier la limite du prix de celte denrée; 

4** Tout navire espagnol qui moirillcrait à Mcrs-el-Kebir ou vien- 
drait toucher a Oran, serait passible d’un droit de cinquante-cinq petits 
riais, dont quarante devaient entrer dans la caisse du dey ; le kaîd de 
Mers-cl-Kcbir percevrait les quinze autres; 

5^ Par concession spéciale, Faccés du port de Mers-cl-Kebir serait 
permis aux commerçants espagnols, à l’exclusion de ceux des autres 
nations ; 

6<^ Les troupes musulmanes devaient sur-le-champ cesser les hosti- 
lités et débloquer la ville ; 

7" Les places de Mers-el-Kebir et d’Oran seraient rendues immédia- 
tement après la signature du traité, dans le même état où elles se trou- 
vaient lors de la prise de 1732, sur Bou-Chclaghram, parle comte-duc 
de Montemar, c’est-à-dire avec les forts qui existaient à cette époque, 
tes cent et quelques pièces d’srtillcrio dont ils étaient armés et tous les 
canons de fer ; 

11 était laissé aux Espagnols la faculté de démolir, s’ils le jugeaient 
convenable, les ouvrages défensifs postérieurs à la reprise de 1732; 

9 ^ Le premier janvier suivant était fixé pour la limite extrême donnée 
à l’évacuation totale. 

La saison fixée pour l’abandon de la ville devenant trop mauvaise 
pour l’embarquement, le gouverneur demanda un délai qui lui fut ac^ 
cordé. Le 10 janvier 1792, le bey de Mascara envoya a Oran son fils 
Osman, qui lui rapporta les clefs de la ville et des vases remplis d’éaa 
recueillie aux fontaines publiques; le tout fut envoyé à Alger, et de là à 
Constantinople, où régnait alors Sélim-ben-Mustapha-Khan. 

Enfin, le 6 mars, Mohamed, placé sur les hauteurs qui dominent Oran, 
put voir les chrétiens montés sur les navires qui devaient les ramener 


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-67- 

dans leur pays. AussitAt de nombreuses salves d’arUllcrie se firent en- 
tendre et portèrent au loin la nouvelle de ce départ; les étendards sont 
déployés* et IColMined s’avance plein d’orgueil au mHieu des élameurs 
et des chants de victoire ! Ornn lui ouvre scs portes* et le croissant du 
prophète fit son entrée solennelle dans cette ville, le sixième jour du 
mois de aedjeb, Vm iS06dc l’iiégiao (dmars 1798 J.-€.) 


REVUE BIBUOGRAPHTQUE. 

tettres sur les Roches du Jura et leur distribution géogra- 
phique dans les deux hémisphères, par Jules MarcôU. 

La remarque en a été ïaitc depuis longtemps : sous le rapport du 
«uceés, il en est des livres comme des hommes, ils ont leurs destinées* 
ÂabetU $ua fata libûUi. Parmi les mortels, il en est de privilégiés, favor 
vis du sort et de la fortune , qui n’ont besoin que de naître pour voir* 
dès leurs premiers pas, s’ouvrir toute large la carrière, empressée 
<Iu’eUe est, sans attendre leurs désirs, de leur jeter en pâture les postes 
4|u’il leur conviendra d’occuper sur les degrés de l’échelle sociale. A 
J’eneontre et â l’opposito, il s’en trouve de pauvres déshérités, marqués 
ou front de je ne:sais quel sceau réprobateur, et devant qui, àlcur pror 
sniers mouvements en avant, l’arène sc place en^ travers^ toute hérissée 
d’éeueils et d’obstacles, heureux, après de$<cfforts inouia, à la faveur 
A’iuie fente imperceptible, de s’y glisser et de se blottir, obscurs, dans 
quelque coin ignoré. 

Ainsi des productions de l’esprit.: tel drame tapageur et bruyant, 
èedé en une année, vn faire rage, en porter le faiseur aux nues, et pu- 
hher son nom aux quatre vents des cieux par toutes les trompettes do 
la renommée, £t unemuvre sérieuse, patiente, de longue haleine, fruit 
de.vetllet paolongées, et comme les discours de Démoslhènes, sentant 
l’huHe ; une oompositkm nchetéc au prix de remploid’4ineiu)table par- 
tie deTexhtence* parla nécessité de parcourir le globe en tous sens^ 
fd’en étudier les divers idiâmes, de se mettre en rapport avec les hafbi- 
Aanta de tonies les zônes^t de toutes les latitudes, aura peine, avec 
looied ces eonditions, de franchir le cercle infiniment reatremt de quel- 
fqiies connaisseupe d’élite et 'compétents. 

TeUc csl rhistoire^de l’œuvre dont il s’agit, œuvre d’un vaste savoir 
«et d’une incalculable difficulté, dont lauteur est à nos portes, àSalina, 
cctie ville si fécoodb en hommes insiruits, et dont IcxQllègc, de mon 


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— 68 — 

temps, par allusion au nombre des sujets acquis à l'ensei^emenl, avait 
mérité le nom de petite Ecole normale. — L’ouvrage de M. Mareou , 
notre compatriote et correspondant, n’est pas encore entré dans le do- 
maine de la grande publicité. 

La matière, objet de ce travail, n’est pas étrangère aux lecteurs du 
Bulletin : elle y a déjà fourni un grand nombre d’articles sous la pliiine 
de M. Pidancet. Mais tandis que l’étude de notre honorable ex-secré- 
taire se bornait au Jura proprement dit, c’est-à-dire à la chaîne qui 
traverse le département de ce nom, ci ceux du Doubs et de la Haute- 
Saône, au Jura franc-comtois, l’étude du savant géologue salinois em- 
brasse le globe tout entier : terres, mers et animaux aquatiques. Ici, le 
mot Jura n’est pas une expression particulière à un groupe de monta- 
gnes, mais la désignation des qualités d’un terrain, le terrain jurassique 
qui va se ramiûant jusqu’aux extrémités du monde connu. 

Notre Jura n’est donc que le point de départ d’une exploration uni- 
verselle, faisant suite aux Recherches géologiques sur le Jura salinois, 
publiées en 1848, le début d’une excursion au centre et tout autour de 
notre planète, non-seulement telle qu’elle existe aujourd’hui, mais dans 
son état présumé avant le déluge. Le voyageur, dont les hottes portent 
encore les traces des boues allemandes, suisses, italiennes, françaises, 
anglaises, canadiennes, missouriennes, texiennes, mexicaines,^ califor- 
niennes, etc. , a reproduit, pour nous aider à le suivre en Europe, en 
Afrique et en Amérique, l’empreinte de ses pas sur des cartes représen- 
tant le Jura dans les deux hémisphères, c’est-à-dire des cartes du globe 
à l’époque jurassique , montrant la distribution des terres et des mers, 
et sur des cartes de géographie antédiluviennes et des cartes de géo- 
graphie zoologique. Des tableaux nous fournissent toutes les notes 
explicatives désirables. Annexés aux descriptions, ils nous permettent 
de suivre les progrès accomplis , tantôt dans les classifications mieux 
entendues , dans les termes mieux choisis, les définitions plus exactes, 
les expérimentations mieux conduites; tantôt dans l’agencement des 
étages supérieur, moyen, inférieur; et, par le rapprochement des 
groupes, dans la distinction plus marquée des calcaires, des marnes, 
des schistes, des grès; ou bien dans l’ordre mieux compris des strates 
jurassiques et des fossiles qui y sont renfermés, au Jura frane-comto», 
et l’évaluation de l’épaisseur totale des strates (338 mètres), dans la 
comparaison de ces strates et de celles de l’Angleterre ; ou bien encore 
dans la constatation des synchronismes du lias dans le nord de la France 
et dans le Luxembourg. 

Une introduction placée en tète du volume avait commencé par nous 


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rendre cdnipie du choix fail de la forme épi^tolaire, choix justifié par 
le désir complexe de dépouiller la science de ce qu’elle a de sec et d’a- 
ride 9 d’entrer dans des détails peu compatibles avec un traité fait ex~ 
professa y et d’apprécier plus librement les devaneiers ou contempo- 
rains engagés dans la même voie, notamment pour le contredire, avec 
la modération convenable, l’auteur de l’histoire des progrès de la géo- 
logie, M. le vicomte d’Archiac, et pour le faire valoir, un savant anglais 
pas assez connu, William Smith. 

Enfin, s’il était convenable, en face du sublime spectable de la na- 
ture, d’abaisser le langage au niveau du vocabulaire prosaïque des vul- 
gaires appétits, il ne serdt que juste d’affirmer qu’il s’est offert peu 
d’occasions à la géologie de convier les gourmets de scs produits à un 
gala plus délicieux et plus complet. 

Pour continuer la métaphore, il leur sera servi comme dessert, une 
notiee du même auteur, extraite du Bulletin de la Société géologique 
de France, savoir : une reeonnaissanee géologique au Nebraska, territoire 
en Amérique, limité k l’est par les Etats d’iowa et du Missouri ; au sud 
par l’Etat de Kausas; à l’ouest par les territoires de Cdorado et 
d’Idaho ; et au nord par le territoire de Dakota. Et aujourd’hui que la 
vapeur donne des ailes, elle les aura bientôt déposés, soit au débarca- 
dère de Nebraska-City, soit à la section du Bluff, à Plattesmoutb. 

Ainsi, le pour et le contre, en géologie, comme on vient de l’insinuer, 
entre MM. Marcou et d’ Arcbiac. Ce n’est donc pas seulement en religion, 
en philosophie, en politique, qu’il existe un choc, un conflit d’opinions 
et de sentiments; du monde matériel, non moins que du monde moral, 
il a été dit que Dieu l’avait livré à la dispute des hommes : tradidii deus 
nrnndum disputaîiom eonm. Pas de spectacle plus triste et plus humi- 
liant que ce feu croisé d’affirmations contradictoires dans les jugements 
de la créature raisonnable, elle si fière pourtant de la supériorité de son 
intelligence sur eelle des animaux, supériorité qu’elle exagère afin d’en 
tirer le droit exborbitant de les exploiter, de les opprimer jusqu’à la 
violence et la cruauté. Encore, si ce désaccord ne régnait que dans les 
régions transcendantes de la métaphysique; mais il enveloppe de ses 
doutes les objets même à la portée des sens, visibles à l’œil et palpables 
au toucher. Au seuil même de la physique se dresse une question inso- 
luble, et un grain de sable va mettre l’entendement en déroute. La ma- 
tière est-elle divisible ou non , à l’infini ? Non , dit le mot grec atome, 
c’est-à-dire insécable (1); oui, répond l’imagination, car, si minime que 

(I) De t priTAtil, et de ttmno, couper. 


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Ttf 

soie une molécule, alors ménequ'eye échappe à notre aeüoo et à no» 
instrumento, on la conçoit susceptible d’une nouvelle rédociion. L4S 
chimie ne pouvait doi^ soustpairo au sort commun ni ses laboratoires^ 
ni ses fourneaux. (Ici devait suivre un travail sur eetie science). 


SYLVICITLTÜRE. 

Moyens pratfciiieer 

d^amélforer 1 m Forets des memtaipnes dn «lura^ 

PMU. H, CINORK, MEMBRE FOMDATEUB. 

I 

Les bots jouent un rôle de plus on plus mperiant dans la vie des 
peuples civilisés. Sans parler du chauffage domestique, presque toutes 
les industries demandent quelque chose aux forêts : ici , elles fournis- 
sent la matière première; là, toutou partie de l’outillage; ailleurs, 
e’^est de la potasse, delà térébenthine, de la résine, do goudron, du 
noir de fumée, des huiles, etc. La cherté et la rareté eroissanie des 
produits ligneux préoccupent à juste titre tous les esprits sérieux et 
causent aux prolétaires de nos villes ci bourgades de pénibles moments 
dorant la froide saison. Pour améliorer et augmenter la surface botsce 
de la France, les soins et les efforts de tous les amis du bien public ne 
sont rien moins qu^ime superfétation. Que l’on appartienne à 1* Adminis- 
tration forestière, dont le zèle éclairé est en tous points digne d’éloges, 
ou qu’on lai soit eomplêtement étranger, chacun doit, dams la mesure 
de ses forces, travailler à faire fleurir une des plus précieuses branches 
do la richesse nationale. 

Tout profane que nous sommes, nous n’hésitons pas à fournir le con- 
tingent des quelques minces connaissances sylvieoles et du peu d’expé- 
rience que nous avons pu acquérir en soigii«at des parcelles boisées 
qui nous appartîennenti Comme nous sommes d’une incompéteBce 
radicale, pour tout ce qui coDceme les essences résineuses, il est en- 
tendu que ce qui suit n’a uniquement trait qu’aux forêts dites de bm$ 
feuiUug, Avant d’aller plus loin, disons aussi que, comme l’agriculture, 
b sylriculture est bien un peu régionale, et qu’elle dépend jusqu’à un 
certain degré des conditions géologiques, topographiques et météoro- 
logiques des contrées boisées et des servitudes auxquelles ces contrées 
sont soumises. C’est un fait que la Société de Poligny a très-bien senti 
en limitant, comme clic Ta fait dans son i>rograBune de concours, pour 


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- 71 — 

1864, la question de rainélioration des forêts, à celles des montagnes 
do Jura. 

Il 

Quand on compare les bois des monts de notre departement avec 
ceux de sa partie basse ou plane, on est frappé de rinfériorité des pre- 
miers. Cette infériorité, on l’attribue naturellement et avee raison au 
peu de terre végétale de ces monts, et on comprend aussitôt que l’en- 
lèvement de tout ee qui peut, par sa décomposition ou réduction à l’état 
de détritus, augmenter â la longue Fépaisseur productive du sol, telles 
que lea herbes, les feuilles, etc., doit être ici strictement interdit. Nous 
avouons n’avoir jamais pu nous rendre compte de la manière d’agir des 
eoramoncs qui, pour grossir immédiatement leurs recettes de quelques 
pièces de vingt francs, louent annuellement le fourrage des vides ou 
elairières de leurs jeunes taillis et mangent ainsi en herbe, — qu’on 
BOUS passe le jeu de mots, — une part quelconque du cbilTrc aiïouagcr 
de leurs^ futurs habitants. Il est en effej trop prouvé par rexpéricnce 
que, nonobstant toutes les mesures préservatrices imposées aux adjudi- 
cataires par l’Administration, un grand nombre de semis sont mutilés 
par la faulx, que ce soit par suite de l’inadvertance ou du mauvais vou- 
loir des amodiateurs, ou bien par impossibilité de leur part d’en agir 
autrement à raison du vapproebement des plants. Nous avons vu maintes 
fois des ouvriers couper les jennes sujets sans scrupules ni ménagements 
aucuns, et, pour ne pas éveiller les soupçons du garde lors de son pas- 
sage, ficher en terre les plus beaux des tronçons abattus péle-roêle avec 
Fherbe par leur terrible tranchant. Dans l’faypotbèse même où tous les 
sonds seraient respectés, la récolte de l’bcrbc ne leur serait pas moins 
fatale^ puisqu’on ne leur laisserait plus rien pour protéger leurs racines 
et leinrs liges délieates contre les ardeurs pulvérisantes d’un soleil de 
juillet et d’août, et pour arrêter le rayonnement du calorique terrestre 
vers les espaces planétaires quand arrivent les descentes tbermométri* 
quea extrêmes de l’hiver. 

En résumé, nous sommes profondément convaineu que l’extraction 
des herbes et surtout remploi de la faulx, sont essentiellement nuisibles 
au penpkimeiii des clairières et, partant, à la prospérité de nos forêts. 

Si nous voyons si peu de plantations réussir, cela ne tiendrait-il pas 
encore à ee que lés semis employés sont généralement trop faibles, 
trop frêles? Nous ineliuons à le penser. Pourquoi n*imite-t-on pas 
l’Administration des ponts et chaussées qui, pour border les routes et 
les grands chemins, choisit avec raison des plants d’une force de vita- 
lité telle qu’ils résistent facilement aux degrés les plus opposés de la 


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72 — 

température atmosphérique^ Pourquoi aussi n’obligerai t-oD pas ceux 
qui sont chargés de peupler les vides, à extirper préalablement toutes 
tes épines (aubépine, églantier, épine-vinette, prunellier, etc.) qui 
s*y rencontrent, ces arbrisseaux, et arbustes aussi vivaces qu’ils semblent 
funestes à la végétation ligneuse qui les entoure? 

Ce sont là des questions d’économie forestière qui nous paraissent 
avoir assez d’intérêt pour mériter d’clre posées et résolues. 

JU 

Sans air, point de vie organique. Les végétaux, comme les animaux, 
meurent dans le vide ou dans les gaz privés d’oxigène; les végétaux, 
comme les animaux, ont des vaisseaux aériens ou trachées. Ces trachées 
communiquent avec l’atmosphère par des orifices elliptiques garnis de 
bourrelets, et appelés stomates, orifices qui se trouvent sur toutes les 
parties vertes, et en particulier à la surface inférieure des feuilles C’est 
dans les nervures des feuilles que la sève ascendante, en se transfox- 
mant en cambium ou en latex, subit une modification analogue à celle 
du sang dans les poumons; c’est sous l’influence de l’air que cette sève 
ascendante acquiert des propriétés nutritives; en un mot, les végétaux 
comme les animaux, offrent le phénomène de la respiration et, comme 
ces derniers, il ont besoin d’un air fréquemment renouvelé. 

Ces quelques données de botanique nous ont paru nécessaires ; elles 
serviront à asseoir un jugement sur les conditions hygiéniques dans les- 
quelles se trouvent les bois de nos premières montagnes. 

Les jeunes taillis, même ceux qui sont livrés au pacage depuis un an 
ou deux, y sont tellement épais, tellement pleins de mort-bois, de sous- 
bois, d’épines, de broussailles, qu’on éprouve toutes les peines du 
monde à pénétrer dedans. On ne peut les traverser que par zigzags, 
tours et détours, et au grand détriment du visage, des mains et des 
vêtements. Il y existe nombre de fourrés et de massifs inabordables 
pour le bétail lui-même. Pour en donner une idée parfaitement adé- 
quate au moyen d’aune comparaison simple et facile, on peut dire qu’ils 
sont comme des champs ensemencés de blé et ou les mauvaises herbes 
étouffent le bon grain. Par les plus grands vents, le mouvement de 
l’air y est peu sensible. Entre le sol et le dème épais de verdure qui 
intercepte les rayons du soleil, l’air est pour ainsi dire immobile, faute 
d’ouverture pour établir des comrants. Les stomates se trouvant parti-' 
ciiliérement sur la face inférieure des feuilles, ces poumons des végé- 
taux , on conçoit quelle influence méphitique celte stagnation sous- 
jacente de l’atmosphcre doit exercer sur la crue et le grossissement des 
arbres. I^cs vides en général y sont entourés d’une ceinture d’épines 


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qui semble les défendre contre rcnvahissemenl des essences utiles. Ces 
hautes plantes manquant d’une couche de terre assez profonde pour 
l’entier épanouissement de leurs racines et d’une dose suffisante d’oxy- 
gène» n’ont, en outre, pas l’espace nécessaire h leur complet dévelop- 
pement. On rencontre en effet fréquemment des cépées dont les sujets 
trop rapprochés et enchevêtrés les uns dans les antres, se touchent et 
se frottent quand le vent en balance les cimes. En usant l’enveloppe 
corticale et l’aubier au point de contact, ce frottement enlève un seg- 
ment variable des couches concentriques et cause à ce même point des 
difformités, voire même des sutures. Presque toutes les touffes qui sont 
un peu peuplées, comptent une ou plusienrs tiges dépérissantes ou 
mortes. 

Le mal signalé, le remède est instantanément trouvé. Mos bois ipan- 
quant d’air et d’espaces, comme nous venons de le dire, il est daîr 
qu’il faut chercher à leur procurer ces deux choses d’une absolue né- 
cessité, et imiter le cultivateur laborieux qui sarcle ses céréales pour 
les éclaircir et les débarrasser des plantes parasites. Voici comment 
nous pensons qu’on peut atteindre ce double but : 

Quand lés taillis atteignent dix à douze ans, on devrait y pratiquer 
une coupe de nettoiement ou d’éclaircîc avec un peu d’élagage, car les 
jeunes arbres dont les branches prennent naissance trop près de terre, 
ne sauraient jamais devenir élancés ; puis cette coupe faite, on y intro- 
duirait immédiatement le bétail qui, en broutant les récents rejets, les 
empêcherait de repousser ou en occasionnerait l’avortement. Nous ne 
concevons Tutilité du pâturage dans nos forêts que comme un moyen 
simple et économique d’éclaircissement et d’élagage ; mais nous l’avons 
dit, il y a bien des foun*és où les animaux ont de la peine à pénétrer, ou 
plutôt ne peuvent entrer que quand le bois mort, devenu gisant, leur 
livre des brèches. Du reste, au moment où les taillis sont déclarés dé- 
fensables, c’est-a-dire, quand ils sont âgés de treize à quatorze ans au 
minimum, les épines, les broussailles, le mort-bois, le sous-bois n’ont 
plus guère à redouter de la gent bovine. 

Nous avons vu, il y a longtemps déjà, un taillis d’une quinzaine d’an- 
nées dont le nettoiement avait été fait lorsqu’il en avait dix. Ce bois 
était aussi beau et promettait mieux pour l’avenir que le voisin qui, 
noos assura-t-on, avait huit feuilles de plus. Ce fait nous sembla con- 
cluant en faveur de l’éclaircie que nous conseillons. Resterait la ques- 
tion de savoir si les communes qui l’opéreraient dans leurs bois , trou- 
veraient dans la vente des cotrets et des bourrées qui en proviendraient, 
de quoi les couvrir de leurs frais. Pour nous, cela n’a pas même l’ombre 


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du doulc, ces frais de nctloieineat seraient rccouyrés et bien au-delà. 

Si cela ne constituait pas une aggravation de charges pour les adju- 
dicataires des lots, qui alors les paieraient moins cher, il serait très- 
utile aussi qu'à l’époque de l’expUMtation, on leur imposât l’obligation 
d’essarter toutes les épines qui se trouvent en dehors des vides, celles^ 
des clairières devant être arrachées par les entrepreneurs des travaux 
de peuplement, ainsi que nous l’avons proposé. Dans le eas où cette 
condition deviendrait trop onéreuse en réduisant d’un chiffre notable 
le prix de vente des taillis , il faudrait au moins qu’au lieu de couper 
les épines comme les autres essences forestières, c’est-à-dire à blanc 
estoc ou à niveau dn sol, on ne les abattit qu’à 25 ou 30 centimètres de 
hauteur : l’expérience a depuis longtemps fait reconnaître qu’en géné- 
ral plus un arbre est rasé près de terre, plus les brouts ou recrus foi- 
sonnent et naissent loin du collet de la racine, et utee versa. 

Sans rechercher les modes d’exploitation les plus favorables pour les 
bois en question, nous placerons ici une dernière observation : On soit 
que les vieux arbres (anciens et vieilles écorces) ne repoussent pas de 
leurs souches; plutôt que de les couper, ne serait-ce pas alors le cas de 
les déraciner et d’occuper ensuite par des semis artificiels la place où 
ces vétérans ont grandi, place d’autant plus précieuse que presque tou- 
jours elle repose sur une certaine épaisseur de terre végétale? 


POÉSIE. 

LiO Soug;o cio 

Bluctte & propos d’un merle, 

PAR M. CASIMIR BLONDEAU, MEMBRE CORRESPONDANT. 

Dans une vieille cage, au coin de Bellefrisc (1), 
Un merle noir chaque matin, 

D'un vieil air inconnu siffle faux le refrain. 

Un certain jour, passant auprès, la jeune Lise 
S’arrête brusquement, 

Puis elle écoule comme en rêve, 

Ce chant bizarre qui s’élève 
Et fait naître en son cœur un fol enchantement. 

Quel est donc le sujet de sa pensée intime ’ 

(t) Promenade de Chompagnolc. 


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Bien loin, là-bas, dans Tombre elle Toit un grand mon( ; 
Des sapins, des brouillards eu couronnant la cime; 

Et plus près le riebe Talion 
De Lise 

Que la rivière d'Ain sillonne et fertilise; 

Elle voit poindre à l'horizon. 

An milieu d'nn riant V'illagc, ' 

Une blaneke maison 
Oui lui rappelle son jeune âge 
£t son doux nid, 

L’nnique lieu qu'elle aime! un lieu béni. 

Elle regarde, et son cœur vole 
Etmonte jusqu'au ciel.. ..mais bientôt tout s'envole : 

Les artwres, les brouillards. 

Le vallon, la chaumière 
Ainsi que la livièTe 

Tout s'est évanoui.... Scs timideB regards 
N'aperçoivent plus la colline... . 

Las !' c'en est fait ! comme il était venu 
Le songe a disparu, 

Laissàttt la pauvre Lise inquiète et chagrine.... 

Et le merle siffle toujours 
Son vieux refrain, pâle discours. 


JFemii le Lmlratireixi*, 

PAB K. AD. CH£Y ASSIS, UCUBRE COEBESPONaANT. 

Les foins sont conpés. Jean à la moisson 
Depuis huit grands jours déjà se prépare ; 
Il aura demain, ce rode échanson!.... 
Promené sa faulx sur pins d'nn hectare ; 

Car Jean, du hameau le plus beau garçon , 
Est aussi doué d^tme force rare : 

« Un Antinofls double de Samson, n 
— Dit le magister, alors qu'il se carre. — 

Il apporte i tout la verve et l’entrain ; 
Vienne le battage, on verra le grain 
Jaillir sous les coups du fléau dans l'aire; 


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— 76 — 


Et peine et plaisir marchant de niTcau, 
Jean saura trouver le refrain nouveau 
Qui le soir, dit-on, glt ap fond du verre ! 


Foyer fmtemel, 

PAE M. LOUIS OPPBPIE, MEXBEE GOEEBSPONDANT. 

11 est un lieu que toute âme vénère. 

Dont le nom seul fait palpiter le cœur : 

C'est l'humble nid où l'aile d'une mère 
Nous réchauffa de sa douce chaleur; 

Là, dans la paix notre lèvré altérée 
Reçut un lait aussi pur que le miel ! 

Là, Dieu nous fit une aurore azurée.... 
Amour, amour au foyer paternel ! 

Le vent amer des lugubres tempêtes 
Troubla souvent le ciel du plus beau jour; 
Mais il passa sans effleurer nos tètes 
Que protégeait l'égide de l'amour ! 

Le dard aigu de la douleur amère 
Dans notre sein parfois versa son fiel ! 

Mais se plaint-on dans les bras d'une mère ? 
Amour, amour au foyer paternel ! 

Sous l'humble toit, berceau de notre enfance, 
Nous trouvons tous et l'ombre et le bonheur. 
Ne demandant à la riche opulence 
Que le pain noir et l'honnète labeur! 
Malheur à qui dans son cœur laisse naître 
La sombre envie à l'œil chargé de fiel !... . 
Dieu n'a-t-il pas à tous commis un maître? 

— Amour, amour au foyer paternel ! 

Au loin peut-être une source féconde 
Nous offrirait des plaisirs et de l’or; 

Amis, jamais les mines de Golconde 
De notre paix ne paieraient le trésor ! 

Non, non! restons à la terre chérie. 

Et s'il nous faut quitter son si beau ciel. 

Que ce ne soit qu'au nom de la patrie !... 

— Amour, amour au foyer paternel!... 


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Mère et Fil», 

PAm MÉLANIB BOVROTTE, MEMBRE CORRESPONDANTS. 

Ils RTaienc supporté le poids de la journée , 
Déchirant leurs pieds nus aux ronces du chemin, 

Et reTenaient chargés de la gerbe glanée. 

Marchant arec lenteur et la main dans la main. 

L'Angelus qui tintait, à Tâme de la mère, 

Atcc son chant béni faisait monter l’espoir; 

Mais, au front de l’enfant, une pensée amère 
Ayait mêlé som ombre avec l'ombre du soir. 

a Mère, dit-il enfin, en relevant la tête, 

« Si tous, du même Dieu nous sommes les enfants, 

« Pourquoi fait-il aux uns de la vie une fête, 

« Quand d'autres, au malheur, sont voués palpitants? 

« En son riche manoir, souverain de la plaine, 

« Notre jeune seigneur grandit dans les plaisirs ; 

« Ses jours ont des fils d’or et pas un fil de laine.... 
« Dieu prévient et remplit chacun de ses désirs! 

« Et nous, le corps pendié sur notre tâche aride , 

« Nous mangeons le pain dnr qu'arrosent nos sueurs ; 
« Notre chaumière est nue et notre foyer vide.... 

« Dieu, pour lot , nous donna la misère et les pleurs. 

— Oh ! dit-elle, tais-toi. Dieu fait les parts égales : 
11 enleva sa mère à l’enfant du château!.... 

— Orphelin! orphelin!.... ah! ses pompes royales 
Ne me tenteront plus,... mon sort est le plus beau! 


VITICULTURE. 

PAR M. CBAVANTON, MEMBRE TTrULAIRE. 

La maladie de la vigne, appelée l’oidium, a donné lieu k beaucoup 
de recherebes et d’essais pour la comprendre et la guérir; elle a fait le 
suiet de nonibreux écrits estimés. A quoi servira ce que j’en vais dire? 
Une opinion de plus ne fera guère qu’ajouter aux doutes, aux contra- 


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— 78 — 


dictions; il n'est pas un proprietaire ou cultivateur de vigne qui n'ait à 
son service un moyen de guérison ^ ou qui ne nie absolument l'exis- 
tence d’un remède efficace. 

C’est que Toïdium, ce vrai choléra de la vigne, ressemble a ces ma- 
ladies humaines contre lesquelles tel médecin affirme avoir réussi avec 
certain médicament, tandis que d’autres protestent de l’inutilité de 
son emploi. 

Entre ces opinions opposées, il n’y a souvent que la différence des* 
conditions où se trouvent soit les malades, soit la maladie clle-mème« 
On peut adminisber le remède trop tôt ou trop tard ; puis la maladie 
peut résister aü traitement, quoiqu'opportun , si le sujet atteint n'est 
pas susceptible de guérison. 

Appliquée a la vigne, cetlc pensée donne la raison pour laquelle ceux 
qui ont essayé du souffre contre l’oïdium, n’ont pas tous obtenu de bons 
résultats. 

La maladie existe depuis 1847. Tant qu'elle dupeco, A faudra parler 
d'elle. Que chacun expose donc ses observations et dise ce qu’il pense 
sur ce fléau qui frappe de si grands Intérêts. 

Les savants qui s'’occupent de la vigne, sc plaisent à conseiller cTem 
étendre la plantation ; ils donnent pour raison que Vc raism est le 
meilleur de tous les produits. 

Si ce conseil devait être écouté, l'intérêt général voudrait peut-être 
qu’il fût combattu. Depuis plusieurs années on n’a que trop propagé la 
vigne. On l’a plantée dans tous les terrains.; dans les plaines comme 
dans les côtes. Do nombreux propriétaires^ alléchés par Papparente 
richesse du produit, ont converti en vignes les champs les (dus fertiles 
en céréales. La spéculation a paru bonne d’abord , et les plantations sc 
sont multipliées. 

Mais on comptait 'sans les gelées, 'sans les années pluvieuses et sans 
les maladies qui attaquent i« vigne, surtout dans les terres impropres 
ù sa culture. 

Il fallait aussi prévoir qu'en réussiss^t, on produirait l'abondance 
«qui amène la dépréciation de la qualité et l’avilisscmeoBtdes prix. 

Ce n'est pas qu'il faille cesser d'encourager la culture de la vigne tit 
d'en stimuler les progrès. Mais en ne voit pas les avantages d'une trop 
grande extension: Le mieux est de la travailler sur les terres qui lui 
«ont favorables et d’y mettre tous scs soins. Une vigne bien cultivéo en 
wlQUt deux négligées. 

Lo vigne n'est pas diffioile sur la nature du terrafn; maÎB ette peut, 
charger en bois sans charger en gr;nppes, comme die peut charger ca 


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— 79 — 


'grappes sans donner du vin» si le sol ne lui convient pas. CcsI ce qni 
arrive souvent dans les vignes basses nouvelles. Ce pourrait être à 
rexiension foreée de ces jeunes (daotaiions que nous devons Tappari* 
lion de la maladie; c’est là» du moins, qu’elle a commeneé ses ravages. 

Les savants expliquent qu’elle est la nature de l’oidium, comment il 
se constitue, comment il se développe, etc. Ces questions sont de leur 
compétence. Mais est-il vrai, comme ils l’assurent, que ses sporales, 
suspendues dans l’air, sont transportées et sefroées sur la vigne? Je pen- 
cherais à croire plutét que ce champignon germe et sa nourrit avec la 
plante qu’il rend malade. 

Cette opinion s’appuie : 

Sur ce que les raisins inférieurs d’un cep, souvent les plus éaehés, * 
de même que ceux sur ceps malades ou faiblement constitués, reçoivent 
généralement les premières atteintes du mal ; 

Sur ce que certains lieux et certains plants y sont aussi plus exposés; 

EnGn sur eet autre fait particulier : 

Dans une vigne qui n’a jamais eu la maladie, j’ai vu, il y a quelques 
années, au bas d’une fosse creusée depuis un an à la place d’un pom- 
mier arraché, une dixainc de pieds de pulsart, couverts d’oidium. 
Comment avaient-ils été envahis? Au fond de cette fosse et du côte 
qui ne voyait point de soleil, de nombreux champignons existaient sur 
des racines d’arbre pourries. Nul doute que l’oidium n’avait pas été 
apporté en cet endroit sur les ailes de l’air, mais bien communiqué par 
ces corps voisins en état de putréfaction. 

Quelle que soit d’ailleurs la manière dont elle se répand, la maladie 
cause, dans nos contrées, des pertes qui grandissent chaque année, et, 
eontagicuse de sa nature, elle menace défaire invasion dans tous les 
vignobles. 

C’est le cas do faire un appel général à tous les intéressés, avec invi- 
tation do s’armer contre eet ennemi de la production. 

De tous les médicaments dont on a essayé, le soufre est le seul qui 
ait été employé avec succès. Dans le midi , plusieurs années d’expé- 
rience en ont démontré l’efficacité. Chez nous, elle n’a encore convaincu 
que 1c petit nombre. En général, nos vignerons, dont quelques-uns ont 
po faire des essais, disent volontiers : ils n’y a rien à faire. 

Ces paroles déeporageant^ ne seraient pas excusables dans la bouche 
de ceux qui peuvent agir. Nous ne sommes plus au temps oû l’igho-^ 
rance do l’homme lui faisait accepter tous ses maux avec une aveugle 
résignation. Nous sommes nés pour la lutte; le cultivateur en comiaSi 
le prix. Tous les jours il combat, par le travail et les sains, pour pro- 


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duire en plus grande abondance des fruits purs et sains. 

Tous ceux qui s’occupent de la récolte du raisin, devraient posséder 
une houpe ou un soufflet chargé de soufre en poudre, pour le déchar- 
ger surToldium dés qu’il se montre. Alors, ce hideux champignon serait 
bientôt réduit à l’impuissance. S’il laissait des traces, ce serait seule- 
ment dans les lieux où la vigne doit restituer la place qu’elle a mal à 
propos usurpée sur d’autres cultures. 

L’opération du soufrage est facile. Cependant il me paraît utile d’ex- 
pliquer en quelques mots la manière de la pratiquer. 

Il est recoRhu qu’il n’est pas besoin de soufrer avant l’apparition de 
la maladie, mais qu’il est indispensable de le faire dès les premiers 
symptômes. Alors, dit M. Jules Guyot, « le soufre doit être lancé sur 
toutes les parties vertes, dessus et dessous les feuilles, à la base comme 
h l’extrémité des pampres, sur les grappes et sur les sarments. » 

Le soufrage doit être répété autant de fois que la maladie reparaît, 
et toujours il faut l’accompagner ou le faire précéder du pincement 
ou rognage de l’extrémité des jeunes bourgeons. 

11 est nécessaire aussi d’ébourgeonner assez les ceps touffus pour 
donner aux fruits de l’air et du soleil, sans cependant trop les découvrir. 

Malgré le soufrage du cep, j’ai remarqué que le raisin malade qui est 
caché ne guérit pas, s’il ne reçoit du soufre et de l’air. 

Le soufre doit être pur, et il faut le jeter par un temps calme et une 
chaleur de seize degrés au moins. A une température moindre, dit M. 
de Lavergne, <c le soufre ne tue pos l’oidium, parce qu’il ne sent rien ; 
il ne le tue que quand il fait chaud et qu’il sent fort.»> 

Si pendant l’opération on voit des grains, même des raisins déjà char- 
gés d’une couche épaisse d’ôidium, il ne faut pas essayer de les guérir ; 
il vaut mieux les ôter, surtout si les fruits sont nombreux. La perte 
n’est pas sensible; la maladie commençant généralement par les tardifs, 
dès que ceux atteints sont enlevés, les autres profitent de toute la nour- 
riture d’une sève plus abondante et plus saine. 

Mais si l’oidium ne fait que montrer ses premières taches, le soufre 
peut les effacer. La laine de la houpe passée légèrement sur ces taches 
les fait disparaître plus vite. 

La maladie est plus difficile à éloigner, et exige plus de soins et de 
persévéranec dans les lieux humides et mal aérés, où, chaque jour, une 
chideur brûlante succède à une fraîcheur prolongée. Il ne serait pas 
étonnant que le soufre, sur une vigne placée dans ces conditions, ne 
doofiàt souvent qu’un résultat incomplet. 

En résumé, du soufre de bonne qualité, une îcmpéralurc propice, le 


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^ 81 - 

pincement et rébonrgeonnement, un soufrage à temps, plus ou moins 
fort et plus ou moins renouvelé, selon rintensité du mal; tels sont les 
points piîncipaox à observer pour éloigner la maladie et assurer la 
récolte. 

J’ajoute que le bois de la vigne, aussi sujet à k maladie que le fruit, 
est, comme lui, préservé par remploi du soufre. 


CïonservAtion et amélioration des 

On lit dans Y Abeille jurassienne du 14 mai 1865 : 

lies lecteurs de ce journal, mis an courant des travaux de notre émi- 
nent compatriote, M. Pasteur, sur les maladies des vins, savent que 
toutes, sans exception, elles sont dues à des ferments, des germes, des 
organismes microscopiques. 

Après des Tentatives dons divers sens pour réméré inaltérables le 
produit du raisin, ce savant vit enfin ses espérances se réaliser en por- 
tant la température des vins à 60 ou 70 degrés. Celte température, qui 
suffit pour détruire les ferments qui occasionnent la maladie, n’altère 
en rien les qualités propres du vin. Au contraire, celui-ci possède un 
bouquet supérieur ai plus de moelleux. Celte npînion est aussi celle de 
M. Vergnette de Lamolbe, de Beaurae, qui , en suivant une autre série 
d’idées, est arrivé au même résultat pratique que M. Pasteur. 

Il avait été frappé de ce fait, à savoir : que les vins qu’on fait voyager 
sous les climats tropicaux acquièrent la propriété de se conserver pour 
ainsi dire indéBniment, et sont, au retour, bien meilleurs qu’au départ. 
Celte amélioration était-elle due au transport ou à la température des 
pays traversés? L’expérience lui a démontré que la chaleur produit le 
mémcTésultat que les longues navigations. 

Le procédé indiqué par M. Pasteur, et que chacun peut répéter, est le 
suivant : Les bouteilles étant remplies et bouchées comme à l’ordinaire, 
on assujettit fortement le bouchon au moyen d’une ficelle ou d’un fil dé 
fer, puis on les porte à l’étuve et on les y laisse une heure ou deux. La 
dilatation du liquide, sous Finfluence de la chaleur, force le vin à sortir 
un peu par les interstices qui existent entre le verre et le bouchon. 
Poor terminer Fopération, on coupe le bouchon à ras du goulot et on 
mastique. Ces dernières précautions sont du reste à peu près inutiles, 
car le vin ainsi préparé et laissé en vidange ne s’altérerait pas, quelles 
que soient les conditions ambiantes. 

En extrayant ces notes du Bulletin de l’Académie des sciences, ré- 


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— 82 — 


digé avec un si remarquable talent, dans TUnion médicale, par M. le 
docteur Maximin Legrand, nous remarquons que M. Balard, au nom 
des intérêts industriels considérables qui s’y rattachent, remercie M. 
Pasteur de la divulgation de son procédé. Nous aimons à croire que 
ceux qui profileront de la découverte de M. Pasteur seront assez recon- 
naissants pour rendre hommage à sa science et à son désintéressement. 

Docteur A. Rouget. 


On lit dans le Salinois du dimanche 28 mai, sous ce titre : 

LA GRÊLE ET U VITICULTURE. 

i< Samedi 20 mai, a 5 heures 40 minutes du soir, un violent orage a 
traversé le canton de Salins.... A la suite d’une forte averse, une grêle 
assez grosse tomba avec intensité pendant 9 minutes.... » 

Suit la mention des communes principalement atteintes; une descrip- 
tion météorologi(|ue de l’atmosphère dans cet état de perturbation, et 
le ravage des eaux sur terre, se joignant à la chute du fléau dévastateur. 

Ci Comme la grêle a causé de grands dommages , en mutilant les pam- 
pres de la vigne, nous devons, continue le Salinois (puisque l’auteur 
de l’article a dérobé son nom à la reconnaissance de ses compatriotes), 
nous devons avant tout nous préoccuper des moyens d’en atténuer les 
funestes effets....» 

Ici une citation de l’ouvrage de M. Du Breuil, intitulé : Traité sur 
la Viticulture^ et d’un passage de M. le docteur Guyot, lorsqu’il parle 
des vignobles de^la Haute-Garonne, souvent ravagés par la grêle. 

D’après les conseils de ees deux praticiens expérimentés, il n’y a pas 
à hésiter, pas un instant à perdre ; toutes les vignes ravagées par la 
grêle doivent être retaillées dans le plus bref délai. L’agronome qui parle 
avec tant de çonviction , qui est membre correspondant de notre So- 
ciété, et que nous pourrions nommer, a commencé par donner l’exem- 
ple. Deux de scs vignes ont été abîmées, il s’est mis immédiatement à 
l’œuvre de réparation. 

Le viticulteur jurassien déplore l’absence d’une Société spéciale dans 
le canton de Salins. Dès le 2i mai, dit-il, la Société de viticulture se 
serait assemblée en séance publique, le président aurait donné les ins- 
tructions et développé les mesures à prendre pour réparer le mal causé 
par la grêle. Il aurait fait remarquer la différence qui existe entre la 
culture de la vigne dans les départements de l’Aude et de la Haute- 
Garonne, et la culture de la vigne dans le canton de Salins, différence 
qui apporte nécessairement des modifications dans la manière d’opérer 


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cette seconde Uttle îmisiiée; et le sécateur à la main, tous les intéresses 
eussent procédé ensuite à la mise en pratique de cette nonrellc taille. 


On lit dans la Gironde du mercredi 26 avril : 


Monsieur le rédacteur, 


Bordeaux, le SI avril 1865, 


Dans la Gironde des 17 et 18 avril, je lis que S. £xc. M. le Ministne 
de ragriculturc et du commerce vient d'adresser aux chambres de com- 
merce la traduction (Tun article d'un journal de Valparaiso, qui donne 
comme nouveauté une application connue depuis longtemps du bois de 
quillay au nettoyage de la laine, procédé tombé dans le domaine du 
public le plus vulgaire, car il n'est pas de blanchisseuse de campagne 
qui ne le connaisse. 

Mais ce que tout le monde ne sait pas , c'est que les émanations du 
bois de quillay, même en petite quantité, déterminent chez les savon- 
neuses et autres ouvriers qui en emploient soit la poudre, soit la dé- 
coction très-faible, des saignements de nez avec douleurs et ulcérations 
de la muqueuse nasale. C'est \k un grave inconvénient qui s'oppose 
beaucoup à l'emploi du quillay ou panama, dans Fart de déierger les 
tissus de laine, et i! est sans nul doute de Finlérét de l'hygiène publi- 
que de connaitre cette particularité. 

Pourquoi ne pas utiliser une Coule de piaules indigènes qui, telles 
que la saponaire^ Vortie, les îeuîlles de iterre, détergent et blanchissent 
les tissus de laine, et meme la laine en nature ? 

Le procédé pour mettre en oeuvre dans ce but, les végétaux que f in- 
dique, est extrêmement simple, et je m^offre è le démontrer gratuite- 
ment h ceux qui voudront l'expérimenter. 

J'ai l'honneur etc. Jules Léon, pitarmacien. 


On lit dans la GazeXîe de Empire du 15 mai, sous la signa- 
ture de M. Turpin de Sansay, secrélaire de la rédaclion, et un des 
collaborateurs au Siècle illustré. 

S. M. Napoléon llla dajgné envoyer è M. Adolphe Huard, un exem- 
platre de la Fie de César, avec allas. 

Gei envoi était aeeorapagné d'une lettre flatteuse, émanant do CaU- 
net de FEmpereur. 


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— 84 — 


Nous sommes heureux de cette marque de distinction accordée à M. 
Huard, un de nos délégués a la dernière réunion en Sorbonne, des 
Sociétés savantes de France. 

Nous éprouvons aussi un grand plaisir à annoncer un nou\eau succès 
de deux autres honorables correspondants : Au récent Concours de 
poésie ouvert par le Rosier de Marie, de Paris, M. Louis Oppepin, d'im- 
phy, a obtenu un Lys d'argent pour une élégie intitulée : La Brise du 
Jourdain] plus, sur 35 odes, la 4* mention; son compatriote de la 
Nièvre, M. Achille Millien, de Beaumonl-Laferricre, a obtenu une 
grande Rose d'argent pour son poème : Pendant la Fuite en Egypte. 


ARCHÉOLOGIE. 

Additions aux observations de M. Gindre sur le sens des syllabes 
ca, cha, chau, dans les noms où elles entrent et sur les mots 
Jura et Joux (voir page 146 du n” 5 de 1864). 

PAR M. BEL, MEMBRE CORRESPONDANT. 

Pour rintelligencc de ce que nous allons dire, il faut savoir : que 
la lettre l, en passant du latin dans notre langue , s'est changée souvent 
en U, comme dans le mot autel, qu’on écrivait altel, avant que notre 
idiome ne fut fixé ; que u et u se prononçaient et se prononcent en- 
core ou, excepté en France, comme dans cou. 

Sans compulser ce qui a été écrit sur l’origine des langues par les 
savants Roselly de Lorgnes et Paravey, de Gray, ne Irouve-t-on pas 
une étymologie simple et naturelle aux monosyllabes ca, cal, cha, chai 
et cAau dans l’adjectif calvus, chauve, dépouillé de verdure, d’où cha- 
cun sait que dérive le nom calvaire? La connaissance des mots analo- 
gues ou plutôt identiques pour le sens, tels que chih, sewa, hycha, kamù 
kaiser, etc., peut bien intéresser les savants en linguistique; mais k quoi 
sert-elle pour le commun des lecteurs? Ce qu’il désirent savoir, c’est 
la signification de ces mots un peu mystérieux. Or, il sont satisfaits 
quand ils ont appris que ceux que nous avons cités, veulent dire lieux 
hauts, pics découverts et sans arbres, créts exposés au soleil; c’est ce que 
justifient les noms propres la Chaux, la Chaux^d'Alier, la Chaux-des^ 
Crotenay, la Chaux~du-Dombief,.Chaumois, Longehaumois, Chatmont, 
Chatons, Chalamont, etc. 


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^ W} - 

U Les voyelles ont peu d'importance en étymologie, » cst-il dit page 
146 du n*’ 5 du Bulletin de 1864. 

Comment admettre cette assertion , quand on réfléchit que les pre- 
miers sons qui sortent de la bouche de renfant, sont des voix oü 
voyelles, et qu’il les range naturellement, en diminuant par degré Fou- 
vcrlure buccale, dans Fordre a, e, t , o, ti, sans « en varier les sons à 
Finflni? » Quant aux articulations ou consonnes, qui ignore combien les 
enfants ont de peine à les prononcer? 

Pour ce qui est de Fopinion de M. Ed. Clerc, qui croît qu’une partie 
de nos montagnes ne serait habitée qu’à dater du XI"** siècle, elle est 
combattue par les faits qui suivent : 

Avant cette époque de Fapogée de la terrible féodalité, la population de 
la plaine devait naturellement se porter sur les plus hautes montagnes, 
afln d’échapper aux milliers de tyranneaux qui Fécrasaient, de sorte 
qu’il est impossible de voir quelle est cette partie qui ne serait habitée 
qu’à partir du XP siècle. Ce ne peut être ni le midi du Jura, où Fon 
visite les restes de la ville romaine d’ Antre, qui prit probablement son 
nom de Fantre qui en était voism, antre profond, sur lequel était la sta- 
tue d’un oracle païen ; ni le nord de cette chaîne de montagne, où Fon 
admire encore un vaste cirque. 

Antre était considérable, à en juger par le Pont-des- Arches , sur le 
bief d’Eria, par des hypogées mis au jour en 1808 et années suivantes; 
par des blocs de taille couverts d’inscriptions ; par le soubassement 
d’un temple près du lac d’ Antre, éloigné de plus d’un kilomètre de ce 
pont ; par une statuette de Jupiter en bronze avec son piédestal, et le 
piédestal d’une Junon, découverte en 1809 près du moulin Merle, à 2 
kilomètres environ en aval du pont; enûn par les nombreuses médailles 
de divers empereurs, recueillies sur ce sol aujourd’hui désolé. Ajoutons 
qu’en 1805, une urne aussi en bronze, et qui se voit au musée de Lons- 
le-Saunier, fut trouvée près d’Etival, à 8 kilomètres d’Antre et à 1,000 
mètres au-dessus du niveau des mers. Elle était remplie de 1400 pièces 
aux efflgies de divers empereurs, entre autres de J. César. 

On pourrait alléguer que la ville d’Antre ne fut fondée que du vivant 
du vainqueur des Gaules, et par la moitié de la colonie égyptienne 
qu’il avait envoyée à Nîmes, moitié qu’à raison des séditions qui écla- 
taient à chaque instant parmi les déportés des troupes de Cléopâtre, il 
avait transférée dans les montagnes de la Séquanic; ce qui explique 
l’inscription Mililibus Niliacis^ qu’on lit encore près de la ferme du lac 
d’Antre, et la présence de nombreux fragments de marbre vert antique 
qui ont été recueillis près des restes du temple précité, ainsi qu’au PouU 


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des*Arcbes^ On sait qu’alors les seules carrières de ce marbre étaient 
en Egypte. Mais rcxislcncc d’ Antre remontait évidemment plus baut^ 
car Ta voie qui^ de cette lôediité conduisait à Genève, a été ouverte iv 
travers un vaste banc de caTeaire horizontal, sur deux kilomètres de 
long, à partir du lac jusqu’au versant qui regarde la Bienne, et se trouve 
en contre-bas de la superficie rocheuse d’environ 10 mètres. M’esl-ce 
pas la preuve dTune circulation eoasaderabîe et très-ancienne entre 
Genève, l’Italie et la Gaule? 

Comment et pourquoi les monts Jura serakntrils restés inhabités^ 
quand César rencontra sur les Alpes, bien plus élevées que eea montOÿ 
un village, dont iî aurait préféré être le premier que le second dan» 
Itome? Et puis les gorges, les défilés, anguttiot, que traversèrent le» 
Helvétiens, pour pénétrer dans la Séquanie, éUient-ils impraticables t 
Assurément non, car l’énorme matériel que traînait avec elle une popu- 
lation de près d’un million d’àmes, n’eût pu franchir les obstacles qun 
lui présentaient les quatre chaînons parallèles du Jura. 

Nous admettrons volontiers que Tes bordes d’^Altila, qui durent suivre 
la voie d’ Antre â Genève , détruisirent la première de ces villes dans 
leur féroce retraite; mais la région montagneuse ne fut pas entièrement 
dévastée^ sinon, 1rs Maures ou Sarrozins, doni Mauriana , Moirans,. 
tire son noin» et qui y sont restés si longtemps, n’auraient pu y vivre. 

joutons encore que Condat (confluent du Tacon et de la Bienoe), Coti- 
daiust aujourd’hui S^-Claude, et LauconOy, S^-Laipicin, étaient des lieux 
habités au V** siècle. Si la vallée de la Bienne, où ils sont situés, av adl 
été déserte, qui leur eût imposé ces noms latins ? 

Pu&que nous avons articulé les noms de itipt/er et de Jouty et que 
■ombre de forets de sapins du haut Jura portent ce dernier, il est bon 
d’en assigner l’étymologie, le vrai sens. 

Suivant ce que nous avons fait remarquer au commencement de cet 
article, au siqet des lettres », / et n, Jovü se prononçait ieuta, et /tira, 
totira, ( Jovii oreoy monts de Jupiter). Ce nom et celui de Jugum ( ùni- 
gomme), d’où notre mot JauXy prouvent que le euhe du père des dieux 
était eu grand bonnenr dans les monts Jura et jusqu’au Samt-Bemard, 
eu qn bospiec a remplacé un temple dont la statue, du nom d’QEii de 
Jupiter y fut renversée au siède per Bernard de Menthou, archi- 
diacre d’Aoste. Si ce point, qui est a pbis de 3,000 mètres au-dessus 
du niveau des mers, était habité même du temps des druides, à plus 
forte raison rétaient les /oux, dont la plus liante ne s’élève qu’à 1,600 
mètres au-dessus de ce niveau. 


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— 87 — 


l>e l^Eclectisme en médecine « 

PAR M. JULES lion^ MEMBRE CORRESPOND^ 

Si réclectismc ou choix raisonné ci approprié aux cas particuliers 
des opinions de différents systèmes, est susceptible de produire les 
meilleurs résultats dans Tapplication des sciences, c’est surtout en mé- 
decine qu’il est d’une incontestable utilité. Nous oserons même dire 
que l’éclectisme en médecine humaine et vétérinaire est un des plus sûrs 
moyens non-seulement pour la conservation , mais encore pour l’amé- 
lioration des espèces. 

Commençons d’abord à asseoir notre raisonnement sur des preuves 
négatives, en traduisant au banc de l’éclectisme, V exclusivisme par trop 
systénHitique de Robert Brown et de Broussais, dont les brillants succès 
éMouirent l’univers, et trop souvent envoyèrent dans Vééernelle nuit 
de malheureux patients qui n’en pouvant mais, succombèrent aux sti- 
mulants, à la saignée et à la diète. 

Si l’esprit de système a entraîné dans de regrettables erreurs les 
deux princes de la science que nous venons de nommer, quels déplo- 
rables effets ne produira- 1- il pas lorsqu’il influencera les adeptes et les 
débuteurs de l’art d’Esculape. 

Il importe donc de faire valoir tout ce que l’éclectisme renferme de 
bon en lui-mème, en donnant ici la meilleure méthode pour l’atteindre, 
et pour éviter en même temps le funeste exclusivisme. 

Pour arriver à ce but important, esquissons à grands traits le portrait 
scientifique d’un des plus grands médecins de notre belle patrie, de ce 
docteur dont l’esprit badin et enjoué semblait voler sur les ailes des 
xéphyrs, mais dont l’àme majestueuse, aux profondes pensées, renfer- 
mait le trésor de toutes les connaissances humaines , jointes au divin 
joyau de la plus fervente charité. 

Tout le monde a déjà nommé le charmant curé de Meudon, Rabelais, 
que Voltaire, cet illustre jaloux, a maltraité bien mal à propos dans 
son Dictionnaire philosophique. 

Oui, Rabelais était l’idéal de l’éclectisme. Non-seulement il appelait 
à son secours toute la nature physique , mais encore il puisait souvent 
les éléments et les principes de sa thérapeutique dans le monde moral 
et intellectuel , en s’insinuant avec une agréable adresse dons l’esprit 
de ses malades. 

Homme d’analyse ci de judicieuse conception, Rabelais, tout en étu- 
diant avec soin les plus minutieux détails, savait ne pas perdre de vue 


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— 88 — 


Tensemblc, et d!ane synthèse habilement eomhincc et saisie, il faisait 
jaillir les plus utiles et les plus éclatantes vérités. 

Au reste, toutes les nuances du génie médical de Rabelais se reflètent 
au plus haut degré dans ses immortels ouvrages de Pantagmel et de 
Gargantua, 

Sans exiger que tous nos jeunes docteurs soient des génies eommre 
Rabclâis, nous croyons pouvoir leur recommander de prendre dans 
chaque système ce qu’il y a de plus approprié aux cas qu’ils auront 
sous les yeux. Il est de fait qu’ils ne pourront arriver u ce précieux 
résultat qu’eu s’attachant à l’ensemble des faits, et en devenant méd^ 
cins moralistes et vulgarisateurs. Voici ce que nous entendons par ces 
mots : 

Pour nous, le médecm nnoraliste est celui qui tovt en épargnant à son 
malade des émotions pénibles, ehcrche à agir sur le moral de celui-ci, 
et cela en dissimulant lui-méme les émotions qu’il peut éprouver de- 
vant le patient, en un mot être impassible et quelquefois souriant. 

Le médecin vulgarisateur s’abstiendra de ces grands mots techniques 
sesquipedalia vei'ha, qui ne sont bons qu’à troubler et à effrayer ima- 
gination du malade, et parfois à éveiller en lui une funeste défiance. U 
vaudra beaucoup mieux que le médecin parle comme tout le monde, 
plutôt que de chercher à faire de l’effet en produisant sa science sous 
l’aspect pédantesque et alambiqué des docteurs de Molière. Loin de 
nous est le temps où Esculape crachait sans relâche du grec et du latin. 

Jeunes docteurs, suivez les conseils d’un modeste écrivais qui vous 
parle en ami et en homme convaincu de tout le bien que vous ponvex 
accomplir, grâce aux brillantes et solides connaissances que vous puisex 
dans nos écoles, connaissances que l’éclectisme bien entendu, ne peut 
que rendre de plus en plus utUe^ au bien-être et au perfectionnement 
de l’humanité. ». 


SÉANCE GÉNÉRALE DU i3 AVRIL i86». 

La séance s’ouvre à 2 heures, sous la préstdeaec de M. Clere-Oulhier, 
Vice-Président. 

Le procès-verbal de la séance du jeudi 9 mars est lu et adopté. 

Conformément à l’ordre du jour, il est procédé au dépouillement de 
la correspondance écrite et imprimée. Dans la première se trouvent les 
lettres de : M. Docquin, médecin à Mostaganem, qui remercie la So- 
ciété du diplôme de membre correspondant qu’eUc lui a décernés — 


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4e M. Huard^ rédacteur de la Gazette de V Empire^ qui nous fait part de 
HO ûitaitMHi de faire , au nom de notre Société, à la réunion des So- 
ciriés saranles, une lecture dans la section d'histoire, sur un siijet qui 
mn pour titre : La Famille ; — de M. Davin, bibliothécaire de la ville 
if Dole, qui veut bien nous donner conununication de ses démarches 
ftar le succès des institutions comme la nôtre. — M'** Gabrielle de 
Paliguy nous fait don de dix exemplaires de son Ode au Prince Napo- 
Iroo. — M. Esnest de Rallier de Susvalon nous transmet des rensci- 
piements très-précieux sur la famille du Prince d’Arenberg. — M. 
Jacquemin nous adresse ses remerciements pour l’analyse faite, dans le 
Befletin, de son beau livre : le Théâtre antique d‘ Arles. — Nous avons 
rcfa de M. Hector Berge, de Bordeaux, une allégorie en prose intitulée : 
1er deux Roses. — De M. Giboz, instituteur à Dampierre, une acrostiebe, 
U Curé de Fillage, Le Sommeil de VEnfant. — De M. Benoit, vérifies- 
tcor des poids et mesures à Saint-Claude, des annotations sur son tra- 
vafl relatif à V Economie politique. — Enfin, de M. Gouguet , d’Angou- 
ièsie, rédacteur du Charentais, 80 grammes de graine de chou d’une 
Bouvetle variété fourragère, avec des explications ainsi résumées : 

« Ce chou a reçu le nom du propriétaire qui l’a obtenu, M.Valladcs. 
Sa culture ne demande pas plus de soins que ses congénères , seu- 
lement, U demande à être beaucoup plus espacé à la plantation que 
le chou cavalier ou le chou branchu. Sa végétation est analogue k celle 
du chou quintal , mais il ne forme pas tète , et commence à fournir sa 
feuille en août ou mieux septembre. 11 ^t bon de la laisser se bien déve- 
lopper, et nous avons constaté dans un champ de deux hectares qu^un 
grand nombre de feuiUcs pesaient jusqu’à un kilogramme et au-dessus. 

« L'espacement à observer pour la plantation doit être porté à 1 mètre 
50 cent, et même 2 mètres si le terrain est bien favorable au chou, fl 
fournit sa feuille une année seulement; au printemps qui suit sa plan- 
tation , il monte en graine. — Sans être très-sensible au froid , qu’il 
supporte bien jusqu’à 2 ou 3 degrés au-dessous de zéro, il gèle à une 
température plus rigoureuse. Quoiqu’il en soit, il fournit un excellent 
et très-abondant fourrage depuis le mois d’août jusqu’en janvier, eic.n 

La correspondance imprimée comprend : Ministère de rinstruefson 
publique : l’annonce que MM. Huard et Marmioia, nos collègues, sont 
inscrits sur la liste des personnes qui doivent prendre part aux pro- 
chaines lectures de la Sorbonne; celle de la transmission, à leur adresse, 
àes exemplaires de notre dernier Bulletin. — Sociétés académiques : 
CifeulaiÉ*o de M. Henri Giraud, président de la Société centrale d’agri- 
culture des Ocux-Sèvrcs, annonçant un concours de la race inulassicre 


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du 24 au 28 mai» pendant le concours régional à Niort; — de M. le 
baron d'Herlincourt, député au Cops législatif, et vice-président de la 
Société centrale d’agriculture du département du Pas-de-Calais, propo- 
sant une médaille d’or de cent francs à l’auteur du meilleur mémoire 
sur les vers et insectes qui attaquent la betterave, et sur les moyens 
préservatifs ou destructifs pour arrêter leur action délétère. Les mé- 
moires devront être envoyés avant le 15 août. — Les Sociétés d’agri- 
culture recommandent : le Livre de la ferme et des maisons de campagne, 
par une réunion de savants, d’agronomes et de praticiens, sous la direc- 
tion de P. Joigneaux; — le Journal de la ferme et des maisons de cam- 
pagne, revue complémentaire du Livre de la ferme; — les moulins et 
manèges agricoles de M. Bouchon, fabricant à la Ferté-sous-Jouarre 
(Seine-eb-Mame); — les toiles éerues, tannées et enduites pour jardin, 
et les sacs économiques pour les raisins , poires, figues, de la fabrique 
spéciale de Bachelier, membre de la Société impériale et centrale d'a- 
griculture, rue Pagevin, 10, à Paris ; — le soufire liquide pour la mala- 
die de la vigne, do M. E. Querey, faubourg Saint-Antoine; — la poudre 
d’os sublimée, engrais pour la vigne, les prairies et les céréales, de M. 
Blanc-Grosbellin , èLyon. 

Nouvelles variétés de pommes-de-teire. 

Deux variétés de pommes-de-terre, provenant des cultures de M. le 
maréchal Vaillant, ont été dernièrement présentées par M. Payen è la 
Société centrale d’agriculture. 

L’une, dite Blanche longue, a beaucoup d’analogie avec la Margelaine ; 
elle donne beaucoup de tubercules et n’a pas été attaquée parla maladie. 
M. Payen, qui en a fait l’essai, ajoute qu’il n’en connaît aucune dont la 
qualité soit aussi farineuse et aussi bonne. 

' L’autre , désignée sous le nom de Blanchard à œil violet, a produit 
une énorme quantité de tubercules parfaitement sains.Plantées du 15 au 
20 mars, ces pommes-de-terre ont été parfaitement mûres au 20 juillet. 
(Bulletin de la Société d’agriculture» sciences et arts du département 
delà Loaère). 

Vüiculture . — Proposition et expUeation d’un congrès viticole, résu- 
mées dans les lignes qui suivent. 

La Société de viticulture de Mècon a adressé aux Présidents des Socié- 
tés et Comices agricoles de France, une circulaire sollicitant leur adhé- 
sion k un projet de congrès viticole, émis par le Comice de Narbonne. Ce 
congrès, composé des délégués des Sociétés qui y prendraient part, sc 
réunirait chaque année dans une ville différente. « Grouper les inté- 
rêts viticoles dans un centre commun, leur prêter un mutuel appui, 


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— M — 

échanger des comiDunications précises et rapides sur les sujets qui ont 
trait à la vigne et au vin, tel est son but. » La circulaire contient cette 
phrase fort remarquable : « Soutenue par tous les organes spéciaux de 
la presse française et même étrangère, dans cetle entreprise qui inté- 
resse à un si haut point la viticulture et le commerce, la Société de 
Mâcon SC confie entièrement à V initiative individuelle et à V esprit d'as- 
sociation, cette sève des nations vigoureuses, à laquelle un puissant appel 
vient d*ètre fait par les pouvoirs publics et jusque dans le discours du 
trdne» afin d’accélérer la prospérité générale. » 

L’importance du projet d’association dont il s’agit nous parait ample- 
ment démontrée. Nous appelons sur ce point l’attention de nos viticul- 
teurs jurassiens. 

Société protectrice des animaux. — Résumé. — La Société protectrice 
des animaux décerne, chaque année, des médailles et autres récom- 
penses t aux auteurs des publications utiles au développement de 
son œuvre ; 2* aux instituteurs qui ont introduit dans leur enseigne- 
ment les idées protectrices ; 3* aux inventeurs d’appareils propres à 
diminuer les souffrances des animaux dans leur travail; 4^ aux gens 
de services , pour bons soins donnés à la race bovine sans cornes ; 5* 
aux bergers, aux serviteurs et servantes de ferme, aux cochers, charre- 
tiers, maréchaux-ferrants, à toute personne enfin ayant fait preuve à 
un haut degré, de bons traitements, de soins intelligents et de com- 
passion envers les animaux. 

Les pièces à produire sont : pour les auteurs et inventeurs, un exem- 
plaire de leur œuvre, ou un modèle de leur appareil ; pour les institu- 
teurs , une attestation du maire de leur commune ou de l’inspecteur 
des écoles primaires ; pour les agents de l’agriculture et autres per- 
sonnes comprises dans la cinquième catégorie, un certificat de mora- 
lité et un état de services signé par deux personnes notables, et légalisé. 

Ces communications sont suivies des lectures désignées dans l’ordre 
du jour : Quelques mots à propos de César, par M. Alfred Fauconnet; — 
De la Piété; — Pourquoi on n'écrit plus de gros livres, par M"* Clarisse 
ÂmouU, de Blois; — Fie de Mgr de Chaffoy, de Besançon, évique de 
Nimes, 2* vol. ( analyse par M. H. Cler ). 


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AGRICULTURE. 

l^ea Inseetea du blé sur pie€l9 

PAR H. VIONNET, \'ICfi-PRÊSIDBNT. 

Chaque année, certains ordres d'insectes dominent spécialement et atta- 
quent quelques-unes de nos récoltes. Déjà, l’année dérnicre, l’altise avait 
fort endommagé la navette, mais ce printemps, le môme insecte a tellement 
pullulé, que ses lanes ont dévoré les organes de la fleur avant son épa- 
nouissement. 

Ce n’est pas là que s’est borné le dégât : un autre insecte, de l’ordre des 
coléoptères carnassiers, et un peu plus gros que le précédent, est aussi venn 
à la curée. Après avoir, à l’état ailé, croqué les larves de l’altise qui vivait 
de la fleur, il n’a lui-mème guère mieux ménagé la plante. A la naissance 
de chaque branche de navette on aperçoit un petit trou par où cet insecte 
a introduit ses œufs dans la tige. Celle-ci n’a pas tardé à être labourée in- 
térieurement par le jeune vermisseau. 11 n'est donc pas étonnant que la na- 
vette ainsi rongée se laisse tomber avant sa maturité. 

Gomme on le voit, les chaumes doivent recéler ces sortes d’insectes sous 
toutes les phases de leur existence. On ferait donc bien de les brûler immé- 
diatement après la récolte. 

Quant aux insectes qui attaquent le blé, ils sont plus nombreux qu’on ne 
le croit communément. 

Dans un article qui a été publié dans cè Bulletin, en 1864, concernant les 
maladies du blé, j'émettais cette opinion : que le parasite puccinien pourrait 
bien être la conséquence de la désorganisation prématurée des tisstis les plus 
importants de la vie du végétal. Je voulais parler des racines que j’avais 
reconnues entièrement pourries dans les touffes atteintes de la maladie. Mais 
n’ayant pas alors poussé plus loin mes observations sur ce qui pouvait avoir 
donné lieu à cette décomposition des racines avant la maturité, je me con- 
tentai d’engager les cultivateurs à vérifier ce que j’avançais. 

Nous voici arrivés au moment de l’épiage des blés. C’est à partir de cette 
époqpie à la maturité qu’il convient d’observer très-minutieusement les pieds 
qui paraîtront souffrants par suite de la carie ou de la puccinie. Peut-être 
reconnaltra-t-on que les sujets malades ont été atteints au cœur de la vie 
par des êtres infiniment petits, et dont le vulgaire ne suppose pas même 
l'existence. 

Je n’ai pas attendu moi-même l’époque de l’épiagc pour observer ce qui 
peut attaquer le précieux végétal pendant sa végétation printanière. Je ne 
parlerai pas de la courtillière ni d’une espèce de petit carabe vert-foncé qui, 
dans les terres meubles, pincent les tiges sous terre et les font périr. Mais 


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- 93 — 

j’ai reconnu dàns le cœur du chaume, entre le premier et le second nœud, 
de petits vers blancs appartenant à deux ordres d’insectes. La présence de 
ces Ters dans la tige m'a été indiquée par une piqûre à peine visible, par 
où l’insecte parfait a introduit son œuf. En fendant longitudinalement cette 
tige avec un canif, on trouve effectivement une larve longue de deux à trois 
millimètres, la tète en pointe et non à écaille, comme celle des coléoptères. 
En poussant mes investigations sur plusieurs tiges ainsi marquées d’une 
piqûre à leur base, j’ai pu reconnaître cet insecte sous ses trois états : larve, 
chrysalide et ailé. Dans ce dernier état, il ressemble à un moucheron; le 
thorax n’est séparé de l’abdomen que par un simple pédoncule; son corps 
est entièrement noir, mais à l’état de chrysalide, on prendrait volontiers cet 
insecte sans mouvement pour une racine naissante, tant la couleur est verte 
et transparente. 

La seconde espèce d’insecte qui prend naissance dans l’intérieur des tiges 
de blé parait appartenir à l’ordre des courreurs. Sa larve, à peine visible à i 
la loupe, est blanche, avec de petits points noirs sur le corps. Si on l’en- 
lève de son habitation, elle se tord dans tous les sens et marche très-vite. 

À l'état parfait, elle fait arc de son corps en ramenant le postérieur sur 
la tète, surtout quand on l’irrite. 

Mais ce ne sont pas là, je crois, les ennemis que nous ayions le plus à 
redouter pour nos blés, car ces insectes paraissent avoir épargné les tiges 
principales et les plus robustes, par la raison toute naturelle que celles 
venues par le tallage printanier sont beaucoup plus tendres. 

On a reconnu l’année dernière, sons les toufies de blé malade, une infinité 
de pucerons du genre cocus. Cet insecte, presque transparent, a le cerps 
en forme de ballon; il est muni de six pattes dont il fait peu d’usage, car U 
marche très-péniblement. Deux petits points noirs indiquent la place des 
yeux, mais les antennes filiformes sont très-agitées. Comme tous les indi- 
vidus de cette famille, ce puceron doit causer un dommage considérable 
aux végétaux, dont il fait sa nourriture; car plusieurs générations se repro- 
duisent sans accouplement et sans transformation. Nul doute que de pareilles 
nichées ont bientôt dévoré le parenchyme des racines chevelues du blé, qui 
alors doit cesser tout accroissement. 

Je ne préjuge rien sur la bonne ou mauvaise récolte du blé encore sur 
pied, mais il me semble que les insectes lui nuiront presque autant que la 
sécheresse qui se prolonge. 

De l’évalimtioia des F^imiex^ en 
ngpricole, 

PAa M. EDMOND SACRIA, SECaÉTAlEE-ADJOlNT. 

(Suite), 

Les éléments de notre première méthode sont au nombre de deux. Ce sont: 
t« les aliments ramenés au foin; la litière. Cette méthode, on le conçoit. 


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— 94 — 


en tenant compte de ces deux Téritables éléments de la production du fu- 
mier, doit être bien supérieure à celle employée par quelques agriculteurs, 
et qui consiste à admettre qu*un animal d'une espèce donnée produit une 
quantité fixe de fumier, sans tenir nullemenf compte des aliments, non plus 
sourent que de la race et de la taille des animaux ; car on applique en gé- 
néral à tous les animaux d'une même espèce les chiffres donnés par certains 
auteurs; chiffres essentiellement relatifs aux races sur lesquelles ces auteurs 
ont expérimenté, ainsi qu'au mode d'alimentation suivi par eux. 

Supposons une exploitation ayant 5 chevaux, 10 vaches, 6 bœufs de irail 
i l'engrais, 4 élèves, 120 bêtes à laine, 6 porcs. 

Calculons d'abord par notre méthode le fumier des 5 chevaux. 

Nos 5 chevaux ont été nourris au foin, à l'avoine et à la paille; ils ont 
reçu ; 

20,000 kîlog. de foin sec, 200 hectol. d’avoine, 7,200 kilog. de paille, et 
ils ont travaillé 20,000 heures. 

Ces chevaux ont donc reçu comme nourriture, 20,000 kilog. de foin; ils 
ont en outre reçu 200 hectol. d'avoine pesant en moyenne 50 kilog. l'hectol., 
soit 10,000 kilog. 

Si 60 kilog. d’avoine sont l’équivalent de 100 kilog. de foin, comme valeur 
nutritive, ces 200 hectol. ou 10,000 kilog. d'avoine représenteront 1,666 
kilog. de foin (voir le Tableau comparatif de la valeur nutritive des alimenta 
donnés au bétail, publié par M. Antoine, à Nancy). 

De plus, ils ont reçu 7,200 kilog. de paille. Soit à raison de 4 kilog. xmr 
tête et par jour. 

La consommation de ces chevaux, en foin, aliments ramenés au foin et 


en paille est : 

Foin sec, . ; 20,000 kilog. 

Avoine, 16,666 

Paille, . . 7,200 

Soit en tout 43,866 kilog. 


Si nos chevaux étaient restés continuellement à l'écurie, on pourrait pren- 
dre le coefficient fourni par les économistes allemands et multiplier le nom- 
bre 43,866 par ce chiffre. Mais nos chevaux ont travaillé 20,000 heures, 
c'est-à-dire que tout ce temps ils l'ont passé hors de l'écurie ; notre coeffi- 
cient devra donc être modifié, car il serait évidemment trop fort. 

Bi DOS chevaux ont travaillé 20,000 heures, ils ont par conséquent passé 
tout ce temps hors de l’écurie. Un seul cheval aura donc passé le cinquième 
20 000 

de ce temps ou — ^ — soit 4,000 heures hors de l'écurie. 

D 


L'année se composant de 8,760 heures, ce seul cheval aura passé 

8,760 - 4.000 4,760 ^ i . . .. 

— = 0,55, soit la Cinquante-Cinquième partie 


8,760 


8,760 


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de Vannée, environ. 

Si Vanimal fût resté complètement à l'écurie, il eût ftallu prendre le 
coefficient 2,3; mais comme il n’est resté à l’écurie que la cinquante-cin- 
quième partie de l’année, c’est par le nombre 0,55 qu’il faudra multiplier 
le coefficient 2,3, ce qui nous donne pour résultat 1,25, chiffre un peu forcé, 
il est vrai. Ce sera donc par le coefficient 1,25 que nous devrons multiplier 
le membre 43,866 pour avoir la quantité de fumier fournie par nos 5 chevaux, 
43,866 X 1,25 = 53,582,50. 

Nous pouvons donc inscrire au compte des chevaux, et jusqu’au moment 
de la vérification par le cubage direct, la quantité de 53,582 kil. 50 déc. de 
fumier fournie par eux et obtenue par notre méthode. 

Nous avons confondu sous le nom de litière, la paille consommée par les 
chevaux et celle vraiment fournie comme litière. Nous justifierons cette 
manière de procéder en faisant remarquer qu’on ne donne ordinairement 
la paille aux animaux qu 'après qu’ils ont mangé les autres aliments. En se 
posant dans des conditions normales, c’est-à-dire en admettant que les ani- 
maux soient bien nourris, il en résulte qu’une bonne partie de cette 
paille présentée comme aliment, est rejetée par eux et foulée aux pieds. On 
remarquera en outre que les animaux rejettent également une certaine 
partie de leur foin que nous regardons comme équivalent à la paille qu’ils 
consomment réellement. C'est en vue de ces circonstances que nous comp- 
tons simplement pour litière toute la paille que reçoivent lès chevaux; il 
en sera de même pour les autres animaux. 

Dans notre exploitation fictive où nous avons supposé six bwfi de trait, 
pour évaluer d’après notre méthode la quantité de fumier fournie par ces 
animaux, nous n’aurons qu'à suivre la marche précédente employée pour 
calculer le fumier fourni par les chevaux. Après avoir converti en foin les 
divers aliments fournis à ces bœufs de travail, on additionnera le nombre 
ainsi obtenu de celui de la paille, et on modifiera le coefficient 2,3 d’après 
le nombre d’heure passé i l'écurie par ces animaux , comme nous l’avons 
fait pour les chevaux. 11 est donc inutile de recommencer le même travail, 
et l’on peut fixer approximativement, si on le veut, à 87,000 kilog. 

Pour trouver la quantité de fumier produite par nos deux beeufs à Ven§rais, 
on pourra se servir du coefficient 2,3 sans lui faire subir aucune réduction, 
puisque ces animaux ont été tenus constamment à l’étable. 

Nos deux bœufs à l’engrais ont reçu comme aliments et litière : 3,000 kil. 
de foin, 200 hectolitres de pommes-de-terre, 12,000 kilog. de luseme verte, 
2,920 kilog. de paille. 

Pour arriver au nombre de kilog. que représentent ces aliments : ponunes- 
de-terre et luseme verte, convertis en foin, nous ferons observer que, pre- 
mièrement, les pommes-de-terre pesant, en moyenne, 75 kilog. par bect., 


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— 96 — 


pour 200 hectol. nous aurons un poids de 15,000 kilog. 

Comme d'après les expériences consignées dans le tableau de M. Antoine 
de RoTille, et dont nous avons parlé plus haut, 200 kilog. de pommes-de- 
terre équivalent en moyenne à 100 kilog. de foin sec, nos 15,000 kilog. de 
pommes-do-terre représenteront donc 7,500 kilog. de foin sec. 

Deuxièmement, on calcule ordinairement que le trèfle, la luzerne, etc., per- 
dent par la dessication les deux tiers et même les trois quarts de leur poids 
à l'état frais. Les divergences dans les chiffres trouvés par les personnes 
qui ont fait des expériences à ce sujet, s'expliquent par l'humidité naturelle 
du sol sur lequel on expérimente, l'état hydrométrique de l'année et même 
aussi l'état de siccité plus ou moins complet des plantes. 

En compulsant le tableau comparatif de M. Antoine de Hoville, on voit 
même que 457 kilog. de luzerne verte équivalent à 100 kilog. de foin sec. 
Nos 12,000 kilog. de luzerne verte équivaudront donc à 2,600 kilog. de 
foin sec. 

Nos deux bœufs à l'engrais auraient donc reçu en aliments convertis en 
foin et en litière : 

3,000 kilog. de foin sec. 

7,500 — de pommes-de-terre converties en foin sec. 

2,600 — de luzerne verte convertie en foin sec. 

2,920 — de paille pour litière. 

16,020 kilog. 

Si donc nous multiplions ce nombre de 16,020 kilog. par le coefficient 2,3, 
le produit de celte multiplication 36,846 représentera en kilog., d'après 
notre méthode, le fumier fourni par les bœufs à l'engrais. 

(À $uwre). 





DONS. 

Il est offert à la Société, par : 

M. Jean Dünand, directeur de rétablissement dlnstruction agricole de 
Chailly-Guéret (Mâcon) : 

Des moyens d'élever au sein des classes rurales le niveau des ccnsiaissances 
agricoles (mémoire couronné par l'Académie de Mâcon). 

Son auteur : 

La Santé rétabüe par les Produits sanitaires spéciaux de Léchelle, phar- 
macien à Paris. 


M. ScHNBiDEa, membre correspondant : 

Les Œuvres de La force (Dordoguc), par John-Bost. 

• le docteur Alfred Petit, de Lille : 

^Farcùkxhronique développé chez V homme sans causes connues. 


— i 


POLIGNT, IMP. DE MARBSCIIAL. 




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- 97 — 


GÉOLOGIE APPLIQUÉE. 

élnÉpI^ note «ttir les mattéree utiles «lu sol 
<Jurusslq[ue » 

PAU M. JUST PIDANCET, MEbiBllE TITULAIRE. 

Si les chaînes de montagnes qui parcourent l’ancienne Franche^ 
Comté ne renferment pas d’autres substances métalliques que les mi- 
nerais de fer qui alimentent les usines métallurgiques ûc la -contrée, 
•cnes n’en offrent pas moins un vif intérêt au point de vue des matériaux 
•utiles qu^elles peuvent fournir à l’art de bâtir et à d’autres industries. 
— A chaque pas, les assises calcaires qui les composent peuvent donner 
non-seulement ^des pierres d’appareil de premier ordre, mais encore 
des marbres estimés, dont T exploitation est déjà sur plusieurs points 
l’objet (Tune importante Industrie. H suffit de citer, pour notre dépar- 
tement, les carrières de Saint-Ylie, près Dole, célèbres par les marbres 
t]ù*elles ont livrés à de nombreux manuments de la capitale ; celles de 
Molinges et Prolz, dans l’arrondissement de Saint-Claude ; les carrières 
de Saint-Amour, dont l’exploitation fait vivrede nombreux ouvriers; 
celles de Miéry, près Poligny, qui ont fourni autrefois de nombreux 
•éléments à la mosaïque romaine des Cbambrcttes , et qui , venant 
d*élfc ouvertes récemment, livrent déjà leurs produits jusqu’à Lyon. 
Citons encore les nombreuses variétés des environs de Cbampagnole, 
que travaille avec tant d’intelligence un de nos membres correspon- 
dants, M. Humbert, marbrier dans celte ville, «t on aura une bien 
faible idée de nos richesses sous ce rapport. 

Les calcaires ordinaires , ainsi que nos calcaires marneux et coqiiil- 
liers, peuvent fournir en abondance toutes les variétés de*chaux, de- 
puis les ciments romains jusqu’à la chaux grasse la plus pure et la plus 
foisoananle. Cependant, si on excepte les exploitations de chaux hy- 
draulique de Dole fournie parles calcaires oxfordiens, et celle de Mau- 
fans, dont les produits ont été utilisés dans les travaux du chemin de 
fer de Mouchard à Bourg, on peut dire que l’industrie chaufoumière 
est encore à l’état rudimentaire dans notre Jura ; mais aussi il est facile 
de prévoir que dans un avenir rapproché, l’emploi de la chaux, et sur- 
tout de nos chaux phosphatées dans la pratique agricole de notre im- 
mense Bresse, ouvrira à cette industrie de puissants débouchés. . 

Les marnes de nos terrains jurassiques servent de maticpC^YèJWJéri 
^ de nombreuses tuileries, en même temps qu’elles fourqisséhl à l’agrî- 

/ * . 


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- 08 - 


culture d*un grand nombre de localités un amendement et un engrais 
précieux; leur emploi a changé depuis quelques années la physionomie 
agricole de certaines régions. Citons comme exemple le canton de 
Gendrey, dans rarrondissement de Dole, qui tire ses marnes de la partie 
supérieure du lias ; Scrre-les-Mouliéres , Vriange et Malange , dans le 
même arrondissement, qui exploitent les leurs dans les marnes à foulon 
(jurassique inférieur); Plasne, Le Fied, Picarreau, dans le canton de 
Poligny, qui exploitent les mêmes couches, et qui doivent à remploi 
des marnes qu'ils en retirent, la renommée des esparcettes du premier 
plateau jurassique ; citons enCn les communes d'Alicze et de S^-Maur- 
les-Buissons, près Lons-le-Saunier, qui ont su tirer un excellent parti 
des marnes liasiques. — Malgré ces exemples saillants, l’emploi de la 
marne en agriculture est encore loin de se généraliser, et cependant 
l'analyse chimique indique pour quelques-unes des couches marneuses 
non encore employées, la présence de substances minérales qui auraient 
probablement une vive action sur la végétation de certaines espèces 
végétales. 

Les argiles de la Bresse, qui s’étendent au pied du Jura, servent non- 
seulement à la fabrication de la tuile et de la brique, mais fournissent 
encore à la poterie une matière première de qualité supérieure. Les 
poteries d'Etrepigney sont renommées depuis longues années, et on 
sait le magnifique parti qu’a su tirer de ces matières un des industriels 
les plus intelligents de notre pays, M. Degermann, de Tassenières. 
Ajoutons que certaines terres d’Etrepigney jouissent de propriétés 
réfractaires remarquables, qui ont permis leur emploi dans la fabrica- 
tion de briques destinées à la construction des hauts-fourneaux de Rans. 

Mais de tous les terrains qui composent notre Jura, le plus important 
au point de vue industriel est certainement celui désigné par les géo- 
logues sous le nom de marnes irisées; son grand développement au 
pied de ces montagnes dans l’arrondissement de Poligny, nous fait un 
devoir d’entrer dans quelques détails sur les matériaux utiles qu’il ren- 
ferme. Ce terrain doit son nom aux couleurs variées qui ornent les 
marnes gypseuses et magnésiennes qui en constituent la plus grande 
partie. Deux bancs de calcaires magnésiens divisent cette masse de 
marne en trois assises, dont l’inférieure renferme à sa base du sel 
gemme en couches, en amas, en nodules et en veines ; à sa partie supé- 
rieure se trouvent des masses de gypses argileux, couronnées quelque- 
fois par une mince couche de houille maigre et pyriteuse, fréquem- 
ment interrompue dans notre département. L’assise moyenne est sur- 
tout remarquable par le développement des masses gypseuses qui en 


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— 99 — 


constituent la plus grande partie. 

Les sels gemmes exploitas actuellement par voie de dissolution Cour- 
nissent à nos nombreuses salines, outre le sel ordinaire, un grand nonn- 
bre d'autres produits chimiques, notamment le chlorure de potassium, 
le sulfate de magnéme, le sulfate de soude, etc. Les eaux-mères de ces 
salines renferment encore des produits indurés et bromurés, et les eaux 
de Salins doivent à ces matières leur cHicacité thérapeutique. 

La houille de l’assise inférieure des marnes irisées, exploitée autre- 
fois à Grozon pour le service de la saline, offrait trop peu de continuité 
pour que son exploitation ait pu donner lieu à des produits suffisam- 
ment rémunérateurs. 

Outre le sel , notre département puise dans l'extraction des gypses 
des marnes irisées un véritable élément de richesse.; et, bien que ces 
exploitations ne mettent pas en mouvement des capitaux aussi puissants 
que ceux de rindüstrie sàlinière, elles n’en sont pas moins importantes 
au point de vue de Futilité des matières qu’elles livrent a l’agriculture 
et aux constructions. 

Les gypses des marnes irisées acquièrent, dans le département du 
Jura, et surtout dans l’arrondissement de Poligny, leur maximum dé 
développement. 

Les couches de l’assise moyenne, principalement celles de leur partie 
supérieure, sont remarquables par leur blancheur et leur pureté : c’est 
ici, on peut le dire, la zône des gypses du bâtiment; l’assise inférieure, 
au contraire, ne renfermant que des gypses argileux et souvent nuan- 
cés par des oxides métalliques, ne peuvent servir qu’à la culture des 
plantes légumineuses : trèfles, luzernes, esparcettes, •etc.; disons toute- 
fois, en passant, que les premiers sont certainement préférables pour 
cet usage, et le cultivateur intelligent prendra toujours le gypse le plus 
pur pour plâtrer ses trèfles ; car il est clair que l’argile interposée dans 
les autres, ainsi que les oxides métalliques qui les colorent, sont ou 
sans action sur la végétation, ou bien peuvent exercer une action nui- 
sible, soit en empâtant les stomates des feuilles et des tigcs^ soit Jen 
exerçant une action chimique sur le tissu végétal. 

De toutes les localités du Jura, celle ou l’extraction peut et doit se 
faire â moins de frais, est certainement Salins. Là, en effet, les marnes 
irisées, découpées par des ravins qui entament presque tou te leur épais- 
seur, laissent voir à découvert la presque totalité des couclies gypseuses 
qu’elles renferment, et souvent dans la même carrière, dont l’épais- 
seur est toujours considérable, on observe des gypses de couleur et de 
Composition très-variées, les uns pouvant servir au bâtiment et à l’agri* 


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— lôo 

euliure, les i^itres ne pouvant être utilisés que par celle-ci. 

Si les particularités de gisement que nous venons de signaler peu- 
vent, en diieinaant les frais d*extraction, perrocllrc de livrer les gypses 
de Salins à un prix un peu inférieur à celui des autres localités, elles 
peuvent aussi faciliter la fraude commerciale; en effet, le fabricant 
achetant en carrière des roches de natures très-différentes pour les mé- 
langer presque toujours dans des proportions arbitraires « n’obtient 
après cuisson que des plâtres dont la composition et la qualité peuvent 
varier indéfiniment; aussi n’est-il pas rare d’entendre nos construc- 
teurs se plaindre de la qualité des plâtres expédiés. 

Ces mélanges ne sont plus possibles dans les usines qui ne cuisent 
que des gypses exploités par galeries ou par puits. Les frais considé- 
rables que nécessite ce genre d’extraction, obligent l’exploitant à ne 
rechercher que les couches les plus puissantes et surtout celles de 
qualité supérieure. D’un autre côté, par suite de la disposition des 
couches dans notre pays, ce genre d’exploitation oblige à forer les puits 
dans la partie supérieure des marnes irisées , et comme les premiers 
bancs qu’on rencontre sont constitués par les gypses les plus purs et 
les plus blancs, il en résulte naturellement que l’exploitation s’établit 
dès les premières assises, pour être abandonnée aussitôt que les couches 
de bonne qualité pour la bâtisse commencent à s’épuiser. 

On peut vérifier ces assertions dans toutes les exploitations ouverte 
dans le petit plateau qui domine le village de Groxon, et qui s’étend 
entre Arbois et Poligny. Lâ, toutes les carrières fournissent des roches 
identiques, qu’on peut diriger au loin par voie du chemin de fer de 
Besançon à Lyon, rampant â la base du plateau. 

Les gypses de cette petite région appartiennent à la partie supé- 
rieure des marnes irisées, et sont la continuation des fameux bancs de 
gypses de Salins; ils cq ont la composition chimique et l’aspect, et 
jouissent de toutes leurs p^priétés. 

La galerie ouverte par M. Faucher expédie scs roches dans le Val- 
d^ Amour à rusioe de cet induslrici, située sur le territoire de Bans, 
près Mont-sous-Vaudrey. Là, elles sont soumises a la cuisson, et le 
plâtre qui en provient est livré pour l’usage de l’agriculture et pour les 
eonatructioDs du voisinage. 

Un puits voisin de la galerie de M. Faucher a été ouvert autrefois 
par M, Gros, ancien membre du Conseil d’arrondissement pour le can- 
ton de Poligny, et vient d’ètrc acheté, ainsi que l’usine qui en dépend, 
par un jeune et habile industriel, M. Charles Bourgeois, de Salins. 

Le puits Bourgeois renfemc les mêmes couches gypseusos que la 


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- 101 — 

galerie Faucher, ci donne également des produits supérieurs et en tout 
comparables aux meilleures qualités de Salins. Cependant, les usines à 
plâtres des environs de Poligny ont passé pendant quelque temps pour 
livrer des produits inférieurs à ceux de Salins, et de nomlnreux doutes 
se sont élevés sur l’identité des matières provenant de l’un et de l’autre 
lieu. Ces différences obsen ées, surtout à l’origine de l’industrie plà- 
irière de Poligny, sont attribuées par tout le monde à un vice apporté 
dans la cuisson des plâtres de notre pays. Aujourd’hui, 1 apprentissage 
de nos industriels est fait, et les produits de lü. Ch. Bourgeois peuvent 
dès maintenant rivaliser avec tous les gypses des^ autres localités juras- 
siques. 

L’usine de M. Bourgeois, située à quelques mètres de la gare de 
Poligny, peut desservir avec facilité et très-économiqueinciit, toutes 
les localités placées dans le voisinage de la ligne de Besançon à Lyon. 
D’un autre côté, la grande extension qui va être donnée â son exploi- 
lalion pourra lui permettre de satisfaire â toutes les demandes, et nous 
ne doutons pas que le massif gypseux de Poligny ne prenne d’ici à peu 
de temps la suprématie sur la plupart des autres localités jurassiques. 


INSTRUCTION PUBLIQUE. 

Oe Fentr^e en vacmncM et de le rentrée 
de» eInMe» dnns le« écolen puDUcpies, 

PAR M. BEL, MEMBRE CORRESPONDANT. 

Depuis Charlemagne jusqu’en iSiO, les vacances commençaient en 
septembre et la rentrée des classes aux premiers jours de novembre. 
Cet usage, consacré par mille ans de durée et surtout par l’exigence 
invincible des saisons, était parfaitement rationnel et conforme â la 
nature. Pourquoi s’obstiner, depuis i8i0, â lutter contre cette dernière, 
en Gxant l’entrée en vacances, ici du iO aû 20 septembre, et le retour 
au collège ou à l’école communale an iO ou 20 octobre, et là , la pre- 
mière, du 20 au 30 septembre, et ce retour au 20 octobre ou au lende- 
main de la Toussaint? Impossible à nous d’en découvrir un motif rai- 
sonnable. Aussi, depuis celte mesure fâcheuse, esUil arrivé plus d’une 
fois que les fonctionnaires dociles aux ordres de l’administration supé- 
rieure, n’ont rencontré devant leurs chaires que des bancs vides, et ont 
dû attendre les élèves jusqu’au 1^' novembre. Que si , dans les lycées 


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— 102 — 


Tes collèges des grandes villes, l’absence est moins complète, c’est 
qu’il s’y présente, outre une partie des élèves des familles qui ne pra> 
tiquent pas la villégiature, le petit nombre de ceux dits à prix^ lesquels 
prétendent à la couronne d’excellence. Le moyen , dites-nous, que le 
professeur commence avec si peu de monde son cours en plein ? Sep- 
tembre et octobre sont généralement beaux el tempérés dans nos cli- 
mats, et c’est l’époque des récoltes et des travaux agricoles de rarricre- 
saison, celle que passent à la campagne les tribunaux, les académies 
et les écoles spéciales de théologie, de médecine, de droit, des lettres, 
des sciences, etc., ainsi que les familles riches, pour retourner en ville 
à l’approche des froidures. Les magistrats, Us professeurs des facultés 
«l les chefs de ces fomillcs peuvent et doivenl-ih renvoyer leurs en- 
fants seuls aux leçons de ces divers établissements? Cela cst-il moral et 
dans l’intérêt général ? 

L’administration supérieure demande que toutes Us écoles primaires- 
el secondaires donnent h leurs élèves des notions d’agriciilliire, voire 
d’épônomie rurale , et elle essaie d’arracher les jeunes gens à la cam- 
pagne au moment où la pratique du premier des arts leur en appren^ 
drait en un jour beaucoup plus que la théorie en un mois ! Ajoutons 
que si les élèves qui fréquentent les collèges rentraient tous comme on 
le prescrit, ceux des écoles primaires , des villages cl des fermes ne Je 
peuvent nullement : ils sont indispensables , même très-jeunes, à leurs 
familles pour les récoltes, les semailles cl les vendanges, qui toutes 
finissent à peine avec les premiers jours de novembre. Revenez-en 
donc, dirons-nous à la haute administratibn, revenez-en à l’ancien 
usage; personne ne refusera de reprendre ses études après la Toussaint, 
eliaque professeur pourra ouvrir son cours complètement, et tout ren- 
tt*era' dans l’ordre. C’est ce qu’a sans doute compris le savant réforma- 
teur des abus de l’instruction publique, M. Duruy, quand il a permis 
aux reoleurs de fixer la rentrée des écoles primaires, en 1S64, aux pre- 
miers jours après la Toussaint. Espérons qu’il leur prescrira bientôt 
même liberté pour fa rentrée des écoles secondaires, et cela, non pour 
le plaisir de quelques professeurs et de quelques jeunes gens qui ont 
lo moyen de jouer aux touristes, mais dans l’intérêt, bien entendu, des 
lettres et des sciences. 

La plupart des petits séimnaires qui ne deraieBt, d’après le décret 
impérial de leur créalioir, recevoir que des aspirants à l’état ecclésias- 
tique, et qui ne donnent pas à cette carrière un sixième de leurs élèves, 
n’opèrent leur rentrée qu’en riovembre, après deux mois de vacances; 

Be sorail-cc point \h une de^ raisons de leur prospérité toujours crois- 


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sanie, ainsi que de celle des écoles libres, tenues par des congrégations 
religieuses, lesquelles se conforment à l’usage des séminaires ? 


SCIENCES NATURELLES. 

Reelierelien e:3LpérImeiiteile« sur le Goitre 9 

PAR a. CHONNAUX-DCBISSON, ■£■!»£ CORRCSPONOART. 

DÉFINITION. 

Le goitre ou goétre est un accroissement anormal, une hypertrophie 
de la glande thyroïde. 

SYNONYMIE. 

Le mot goitre parait formé par corruption du latin guttur, la gorge. 
Le goitre a reçu, d’apres l’idée vraie ou fausse qu'on en a prise, diffé- 
rents noms. Le vulgaire l’appelle grosse gorge ^ gros cou. Les Latins 
ont nommé le goitre , hemia gulluris, gutturalis. On trouve encore 
cette affection désignée par plusieurs autres noms moins connus , ou- 
bliés, ou bien qui ne sont pas généralement adoptés : telles sont, en 
effet, les expressions de ^oiigrond, d’Hippocrate {Epidémies, lîv. vi, 
sect. 3, sent. 14); celles de nota ou naeta; struma; hotium ou bocïum, 
qui se trouvent dans Ambroise Paré, Guy de Cbauliac, Forestus ; et les 
noms enfin de trachéocèle, d’Hcister {InsHtut, chirurgicœ, page 678), 
et de trachelophyma, employé par Sagar. 

Il est évident que plusieurs de ces noms ne conviennent point au 
goitre proprement dit, attendu qu’ils s’appliquent soit à des affeetions 
dont l’existence est peut-être contestable, soit à d’autres qui lui sont 
véritablement étrangères, et avec lesquelles on l’avait confondu, faute 
d’en avoir connu la nature. 

HISTOBIQUE. 

Le goitre, affection locale, qui, par sa situation, frappe aussitôt la 
Yue, a généralement paru du domaine de la chirurgie; aussi les traités 
de pathologie externe et ceux de médecine opératoire sont-ils, après 
les monographies, presque les seuls ouvrages de l’art qui en fassent 
mention. Tous les nosologistes n’ont cependant pas également négligé 
le goitre ; tandis, en effet, que Cullen, Pinel et plusieurs célèbres noso- 
graphes passent cette affection sous silence, d’autres en font une men- 
tion particulière. De Sauvages /iVoso/ojfia melhodiea, tome I, page 


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157, jn-4, Amc$teIod., 1768) admet, comme on voit, quali*e espèces 
de goitres, et il en forme le vinglrhuilième genre de l’ordre IV, excres- 
centicBy de sa première classe, vitia. Le goitre et le gongrone appar- 
tiennent aux genres 369 et 371 de Vogel; dixième classe, vices, ordres 
H, tumeurs. Sagar le rapge dans sa première classe, ordre IV, genre 33; 
et Beaumes (Traité élémentaire de Nosolo^ie^ tome II, page 246^ en 
fait deux^aus-espèces , le goitre cellulaire et le goitre thyroïdien^ qui 
forment son 21* genre, première sous-classe, désoxigénèses^ de la deu- 
xième classe, ewigénèse&. 

VARIÉTÉS ET DIFFÉRENCES DU GOITRE. 

Le goitre est sporadique ou accidentel lorsqu’il survient isoièincnt 
sur un individu donné; cette affection est au contraire endémique , c(, 
dans ce cas, le plus souvent héréditaire, lorsqu’elle atteint un grand 
npinbfe d’habitants d’une meme contrée. 

Lje goitre est, d’après son ancienneté, récent, et plus ou moins chro-^ 
nique; il est d’ailleurs simple lorsqu’il existe seul, et comp/tqtié lorsqu’il 
se trouve uni avec quelque autre maladie, comme le crétinisme et les 
scrofules. 

Ces diverses circonstances influent beaucoup sur res|)oir de sa gué- 
rison. Par rapport à la partie du corps thyroïde que le goitre envahit, 
il est total ou partiel, ou, en d’autres termes, il est à un seul lobe, 
hilnbé et trilobé. 

Le goitre qui offre une tumeur unique, affectant le lobe moyen ou 
ristbme de la thyroïde, est beaucoup moins facile h guérir que celui 
qui affecte les parties latérales du même corps. Mais de toutes les diffé- 
rences du' goitre, la plus importante est celle qui tient a la nature de 
celte tumeur,, c’csl^à-dirc à l’espèce particulière de lésion ou d’altéra- 
tion de tissus du corps thyroïde, qui la peut former et qui fa constitue 
essentiellement. Or, les différences dc ce genre importent assez à la 
connaissance, au pronostic et au traitement du goitre, pour qu’il ne 
paraisse pas inutile, à une époque marquée par le juste intérêt qu’on 
accorde à l’anatomie pathologique, d’entrer à ce sujet dans quelques 
détails. On sait d’ailleurs que la plupart des auteurs ont laissé sur ce 
point une lacune à remplir. 

Les altérations du tissu du parenehyrac thyroïdien qui constituent le 
goitre, consistent : 1* dans le simple développement insolite, ou l’aug- 
inenlation de nutrition de ce corps; 2* soa état d’excitation aigu ou 
rliroiiiquc d’où résulte la congestion sanguine de la thyroïde, la foutes 
pu!'ulenlc dc celle partie cl son passage à l’état blanc ; 3® la thyroïde* 


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i05 — 


admet diverses iransformaiionô organiques; et 4" enfin, ce corps ëproote 
encore la plupart des dégénérescences du même nom. 

Uacerm$êtmmi de nutrition du corps thyroïde constitue le plus com- 
munément le goitre, et forme ce que quelques-uns ont nommé 6roii- 
ehoeèle sarcome. Les traits de l’organisatipn du tissu tout particulier qui 
caractérise, comme on sait, la thyroïde parmi toutes les parties de Téco- 
nomîc, y sont alors et plus apparents et plus prononcés. Les lobes thy- 
roïdiens sont bosselés, séparés par des intervalles profonds : la surface 
inégale de chacun d'eux y décèle les lobules de ce corps. La consis- 
tance du tissu propre de la thyroïde est augmenté ; la couleur de ce 
coqis est aussi plus brune ou plus foncée. L'humeur à la fois visqueuse 
et comme oléagineuse qu’on obtient par expression du tissu thyroïdien, 
et qui y parait dans l’état ordinaire comme infiltrée, vu la ténuité des 
granulations qui la contiennent, est ici très- abondante, et se trouve de 
plus ostensiblement renfermée dans une multitude de vésicules mem- 
braneuses arrondies, demi-transparentes, ensevelies dans la masse 
thyroïdienne. Ces vésicules ne paraissent que les granulations elles- 
mêmes de la thyroïde, devenues plus apparentes par raccroissement de 
toutes les parties de ce corps. Cette manière de voir, que nous adoptons 
avec la plupart des médecins anatomistes, parait n’avoir pas été étran- 
gères k Morgagni. Cet auteur, apres avoir décrit un goilre de la nature 
de celui que nous signalons, dit ei^pressément , en effet, des vésicules 
dont il s’agit : a Eœ vesiculœ nativi ipsi glandulœ aeini esse videhantur^ 
remorantis humoris vi in eam magnitudinem dilatati. » 

On sait d’ailleurs que dans cette variété du goitre, les éléments orga- 
niques communs, comme les vaisseaux sanguins artériels et veineux, les 
vaisseaux lymphatiques, les nerfs, etc., ont un volume beaucoup plus 
considérable que celui qui leur est ordinaire. Portai a vu tous les vais- 
seaux en particulier très-dilatés d’autres ont observé que les veines 
et les artères thyroïdiennes avaient acquis, dans un cas de cette espece, 
le double de leur volume ordinaire. 

Mais la turgescence et la distension humorale des granulations thy- 
roïdiennes, d’où résulte le plus ordinairement le goitre sarcome, ne se 
rencontrent pas dans toutes les tumeurs de ce genre. M. Lullicr-Wins- 
low a observé un goitre qui pesait une livre, et dont le tissu ne diffé- 
rait en rien de celui de la thyroïde, dans son état accoutumé. Une sorte 
de congestion sanguine simple caractérise spécialement encore la va- 
riété du goitre qui nous occupe. Telle est celle qui survient par certaines 
causes d’irritation locale, et probablement encore chez les femmes 
pléthoriques en particulier, par l’aménorrhée et la grossesse. On trouve 


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alors tout le système sanguin de la thyroïde très-développé; les veines 
thyroïdiennes sont agrandies et variqueuses, et les capillaires de la thy- 
roïde, gorgés de sang, laissent échapper ce fluide en abondance par les 
sections qu*on fait dans Tintéricur du goitre. Fodéré ( Traité du goitre 
ét du crétinisme, page 35, Paris, an VIII) trouva, dans le fond de Tun 
des goitres qu'il avait disséqué, une collection de sang épaissi : MM. 
Jules Cloquet et Béclard, chefs des travaux anatomiques de la Faculté de 
médecine de Paris, rencontrèrent deux fois dans leurs reeherches sur 
les maladies de la thyroïde, la disposition que nous indiquons. M. Tar- 
diveou (Dissertation inaugurale sur les maladies de la glande thyroïde) 
nous parait avoir donné, avec raison, le nom de goitre sanguin k là va- 
riété qui nous occupe. 

L’irritation latente et plus ou moins chronique qui change le volume 
ou la forme de la thyroïde, et dont les effets se marquent par l’activité 
apportée dans la nutrition et dans la circulation de ce corps, s’étend 
encore, quoique fort rarement à la vérité, h son inflammation réelle et 
a la fonte supporatoire qui en résulte. J.-L. Ÿeiïi ( Traité des maladies 
chirurgicales et des opérations qui leur conviennent, t. i, p. 2ii, Paris, 
1774) fournit trois exemples de ce genre de goitre qui se sont terminés 
par suppuration. Hevin ( Cours de pathologie et de thérapeutique chirur^ 
gicales, p. 229) dit en propres termes avoir vu une tumeur de cette 
espèce, qui suppura spontanément et se dissipa totalement, parce qu'il 
se fit une fonte complète de toute la substance qui la formai!. Marc- 
Aurèle Séverain (De recondità abcessuum naturà) fait mention d’une 
guérison de bronchocèle qui vint à suppuration. Bonnet, enfin (Sepu/- 
chretum, t. II. De tum., p. n., lib. 4, sect. il, p. 262), a également 
trouvé une matière purulente, dans un goitre, sur une jeune personne 
qui, d’ailleurs, avait succombé à la phthisie pulmonaire. 

Nous serait-il permis de remarquer que le nom de goitre phlegmo^ 
fieux, imposé par quelques-uns k cette variété (M. Tardivcau, diss. cit.), 
ne lui convient guère, si l’on fait attention que l'abcès qui survient ici 
parait constamment avoir le caractère des abcès froids ou de ceux que 
produit l’inflammation chronique. M. le docteur Réqueur a toutefois 
observé, en 1807, à l’hôpital Saint-Antoine, de Paris, un goitre enflam- 
mé d’une manière aiguë, mais qui suffoqua le malade par son volume, 
avant que la suppuration eût pu s’y établir. 

L’altération blanche, d’aspect lardacé, sorte de production différente 
du cancer, et qui résulte si fréquemment, comme on sait, d’un grand 
nombre d’irritations chroniques, affecte fréquemment encore le tissu 
thyroïde en entier, ou bien isolément dans quelques-uns de scs points, 


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où elle forme des plaques et des nodosités denses et fibro-celluleuses. 
Cet état, ordinairement stationnaire, parait toutefois capable de résolu- 
tion , lorsque quelques causes accidentelles , ou les moyens employés 
par la médecine (sétons, résolutifs et caustiques) y viennent réveiller 
Faction de la vie. L’inflammation aiguë qui s’en empare et la suppura- 
tion qui la suit deviennent quelquefois alors curatifs. 

Parmi les transformalions organiques qui affectent la thyroïde, une 
des plus remarquables et des plus ordinaires est celle qui constitue le 
goitre cyslique (bronchocèle aquosa), goitre séreux, ou qui consiste en 
une ou plusieurs cavités, formées par autant de kystes simples ou parta- 
gés en plusieurs loges par des cloisons intermédiaires, et développés 
dans le corps thyroïde. Une humeur lymphatique, très-variable dans 
scs qualités, remplit ces kystes, et prend alors la plus grande part au 
volume du goitre. Cette variété, fréquemment observée, n’était pas in- 
connué des anciens, et c’est d’elle sans doute que Gelsc ( De re medicâ^ 
lib. Ylf , cap. IV, sect. 1 ), après avoir parlé de quelques-uns des états 
sous lesquels se montre le bronchocèle, a dit en effet : « Modo humor 
aliqitis tnelli, aquœve similis, includitur, » L’humeur qui remplit les 
kystes simples ou multiples du goitre cystique est claire, limpide, 
aqueuse ou séreuse, mais plus fréquemment épaisse, visqueuse et 
oléo-gélalineuse. Ce liquide devient souvent opaque par l’action de 
la chaleur. M. Marandcl, après avoir soigneusement examiné plusieurs 
tumeurs enkystées de la thyroïde, avait observé qu’elles contenaient 
diverses matières, et notamment pour quelques-unes, du phosphate de 
chaux tenu à l’état liquide par un dissolvant particulier qu'il a laissé à 
déterminer. Tous ces faits et plusieurs autres analogues qui se rappor- 
tent aux lésions du corps thyroïdien ont été soumis à la Société anato- 
mique de Paris, comme on peut le voir par l’exposé des travaux de 
cette Société. 

Indépendamment de l’espèce de transformation séreuse ou cystique 
qu’offre le goitre, on y trouve encore, soit isolément, soit réunies en- 
tr’elles et avec quelques-unes des autres variétés précédentes, les trans- 
formations fibreuses, fibro-cartilagineuses et osseuses. Ces tissus de 
l'économie, accidentellement développés dans la thyroïde, n’y parais- 
sent d’ailleurs, ainsi qu’on l’observe si communément en anatomie 
pathologique, que les différents degrés d’une seule et même transfor- 
mation, qui est osseuse. Quoiqu’il en soit, ees fibro-cartilages, ces car- 
tilages ou ces vrais os, se montrent à l'intérieur de ce corps sous forme 
de noyaux ou de points irréguliers, ou bien ils offrent à l’extérieur des. 
plaques résistantes plus ou moins étendues. Il n’est même pas rare * 


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- i 08 — 

que ces concrétions forment alors h toulè la thyroïde, ou seulement au 
kyste qu’elle peut contenir, une sorte de coque ou d’enveloppe géné- 
rale. Nous avons plusieurs fois rencontré cette disposition sur le goitre 
de cadavres très-avancés en âge, et M. J. Gloquet a vu sur une vieille 
femme, décédée à Thospicc de Montrouge, de Paris, des plaques de ce 
genre, que séparaient de faibles intervalles, recouvrir en entier un 
goitre sarcome, qui avait la grosseur du poing. 

Observons, an reste, que Ton trouve plusieurs exemples de l’état 
osseux du goitre, dans Janus-Plancus (De monslris ac monsirosis qui’- 
busdam); Morgagni (EpisloL anat, IX^; in VaUava oper, in-4, Venetiis, 
1740); et dans Haller (Elem, physiologiœ, lib. IX, scct. I, tome III, p, 
400, Lausanne, 1766). 

Les variétés du goitre s’étendent enfin aux dègènérations organiques 
qui surviennent spontanément dans la thyroïde, ou qu’y produit une 
thérapeutique mal entendue. 

Le squirre, si communément admis, n’y est cependant pas, â beau- 
coup près, aussi fréquent qu’on pourrait le penser, d’après les auteurs 
qui ont le plus souvent confondu sous le même nom le vrai squirre, 
enfance du cancer, avec les états fibreux, fibro-cellulcux et cartilagi- 
neux du corps thyroïde. On peut voir en particulier, au sujet des tissus 
d’apparence squirreuse, le mémoire de Bayle qui a pour titre : Hemar- 
ques sur V induration blanche des organes (Journal de médecine de MM. 
Corvisart, Boyer et Leroux, t. IX); Haller (Lococit,) a vu, comme on 
sait, une partie de la thyroïde semblable à du vieux lard; vidi... partent 
glandulœ in pinguis lardi speciem degenerem. La dégénérescence carci- 
nomateuse et cancéreuse du goitre est encore universellement admise, 
mais elle est probablement assez rare, car peu d’auteurs en citent des 
observations particulières, et jamais nous ne l’avons rencontrée, soit 
dans les hôpitaux , soit dans les amphithéâtres d’anatomie. Lîeutaud 
(Précis de médecine pratique^ t. II, p. 748) dit à ce sujet qu’il est très- 
rare que le goitre devienne cancéreux lorsqu’on n’y touche pas, et 
l’on sait que le développement du vrai cancer est ordinairement spon- 
tané. 

Le goitre renferme quelquefois, enfin, des produits fort singuliers» 
tels que du sable, sabulum e/fusum, comme l’a vu Haller (Loco ciL), des 
concrétions pierreuses, et même, suivant Morgagni, une vraie dégéné- 
rescence du' même genre de la Ihyroïde elle-même. Ce médecin célèbre 
dit, en effet, en parlant des différents états de cette partie, observée 
par les auteurs : non numquatn ipsam (thyroidam) osseam factam, ant 


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lapideseetUem (De icdihug et caugis morhorunij Epistol. i, 33, lîb. IV» 
t. Ilf, p. 39). 

Le goitre résulte encore, quoique rarement sans doute, du dévelop* 
pemeni d'hydalideg dans le corps thyroïdien. M. Baumes admet à ce 
sujet un goUre hydatique^ dont il fait la septième sorte de son genre 
belminthèse. 11 renvoie, d’ailleurs» à ce sujet, à de Haen (Ratio med.^ 
i. 111, p. 322, % IV). Nous avons nous-méme traité et vu guérir un 
goitre de cette nature qui nous causa beaucoup d’étonnement. Ce goitre, 
d’une étendue médiocre, était survenu chez une jeune dame qui le 
portait depuis deux ans. 11 occupait l’isthme de la thyroïde. 11 devint 
douloureux tout«à-coup, rougit et ne tarda pas à se ramollir. 

Noos l’ouvrîmes k l’aide du bistouri , lorsque la fluctuation nous eût 
paru très-sensible; il né sortit cependant, par l’incision, qu’une très- 
petite quantité de sérosité, un peu visqueuse et légèrement sanguino- 
lente. Mais quel(|ue temps après, en pressant les côtés de la tumeur, 
nous produisîmes l’engagement dans le fond de la plaie, d’un petit corps 
blanc obrond que nous saisîmes, mais qui se rompit avec facilité, et qui 
s’écrasa sous la pince. Nous le primes d’abord pour un flocon albumi- 
neux ; mais nous reconnûmes bientôt dans cette production le cadavre 
de Thydatide globulaire. Nous par^ iomes par de simples moyens méca- 
niques, k vider le goitre du grand nombre de ces animaux qu’il conte- 
nait, et c’est a l’aide de cette extraction, qui fut successive et prolongée, 
que la tumeur s’affaissa complètement, et finit par guérir, après avoir 
présenté, pendant quelques mois, un petit ulcère Gstulcux d’où suintait 
un peu de sérosité. Six ans se sont écoulés depuis celte guérison, qui 
se trouve dès lors bien confirmée. 

C’est a dessein qu’au nombre des variétés du goitre nous avons omis 
de faire mention de celle qui résulterait de l’influence gazeuse du corps 
thyroïde. Ce goitre, quoique admis par de Sauvages et Roncalli sous le 
iM>m de bronchocèle ventosa^ et par Plater, sous celui de hemia coUi 
emphygematica , ne nous parait pas exister. En lisant La Louette ( Me- 
moirtt de mathèmatiquee et de phygique ^ présentés k l’Académie royale 
des sciences, t. 1, p. 168), il est facile de se convaincre que l’expé- 
rience sur laquelle ce savant se fonde, k cet égard, ne prouve en rien 
que l’air, violemment chassé par les poumons, puisse pénétrer dans le 
tissu qui nous occupe. On sait, d’ailleurs, k ce sujet, que l’admission 
de cette sorte de goitre repose en grande partie sur l’hypothèse, aujour- 
d’hui bien appréciée par tous les anatomistes, des prétendus conduits 
thyroïdaux trachéaux. Borden (Rechercheg anatoniiqueg sur la pogition 
deg glaudeg et gur leur action^ % XLIV, p. 136) parle, toutefois, dans 


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une observation qu'il donne sur une tumeur particulière de la thyroïde, 
d*un gonflement énorme que cette partie , ordinairement fort grosse, 
acquérait dans certains accès de vapeurs auxquels la femme qui 
portait ce goitre était sujette. Mais Borden lui-méme, quoique tout 
rempli de Tidée des conduits ihyroido-trachéaux, ne décide pas si ce 
gonflement extraordinaire venait de Tair,. qui aurait alors été retenu 
dans le corps thyroïde : il note même que le toucher ne faisait rien 
distinguer dans la tumeur. Or, personne n’ignorc que ce caractère est 
décidément négatif de Vemphysème. Nous pensons donc que le gonfle-^ 
ment subit du cou qu’amènent plusieurs causes, ne tient pas au passage 
de l’air dans le corps thyroïde, et qu’il dépend toujours soit de la dila- 
tabilité active des organes de celte région, soit de l’emphysème simple 
du tissu cellubiire voisin de la thyroïde. 

Avant d’abandonner ce sujet, nous devons nous demander ce qu’il 
faut penser de l’état particulier auquel quelques-uns, cl notamment M. 
Fodéré, ont donné le nom de goUre en dedans. Cet auteur fournit à 
l’appui d’une semblable distinction, l’exemple d’un homme chez qui la 
voix était rauque et la respiration gênée, sans cause manifeste. Cet 
homme mourut suflbquc, et M. Fodéré, qui le disséqua, fait mention 
de l’engorgement considérable des glandes amygdales, ary thénoides et 
épiglotliqucs, ainsi que des ventricules du larynx. Mais un semblable 
résultat montre-t-il autre chose, sinon que le malade a succombé à 
l’angine chronique, tonsillaire et laryngée. M. Fodéré ne dit rien de 
l’état dans lequel il trouva le corps thyroïde, qui probablement était 
sain; car ce savant n’cùt pas manqué d’en faire mention, s’il était entre 
pour quelque chose dans la production de ce prétendu goitre. Pour 
nous, nous pensons que s’il convient d’établir cette variété du goitre, 
c’est uniquement à l’état particulier de l’engorgement thyroïdien lui- 
même, qui se propage plutôt à l’intérieur qu’au dehors, qu’il convienjt 
de l’appliquer. 

Plusieurs goitres, devenus presque tous également funestes, consta- 
tent du reste le développement en dedans du corps thyroïde ; tels sont, 
en particulier, ceux qui déterminent la dysphagie, en rétrécissant l’œso- 
phage, qui amènent l’état soporeux, et même l’apoplexie, en tombant 
sur les veines jugulaires (Haller, opusc. palh., obs. 6); et tous ceux, 
enfin, qui produisent la gène de la respiration et même la suffocation, 
en comprimant la trachée-artère (Morgagni, op. epist. 1. n® 37). Mor- 
gagni rapporte, cnlr’aulrcs exemples, d’après Kerkringius {Sepulclirum, 
ebs. 9, $ 1 ), un cas de cette dernière espèce, dans lequel le passage de 


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— lli — 

l'air fui lout-à-fail iolercepté. La tumeur appliquait la trachée-artère 
sur les vertèbres du cou. 

M. Lullier-Winslow a trouvé, dans le cas d'asphyxie due au goitre, la 
trachée-artère comme euchatonnée dans la tumeur, et aplatie latérale- 
ment en manière de gaine de sabre , dans une étendue d'un pouce et 
demi : la compression donnait h ce conduit la forme de deux entonnoirs 
qui se trouvaient réunis par leur sommet dans la partie moyenne du 
rétrécissement. On voyait à l'intérieur une fente, allongée d'avant en 
arrière, qui correspondait à cet endroit, et qui n’avait qu'une ligne de 
largeur dans le premier sens, et seulement une ligne et demie dans le 
second. 

MM. Béclard et J. Goquet ont rencontré quelque chose de semblable, 
sur le cadavre d'une vieille femme goitreuse, dont la face injectée pou- 
vait faire penser qu’elle avait été suffoquée. La trachée-artère, forte«- 
ment comprimée latéralement, conservait tout au plus la moitié de sa 
lumière. Devenue en quelque sorte triangulaire, elle présentait en 
avant et sur sa partie moyenne un angle saillant très-aigu ; or, ne ré- 
su1te-l-il pas de ces faits que, si l'on veut admettre un goitre en dedans, 
on le doit bien plutôt entendre de la proéminence spéciale de l'engor- 
gement thyroïdien vers les organes intérieurs qui lui sont contigus» 
que de tout autre état anatomique qui n'a point été jusqu’ici suffisam- 
ment déterminé par l'observation ? 

(A suivre). 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 

Voici l’analyse d'une autre analyse, s'il est permis d'appeler ainsi 
nn livre qui, pour être l'abrégé d'un ouvrage plus considérable, n’en 
omet pourtant aucun trait essentiel, attentif à le suivre pas à pas, à en 
signaler les omissions, les inexactitudes, les erreurs; à le rapprocher 
des autres œuvres similaires, afin d'assigner ô chacune sa supériorité 
ou son infériorité relative; en un mot, le soumettant sans cesse à une 
critique raisonnée, et cela avec l'autorité de l'expérience acquise au 
cours des siècles postérieurs. 

H s'agit de l’introduction, par M. Gabriel Azaïs, secrétaire de la So^ 
eîété archéologique de Béziers, notre correspondant, de l'introduction, 
disons-nous, au Breviari d'Amor de Matfre Ermengaud, frère mineur 
ou cordelier, né à Béziers, et qui florissait de 1264 è 1321. 

Mais il me semble déjà saisir sur les lèvres de plus d'un lecteur un 
mouvement de surprise, si ce n'est un sourire d'ironie. Comment, un 


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— 112 ^ 

bréviaire ! n'esl-cc donc j)rs !c recueil des offices récités chaque jour 
par les religieux séculiers ou réguliers? Et un moine abuse de ce nom 
pour nons donner, comme Ovide, des leçons sur l'art d’aimer!... J'ai 
bien envie de renvoyer ces knprudenls à certaine fable de Phèdre, 
sur le danger des jugements précipités. 

D’abord , le terme de bréviaire n’a pas toujours eu le sens qui s’y 
attache aujourd’hui : dérivé du mot latin èrevis, court, il était employé 
par les auteurs qui avaient la prétention de renfermer beaucoup de 
choses en un cadre étroit : l’hittorien de la vie des douze Césars, Sué- 
tone, s’en est servi. Tel est aussi le Breviaritm fiistoriœ romanœ com- 
posé par Eutrope^ YEpitome historiœ saerœ^ VÀppendix de Dits, ces 
initiations aux éludes classiques, n’en sont que des synonymes. 

Ensuite, ce vocable, l’amour, n’a pas toujours éveillé les idées ac- 
tuelles : chaste et pur dans le principe; il signifiait une affection spiri- 
tuelle; c’est de l’amour de Dieu que les livres saints font sortir la 
création. 

Il convenait de chasser les préventions, les préjugés, sorte de nuages 
amassés à l’horizon, avant de sc mettre en route. 

Loin donc de mériter un reproche soupçonneux de frivolité, le Bre- 
viari d’amor est un traité de haute philosophie, ou si l’on veut, la col- 
lection de toutes les connaissances possédées au XID et au Xlll* siècle. 
Bien que poème-roman écrit en vers, dans l’idiôme provençal, dans la 
langue d’oc, celle des troubadours, il nous fait constamment marcher 
en compagnie des grandes intelligences de l’époque : saint Bernard, 
ce puissant adversaire d’Abeilard; saint Thomas d’Aquin, l’ange de 
l’école ; saint Bonaventure , le docteur séraphique ; Alberl-le-Grand ; 
Vincent de Beauvais; Alexandre de Haies; Pierre Lombard; Roger 
Bacon et surtout Dante et cette Béatrix qu’il a portée si haut dans la 
divine Comédie; indépendamment des grandes figures du passé : David, 
Salomon, saint Jean, saint Luc, saint Paul, saint Jacques, saint Mathieu, 
saint Grégoire, saint Ambroise, saint Augustin, saint Isidore, saint 
Meihodius, saint Jean Damascène, Caton, Sénèque, Constantin, Hippo- 
crate, Galien, Socrate, Platon, Aristote, etc. 

Heureux d’ètre admis en pareille réunion, asseyons-nous avec con- 
fiance au pied de l’arbre d’amour, et cherchons à recueillir les fruits 
qui vont tomber de chacune de scs branches. Car tel est le titre sym- 
bolique et du corps de l’ouvrage et de scs divers chapitres. 

Au-dessus plane le grand être. Dieu, avec scs attributs souverains, 
attributs absolus : réternile, l’immensité, l’infinité, l’immuabilité; attri- 
bute relatifs et moraux : la bonté, la justice, la prescience, et selon le 


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dognîe chrétien, le sacré triangle, ainsi défini dans ce distique de Zaïre : 

La puissance et l'amour, avec Tintelligence, 

' Unis et divisés composent son essence. 

La nature occupe le second cercle de Tarbre d’amour, la nature con- 
sidérée dans le plan divin, natura naiuram ; la nature envisagée dans 
l’œuvre de la création , natura naturata. D’elle naissent deux filles : 
la législation du droit naturel^ d’où chez l’homme, comme chez l’ani- 
mal, l’amour physique, rattachement pour la progéniture qu’il engen- 
dre; la législation du droit des gens, d’où chez la créature raisonnable 
l’amour de Dieu et du prochain, et la culture des biens temporels. Le 
fruit de Famour de Dieu et du prochain est la vie éternelle; le fruit de 
l’amour des biens temporels est le plaisir qu’ils procurent; les enfants 
sont les fruits de l’amour physique, et le bonheur est le fruit de l’amour 
des enfants. 

Les feuilles et les fleurs ont aussi une signification particulière. Les 
fleurs, pei*sonnifiécs dans l’ancien testament par Lia, et dans le nouveau 
paf Marthe, représentent la vie active; d’un ordre supérieur et plus 
méritoire, les feuilles, figurées dans la Bible par Rachel, et dans l’Evan- 
gile par Marie, constituent l'embléme de la vie contemplative. 

Des créatures, après Dieu, les plus excellentes sont les anges. Habi- 
tants de la cour céleste, où ils ont des attributions et des fonctions 
diverses, ils forment, sous des noms différents, trois hiérarchies 
composées chacune de trois ordres : dans la première , les séraphins 
d’abord, comme étant doués d’un plus grand amour et d’une plus vive 
intelligence; dans la seconde, les chérubins; et dans la troisième, les 
thrônes, suivis chacun des ordres dont ils sont la tète. 

Aux anges, et dans l’abîme où ils ont été jetés, sont opposés les 
démons, devenus la personnification du mal par leur révolte contre 
Dieu et leur mépris du souverain bien. De là des dissertations sur la 
nature divine, la volonté de Dieu, la prédestination des élus, la révo- 
cation des réprouvés ; V accord de la grâce et de la liberté, de la prescience 
divine et du libre arbitre. 

Vient ensuite une description de la nature du ciel et de la terre. C’est 
ici la partie scientifique du Breviari. Le système astronomique adopté 
est une reproduction de celui de Ptolémée, tel qu’il est expliqué dans 
l’almageste; à l’occasion des douze signes du zodiaque, et des saisons 
auxquelles ils président, nous voyons reparaître toutes les opinions 
superstitieuses du moyen-âge, toutes les croyances païennes relative- 
ment à l'astrologie judiciaire, et l’influence des astres sur la destinée 
des mortels. 


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— 114 — 

La géographie physique se réduit à quelques données vagues sur la 
forme du globe terrestre. 

La minéralogie en est encore à Tars magna ^ au grand œuvre de 
Raymond Lulle, et à la possibilité de convertir tous les métaui^en or. 

La botanique n*ofirrc guère qu*un catalogue des plantes médicinales^ 
oublieuse d’un nombre infini d’herbes sauvages et potagères, d’arbris- 
seaux, d’arbustes, d’arbres, etc. 

La zoologie est pleine de naïvetés. L’on y voit que le corbeau nourrit 
pieusement ses vieux parents et les porte sur son cou quand ils ne 
peuvent plus voler; que Thirondclle, au moyen de la fleur de la cheli- 
doine, rend la vue à ses petits qui ont les yeux crevés. En vérité, on se 
prend à regretter que ces idées n’aient pas survécu, pour protéger les 
animaux contre les mauvais traitements de leurs cruels oppresseurs ! 

L’anthropologie ne comprend que des notions sur les facultés sensi- 
bles de l’àme, sans aborder celles qui caractérisent sa spiritualité, et 
par conséquent son immortalité. 

Ce qui n’est pas moins incomplet, c’est la physiologie et l’anatomie 
du corps humain : aucune indication des fonctions du cerveau, du cœur, 
des poumons; en revanche, admission de quatre tempéraments, en 
rapport avee les quatre éléments : correspondant au feu, le tempérament 
bilieux, chaud et sec; à l’air, le sanguin, chaud et humide; à l’eau, le 
flegmatique, humide et froid ; à la terre, le mélancolique, froid et sec. 
Ajoutez l’influence de ces tempéraments sur la constitution et le carac- 
tère des individus; sur la nature des songes, etc., et vous comprendrez 
aux lumières présentes, ce que la faulx du temps peut jeter à bas d’opi- 
nions erronées et crédules. 

Mais l’ignorance de l’esprit n’est pas toujours un brevet de l’inno- 
cence du cœur, à en juger par le tableau que trace de la société contem- 
poraine l’honnéte et candide disciple de saint François. A commencer 
par les empereurs et les rois, tout passe sous ses verges, et les baronnets 
et seigneurs de châteaux, vassaux ou suzerains, et les comtes, barons et 
chevaliers. 

Censeur sévère des castes privilégiées, il ne ménage pas davantage la 
bourgeoisie, dont il gourmande les defauts et les vices, citant de préfé- 
rence à sa barre les avocats, les médecins , les marchands, et dans les 
deux sexes, celui des femmes, dont la satyre exerce toute sa verve mor- 
dante et caustique. Aussi cherche-t-il ou semble-t-il chercher, nouvel 
Ulysse, à nous mettre en garde contre les breuvages de Circé et le chant 
des sirènes, dans un chapitre à part intitulé : Du périlleux traité d*a- 




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— ilB — 

mour des dameSy ainsi qu'en ont traité les anciens troubadours dans leurs 
chansons. 

A moins que par l’attrait irrésistible du fruit défendu, ce ne fut là 
une réclame, comme depuis celle de Jean-Jacques s'écriant en tétc de 
• sa Nouvelle Héloïse : Malheur à la femme et à la fille honnête qui se 
permettra la lecture de ce livre. 

Quoiqu’il en soit, si les fruits de l’arbre d’amour, sorte d^arbre de la 
science du bien et du mal, si ces fruits, comme on le voit, sont très» 
mélangés, à côté, dans le Bréviari, image du paradis terrestre, se dresse 
l’orôre de vie, dont les fruits, au contraire, sont tous sains, salutaires 
«t bienfaisants : ainsi les quatre vertus cardinales, les trois vertus théo- 
logales, les sept dons du Saint-Esprit, les articles du symbole des apô- 
tres, la vie de Jésus, celle des évangélistes au milieu du cortège des 
docteurs et des pères de l’église. 

L’auteur de l’Introduction au Breviari considère ensuite l’œuvre 
d’Ermengaud, sous le rapport de la langue, du style et de la versifica- 
tion. Nous ne le suivrons pas dans ses doctes observations, nous bor- 
nant à féliciter l’Académie de Béziers de compter dans son sein des 
membres comme M. Gabriel Azaïs, et M. Soucaiile, l’aimable voya- 
geur. 

H. -G. Cler, profêsseur émérite. 


Le Mont-Blanc, journal d’Annecy, n® du 31 mai : 

CONCOURS RiGIONAL. — PÉTES PUBLIQUES. — LAURÉATS DU CONCOURS 

ARTISTIQUE. 

Discours prononcé à celte occasion par M. Francis Wey, de 
Besançon, ancien élève du collège de Poligny, aujourd’hui Inspec- 
teur général des archives de l’Empire. 

M Messieurs, l’Exposition des beaux-arts aurait réuni un plus grand 
nombre, d’ouvrages, si l’on avait pu faire appel aux talents des pays 
éloignés, en leur donnant le temps nécessaire pour préparer leurs en- 
vois. Le public aurait sous les yeux une galerie plus considérable ; mais, 
d’un autre côté, les éléments du concours y perdraient peut-être un 
trait de physionomie, ce caractère régional, en si parfait accord avec 
l’esprit de la présente solennité. Il est salutaire d’essayer ses forces, 
d’apprendre à se connaître ; il est instructif d’apprécier les ressources 
^’un pays peut spontanément offrir à une pensée improvisée. 

«c Vo^e Exposition, au bord du lac, devant un dçs plus beaux points 


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— 116 ~ 


de vue du monde, au milieu d’une contrée qui prête à profusion, auK 
peintres , des motifs inépuisables , votre Exposition a été Tobjet^ d’un 
empressement général. L’offrande de ce bouquet, assemblé à la hâte 
par nos artistes de la ville et du voisinage, est sympathiquement reçue, 
et cette faveur, dont l’amour des arts est le mobile, sera pour tous un 
encouragement précieux. 

U Des résultats si rapidement obtenus ont intéressé le Jury des ré— 
compenses, au nom duquel j’ai l’honneur de prendre la parole. Nous 
avons été surpris, en parcourant cette petite collection, de rencontrer 
un si grand nombre d’ouvrages estimables; tant de variété dans les 
genres et si peu d’imitation dans les procédés; enfin, de reconnaître 
que, dans une région bien limitée comme espace, l’art s’est manifesté 
sous toutes ses formes. L’architecture et la sculpture (celle-ci vigou- 
reusement éclose d'une vocation naturelle), le dessin lithographique 
et l’aquarelle, se prêtant sous une main savante un mutuel concours; 
la gravure et la gouache rivalisent avec la peinture à l’huile : la pein- 
ture des émaux a donné d’heureux spécimens; l’émail-cru, sur faïence, 
a offert des pièces que se disputeront les amateurs : les nobles distrac- 
tions d’une artiste qui croit s’essayer, auront transmis peut-être à Tho- 
non, l’industrie de Faënza et d’Urbin.... Enfin, Messieurs, le pastel est 
réprésenté par des œuvres magistrales, d’un dessin large, d’un modelé 
ferme et d’un ton soutenu, qui, partout, auraient fait sensation. 

« En examinant la provenance de ces objets d’art, au nombre de deux 
cents, nous avons constaté que la ville 4* Annecy peut revendiquer les 
œuvres de quatorze artistes , — chiffre qui s’élève à vingt-un pour le 
département, en tenant compte des envois de Thonon, Rumilly et 
Sévrier. Lyon , Chambéry, Lons-le-Saunier du Jura , sont représentés 
a votre salon : mais Genève, à elle seule, députe à notre Concours pres- 
que autant d’artistes que les autres contrées. — Cinquante-deux numé- 
ros du Livret de l’Exposition se répartissent entre vingt-un artistes 
résidant à Genève.... 

« N’est-il pas bien juste. Messieurs, que leur doyen et leur maître 
soit appelé à présider au milieu des siens, ce Jury de famille? Pourtant, 
sa présence parmi nous, avec une mission d’expert, a pcut-êlre sous- 
trait à notre admiration une de ces toiles inspirées des grands aspects 
de la montagne, que Diday a su, le premier, soumettre aux conditions 
de l’art. 

« Nous devons à Genève des actions de grâce, et je suis particulière- 
ment flatté d’en être l’interprète. On voulait que les beaux-arts fussent 
conviés à ees fêtes de l’agricultiire : le temps pressait ; il fallait orner 


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— 117 ^ 

et décorer dos salles; il fallait entourer les artistes de la Savoie d*un 
cortège imposant et gracieux.... Nos voisins accourent, nos voisins si 
riches, et dès longtemps, quant aux trésors de la science, de Tesprit et 
des arts , mettent à notre disposition leur écrin avec une cordialité 

fraternelle Que j*aime h voir s’abaisser ainsi les clôtures des Etats, 

ci les peuples limitrophes se donner la main, sur la brèche élargie des 
frontières! 

« Ne tardons plus à exposer le résultat des apérations du Jury; con- 
dnsuHis unanimes, adoptées après une attentive étude et une sérieuse 
discossioD. » 

Sait la mention des récompenses accordées à chaque lauréat. 
L*orateur reprend : 

« Messieurs, dans un concours vaillamment disputé, chacun a dû 
e^»érer un succès ; mais tous ne peuvent être également heureux à 
rissue d’un seul combat. Les vainqueurs ajournés ont droit à une revan- 
che, et nous Tambitionnons pour eux. Bientôt, des communications plus 
rapides rendront d*un facile accès ce département, cette ville, station 
riante au milieu d’un eldorado de paysages. Dès lors, pour y attirer la 
foule intelligente et les amants deJa nature, que faudra-t-il? — Un pré- 
texte, — une occasion saisie avec à propos, — quelque fête nationale, 
— l’onvcrtürc d’un chemin de fer, peut-être.... 

« Une grande exposition des beaux-arts, prévue de loin, où Ton au- 
rait convoqué les artistes de toutes nos capitales, une exposition telle, 
en un mot, que celles qui commencent à illustrer nos chefs-lieux, atti- 
rerait bon nombre de peintres qui, cédant aux séductions de la contrée, 
s’y attarderaient avec leurs pinceaux. Puis, ils s’en retourneraient avec 
des ouvrages inspirés de nos sites, dont ils répandraient au loin la 
rcDoimnée.... 

« Ccsl là un avenir qu’il convient d’entrevoir, afin que l’émulalion 
y trouve un mobile nouveau. Partout où des exhibitions ont eu lieu, 
l’art a pris un essor spontané. Que nos artistes persévèrent! L’obliga- 
tion de produire, qui engage (ouïe vocation réelle, devient ici un de- 
voir envers la terre natale. N’onl-ils pas à raconter à leur tour les mer- 
veilles du plus splendide département de notre si belle France; chef- 
d’œuvre du créateur longtemps resté dans l’ombre, comme si la Provi- 
dence avait voulu l’offrir en consolation aux génies délaissés par l’in- 
difference du vulgaire ! . . . . 

« Mais, pour les œuvres de Dieu, ainsi que pour les œuvres des hom- 
mes fervents et sincères, l’heure du triomphe finit par arriver. Sculc- 


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ment, le Maître éternel a, pour être patient, de meilleures raisons que 
nous.... 

« Vous tous, âmes dévouées à ces carrières de Tesprit, dont la gloire 
est le but — et le loyer le moins décevant, — artistes , savants , écri- 
vains de la Savoie, soutenez vos courages; travaillez , travaillez, — j*ai 
presque dit travaillons, à illustrer la patrie commune ! Bientôt, chacun 
Ta pressenti, celle terre et ses plus nobles enfants reconnaîtront que 
les succès tardifs sont les plus durables. 

w En effet, tout retient ou rappelle parmi vous ceux qui ont connu 
les grâces de votre hospitalité ou qui, prenant vos montagnes pour les 

leurs, se sont oubliés sous vos toits. — J’en sais quelque chose et 

j’ai droit â en parler ! 

« Dans ce rapport même, ne m’est-il pas advenu de me faire illusion, 
par la solidarité des sentiments, sur la nature des liens qui m’attachent 
à ce pays ! Méprises un peu volontaires, qui offrent au cœur et à la pen- 
sée des horizons agrandis.... 

tf Ce n’est pas la première fois, au surplus, que, des sommets de mon 
Jura natal, je vois l’ombre de mon clocher se dérouler devant moi sur 
vos vallons, et m’escorter jusqu’aux neiges du Mont-Blanc.... 

« Inutile de dire, fait observer le Mont-Blanc, l’accueil fait à 
ces dernières paroles surtout, prononcées d’une voix émue. M. . 
Francis Wey n’est-il pas un peu fils de nos Alpes à présent? » 

Allusion sans doute au dernier ouvrage de notre savant compa- 
triote, sous ce titre : Y Album de la Haute-Savoie. 


SÉANCE GÉNÉRALE DU 18 MAI 1868. 

La séance s’ouvre à 2 heures, sous la présidence de M. Clerc, Vice- 
Président. 

Le procès-verbal de la séance du jeudi 13 avril est lu et adopté. 

Conformément â l’ordre du jour, il est procédé au dépouillement de 
la correspondance. 

La correspondance imprimée comprend divers envois, circulaires ou 
mémoires. 

La Société centrale d’agriculture de Nancy nous transmet une requête 
à S. M. l’Empereur, et une pétition ai\ Sénat, adressées par elle au 
sqjet d’un projet de vente des forêts de l’Etat. Elle nous invite à l’aider 


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- H9 - 

dans cette démarche. — Décision du bureau de se réunir pour en déli- 
bérer. 

M. Gustave Saint-Joanny, de Thiers (Puy-de-DAme), et membre titu- 
laire de l’Académie de Clermont-Ferrant, nous prie également d’ap- 
payer de notre suffrage une pétition qu’il se propose d’adresser au Corps 
législatif en faveur du maintien de la loi du 10 mai 1838, aux termes 
de laquelle les frais de garde et de conservation des archives du dépar- 
tement constituent une dépense obligatoire pour les conseils généraux, 
et pour que cette disposition , si la loi est modifiée , soit étendue aux 
archives communales. — Résolu d’aviser. 

MM. Blanchard et Château, chimistes à Paris, et brevetés en France 
et à l’étranger, soumettent à l’appréciation de notre Société une notice 
faisant connaître leurs procédés de désinfection et de fabrication d’en- 
grais, et une première série de pièces justificatives et documents venant 
à Tappui de leurs assertions, et montrant l’intérêt que les édilités et 
l’agriculture attachent à des procédés dont les applications concernent : 
i^Ia conser>’ation de l’engrais humain; 2* la retenue et la fixation â froid 
de l’azote dans toutes les matières liquides , pâteuses ou solides ; 3* la 
conservation et la désinfection des fumiers d’écuries, d’élables et ber- 
geries. 

De nouveaux moyens de fabrication leur permettent de livrer â prix 
réduits, à l’agriculture et au commerce : l’acide phosphorique vitreux 
et â tout degré , propre â diverses industries ; le phosphate acide de 
magnésie à tout degré, destiné â la retenue et â la fixation de l’azote 
dans les engrais; le phosphate acide de fer â tout dégré, propre à la 
désinfection, et en général, sur commande, tous autres phosphates neu- 
tres basiques et acides (S’adresser, 13, rue de Trévise, ou à l’agence, 
â Londres, 39, Marck Lang. 

Concours régional de Besançon , en 1865. 

Lbte des objets exposés à ce concours par Jean-Joseph Hudelot, 
vigneron au Bout-du-Monde , commune de Beure, près Besançon, et 
honorés d’une médaille d’or spéciale donnée par l’Empereur, ainsi que 
des récompenses de plusieurs Sociétés savantes. 

Différents modes de palissage ; sarments ayant été enterrés en pré- 
vision de la gelée; procédé de provignage ; greffe par approche appli- 
quée â la vigne; chapons racineux; semis de 1863, avec fruits ; boutures 
â deux nœuds; boutures à un seul nœud; semis de 1864; semis de 
1865; Œil tout racineux; spécimen des plants de vigne les plus parfaits; 
plants provenant de marcotte horizontale, de 1864 ; sarment marcotté ^ 
horizontalement , avec les chapons et les nœuds racineux qu’il a pro- 


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duiU, de 1864; enfin, chapons et nœuds raeîneux obtenus sur bouture 
horizontale, de 1864. 

. Société centrale d’agriculture de Naney. 

Rapport sur le bandage Têtard, par M. Jacob, membre titalairc» 
rapport extrêmement favorable à cet appareil destiné au traitemeot ei 
è la curabilité des hernies inguinales de Tespèce chevaline (voir Hon 
Cultivateur^ page 196 et 409). Déjà en 1837, un membre delà Société 
d’agriculture delà Meurthe, M. Louis Collenot, avait fait ressortir les 
avantages de l’invention de M. Têtard, bandagiste à Haussonville, ei 
l’important sen ice rendu par sa découverte à la science vétérinaire, 
qui restait si souvent impuissante devant de tels accidents. 

M. J. Rothschild, libraire de la Société botanique de France et des 
Sociétés zoologique et géologique de Londres, 13, rue Saint-André- 
des-Arts, à Paris, appelle notre attention sur une publication récente : 
Album des Plantes fourragères^ n l’usage des amateurs et des cultiva- 
teurs. Atlas grand in-folio de 60 planches, représentant les plantes de 
grandeur naturelle. Chaque planche est accompagnée d’une légende 
par V.-J. Zaccone, sous-intendant militaire. Honoré d’une souscription 
de LL. EE. MM. les Ministres de l’agriculture et delà guerre, et cou- 
ronné par le Comice agricole de Thionville, cet ouvrage est digne à 
tous égards d’étre offert en prime au.x cultivateurs qui ont mérité une 
mention honorable. 

La Société des scicnees historiques et naturelles de l’Yonne s’occupe 
de publier, sous la direction de ses deux Vices-Présidents, MM. Quantin 
et Chérest, les lettres du savant abbé Lebœuf, un de ses plus célèbres 
devanciers, vaste correspondance qui ne comprendra pas moins de deux 
forts volumes compacts. Elle sollicite le concours des Sociétés savantes, 
soit pour obtenir des renseignements, des communications qui lui se- 
raient utiles, soit pour recueillir des témoignages précieux d’encoura- 
gement et de sympathie. — Cette question reviendra naturellement à 
notre prochain concours. 

Correspondance manuscrite. — M. Lohehamp, instituteur à Plumont, 
nous informe de l’intention où il est de prendre part à notre prochain 
concours. — Annonce d’un envoi de graine pai* M. Gouguet, d’Angou- 
lèmc, rédacteur du Cultivateur charenlais; — d’une étude sur Claudien, 
étude destinée à servir de prolégomène au second chant de l’enlève- 
ment de Proserpine, par M. Jules Léon, pharmacien à Bordeaux; — 
d’une allégorie en prose, intitulée : Histoire de deux Roses, par M. 
Hector Berge, de Bordeaux; — d’une pièce de vers : le Foyer paternel, 

|»ar M. Louis Oppepin, dTmphy. Rcmcrcicmenls de M. Daries, de Bor- 


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— 121 — 


deaux, membre de plusieurs Sociétés savantes, pour le diplôme de 
membre correspondant qu’il a reçu de nous. 

Lectures indiquées dans Tordre du jour : Abandon de la ville d* Or an 
par les Espagnols, par M. le docteur de Bourilhon (fin). — Notice sur 
la Langue Malgache, lecture faite ù la dernière réunion des Sociétés 
savantes, par M. A. Marminia. — Un mot sur Claudien, par M. Jules 
Léon, de Bordeaux. — Poésie ; Le Foyer paternel, par M. Louis Oppe- 
pin, d’impby. — Le Songe de Lise, par M. Casimir Blondeau, de Cbam- 
pagnole. — Nouveaux Chants, par M. Ernest de Rattier de Susvalon, 
rédacteur de V Etincelle, de Bordeaux. 


AGRICULTURE. 


Destruction <les Vers blancs ou mans, utilité de 

la Taupe et emploi du Soufre en a9riculture9 

PAR M. GIXBRE, MEMBRE PONDATEUR. 

Les larves des hannetons, que Ton appelle vers blancs ou tnarw, font 
parfois de tels ravages qu’elles sont considérées à juste titre comme un 
fléau. Il arrive que des céréales promettant une riche moisson sont dévorées 
par ces redoutables insectes, dans l’espace d’une semaine ou deux, sur une 
étendue de plusieurs ares, quand elle ne comprend pas la totalité du fonds 
H y a peu d’années que dans une petite localité du canton de Voiteur, le 
dommage causé par ces animaux était évalué à la somme de 10,000 francs. 
Racines des végétaux herbacés, tubercules, rien n’est à Tabri de leurs fu- 
nestes atteintes; quand un territoire en est infesté, c’est ordinairement pour 
une série d’années. Il n’est pas rare, en retournant la terre dans les points 
envahis, de ramener d un seul coup de trident ou de bêche, de dix à quinze 
de ces bêtes. L’influence de la lumière et de Tair leur est fatale ; elles s’a- 
gitent, noircissent et meurent enfin dès qu’elles la subissent. 

L’agriculture proprement dite manque encore à peu près de remèdes pra- 
tiques contre cette plaie qui, semblable à une teigne, dénude plus ou moins 
vite nos champs ensemencés et même nos prairies. Les bons cultivateurs, 
au moment du labour et au fur et à mesure que la charrue les met à décou- 
vert, se contentent, faute de mieux, de faire glaner les mans par des enfants 
munis à cet effet de paniers ou de tinnettes. Ces futurs coléoptères sont en- 
suite jetés dans un endroit où on les écrase sous les pieds pour abréger 
leur agonie. Mais cette opération, excellente quoique nécessairement très- 
imparfaite, en ce sens que beaucoup d’iuscctes. échappent à la vue, uesau- 


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rait offrir des chances de réussite qu'autant qn*on ponrtonmerait le fonds 
que Ton désire purger, par un fossé qui, établissant une solution de conti> 
nuité avec les pièces voisines, le garantirait contre une invasion plus que 
probable de la gent larve des alentours. 

Dans la quasi-impuissance où se trouve lliomme de défendre ses^^coltes 
contre une engeance qui, avant de se transformer en habitants de l'espace 
et d'engendrer des milliers d'autres destructeurs, reste jusqu’à trois ans à 
l'état de vers et se nourrit exclusivement de racines, il est heureux que la 
Providence nous ait donné un petit quadrupède qui agit d'une manière bien 
plus efficace que les gamins du laboureur : nous avons nommé la taupe. De 
nombreuses taupinées sur la superficie d'un champ sont un critérium certain 
qu'il n'y a plus ou du moins qu’il n'y aura bientôt plus de vers blancs. 

Un amateur, le professeur Fleischer, dans le but de mettre en évidence et 
de faire bien apprécier par les cultivateurs la haute utilité de l'insectivore 
souterrain dont nous parlons, a fait des expériences que l’ffconomta rurale, 
de Turin, fait connaître dans son fascicule du 10 juin 1864, et dont voici 
l'analyse : 

Ce professeur enferma deux taupes dans une boite à moitié pleine de terre 
de jardin; il y mit en outre des raves jaunes excellentes, des pommes-de- 
terre et une motte de gazon dont les racines étaient intactes. Dans l'espace de 
neuf jours, il leur donna et elles mangèrent 341 mans, 193 lombrics et 4 
autres insectes, hanneton, chenille et sauterelle, plus une souris vivante, 
dont il ne resta que la peau et les os. La plus vigoureuse des deux prison- 
nières avait, dans cet intervalle, dévoré la plus faible, dont on ne retrouva 
également que le cuir et les débris osseux. Les raves et les pommes-de-terre 
n'avaient pas été touchées, pas plus que les racines de la touffe herbacée; 
seulement, après quelque temps, elles s'étaient créé un nid avec cette touffe. 
Pendant onze jours, la survivante fut ensuite nourrie avec de la viande de 
bœuf, les vers blancs ayant manqué. Il essaya après de lui donner unique- 
ment des substances végétales, mais elle ne tarda pas à périr : l'autopsie fit 
reconnaître quelle était morte de faim, l’estomac se trouvant complètement 
vide. 

Les expériences aussi intéressantes que cruelles du professeur Fleischer 
font voir clairement que la taupe est exclusivement carnivore, et qu'un seul 
individu de cette espèce peut détruire annuellement au moins 11,000 de ces 
êtres qui compromettent les produits culturaux; au besoin, elle joue dans 
nos campagnes le même rôle que le chat dans nos hébergeages, c'est-à-dire 
qu'elle fait la guerre aux souris. On ne peut reprocher à la taupe que les 
petits monceaux de terre qu'elle élève en fouillant et qui, par leur nombre 
ou leur volume, contrarient parfois singulièrement les faucheurs et occupent 


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— 123 


en pare pçrte une étendue de terrain toujours trop grande. Mais n’est-ce 
pas agir ayeuglément et contre ses intérêts bien entendus que d’avoir recours 
au taupier pour détruire un animal précieux à bien des points de vue, alors 
qu’il suffirait, par exemple, d'une dixaine de pieds de ricin, plantés au prin- 
temps dans un hectare, pour en chasser en quelques jours toutes les taupes? 

L’horticulteur possède maintenant des moyens à peu près sûrs pour pré- 
sener ses planches de l’atteinte des vers blancs. Ces insectes s’enfonçant 
en hiver à une profondeur moyenne de 40 à 45 centimètres, pour mettre à 
l ahri de leurs dégâts les racines de fraisiers dont ils sont très-friands, on a 
eu ridée d’enlever une couche de terre de cette épaisseur, puis de faire sur 
le sous-sol un lit de feuilles d’arbres sèches, de 8 à 10 centimètres de hau- 
teur, que l’on recouvre ensuite avec la terre enlevée. Ce lit forme une 
espèce de paraver que les mans ne peuvent traverser pour venir dévaster 
lafraisière. 

M. Ferdinand Gloede, dans le Journal de la Société impénale et centrale 
d'horticulture, indique un larvafuge très-efficace, la fleur de soufre, et dit 
qu’ayant divisé une planche de fraisiers en deux parts égales, il répandit 
dans l’une seulement de cette fleur qu'il fit recouvrir à peine avec de la terre : 
la partie soufrée fut complètement garantie et prospéra admirablement, 
tandis que l’autre fut entièrement détruite. 

Malheureusement pour l’agriculture, ces vermifuges ne sont guère prati- 
cables que sur une petite échelle; mais on peut penser et dire que les culti- 
vateurs qui prétendent que les mans pullulent davantage dans les fonds qui 
ont été plâtrés que dans èeux qui ne l’ont pas été, font assurément un so- 
phisme en prenant pour cause ce qui ne l’est pas, le gypse étant un com- 
posé de souft'e et de chaux, autrement dit un sulfate de chaux. 

VEconomia rurale du 10 mars dernier, nous fait encore connaître les ré- 
sultats obtenus par le chimiste Ventura, et qui prouveraient qu'outre la vertu 
de faire rendre davantage au ble, le soufre aurait celle de le préserver des 
accidents fuligineux et charbonneux auxquels il est sujet, et qu'en général 
le soufrage de la semence donnerait des tiges plus vigoureuses, en même 
temps qu'on obtiendrait des fruits plus aptes à la reproduction et se conser- 
vant mieux. 

Depuis trois ans, signor Ventura fait semer son blé préparé comme il suit : 
après avoir été arrosé avec de l’eau et brassé pour l’humecter uniformément, 
il fait répandre sur le monceau du soufre pulvérisé, à raison de deux kilog. 
par hectolitre, et remuer de nouveau : de cette manière, le soufre ne se dé- 
tache pas du grain pour incommoder le semeur. Le blé qu’il avait ainsi fait 
conditionner, lui a toujours donné une plus abondante moisson, dans laquelle 
il n’a janais remarqué la moindre trace des maladies qui en atteignent trop 


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— 124 — 


souvent d'autres. L'année dernière, le Tendement du blé soufré fut à la ré- 
colte de celui qui ne l’avait pas été, quoique cultivé dans des circonstances 
tout-à-fait identiques à celles du premier, dans le rapport de il à 8, c'est-à- 
dire que le soufrage avait produit une augmentation de plus de 37 pour O^q. 

Des essais 'comparatifs lui ont aussi démontré qu'en soufrant le gros blé 
( frumenlone ) on obtenait une végétation plus élevée, mûrissant plus tôt et 
rapportant davantage. Cette préparation avançant l'époque de la maturité, 
serait surtout opportune dans les années où les semailles de printemps sont 
retardées par suite de la prolongation de l'inclémence hibernale. 

En morcelant, comme à l'ordinaire, les pommes-de-terre destinées à être 
plantées et en les soufrant avec un poids de soufre double de celui qui a été 
indiqué pour les céréales, il eut, au moment de l'arrachage, des tubercules, 
sinon en plus grande quantité, du moins parfaitement sains, et qui restèrent 
tels jusqu’au printemps suivant et même pendant une bonne partie de cette 
saison, tandis que les voisins, dont les morceaux-mères n'avaient pas été 
soufrés, furent en grande partie gâtés ou pourris. 

De tels effets du soufre seraient de nature à faire penser qu’il ne devrait 
pas tarder à devenir un des agents les plus utiles en agriculture, s’il n’en 
est pas du soufrage comme de tant d’autres préparations de semences, à 
l'efficacité desquelles les observateurs éclairés ont fini par ne pas plus croire 
qu’à l’influence lunaire sur les variations atmosphériques. Gomme c'est là 
un procédé peu coûteux sous tous les rapports, et qui, à supposer qu’il ne 
fasse pas de bien, nous semble, au pis aller, devoir être au moins comme les 
remèdes de charlatans, c’est-à-dire ne pouvoir faire de mal non plus, nos 
cultivateurs feraient bien, dans l’intérêt de la science agricole, de l’essayer à 
leur tour pour voir ce qu’il a de sérieux, et de remplacer par du soufre pur 
le sulfate de cuivre dont beaucoup d’entr’eux se servent habituellement pour 
vitrioler le blé qu’ils destinent à la reproduction. 

Quoiqu’il soit impossible de s’expliquer comment du soufre pur ou com- 
biné déposé sur le test d’un grain de blé jeté en térre puisse en accroître la 
vertu prolifique; quoique l’on sache que quand la tige se couronne d’un épi, 
il y a longtemps que la double enveloppe ligneuse et farineuse de l’embryon 
qui lui a donné naissance s’est confondue, décomposée avec lô terreau am- 
biant; quoiqu'il soit reconnu que les végétaux puisent dans l'air la plus 
grande somme de leurs constituants, et demandent si peu à la terre qu’on est 
allé jusqu'à dire qu’elle ne leur sert que de point d’appui et de réservoir 
hygrométrique, malgré tout cela, disons-nous, si des expériences itératives 
et multiples viennent confirmer et corroborer celles qu’a faites le chimiste 
italien, nous nous inquiéterons peu du comment cela se fait-il? parce que 
les faits sont tout en agriculture, et que devant leur logique inexorable, toute 
théorie s’évanouit. 


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Production lactée< 


Noos empruntons au Moniiore dei Comuni Tarticlc suivant, que nous tra- 
duisons littéralement, et qui est du plus haut intérêt pour notre pays émi- 
nemment producteur de fromage. 

« 11 arrive souvent que les femelles des animaux ne fournissent pas de lait, 
tt Un tel effet de sécrétion peut être nuisible à la mère et au nouveau-né. 
a On parvient souvent à activer la sécrétion lactée en excitant les mamelles 
a par des frictions alcooliques, des frottements à sec sur les veines mam- 
ie maires et en nourrissant les animaux avec des aliments farineux. Si pour- 
« tant ces moyens ne réussissaient pas, un remède presque infaillible con- 
« siste à administrer à jeun, s'il s’agit d'une jument ou d une vache, un litre 
« de lait tiède dans lequel on verse un quart de litre de décoction de fenouil. 
« La moitié de celte dose est suffisante pour une brebis ou une chèvre. Ce 
« traitement doit nécessairement être répété après les vingt-quatre heures.» 


De Pévcdimtion des Pumiers en comptabilité 
apicole 9 

PAR M. EDMOXD SAL’RIA , SECRETAIRE- ADJOINT. 

(Suite), 

Quant à l'évaluation de la quantité de fumier produit par les vaches, il 
y aura lieu à modifier le coefficient 2,3 à cause des journées de pâturage, 
temps passé hors des étables par ces animaux. 

Ces dix vaches ont reçu comme aliments : 12,000 kilog. de foin; 50,000 
kilog. de trèfle vert; 14,600 kilog. de paille (soit 4 kilog. par tête et par 
jour), et ont passé 1,500 journées de 9 heures au pâturage. 

Pour évaluer le fumier produit par ces animaux, il faudra tout d’abord 
ramener au foin sec les 16,000 kilog. de trèfle vert et estimer ensuite la 
valeur, en foin sec, des journées passées au pâturage; valeur qui s’appré- 
ciera d’après l’économie faite sur les rations journalières qu'auraient reçues 
les animaux s’ils fussent restés à l’écurie, en en déduisant, bien entendu, 
les frais de récolte du foin représenté par l’herbe prise au pâturage. 

Supposons, pour un instant, une seule vache allant au pâturage pendant 
un mois de 30 jours, à raison de 9 heures chaque jour, et recevant en outre 
15 kilog. de trèfle vert. Combien devra-t-on, dans ce cas, estimer en foin 
sec chaque journée de pâturage, en admettant en outre que l'animal eflt 
reçu 10 kilog. de foin sec s'il fut resté à l’étable. 

Gomme les 15 kilog. de trèfle vert eussent perdu les deux tiers de leur 
poids par la dessication, et que 90 kilog. de trèfle sec sont l’équivalent de 


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tiil. khmm.h ntïN joarnalière serait alors de 5 kil. 55. Pouj 
tyyri . ci c f b rairr « Ito sec, de l'herbe prise au pâturage, il dous suffin 
k rtPMcWr ^ m de 10, Le résultat 4,15 nous représentera eu foin sec h 
ONWWiMi de 1 loisil peodaut les 9 heures de pâturage. 

Ifmouit nfsolliat des 1,500 journées de pâturage pourra donc s'évaluer 
i 1,500 X 4,45, soit 6,675 kilog. de foin sec. 

U MUoBAitioa de ces 10 radies sera alors de 
lf,{Mkikg.defeifisec, 

- detrdcrafîntïfftieifaiisec; 

- nfMoM raerk jcac « pâtirage et convertie en 

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r r a Bbére poar avoir la quantité de 

^.rr- jraacL*! Tisralicuencecas à modi* 

^ ^ ^ t ît soaî pas restées constamment 

^ iK vasàk partie de leur temps à 

^ ai n»* pâturage pendant 1,500 

^ J» iTOS- Si ces bêtes ont pâturé 
" ^ ^ iTE'rtnrt 1.350 heures, et comme 

* -.* 35 » ^enâeaX restées à l’étable que 



if l'aBsée. 

^ aîif.kcodHcientcut élc2,3; 

fi^-rtàeO,S4X2,3 = l,93. 
^ JJ J- i ■ahiplier 51,792 pour 
“T 5 ii£ 14b^‘.ÛÛ0 kilog. compte 
e induit par ces 10 têtes 



^ JS fërfs présenterait 
raîsoi de la conver- 
^ «a iqpwsen que pour la 
ifflihre ie tètes d’élèves 
, :«pnî riirenlement quatre 

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wuna être évaluée au 

-»a kilog- 

^ supposant 

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ï i jp^yaitîMiiellcinent 


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— 127 — 


à 1» portion de l'année passée à la bergerie, ce qui s’obtiendrait en retran- 
diaBt de 8,760, nombre d’heures d’une année commune, celui passé par un 
wol montOD, tant au pâturage qu’au parc. Dans ce cas, il y aurait en outre 
heo à éTalocr, à part, le fumier produit pendant le temps de parcage, à fixer 
par expérience on autrement sa valeur généralement supérieure à celle de 
ifltre fumier mélangé, et à en débiter les récoltes qui auraient reçu le par- 

Le fumier des porca qu’oi^ suppose avoir été mélangé avec les autres a été 
éfilué directement. Les porcs étant toujours séparés des autres animaux, 
cette éraluation ne présentera pas de difficultés; on comptera le nombre de 
bfvuettées sorties de la porcherie. 

ÜOQS obtiendrons par l'addition de chacune de ces diverses quantités de 
liraier, la totalité du fumier qui doit composer notre mélange. Les exemples 
âe calcul que nous avons donnés se rapportent à une année entière. 11 est 
dur que le mode restera le même si on se proposait de calculer seulement 
ks quantités de fumfer obtenues pendant une période moins longue, un tri- 
æstre par exemple, en tenant compte du temps que durerait l’opération. 

{A suivre). 




HORTICULTURE. 

Moiren de poM^der promptement des Redis. 

Si Ton Tent obtenir rapidement des radis, il faut prendre de la bonne 
gnioe de radis, la faire tremper dans l’eau pendant vingt-quatre heures, 
hioettre toute mouillée dans un petit sachet, et exposer le petit sachet au 
«leil. Au bout de vingt-quatre heures, la graine germera. Semant alors 
^ une caisse remplie de terre bien fumée, et arrosant de temps en temps 
arw de l’eau tiède, en très-peu de jours les radis auront la grosseur de 
f^tes ciboules, et seront bons à manger. 

Si Ion veut avoir des radis en hiver, pendant les plus fortes gelées, il faut 
sder une futaille en deux, remplir de bonne terre un des deux baquets 
*i»i obtenus, y semer la graine germée, recouvrir le tout du baquet vide, 
çwter l’appareil dans une bonne cave, et arroser tous les jours avec de l’eau 
tiède. Au bout de ciuq à six jours, les radis auront acquis la maturité né- 
cessaire. ( Moniteur des communes). 


ÉCONOMIE DOMESTIQUE. 

feici un moyen extrêmement simple pour conserver du lait pendant un 
et plus si l’on veut : ce moyen, beaucoup usité en Angleterre, consiste à 



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— 126 -- 

100 kilog. de foin sec, la ration journalière serait alors de 5 kil. 55. Pour 
apprécier la valeur en foin sec, de l'herbe prise au pâturage, il nous suffira 
de retrancher 5,55 de 10. Le résultat 4,45 nous représentera en foin sec la 
consommation de l'animal pendant les 9 heures de pâturage. 

L'économie résultant des 1,500 journées de pâturage pourra donc s'évaluer 
à 1,500 X 4,45; soit 6,675 kilog. de foin sec. 

La consommation de ces 10 vaches sera alors de 
12,000 kilog. de foin sec ; 

18,517 — de trèfle vert converti en foin sec; 

6,675 — représentant l’herbe prise au pâturage et convertie en 
foin sec; 

14,600 — de paille pour litière. 

51,792 kilog. 

Par quel coefficient devrons-nous multiplier ce chiflTre total de 51,792 
des aliments convertis en foin sec et de la litière pour avoir la quantité de 
fumier fourni par cette catégorie d’animaux? Il y aura lieu en ce cas à modi- 
fier le coefficient, car ces 10 têtes de bétail ne sont pas restées constamment 
à l’écurie, elles ont au contraire passé une notable partie de leur temps à 
pacager. En elTet, nous voyons qu’elles sont allées au pâturage pendant 1 ,500 
journées de 9 heures chaque, soit 13,500 heures. Si ces bêtes ont pâturé 
pendant 13,500 heures, une seule aura pâturé 1,350 heures, et comme 
l’année se compose de 8,760 heures, elles ne seraient restées à l’étable que 

-i — soit environ les 84 centièmes de 1 année. 

o,7d0 

Si l’animal eut séjourné l’année entière à l’étable, le coefficient eut été 2,3; 
comme il n’y a passé que 7,410 heures, il devra être de 0,84 X = 1,93. 

C’est donc par ce nombre 1,93 que nous aurons à multiplier 51,792 pour 
avoir, d'après notre méthode, le produit 99,958, soit 100,000 kilog. compte 
rond, qui exprimera en kilog. la quantité de fumier produit par ces 10 tètes 
de bétail. 

L’évaluation de la quantité de fumier fourni par les élèves présenterait 
quelques difficultés d’après notre méthode générale, en raison de la conver- 
sion, en foin, du lait doux consommé par eux. On supposera que pour la 
nourriture et la production du fumier, un certain nombre de tètes d’élèves 
est l’équivalent d’une tète de vache. On en compte généralement quatre 
pour une. Ainsi , dans noire exploitation fictive , nous avons quatre tètes 
d’élèves; la production du fumier de cette categorie pourra être évaluée au 
dixième de celle obtenue dans le cas précédent, soit 10,000 kilog. 

Le fumier des moulons s’évaluera comme celui des vaches, en supposant 
toutefois que ceux-ci n’aient pas parqué. S il en était autrement, on calcu- 
lerait le fumier produit en réduisant le coefficient 2,3 proportionnellement 


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— 127 — 


à la portion de l'année passée à la bergerie, ce qui s’obtiendrait en retran- 
chant de 8,760. nombre d’heures d'une année commune, celui passé par un 
seul mouton, tant au pâturage qu'au parc. Dans ce cas, il y aurait en outre 
lieu à évaluer, à pari, le fumier produit pendant le temps de parcage, à fixer 
par expérience ou autrement sa valeur généralement supérieure à celle de 
notre fumier mélangé, et à en débiter les récoltes qui auraient reçu le par- 
cage. 

Le fumier des porcs qu’oi^ suppose avoir été mélangé avec les autres a été 
éialué directement. Les porcs étant toujours séparés des autres animaux, 
cette évaluation ne présentera pas de difficultés; on comptera le nombre de 
brouettées sorties de la porcherie. 

Nous obtiendrons par l’addition de chacune de ces diverses quantités de 
fumier, la totalité du fumier qui doit composer notre mélange. Les exemples 
de calcul que nous avons donnés se rapportent à une année entière. Il est 
clair que le mode restera le même si on se proposait de calculer seulement 
les quantités de fumier obtenues pendant une période moins longue, un tri- 
mestre par exemple, en tenant compte du temps que durerait l’opération. 

{A suivre). 


HORTICULTURE. 

Moyen de posséder promptement des Radis. 

- Si l’on veut obtenir rapidement des radis, il faut prendre de la bonne 
graine de radis, la faire tremper dans l’eau pendant vingt-quatre heures, 
la mettre toute mouillée dans un petit sachet, et exposer le petit sachet au 
soleil. Au bout de vingt-quatre heures, la graine germera. Semant alors 
dans une caisse remplie de terre bien fumée, et arrosant de temps en temps 
avec de l’eau tiède, en très-peu de jours les radis auront la grosseur de 
petites ciboules, et seront bons à manger. 

Si l’on veut avoir des radis en hiver, pendant les plus fortes gelées, il faut 
scier une futaille en deux, remplir de bonne terre un des deux baquets 
ainsi obtenus, y semer la graine germée, recouvrir le tout du baquet vide, 
porter l’appareil dans une bonne cave, et arroser tous les jours avec de l’eau 
tiède. Au bout de cinq à six jours, les radis auront acquis la maturité né- 
cessaire . ( Moniteur des communes ) . 


ÉCONOMIE DOMESTIQUE. 

Voici un moyen extrêmement simple pour conserver du lait pendant un 
an et plus si l’on veut : ce moyen, beaucoup usité en Angleterre, consiste à 


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— 128 — 


mettre le lait dans une bouteille bien bouchée, qu’on plonge pendant un 
quart d’heure dans Teau bouillante; ainsi préparé, quand on débouche la 
bouteille, le lait se trouve semblable à ce qu’il était au sortir du pis de la 
vache. Nous croyons être utile à bien des gens en indiquant ce procédé que 
sa simplicité recommande, et qui est d’un effet certain. 


DONS. 

11 est offert à la Société, par : 

Les auteurs : Catalogue des Instruments agricoles de James et Fredk 
Howard, de Bcdfort, représentés par Th. Piller, 47, me des Petites-Bouche- 
ries, à Paris. 

Son auteur : Le Guide pratique du Vétérinaire, dictionnaire-manuel 
à l’usage des cultivateurs, par Ch. de Bussy, avec le concours de plusieurs 
vétérinaires praticiens. Ce petit ouvrage, à la portée de tout le monde, a été 
rédigé sous forme de dictionnaire pour rendre plus faciles et plus promptes 
les recherches que nécessitent trop souvent les maladies et les accidents 
subis chez les animaux domestiques. 

Son auteur : La Vie à la Campagne, journal bi-mensuel. Aucun n’est 
plus propre à arrêter l’émigration des champs vers les centres populeux, 
par le charme de sa rédaction et les talents d’élite qui y concourent. 

Les Académies ci -après ; 

Mémoires de la Société d’émulation du Doubs (1863, 1864). — Mémoires 
lus à la Sorbonne, les 30, 31 mars et !«*■ avril 1864, 2 vol., histoire, philo- 
logie et sciences morales ; — archéologie. — Compte-rendu des travaux de 
la chambre de conunerce de Besançon. 

M. Ernest de Rattier de Susvalon : Nouveaux Chants prosaïques. 

M. Chappellier, ingénieur civil : 

Deux tuteurs dresseurs pour l’horticulture et l’arboriculture. 

M. Casimir Blondeau, membre correspondant : 

Encyclopédie des Connaissances utiles, 9 vol. in-18; — une pièce de mon- 
naie ancienne. 

M. d’Arcine : 

Une plante cueillie au sommet des Alpes, appartenant aux bromes et aux 
avoines. Elle est appelée par Linnée, Spica pinnata ou pennata, aristispin- 
natis, terminée par une barbe très-longue. Articulée à sa base, elle se pro- 
longe et se termine en plume ou duvet, d’où lui vient cette épithète pinno/u. 





J 




POLIGNT, IMP. DE MARESCIIAL. 


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. littératire; ^ 

ELECTEUR ET SOM EIVRE, 

. PAR RA1NDRE, HEMBRE CORROSFONDAME. 

L'histoire rend rhomme.phis prudent; lap^sie 
le rend plus spirituel; les nuitbéinRU^es,pld^ 
pénétrant ; la philosophie naturelle, plus profond; 
la morale, plus sérieux et plus Réglé; la rhétorique 
et la dialectique , plus contcijtieux et plus fort 
dans la dispute ; en un ipot, lu lecture se trans- 
forme en mœurs. 

Baco:<. 

Si les études les plus arides savent compenser par de secrètes 
douceurs les efforts qu’elles exigent, indemnisant ainsi largement 
tout esprit qui s’y adonne avec zèle, il est certaines études qu’on 
pourrait qualifier de trop généreuses. Dès qu’on s’y livre, les in- 
dispensables travaux qu’ elles nécessitent deviennent une occasion 
de plaisir et de délassement, et le plus vif intérêt les accompagne 
toujours. 

Au premier rang de ces labeurs privilégiés, il faut placer les 
éludes littéraires. 

Certes, les études scientifiques ont d’incontestables attraits, 
mais combien supérieur, pour certaines natures surtout, est le 
charme offert par l’élude des tendances diverses de l’esprit hu- 
main. Suivre cette humeur vagabonde et fantaisiste dans ses élans* 
ses spontanéités, ses écarts mêmes; assister aux transformations 
successives d’une intelligence si souvent différente d’elle-même, 
suivant les phases qu’elle traverse; enfin étudier l’homme sous 
ses aspects variés, c’est pour l’homme le plaisir suprême. 

Tout travail qui a pour objet des questions [diilosophiques, 
rentre dans ces conditions. L’âme humaine envisagée sous toutes 
ses faces; les facultés morales analysées dans leur travail intime; 
les puissances suprêmes de notre nature et ses plus simples ins- 
tincts traduits à la barre d’un jugement sévère, voilà le motif et 
le résumé de toute étude philosophique. Maintenant, à côté de 
ces grandes facultés du. caractère, nous rencontrons l’esprit hu- 
main proprement dit. Cette puissance de second ordre, si l’on 
veut, mais qui est à l’intelligence ce que la fleur e.st à la plante : 


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— 13 © — 


sa grâce, son cliarme, son parfum, son pollen; l’esprit humain 
avec ses bizarreries, ses contradictions et son éminente logique, 
toutefois, présente au scalpel de l’étude un des sujets les plus 
piquants et des plus intéressants qu'on puisse analyser. 

Dans quelle condition se pratique le plus généralement et avec 
le plus de facilité cette œuvre d’investigation destinée à surpren- 
dre sur le fait même, les actes si souvent irréfléchis, inconscients 
presque de l’esprit humain? Il est évident que la vie et les con- 
tacts divers et constants qu’elle amène, sont une occasion répétée 
d’étudier l’esprit humain : mais qui peut être assuré de s’être 
parfaitement rendu compte des impressions ressenties par autrui, 
alors que, tant de fois, les actes subséquents viennent donner un 
entier démenti aux sentiments dont on avait cru constater la pré- 
sence? On doute alors de soi-même, on doute également du carac- 
tère qu’on avait la prétention de comprendre, et de fait, l’esprit 
humain se trouve échapper à tout contrôle. 

Il y aurait erreur à penser qu’il soit entièrement réfractaire à 
l’analyse. Non I... mais il est éminemment versatile; il subit l’in- 
fluence des temps, des lieux, des circonstances; sans déloyauté 
réelle, il se contredit lui-même; et, trop souvent, il est sa propre 
< dupe. En conséquence, il ne peut être étudié d’une manière utile 
et sérieuse, que sous le privilège de certaines garanties, dans la 
condition exceptionnelle, par exemple, où, soit pour s’assurer à 
lui-même les b^éfices de la stabilité, soit par surprise, il a con- 
signé, dans les pages écrites, la trace de ses fugitives impres- 
sions, ainsi que celle des résolutions importantes dont elles ont 
été l’occasion. 

L’histoire littéraire, voilà le code auquel il faut avoir recours 
pour examiner et juger l’esprit humain. C’est là seulement qu’on 
en peut apprécier les rouages secrets; constater les tendances pro- 
gressives ou rétrogrades; découvrir les faiblesses, admirer les 
sublimes essors, le connaître enfin, de manière à l’influencer 
fructueusement. 

Cette étude de la littérature faite, non avec l’intention de s’assi- 
miler les opinions de l’auteur, mais avec le parti pris de les 
jugera cette manière éminemment rationnelle d’interpréter la lec- 


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— 13 * — 


ture, par un préjugé des plus funestes, on en a fait une spécia- 
lité. Elle a pour nom la critique. Elle est le droit et le privilège 
de quelques-uns, et seuls, ceux-là, sont tenus de savoir ce qu’ils 
lisent. 

Vous criez au paradoxe I vous vous trouvez insulté par l’indi- 
gne soupçon qui vous accuse de lire parfois, sans bien savoir ce 
que vous lisez : mais accordez-nous un instant!... Sont-elles donc 
si rares les circonstances où, grâce à un style entraînant et à la 
laveur d’images enivrantes, un auteur fait accueillir des principes 
entièrement subversifs? C’est faire honneur à l’humanité que de 
la croire meilleure que ne le feraient supposer les livres corrup- 
leurs, souvent dont on la voit faire ses délices; et, en pareil cas, 
la tenir pour légère, c’est vraiment la juger avec indulgence I... 

Evidenament, le rôle de critique ne peut appartenir qu’à des 
hommes versés dans la littérature, si l’on entend appliquer spé- 
cialement leur contrôle au style et à la forme extérieure dont l’au- 
teur a revêtu sa pensée pour la communiquer. Ainsi comprise, la 
littérature n’est qu’un art; les adeptes sont seuls capables de la 
juger, et la foule ne peut qu’accepter en aveugle leurs doctes dé- 
cisions. Mais la littérature est autre chose : elle est l’organe de la 
pensée! A elle, la noble tâche d’émettre les idées, d’on favoriser 
la marche progressive et de leur créer de nombreux sectateurs !.. . 

De cette sorte, ainsi interprétée, par le fai t môme qu’elle appartient 
au monde moral, elle rentre dans la juridiction dé tous, et chaque 
lecteur devient un critique. 

Aussi, serait-il fort à désirer, au point de vue des mœurs sur- 
tout, que toute personne qui va demander à un livre, soit des 
notions nouvelles, soit des opinions, soit même un simple délas- 
sement^ eût à l’avance l’intention parfaitement arrêtée de n'accep- 
ter les idées offertes que sous bénéflee d’inventaire. Que d’erreurs 
éviterait une semblable manière d’agir I Le bon sens du lecteur 
reprendrait tous ses droits trop souvent anéantis par la fatale cou- 
tume qu’ont tant de personnes de s’incliner passivement sous 
l’autorité du premier livre venu qui leur tombe sous la main. 

C’est ce funeste préjugé qqe nous aurions le désir de combattre, 
îious voudrions prouver que tout lecteur a l’obligation" env^ji^lvÇ^; f 


f- 


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— 132 ^ 


même, ainsi qu’au nom de la morale, de maintenir à ses juge- 
ments une entière indépendance. La surprise ne doit entrer pour 
rien dans l’adhésion accordée aux manières de voir d’un auteur, 
et jamais les charmes de la forme ne doivent faire perdre de vue 
la pensée fondamentale qui a motivé l’écrit. 

Dans quel but doit-on lire ? 

Comment doit-on lire ? 

A quelles preuves peut-on reconnaître que les lectures ont été 
bien faites? 

Tels sont les trois problèmes que nous aspirons à résoudre. 

DANS QUEL BUT DOIT-ON LIRE? 

Toutes les fois qu’il s’agit de préciser la fin qu’un travail mo- 
ral doit se proposer et poursuivre, on tombe nécessairement dans 
une généralité. C’est qu’il est des buts communs, absolus, inva- 
riables comme les bases sur lesquelles ils reposent, qui sont im- 
posés à toutes les générations. Ils conviennent à toutes les épo- 
ques, sont applicables à tous les lieux, répondent à tous les 
besoins, comprennent tous les devoirs, et, sous aucun prétexte, 
l’homme, quel que soit son rang social, n’a le droit de les négliger. 

Ces buts, multiples si l’on veut, peuvent cependant être réduits 
à deux principaux. L’homme a pour premier devoir de chercher 
à connaître la vérité. Puis, après s’être incliné devant elle, il 
doit, par amour pour les beautés sublimes qu’elle lui a révélées, 
entreprendre le douloureux travail de sa propre réforme morale. 
Dieu étudié pour lui-même; l'homme considéré dans ses rapport! 
de dépendance à l’égard de Dieu, voilà l’énigme éternelle livrée 
aux ardentes recherches de l’esprit humain. 

Si l’homme étend h ses semblables ses essais réformateurs, ce 
n’est point une Lâche nouvelle qu’il embrasse. L’humanité toute 
entière est solidaire ; l’individu n’étant qu’une infime fraction 
d’un tout immense qui est l’espèce humaine. 

C’est donc avec le but de découvrir le Beau, le Vrai, le Bien, 
que toute lecture doit être entreprise. La science, du reste, cher- 
che-t-elle autre chose que la vérité, alors qu’elle s’efforce d’arra- 
cher à la nature ses impénétrables secrets? N’est-ce pas le Beau 


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— 133 — 

suprême que l’art poursuit, lorsque ses âpres mais séduisants la- 
beurs aspirent à faire de la matière l'interprète de la pensée ? Et 
n’est-ce pas le bien dans sa manifestation la plus relevée que 
cherche à comprendre et à dévoiler l’esprit inquiet du philosophe? 

La poursuite du but élevé que nous venons d’indiquer, n’im- 
plique en rien l’obligation absolue de donner aux études des fins 
éminemment sérieuses et abstraites. Quelle dure nécessité ne se- 
rait-ce pas, si pour rester conséquent avec le principe qui établit 
que de grands devoirs moraux incombent à l’homme , il fallait 
ai)Solument ne lire que des traités de philosophie ?. . . Les ouvrages 
de littérature légère, avec leur analyse fine et perspicace des nuan- 
ces délicates qui distinguent l’esprit humain ; avec leur ironique 
sourire destiné à atteindre des travers trop frivoles pour mériter 
le blâme; ces ouvrages qu’une pitié un peu dédaigneuse inspire 
parfois, ont une incontestable utilité morale. 

Le perfectionnement qu’il est du devoir dé l’homme de s’im- 
poser, s’étend d’ailleurs à toutes ses puissances et à toutes ses 
facultés. Successivement, il doit s’occuper de chacune d’elles pour 
travailler à leur réforme, ajouter à leur mérite, et s’il a pour pre- 
mière obligation de cultiver son cœur, il ne lui est point permis 
de négliger son esprit. Il y a plus, on peut très-bien, sans faillir 
au devoir, ne demander à la lecture qu’un simple délassement. 
Elle constitue alors une halte rafraîchissante qui permet d’oublier 
un instant les fatigues de la route; et, grâce à son heureuse diver- 
sion, l’esprit peut jouir d'un repos devenu indispensable pour 
contrebalancer l’excessive tension que l’étude a nécessitée. 

Mais il est une règle absolue, hojj^ de laquelle toute lecture de- 
vient une faute : il faut qu’elle soit profitable. Sicile a pour but le 
progrès moral, il faut que le cœur en soit amélioré. Si elle a l’ins- 
truction pour motif, il faut que l’esprit en recueille des fruits 
appréciables. Si elle a pour intention le délassement et le repos, 
si elle est appelée à calmer les agitations d’un esprit que les luttes 
de la vie ou celles de l'étude ont épuisé, la lecture doit être véri- 
tablement un baume, un souffle de paix capable d’apaiser les pas- 
sions surexcitées. Or, ce résultat le poursuit-on d’ordinaire? et 
sont-elles fréquentes à rencontrer les personnes qui, avant de se 


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— 134 — 

livrer à une ledure, s’assurent qu’elle est appropriée aux condi- 
tions présentes de leur état d’esprit? Aussi, qu’arrive-t-il? En 
maintes circonstances, les lectures faites au nom de la morale 
corrompent le cœur au lieu de l’engager dans des voies droites; 
celles faites à l’intention de s’instruire, laissent l’intelligence aussi 
ignorante que par le passé; et celles destinées à reposer l’esprit 
et le cœur exaltent l’un et l’autre, les laissant blessés et pante- 
lants, moins capables peut-être que précédemment de supporter 
les épreuves de la lutte. 

Pour apprécier avec justesse les réformes avantageuses à intro- 
duire dans les habitudes générales relatives k la lecture, il faut se 
poser à llnverse la question que nous étudions. Il faut moins se 
demander : dans (^uel but doit-on lire? que : dans quel but 
lit-on d’ordinaire? 

D’abord", on lit sans but : premier et grave inconvéniént ; oik 
bien, de blâmables motifs entraînent vers la lecture. 

Par goût et par une coupable préférence, on fait de mauvaises 
lectures. 

Par indifférence et légèreté d’esprit, on fait ses lectures sans 
choix, sans règle ni méthode. 

Pour se procurer de vives impressions en rapport avec les ar- 
deurs d’une imagination effrénée, on se livre à des lectures entraî- 
nantes, toujours dangereuses, et qui, tout au moins, détournent 
des devoirs réels, sérieux et pratiques. 

Enfin, on lit par vanité, parce qu’il est de bon ton d'avoir lu et 
que, par ce moyen, on prouve à tout le monde qu’on a des loisirs, 
partant, une certaine opulence. 

Tout lecteur qui choisit un ouvrage de morale est censé pour- 
suivre la découverte de la vérité. C’est pour se procurer la révé- 
lation plus complète des beautés qu’elle renferme, pour pénétrer 
plus avant dans ses secrets, pour détruire en lui-même les in- 
justes préjugés qu’il aurait pu concevoir contre elle, qu’il s’im- 
pose l’obligation de l’envisager sérieusement. Il l’étudie alors soit 
sous toutes ses faces réunies, soit plus particulièrement sous l’une 
d'entre elles. Mais pour qu’un travail de cette nature présente une 
utilité réelle, plusieurs conditions sont indispensables.^ 


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— 13K — 

D’abord, il faut être à la hauteur d’uae semblable étude; en- 
suite, il faut la traiter avec l’importance qu'elle comporte; puis, 
condition qui prime toutes les autres, U faut la faire avec sincé- 
rité.... Nous n’insisterons que sur ce dernier point. Très-souvent 
on manque de sincérité envers soi-mème, dans les lectures sé- 
rieuses à l’aide desquelles on occupe son esprit. 

On lit, dit-on, pour connaître la vérité, mais au-dedans de soi 
on ne désire qu’une chose : c’est de renforcer dans son esprit les 
opinions qui la combattent. On serait bien fâché vraiment, d’ar- 
mer victorieusement la conscience, alors que déjà ses réclama- 
tions discrètes, éloignées et timides semblent importunes. Le livre 
n’a dès lors qu’une mission : celle d’apporter au mensonge pré- 
féré, à l’erreur favorite, une sanction éclatante à la faveur de la- 
quelle on puisse ériger en principes les condamnables sentiments 
qu’une certaine pudeur morale empêche encore de manifester.... 
Voilà le secret du succès des mauvais livres f 

La généralité n’apporte pas dans la lecture les coupables inten- 
tions que nous venons de dévoiler, et si beaucoup ne recueillent 
aucun fruit de leurs lectures, c’est par l’unique raison qu’ils lisent 
sans attacher aucune importance à cet acte très-sérieux pourtant. 
A l’avance, ils acceptent et préparent l’entière infécondité de leurs 
lectures, par le seul motif qu’ils les font sans choix, sans règle 
ni méthode. Ils lisent, et souvent lisent beaucoup parce que c’est 
une occupation, un plaisir même dont ils ont pris l’habitude; mais 
toutefois, ils lisent comme beaucoup de gens parlent, sans savoir 
exactement ce qu’ils font. C’est ainsi que tes meilleurs livres peu- 
vmit se succéder sans fruit, entre les mains de ceux qui lisent 
sans méthode. Le traité de philosophie n’éveille en eux ni une 
opinion, ni une résolution. L’ouvrage scientifique nedptepas 
leur esprit d’une notion nouvelle, et Tfleuvre d’imagination ne leur 
laisse pas un souvenir. 

( A suivre). 


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136 — 


SCIENCES NATURELLES. 

Reeberebes expérlmentcile» sur le Ooltre^ 

PAR M. CHONMAUX-DIBISSO:^, MEMBRE CORRESPOriDANT. 

(Suite). 

CAUSES. 

On ignore enlièrenient quelle est la cause immédiate ou prochaine du 
goitre. Un voile impénétrable cônvre le principe de Taberration qui 
survient alors dans la nutrition du corps thyroïde, et par suite dans sa 
composition organique. C’est donc une vaine hypothèse de faire consister 
cette affection, tantôt dans Uongorgcment ou Toblitéraiion des conduits 
sécrétoires, que quelques-uns se plaisent encore a supposer dans la 
thyroïde, tantôt dans la stase du sang que répercuterait chez la femme 
en particulier la grossesse ou la suppression des menstrues. Quelques- 
uns assignent encore pour cause à certains goitres, mais avec aussi peu 
de fondement, Tusage des eaux crues, séléniteuses, chargées de sels 
calcaires, qui déposeraient sur la thyroïde les concrétions analogues 
que préseute quelquefois Fengorgement de cette partie. Il en est de 
même enfin du prétendu passage de Fair qui aurait lieu par certains 
canaux, de la trachée artère dans le parenchyme thyroïdien à la suite 
des cris et des efforts violents. Aucune de ces causes ne soutient le 
plus léger examen, et toutes répugnent plus ou moins aux lumières de 
la saine anatomie ou de la physiologie. Tout ce que Fon peut dire à ce 
sujet, c’est que les forces vitales organiques, et surtout l’affinité vitale 
qui préside aux fonctions assimilatrices et sécrétoires, éprouvent alors 
une modification morbide, à laquelle se rattachent la série de phéno- 
mènes du même ordre observés dans la composition et dans la manière 
d’être du corps thyroïde. 

Les cotises éloignées ou prédisposantes du goitre sont donc les seules 
qui méritent notre attention; assez nombreuses et déduites d’une obser- 
vation rigoureuse et plus ou moins répétée, ces causes, que nous exa- 
minerons simultanément ou sans établir de distinctions entre elles, pa- 
raissent toutefois générales, se rapportent en commun à toutes les va- 
riétés du goitre , ou bien elles sont plus particulièrement propres au 
goitre endémique ou héréditaire. 

Le goitre est plus fréquent chez la femme que chez l’homme. 11 sur- 
vient de préférence chez les personnes d’un tempérament lymphatique, 
(l’une constitution lâche, et qui ont la peau très-blanche. Il affecte 


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— 137 — 

plutôt les individus fnibles que les personnes fortes. Cette affection 
survient à tout âge ; elle est néanmoins plus commune chez les enfants, 
ce qui parait tenir k la constitution de leur âge, à leur faiblesse, et peut- 
être encore â ce qu’ils ont, suivant la remarque de Sœmmerring, la 
thyroïde pâle, plus volumineuse, â proportion de leur cou, et moins 
consistante que les- adultes. 

Plusieurs cifconstances physiologiques concourent à produire le goi- 
tre : tels sont les mouvements généraux qui comportent de grands 
efforts, comme ceux auquels se livre la femme dans le travail de l’cn- 
fanteroent. Nous avons vu trop roanifèsteraent, dans deux ou trois occa- 
sions, le corps thyroïde se gonfler d’une manière très-sensible pendant 
les douleurs de renfanlement, pour ne pas admettre cette étiologie. 

fl nous parait facile d’ailleurs , d^expliquer l’action de ce dernier 
ordre de causes. Voici comment nous nous en rendons raison : Pendant 
les efforts et les cris, la respiration est en partie suspendue; il en résulte 
que le sang stagne en partie dans les cavités droites du cœur, cl de 
proche eu proche, dans la veiné cave supérieure, les sous-clavières et 
les jugulaires ; et comme le ventricule gauche chasse toujours le sang 
avec la même force dans les artères carotides, il se forme une conges- 
tion dans toute la tête, comme le prouvent la rougeur vive de la face 
et les apoplexies qui, comme on le sait, surviennent souvent dans celte 
circonstance. Or, cette congestion du sang a nécessairement lieu en 
même temps dans le corps thyroïde; d’une part, parce que ce liquide 
éprouve de la difficulté à se décharger par les veines thyroïdiennes 
supérieures et moyennes dans la jugulaire interne, la sous-clavièrc 
gauche et la veine cave supérieure; et de l’autre, parce que la carotide 
externe en pousse toujours dans l’organe par l’artère thyroïdienne su- 
périeure. En un mot, la congestion s’opère dans toutes les parties du 
cou et de la tète; et comme le corps thyroïde est de nature presque 
entièrement vasculaire et très-extensible, elle est et plus extensible et 
plus apparente dans cet organe. Si l’engorgement qui en résulte n’est 
pas porté au-delà de ce que le tissu peut s’étendre sans perdre son élas- 
ticité, il se dissipe quand la cause a cessé d’agir. Si, au contraire, il a 
été assez considérable pour dépasser la limite de l’extensibilité natu- 
relle du tissu, il ne se dissipe qu’ineomplètement, et devient ainsi lu 
cause mécanique, le noyau d’une phlegmasie. Enfin, lorsqu’il est trop 
violent, ou le tissu du ganglion thyroïdien peu résistant, il y a rupture 
de quelque vaisseau et épanchement de sang dans la substance même 
de l’organe. C’est dans ces cas, sans doute, que l’on a trouvé des caillots 
de sang au milieu de la thyroïde. On conçoit, après celte explication, 


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— 138 — 

pourquoi toutes les femmes qui font des cris et des efforts violents m 
sont pas affectées de goitre. 

J'en dirai autant dn transport de fardeaux lrés*pesanls, notamment 
sur la tète; l’extension violente et forcée de la tête sur le cou; le renver- 
sement en arrière, renouvelé et longtemps prolongé de la même partie, 
si fréquemment offert par la position que la plupart des nourrices don- 
nent à l’enfant lorsqu’elles le tiennent sur leurs genoux ; les cris vio- 
lents, les chants forcés ; plusieurs affections morales, et notamment les 
passions véhémentes et les chagrins prolongés; et chez la femme en par- 
ticulier, la grossesse, qui souvent détermine le goitre, et qui l’augmente 
presque toujours lorsqu’il existe avant elle. 

Diverses causes hygiéniques^ ou qui se rapportent au régime envisagé 
dans sa généralité, ont faussement paru à quelques-uns disposer au 
goitre, mais plusieurs autres donnent véritablement lieu à cette affec- 
tion. Au nombre des premières, on avait placé les eaux potables, aux- 
quelles on attribua longtemps le goitre endémique , soit à cause de la 
température froide qu’elles devaient à la fonte des neiges ou des glaces, 
qui en sont la source, soit en raison de leurs sels et de leurs éléments 
chimiques de crudité. Bartholin, Bruni, Borgclla et plusieurs autres 
encore, ont particulièrement fait mention de ce genre de causes; mais 
les observations de Saussure (frayage dans les AlpeSy chap. des Crétins 
et des Albinos, t. IV, p. 391 et suiv.); les remarques de Cullen (Matières 
médicales^ t. I, ch. 3, p. 413), et surtout les preuves accumulées par 
M. Fodéré, ont clairement établi que l’opinion adoptée par les auteurs 
à ce sujet était fausse, et devait être abandonnée. Quant aux aliments 
grossiers et de mauvaise nature, à l’abus du vio, à l’habitude de 
l’ivresse, au défaut de soins de sa personne, à l’incurie et à la malpro- 
preté, régardés encore par les autres auteurs comme causes, soit du 
goitre seul, soit du goitre uni au crétinisme, nous renvoyons de même 
à la réfutation aussi complète que satisfaisante qu’en a donnée M. Fo- 
déré, qui a vu, en effet, chacune de ces circonstances en particulier 
tellement étrangère à l’effet qu’on lui attribue, que sa fréquence en 
différents lieux s’y trouve souvent en raison inverse du nombre des 
goitreux. 

Le goitre est connu partout ; mais certaines contrées sont si favora- 
bles à sa production , qu’il est rare d’y rencontrer quelqu’un qui n’en 
soit plus ou moins affecté. Cette difformité se voit dans les grandes 
chaînes de montagnes, telles que les Alpes, les Pyrénées, les Cordi- 
lières, et principalement, comme on sait, dans plusieurs pays monta- 
gneux. Elle est commune en Espagne, dans la Bavière, la Suisse, la 


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~ 139 — 

Savoie, et surtout, suivant Heister (Inst, Chir..t p. 678), parmi les 
habitants du Tyrol. Le goitre est en France communément répandu 
dans les Cévennes, le Rouergue, les Vosges, le Soissonnaîs, etc. 

Les faits qui s’accordent le mieux avec la probabilité des conjectures 
qu’on peut se former touchant les causes éloignées du goitre, et spécia- 
lement du goitre endémique, se rapportent à rinfluence des qualités 
de ralmosphère dans laquelle on vit. C’est en effet à l’air environnant 
que Saussure, Fodéré et tout le monde aujourd’hui attribue l’endémi- 
cité du goitre. L* observation la plus exacte et la plus multipliée, et les 
expériences hygrométriques et tbermométriques ont constaté sans ex^ 
ception l’extrême fréquence du goitre, sous l’influence d’un air à la lois 
Immide et chaud, ainsi que la priorité marquée qu’ont pour la produc- 
tion de celte affection, tous les pays et tous les lieux qui réunissent le 
mieux ces deux conditions. M. Fodéré a constaté dans la Maurienne 
que le deg^é d’humidité le plus favorable au goitre était placé entre le 
terme de 30 à 34" de l’hygromètre particulier qui lui servait. Cette quor 
lité de l’air, qui doit être constante, n’est d’aillcui*s jamais efficace que 
lorsqu’elle est supérieure à 10". Mais l’air humide seul ne suffit pas pour 
causer le goitre, il faut encore non-seulement qu’il cesse d’ètre froid, 
mais de plus que sa température, plus ou mqios élevée, rende son effet 
en quelque sorte semblable à celui d’un bain de vapeur. C’est donc 
dans les lieux abrités, exposés au midi, garantis de l’influence des vents 
du nord, comme les gorges des montagnes et les bocages épais, qui 
s’opposent au renouvellement de l’air, et qu’échauffent d’ailleurs les 
rayons directs du soleil et ceux que réfléchissent les rochers qpi leur 
servent d’enceinte, qu’il arrive plus spécialement de rencontrer le goi- 
tre endémique. On sait encore que, dans une telle disposition des lieux, 
le printemps, l’automne et les vents qui i*end€nt à la fois l’atmosphère 
Immide et chaude, augmentent la maladie, tandis que l’été, les vents 
du nord, et ^rlout l’hiver, lorsqu’il est sec et froid, la guérissent ou 
la diminuent très-sensiblement. 

Parmi les applkatay la néghgcnce des couvertures, l’absence des 
vêlements, et notamment ceux du cou, en nuisant à la transpiration 
insensible, et en laissant le corps plus immédiatement exposé à l’action 
de l’air ambiant, rentrent encore dans les causes du goitre. La nudité 
du cou, habituelle aux femmes, a paru ù Valentin (Dissertalio tnod, 
chirurg, de struniày bronchoceAe dicta, etc.) une des circonstances qui 
concourent à rendre chez elle le goitre très-fréquent, et M. Godcllc 
(yues générales sur la topographie de rarrondissenient de Soissom, bi- 
bliothèque médicale, I. XXXIX, p. il), cil parlant du goitre en qucl- 


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— 140 — 


que sorte endémique qui dépare si fréquemment les femmes de Sois^ 
sons, remarque judicieusement d’ailleurs que l’usage des cravates, cir 
garantissant le cou chez les hommes de l’impression habituelle et péné- 
trante de l’air humide, les préserve le plus communément de cette 
affection. 

Diverses circonstances maladives ou pathologiques enfin, produisent 
le goitre. De ce nombre, sont les scrofules, trop longtemps confondues 
avec le goitre, mais qui en paraissent vraiment quelquefois le principe; 
la difficulté de la menstruation; l’aménorrhée, ou l’entière suppression 
des règles. M. Brun (Dissertation inaugurale sur le goitre) rapporte, 
entr’ autres, un cas de celte espèce, dans lequel le goitre, dont l’accrois- 
sement successif reconnaissait celte cause, fut guéri après cinq mois 
par le seul emploi des moyens propres à rétablir la menstruation. On 
sait encore, ainsi que Vichman en particulier, en fait mention, que la 
toux violente et convulsive, ainsi que le vomissement, peuvent devenir 
causes du goitre. 

M. Tardiveau parle d’un goitre qui survint chez une femme attaquée 
de la grippe, et qui ne céda qu’en partie seulement aux résolutifs avec 
lesquels on le combattit dès le principe. Diverses affections spasmodi- 
ques et convulsives donnent encore lieu à l’altération qui nous occupe. 

Le goitre, enfin, produit lui-méme le goitre, par la transmission 
héréditaire qu’on observe assez constamment, des pères aux enfants, 
dans les lieux où celte affection est endémique. Jai toutefois remarqué à 
ce sujet, 1® que l’hérédité est inefficace lorsque le goitre des parents n’est 
qu’accidentel et qu’il n’affecte que le père ou la mère isolément; 2® que 
les enfants deviennent goitreux si le père et la mère , nés d’ailleurs de 
parents goitreux, le sont eux-mémes tous les deux à la fois; 3® qu’à la 
troisième génération, le goitre reproduit non-seulement le goitre, mais 
encore le crétinisme ; 4® qu’on voit enfin le demi-crétinisme, uni à la 
faiblesse et au rachitisme de la part du père, occasionner le goitre chez 
les enfants dès la première génération, si la mère seulement est encore 
goitreuse. Bien que dans nos contrées le goitre soit regardé comme une 
maladie purement accidentelle, il n’csl pas toutefois sans exemple qu’il 
se propage du père ou de la mère aux enfants. Je connais deux familles 
dans chacune desquelles l’état goitreux du père a suffi seul pour déter- 
miner celui de plusieurs des enfants. 

(A suivre). 


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— 141 — 


UEVÜE BIBLIOGRAPFIIQUE. 

De la décentralisation intellectuelle et des progrès des arts, 
des sciences et des lettres en province, mémoire présenté au 
Congrès scientifique de France dans sa 31® session, tenue à 
Troyes du 1®' au 10 août 1864, par M. Arsène Thevenot. 

Ce sujet, de la décentralisation, rappellç involontairement Tallégorie 
proposée par Ménénius Agripa, au peuple romain, retiré sur une de ses 
collines, le Mont-Sacré ou le Mont-Aventin, sur lesquelles il avait Tha- 
bitude, avant l’institution du Tribunal, d’abriter son mécontentement, 
se bernant alors à opposer une force d’inertie , une simple résistance 
passive aux usurpations et aux envahissements du sénat. Je veux parler 
de la fable des membres et de l’estomac. 

Il est certain que les membres, les pieds notamment, forcés de sup- 
porter toute la charge du corps, que les bras astreints à manier les plus 
lourds Instruments seraient justement fondés à se plaindre de l’estomac, 
si cet orgaile, en réalité comme en apparence, restant étranger à toute 
espèce de travail, ne faisait qu’absorber à son profit toute la nourriture 
dont il est le récipient. Mais il en est tout autrement, et ses fonctions, 
au contraire, lorsqu’il est sain et dans son état normal, consistent pré- 
cisément à digérer les aliments dont il est le dépôt, et en répandre les 
sucs dans toutes les parties de l’organisme. Indication vivante de ce 
que doit être la centralisation , dont le cercle doit tendre sans cesse à 
s’agrandir pour élargir de plus en plus les bienfaits de ses rayons. 

Autre image ayant le même objectif et visant au même but. 

Le corps humain, dont la tête est représentée par la capitale d’une 
nation, a son analogie dans le corps politique et social. Ici même ensei- 
gnement : il est de toute nécessité, sous peine d’une sorte de conges- 
tion cérébrale, que le sang circule à travers les veines et les artères de 
l’Ëtat, et du sommet s’étende à la base et aux dernières extrémités. 

Cette similitude de rapports entre l’ordre physique et l’ordre moral, 
jette un reflet lumineux sur la matière en question, et cette perspective 
semble avoir présidé à la dissertation de l’auteur. 

Loin de lui rintention indiscrète et la prétention téméraire de vouloir 
découronner Paris de son auréole, de lui contester ses titres à la 
royauté de l’esprit, de lui disputer le sceptre du génie. La cité de Julien, 
Tancienne Lutèce, sera toujours le puissant laboratoire de l’activité in- 
tellectuelle, le temple assuré du goût, le sanctuaire respecté du beajj, 
en ses diverses manifestations. Dans les arts d’imagination surtout, ces 


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142 — 

heureuses imitations dcln nature, la peinture, le dessin, la sculpture, 
la statuaire, le grandiose des monuments, grâce aux ressources et aux 
moyens en sa disposition pour les encourager et les mettre en l'elief, 
la capitale de France ne peut avoir pour rivale qu’ Athènes, Rome ou 
Florence, celle-ci destinée à servir à nouveau d’exemple, de modèle et 
d’école. Mais pour ce qui est de penser, de réfléchir, de méditer, d’é- 
crire; pour ce qui regarde les sciences et les lettres, elles peuvent se cul- 
tiver aussi bien et mieux, dans le silence et la retraite, qu’au milieu du 
tumulte bruyant d’une grande agglomération d’habitants, et sur un 
théâtre exposé aux éclairs sinistres de l’orage, sur un sol trop souvent 
tourmenté par les tempêtes. 

Qu’elle soit donc renvoyée à Tex-hôtel Rambouillet, où elle s’est affi- 
chée pour la première fois , cette devise de camaraderie et d’exclusi- 
visme, raillée par Boileau : 

« Nul n’aura de l’esprit hors nous et nos amis. » 

Qu’on renonce une bonne fois au préjugé injuste, à l’ostracisme aveu- 
gle qui, sans examen, à p^nori, rejette comme entachée de médiocrité, 
toute production née loin des bords de la Seine, comme si celle-ci, 
pour un grand nombre de talents, de ceux dont elle est le plus fière, 
avait fait autre chose, épanouis et formés ailleurs, que de leur impri- 
mer le sceau de la renommée. Qu’une conception mathématique, qu’une 
composition littéraire, histoire, roman, drame ou poème, forte de sa 
valeur intrinsèque, soit autorisée à faire appel au jugement équitable 
d’une critique impartiale, sans être condamnée à attendre Fcmpreintc 
et l’estampille parisienne. Abus fâcheux, une des causes qui amènent 
la désertion du lieu de leur naissance de tant d’hommes d’étude, et 
l’abandon des champs par tant d’honnêtes ouvriers. 

Il ne tiendra pas au grand Ministre actuel de l’instruction publique 
d’opposer une digue efficace â ce courant, commç il l’appelle, qui en- 
traîne vers la capitale tout ce qui a vie, force et intelligence. On sait 
tout ce que M. Duruy a déjà tenté en ce sens; et, tandis que scs collè- 
gues s’occupent de décentralisation administrative, tout ce qu’il a entre- 
pris pour secouer la torpeur léthargique, le marasme somnolent qui 
pèse sur tant de petites villes et les ensevelit comme dans les ombres 
de la mort. Après avoir sollicité des municipalités et des conseils géné- 
raux des fonds en faveur de l’établissement des bibliothèques urbaines 
et rurales, en nous communiquant la circulaire en date du !**■ octobre, 
par laquelle il invitait MM. les recteurs à étudier la question relative à 
ia propagation des lectures publiques le soir, à l’exemple de celles faites 
ù la Sorbonne : « Je serais particulièrement heureux, nous disait Son 


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143 — 


Excellence , d'apprendre que votre Société est disposée i apporter le 
concours de ses lumières à une propagande scientifique et littéraire, 
qui compléterait si utilement notre enseignement public, en répondant 
à des besoins intellectuels qu’il nous appartient de satisfaire. » 

Quand verrons-nous s’ouvrir dans notre cité, à côté d’une biblio- 
thèque fréquentée, cet autre banquet des sages, si propre à extirper 
des habitudes d’un caractère infiniment moins recommandable ! 

Mais revenons au mémoire de M. Arsène Thevenot. 

AVANT-PROPOS. 

Sur le thème dont il s’agit, trois mémoires ont été présentés au Con- 
grès : l’on concluant à la fondation d’une Société de décentralisation 
Uttérmre; le second, à la création d’une Revue bibliographique; le troi- 
sième, celui de notre auteur, à la publication d*une Statistique intellect- 
tuelle de la France, h l’instar de la Statistique industrielle et agricole, 
conclusion qui, soumise à l’examen d’une commission et aux épreuves 
d’une discussion publique, a eu seule l’honneur d’étre adoptée. 

DK LA DÉCENTRALISATION INTELLECTUELLE. 

« 11 y a trente ans, la province n’était qu’un nom, aujourd’hui, c’est 
un drapeau — » (A. de Rouvairi). 

« En avant donc, semons fiers de notre grandeur, 

« La lumière partout, et partout la splendeur....» 

(J. Lescuiuon). 

C’est à ce commandement : en avant ! que M. Thevenot se met en 
marche; c’est sous celte bannière déjdoyée, qu’il entre en matière. 

EXPOSÉ. 

Dans un discours direct. Fauteur fait connaître à l’assemblée devant 
laquelle il parle, les motifs qui Font conduit à traiter une question non 
inscrite, il est vrai, sur son programme, mais qui a présidé à l’institu- 
tion des Congrès scientifiques ambulants. — La disproportion de ses 
moyens avec la grandeur de la tâche qu’il s’est imposée, il ne se la dissi- 
mule pas, dédare-t-il ; pas plus qu’il n’a l’intention de la remplir dans 
toute son étendue; ce développement excéderait la mesure de ses forces, 
ûnsi que celle du temps qu’il lui est permis de réclamer de la bien- 
veillante attention de l’assistance. 11 se bornera â jeter un rapide coup- 
d’œil sur le mouvement intellectuel de la France, depuis l’origine de 
w littérature au XI*« siècle, jusqu’à nos jours, et à considérer quel a 
«té le râle de la Province au milieu de ce mouvement. 


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— 144 — 




MOUVEMENT INTELLECTUEL DE LA FRANCE. 

. Qui dit n;iouvenicnt, dit décentralisation, cl cette diffusion des pro- 
duits de rintclligence remonte aux premiers littérateurs français , qui 
furent, comme on le sait, nos anciens trouvères. Habitant la campagne, 
où ils se trouvaient plus près de la nature pour la chanter , les poètes 
de la langue d’oil erraient souvent a Taventure, en semant les vers» 
pour moissonner gloire et renommée; et quand eurent lieu les pre- 
mières réunions littéraires, connues sous le nom de Puys-d'Amour, cc 
fut encore dans les villes de Province que se tinrent ces assises poéti- 
ques. — Suit une énumération des principaux enfants du gay scavoir , — 
Mais le siècle, témoin de la Renaissance, vit en même temps 

commencer la centralisation littéraire. François 1*^ et sa sœur, Margue- 
rite de Navarre, surent attirer à leur cour les plus fâmeux poètes de 
répoque, premier noyau d’où se foima la fameuse pleïade. 

Le groupe continua à se condenser et vint aboutir à ce cénacle de la 
marquise de Rambouillet, dont l’entrée était aussi vivement disputée 
que plus tard une admission à l’Académie française. — Sous le souve- 
rain qui disait : « VElat, c*est nwi, » la cité-reine ne pouvait qu’absor- 
ber davantage encore les talents qu’elle n’avait ni nourris, ni enfantés. 
— Il était réservé au gouvernement consulaire et à son chef, le restau- 
rateur de r Université, de changer l’état moral de la France, et sans 
rien enlever à la métropole, de susciter le réveil de l’esprit en province. 
C’est lui qui a donné l’impulsion aux créations diverses, passées en 
revue par l’auteur. 

ÉTABLISSEMENTS d’ INSTRUCTION. 

Il ne s’agissait guère que de renouer la chaîne des temps, d’y ajouter 
des anneaux, en perfectionnant les anciens. Les écoles fondées par 
Charlemagne, dans les principales villes de son empire, et dans son 
propre palais d’Aix-la-Chapelle, sous l’habile direction du savant moine 
anglais Alcuin, avaient été abandonnées sous ses faibles successeurs. 
Seulement, au XII“* siècle, quelques-unes commencèrent à se rétablir, 
et déjà vers cette époque, l’afQuencc était grande autour de la chaire 
du savant philosophe Abeilard. Enfin, au commencement du XIH“« 
siècle, Philippe- Auguste fonda celle fàmeuse Université de Paris, qui 
s’éleva si rapidement au plus haut degré de gloire et de puissance, à 
côté de trois grandes écoles publiques préexistantes, à Noire-Dame, au 
cloître Saint-Victor et sur la montagne Sainte-Geneviève. Bienlét, de 
1250 à 1401, s’élevèrent successivement les collèges de la Sorbonne, 


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ded B<mB*^Enfants, d’Harcourt, de Bayen, de Nâvarre, doMontalgu^ 
du Plessis, de Lizieux et de La Marche. Mais toutes ces écoles éUnent 
des élablisseroents d’instruoUon secondaire, et dès lors inacccaubk^ au 
peuple : Henri IV le oomprît et créa^ en 1698, les prensières éookis gtB^ 
taites et presque obligatoires. En 1680, Fabbé de La Salfey cbtmnne. 
de Rekns, institua les écoles chréiiemics, dites de ckarûé^ qui donné* 
rent également l’instruction primaire gratuite. 

A-rant 1789, la Frénce comptait 23 UnWersités pmiociales (solvent 
les noms de leurs siègés, avec la date de leur fondation), iOdépeOdam** 
ment des nombreux collèges des Jésuites, des Domhiicaiiis, des Fran- 
ciscains, des Oratoriens et autres ordres religieux, toujours assez bien 
pourvue sous le rapport des moyennes études, ma» s’inquiétant peu de 
laisser en souffirance les études élémentaires. 

Sous le premier gouvememeDt républicain, plusieurs améliorations 
furent tentées en faveur de ees dernières, mais restèrent infructueuses, ou 
demeurèrent à Félat de projet, comme ce décret de la Convention, qui 
portait à 1,200 fr. le traitement des instituteurs. Les premiers résultats 
heureux furent obteuus par les lois des 6 février et 1*' décembre 1798, 
qui placèrent les écoles primaires sous la surveillance de l’administra- 
lion cantonale, et en confièrent l’administration aux communes. A l’au- 
torité des chefs-lieux de canton, la loi consulaire du 1*' mai 1802 subs- 
titua les sous-préfets, tout en laissant les instituteurs, — auparavant 
appelés rœt eu r $ des petites écoles ^ — au choix des administrations muni- 
cipales. 

En 1806, Napoléon créa FUniversité; de France , destinée à eentra- 
liser les anciennes Universités provinciales, supprimées par le décret de 
la Convention du 20 mars 1794. Par un décret postérieur, celui du 17 
Bars 1808, la France fut partagée en 27 Académies universitaires, dont 
les sièges furent les mêmes que ceux des Cours impériales. Enfin, plu- 
sieurs ordonaanees de Louis XVIIl et les autres lois d’înslrucUon de 
1833, 1860 et 1854, firent encore subir à l’enseignement diverses mo- 
difications pour lui donner les bases sur lesquelles il repose aujourd’hui. 

La France est actucHement divisée en 17 Académies universitaipes, 
dont les sièges sont placés dans les villes suivantes : Aix , Besançon, 
Bordeaux, Caen, Chambéry, dermont-Ferrant, Dijon, Douai, Gre-^ 
ûoble, Lyon, Montpellier, Nancy, Paris, Poitiers, Rennes, Strasbourg 
cl Toulouse. 

Quant aux divisions, c’est dans Fœuvre même de M. Arsène Tbc- 
venot qu’il en faut prendre connaissance, surtout pour FenseigneraenC 
primaire, jadis si négligé et aujourd’hui sur le premier plan. Diaprés 


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— 146 — 

la Btatiatique de 1662, concernant la situation gjfnéralc de renseigne- 
ment en France, il résulte : 

Enseignement prifnaire . — En 1848, la France possédait 67,945 écoles 
piimaires, fréquentées par 3,771,597 enfants. En 1862, — voirie tableau 
annexé, — le nombre total des établissements primaires, écoles publi- 
ques, libres, laïques, congréganistes, des garçons, des filles, mixtes, 
pensionnats de jeunes gens, de jeunes personnes, classes d’adultes pour 
les hommes, pour les femmes, écoles d’apprentis pour les garçons, 
ouvroirs spéciaux pour les filles, salles d’asile, était de 82,000, et celui 
des élèves de 4,879,284. Sur les 37,510 communes de la France, 
34,597 étaient pouvues d’écoles publiques, 1,895 étaient réunies pour 
l’entretien d’une école mixte, et 1,018 étaient encore dépourvues de 
moyens d’enseignement; enfin, le nombre des enfants n’ayant reçu 
aucune instruction primaire, h l’âge de 13 ans, était de 415,794. 

Pour ce qui est du personnel de l’enseignement primaire, il se com- 
pose de 5 inspecteurs généraux, 275 inspecteurs primaires, 51,933 
maîtres et adjoints, et 56,231 maîtresses ou surveillantes. 

Enseignement secondaire, — Lycées impériaux, . 75. Elèves 29,575 


Collèges communaux, 245. — 31,425 

Petits séminaires, 123. — 20,363 

Institutions libres laïques 885. — 42,462 

Id. congréganistes, . . . . 252. — 21,193 

Totaux . 1,520. — 145,000 

Personnel : 7 inspecteurs généraux , 10,000 maîtres, professeurs et 
régents. 

Enseignement supMeur, — Trois établissements spéciaux ayant leur 


siège à Paris, dont les cours sont publics et gratuits. 52 Facultés : 5 
de théologie catholique, 2 de théologie protestante, 3 de médecine, 10 
de droit, 16 de sciences et 16 de lettres. Etudiants : 10,000; person- 
nel, 8 inspecteurs généraux et 650 doyens et professeurs. 

Enseignement professionnel. — 3 écoles d’agriculture, 3 d’arts et mé- 
tiers, 1 centrale d’arts et manufactures, 2 de beaux-arts, 1 de chartes, 
1 supérieure de commerce, 1 forestière, 40 d’hydrographie, 3 de ma- 
rine ou navales, 18 militaires pour les diverses armes, 1 des mines, 2 
des mineurs, 1 normale supérieure, 78 normales primaires, 85 grands- 
séminaires, etc. En outre, des cours d’agriculture, d’industrie, de com- 
merce, d’horticulture ou établis ou sollicités par le Gouvernement de 
l’Empereur. 


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— 147 — 


2® SOCIÉTÉS SAVANTES. 

Au nombre de 560, ainsi réparties : 

Exclusivement consacrées aux arts, 52 

2^ Id. aux sciences, 148 

3® lâ. aux lettres, 27 

4® Id. à l’agriculture, . . . ' (1) 

6® Id. à l’horticulture, .... 62 

6* Mixtes ou réunissant ces divers objets, 218 

11 faut lire dans l’auteur ce qui a été fourni dans ce quotient par nos 
départements et nos villes, aussi bien que l’importance relative des 
Sociétés provinciales, sous le rapport de leur objet, de leurs travaux et 
de leurs publications, comme aussi la date de la fondation de chacune, 
depuis 1789, et la liste chronologique de celles qui ont précédé cette 
époque, à partir de 1490. 

3® MUSÉES. 

Au nombre de 185. Voir dans l’ouvrage quelles sont, après Paris, 
DOS vüles les plus riches dans ces belles collections d’antiquités, de ta- 
bleaux, de statues, d’objets d’arts, d’échantillons divers de roméralogie, 
d’histoire naturelle, etc. 

4® BIBLIOTHÈQUES. 

Trésors de la France en ce genre. Dans 375 de ces établissements, 
7,134,370 volumes, et 169,070 manuscrits, sans compter les immenses 
richesses paléograpbiques conservées aux^irohives de l’Empire, 300,000 
cartons et 90,000,000 d’actes. Renvoi à l’écrit de M. Thevenot, pour 
connaître où sont, après la grande vüle, nos plus grands dépAts litté- 
raires. 

Service des bibliothèques : 1,100 séances par semaine ; 3,800 lec- 
teurs par jour. 

5® THÉÂTRES. 

Statistique de ees établissements avant le décret qui a proclamé la 
überté Üiéâtrale. 

300 tbéitres. Dans Paris seul, 40, dont 5 grands théâtres, 15 théâtres 
secondaires et 20 petits théâtres. — Dans la plupart des théâtres de la 
province, deux saisons et une ou deux représentations par semaine. — 
Villes après Paris les mieux pourvues. — Ajouter 35 salles de cirque, 

(I) Outre 440 Comices agricoles qui» pour ne pas être érigés en Sociétés, n’en concourent pas 
moins an progrès qu'ils ont en vue. 


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— *48 — 


9 


40 casinos transformés, pendant la saison des eaux, en salles de spec- 
tacle , et de plus 150 cafés-concerts. — Pour ces 526 établissements, 
1,000 représentations, en moyenne, par semaine, et par jour, 350,000 
spectateurs. 

6® EXPOSITIONS ET CONCOURS. 

MOYENNE ANNUELLE 


OBJETS DES CONCOURa 


des Concours. des Concurrents. des Prix. 

Agriculture, 300 80,000 20»Q00 

Horticulture, 75 10,000 3,000 

Industrie, 160 16,000 8,000 

Beaux-Arts, 60 6,000 300 

Sciences, 76 20,000 800 

Littérature, 160 30,000 1,800 


Total . . 800 160,000 33,600 

Voir les départements les plus remarquables dans chacun de ces 
Concours et de ces Expositions. 


7® PUBLICATIONS. 


Au milieu du XV““ siècle, date de l’invention de l’imprimerie» jus- 
qu’à la fin, cinq villes (en voir le nom) mises en possession du nouvel 
établissement. Aujourd’hui, en France» 1,037 imprimeries» dont 91 à 
Paris. 

Avant 1789, la Bibliothèque bleue et l’Almanach formaient à peu 
près la seule littérature profane de nos populations rurales. Quant aux 
publications périodiques soumises à la censure, et dès lors en nombre 
assez restreint, en voici l’énumération dans leur ordre (Tancienneté : 
le Mercure françaie; la Gazette de France; la Gazette burlesque; le /owr- 
nal des Savants; Nouvelles de la République des Lettres; Journal de 
TrévQwc;V Année littéraire; le Journal de Paris, 

Effet immédiat de l’affranchissement de la Presse aux premiers jours 
de la Révolution, apparition d’un grand nombre de journaux : 350 dans 
la seule année 1789; 140 en 1790 ; 85 en 1791 ; 60 en 1792 et 60 en 
1793, peu ayant survécu. Eclosion de nouvelles feuilles en 1816, 1830, 
1848. Nombre actuel, sous différentes formes : 1,131, dont 662 à Parb 
et 469 dans les départements. A Paris seulement, à 200,000 exem- 
plaires par jour (en voir les noms et les principales en provinces). En 
outre, 600 Mémoires ou Bulletins spéeïmxx des Sociétés savantes; plus 
200 Almanachs et Annuaires. — Publications non périodiques : en 
moyenne annuelle, 6,000 ouvrages tant en volumes qu’en brochures, 
dont 500 romans, 1,200 histoires, 400 recueils de poésie, 2,500 ou- 


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— 14 » — 

vrages de sciences et d’arU, et 1,400 ouvrages divers. De plus, 3,200 
eompositioas musicales et 1,250 dessins et gravures. 

8® ARTISTES, LITTÉRATBtfRS ET SAVANTS. 

La liste en est grande, et dans l’impossibilité pour cette analyse, déjà 
trop longue, de les citer tous, elle doit s’abstenir, de peur que quelques 
mentions dans le nombre ne devienne une injure et une injustice pour 
les noms passés sous silence. Bornons-nous donc aux choses et à ce 
tableau : 


eusses. 


Aatistis 


LlTTÉRATEUaS . 


Savants 



Catégories. 

Peintres .... 
Sculpteurs . . . 

Musiciens . . . 

Art dramatique. . 
Arts divers . . . 

Total 

Poètes .... 
Historiens . . . 

Romanciers . . . 

Publicistes . . . 

Divers .... 

Total 

Archéologues . . 

Paléographes . . 

Naturalistes . . . 

Médecins . . . 

Sciences diverses . 

Total 


Piris. 

Province. Total. 

80 

60 

140 

40 

30 

70 

60 

40 

100 

30 

80 

80 

100 

180 

280 

310 

300 

610 

100 

400 

800 

40 

80 

90 

80 

100 

180 

180 

200 

380 

130 

280 

380 

800 

1000 

1,800 

180 

380 

800 

40 

110 

180 

80 

60 

110 

80 

100 

180 

180 

280 

460 

800 

900 

1,400 


Soit à peu près 3,400 renommées diverses, dont 1,300 pour Paris et 
2,100 pour la province. 

RRStm. 


A la vue de ce magnifique ensemble, démonstration éclatante de la 
vitalité intellectuelle contemporaine, comme la preuve du mouvement 
dans la marche de Diogène, qu’augurer de la bonne foi de ces gens en- 
vieux, ou rancuneux et mécontents, qui s’ en vont criant que la pensée 
en France est asservie, enchaînée, garottéc, et ne rougissent pas d’assi- 
miler les Français de ce temps aux Romains de la décadence ou aux 


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— 150 — 


Grecs dégénérés du Bas-Empire? Ces rapprochements mensongers 
m’inspirent un vœu : c’est que l’auteur de cette statistique veuille bien 
en entreprendre une autre, destinée à constater que la moralité a suivi 
chez nous les progrès de l’intelligence, et les aspirations du cœur les 
développements de l’esprit, digne couronnement de son œuvre, qui, en 
vengeant noblement le pays de scs détracteurs, assurerait à notre épo- 
que une place glorieuse dans le cours des âges. 

H. -G. Gler, professeur émérite. 


POÉSIE. 

ILol Frcuicbe-Comté. 

PAR M. AD. CHEVASSUS, MEMBRE CORRESPORDAIHT. 

(Pièce couronnée t en 486A, par la Société.) 

A tous les cœurs bien nés que la patrie est chère ! 
VoLTAiRB (Tancrèdet acte III, sc. I). 

Sol plus accidenté que la terre écossaise, 

Comté franche toujours, espagnole (1 ) ou française, 

Salut ! trois fois salut ! pays trop peu vanté ! 

J'aime d’amour ta belle et splendide nature. 

Tes ravins et tes monts, zébrés parla culture. 

Où souffle un vent de liberté ! 

Enfant, j'ai visité tes plaines, plaines plantureuses. 

Tes rochers et tes pics, cimes vertigineuses , 

Où l'aigle indépendant abat son vol altier; 

J’ai cotoyé tes lacs aux rives embaumées. 

Et j’ai cueilli des fleurs douces et parfumées 
Sous tes verts buissons d’églantier. 

Pour moi — naguère encor — mère aux flancs doux et rudes. 
L'amour, d’un chaud rayon, dorait tes solitudes, 

Et le vallon désert s’emplissait de clarté : 

Le cœur tout débordant d’effluves printannières. 

J’éprouvais à rêver parmi tes sapinières 
Une indicible volupté. 

(<) On sait que la Franche-Comté, cédée au roi d'Espagne par l'Empereur Ferdinand III, en 
16S4, ne fut définitivement réunie à la France qu’à la paix do Nimègue, en 4678, quatre ans après 
la conquête de Louis XIV. 


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— 151 — 


Ea revoyant tes bois si peuplés dliyacintbcs, 

Je retrouve aujourd'hui mes premières empreintes, 

Tout entier au passé je me sens rajeunir; 

Et je vais saluant quelque plage riante , 

Ou quelque chaume obscur dans la plaine ondoyante, 

Où pour moi tout est souvenir!... 

Voyageur empressé d'admirer l’Helvétie, 

Le Jura, croyes-moi, vaut bien qu'on l'apprécie; 

Quand vous le traversez, marchez d'un pas plus lent; 

Visitez ses vallons, ses bois, ses stalactites. 

Et mille endroits pouvant faire oublier les sites 
Du Valais et de l’Oberland (1). 

La Comté fut toujours la terre hospitalière : 

A tel gîte, encadré par la vigne ou le lierre, 

Heurtez, vous trouvez place à la table du soir : 

« Mangez, la miche est là, buvez, voici l’amphore, 

« Car l'épi germe aux champs, car le vin coule encore 
« De la mamelle du pressoir! » 

Ainsi dira votre hôte à la mine éveillée ; 

11 saura vous conter, pour charmer la veillée , 

Comme quoi son village a tenu garnison ; 

Emaillant son récit de ces noms populaires. 

Historiques sans doute et pourtant légendaires : 

Varroz, Marquis et Lacuzon (2). • 

Car, fils de la province, il en connaît l'histoire , 

Et ses temps désastreux et ses temps de victoire, 

Ce rude laboureur aux doigts durs et calleux : 

Et le voyant, l’œil fier, et redressant sa taille. 

Vous vous ressouvenez qu'au jour de la bataille 
Un soldat comtois en vaut deux (3)... 

Partout, réception affable et cordiale. 

L'habitant, dès le seuil, vous tend sa main loyale, 

(4) Le soi du Jura, généralement trop peu connu, offire au touriste des beautés de premier 
ordre qui ont, ajuste titre, valu à ce département le surnom d'Ecosse française. 

(n Fumeux chefs de partisans, le dernier surtout. 

(3) On connaît le dicton populaire : Comtois, rends*toi 1 Nenni, ma foi ! 

Les Francs-Comtois ont de tout temps été brares. L'Empereur Napoléon I*' qui, certes, se 
eoonaissait en hommes, sarait apprécier la bravoure des soldats francs-comtois et en particulier 
^iorassiens. On rapporte que dans certains moments difficiles, il s'écriait : « Où donc est ma 
Région du Jurai » — Depuis lor.«!, ils n'ont pas dégénéré. 


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— 182 -- 


L'enfant vous aeri do guide à travers les hameaux. 

Et dans l'âtre où, le soi se groupe la famille, 

Vous f^tes, tout joyeux, ces grands feux de charmille, 

OoûtéB méfiie au mois des Gémeaux. 

Mais si, rassasié de villégiature. 

Si, las de pittoresque et de riche nature. 

Vous fuyex les grandi monts aux mornes cavités. 

De ma province alors interroges rhistoire> 

* FÊuilletez à loisir les fastes de sa gloire 

Dans chacune de ses cités : 

C’est d’abord Besançon, métropole guerrière, 

Ceinte, depuis Vauban, d’iine triple barrière (1), 

Et plus forte cent fois que Vérone ou Glogau (J); 

Ville acquise à l’Etat depuis quarante lustres (3), 

Et qui cite à bon droit parmi les noms illustres : 

Moncey, Nodier, Victor Hugo ! 

C’est Dole la joyeuse, ou Dole la dolente (4), 

Mirant dans Teau du Doubs sa colline charmante. 

Ses jardins en terrasse et ses toits étagés; 

C’est Ajrbois(5), vieille ville aussi fière que noble, 

Dont on vante à l’envi le fortuné vignoble 
Et les environs ombragés. 

Non loin c’est la cité que le Grimont (6) domine, 

ViUe très-agréable (7) et d’antique origine, 

Comme l’indique assez le faubourg Gharciguy (8); 

Là, de MontiviUard est la gothique église (9), 

(I) Le Doubs, la citadeUe et lea forts, les moBtagnas.— La citadelle aété considérablement 
agrandie par Vauban. 

^ Besançon ôtait déjà, au temps de César, la plus forte place des Séquanais, ainsi qu'il le dit 
hii-mème dans ses Commentaires, livre I : « ....Quuin tridui viam proceste nutUiaiwn et 
Ariovittvm eum suie omnibus eopiit ad ocûupoMdwn f'etontionemquod est oppidumma- 
xlmum Sequanorum. » 

(3) Par la conquête de Lento XIV. 

(t) Qui fut avant Besançon la capitale de la Franche-Comté, et dont la devise était : m JusUUd 
et armis Dolû. « 

■ (S) Où naquit Pickegni. 

(6) Montagne que couronnait Jadis «ae forteresse. 

(7) PoUgny, d'origine celtique et cité importante à l’époque romaine, a vu naître une foule 
d’hommes célèbres, entr'autres, les généraux d’Astorg^ Travot et Sauria. Jacques Goitier, méde- 
cin de Louis XI, était originaire de cette ville. 

(8) Quartier de Poügny , vulgairemcat appelé Sarceny, tire son nom d’un établissement de Sar- 
pricuriale. 


raslns (Sarcini). 
<9) VieiUc église 


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Là^ chacun, conunc un vœu, formulant la devise, 

Dit ; « A Dieu plaise Poligny (1) ! » 

Salins depuis longtemps a guéri «es blessures (2), 

Et ses vins font pâlir la pourpre des Arsures; 

Aujourd'hui ville d’eaux, comme une autre Luchon, 

Salins entre deux forts (3) s’aligne, régulière; 

Là sont nés Gler, Toubin, l’auteur des Labourdière (4) 

Et le réaliste Buchon (5). 

Mais de vous plaire il est des cités non moins dignes : 

Lédo (6) vous sourira dans son cadre de vignes 
Gomme une nymphe assise à la base du mont ; 

Montaigu, comme un fort, au midi la domine, 

Magique en est l’aspect du haut de la colline 

De l’Ermitage ou de Pymont. 

% 

Puis, juché comme une aire à la dme d’un cène. 

Voici Ghâtean-Ghalon, fàmeux par son vin jaune 0 ). 

Et que jadis fonda le patrice Norbert (8); 

Un coup d’œil à Yoiteur pour sa charmante assise, 

Et pour son sol béni qu’arrose et fertilise 
La Seille (9) en son lit découvert. 

Visitez Bletterans, que sa plaine décore, 

Moirans, par sa forêt plus florissant encore, 

Clairvaux ceint d’un ravin à défaut de rempart, 

S»- Amour, comme un mât, levant sa tour altière. 

Et dont l’hôtel-de-ville au portique de pierre 
Abrite une œuvre de Chambard (10). 

Ghampag^le a ses fers et ses grands toits de briques, 

Orgelet ses vieux murs, S^-Glaude ses fabriques, 

(I) • A Diou plaise PoKgny t » était la deyisc de la rîUe. 

(9 Salins fat presque entièrement détruite par un incendie, en fSSS. Le produit d’une sous- 
cription nationale fini en aide à ses habitants, et Salins, comme le phénix, put neoattre de ses 
cendres. 11 est aujourd’hui plus beau qu’ayant son désastre. 

(^Le fort Saint-André et le fort Belin. 

(I) If . Victor Poupin. Les Labourdièrej roman historique actueUenieot reproihiiA dans éom 
feuilleton par la Sentinelle du Jura, 

Sans oublierrabbé d’01[yet, grammairien célèbre, né àSalins en ISSSyBortàPariseo 1768. 
(S) PatriadeBouget de l’Isle. Do Ledo-Salioarius, Lons-le-Saunier. 

CD Dit yin de garde, riralisant ayec le Tokay et le Modère. 

(è) Vers l'an 670. Ce fut d’abord une abbaye de Bénédictines. 

(d) Rivière qui prend sa source au yallon de Baume, une des curiosilés naturelles du Jura. C'est 
ordiaairemeat de Voiteur que l’on part pour cette excursion. 

(10) Le Spartaeus. Chambard, statuaire distingué, originaire de Suiot-Amoui. 


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— 154 — 


S^-Laureut son hôtel (1) aimé des Grandtalliers 
L'opulente Morez si riche d'industrie, 

Ses horloges à poids et sa lunetterie, 

Et Bois-d’Amont ses boisseliers. 

Sans doute un doux lien m’attache à cette zône , 

Mais il est d’autres lieux : le Doubs, la H‘«-Saône, 

A vos yeux oflViront mille agréments divers : 

Gray, Luxeuil et Vesoul valent bien qu’on les cite, 

Lure a son abbaye (3), et l’orgueilleux Ghamplitte * 

Son clocher perdu dans les airs (4). 

Mais des départements qui forment ta couronne, 

0 Comté, chère aux arts, comme chère à Bellone (5) ! 

Le Jura, quoiqu’on dise, est le plus beau fleuron : 

L’amour du sol jialal en culte dégénère 
Chez tout jurassien, nomade ou sédentaire, 

Soldat, penseur ou vigneron ! 

SÉANCE GÉNÉRALE DU 15 JUIN 1865. 

La séance s’ouvre à 2 heures, sous la présidence de M. Clerc-Oulhicr, 
Vice-Président. 

Le procès-verbal de la séance du jeudi 13 avril est lu et adopté. 

Conformément à l’ordre du jour, il est procédé au dépouillement de 
la correspondance manuscrite et imprimée. 

Dans la première se trouvent les lettres ci-après : 

La mort d’un de nos correspondants les plus instruits, M. le docteur 
Hollande du Plan, médecin h Château-Renard (Bouches-du-Rhône), 
nous est annoncée par deux de ses honorables compatriotes, MM. Ed. 
de Régine et G. Murel. — M. le docteur Descieux, médecin de l’hôpital 

(I) Llidiel de la Poste si pittoresquemeiit décrit par M. Gherbullex dans son roman de Paul 
Mérét qu’a publié la Revue des DeuohM ondes. 

(9) Le canton de Saint-Laurent est cette partie du pays qu’on appelait autrefois le Grand-Vaux, 
d’ob le nom de Grandrallier donné à ses habitants, remarquables par leur haute stature et leur 
puissante et robuste constitution. 

(3) Àoi^urd’bui convertie en Sous-Préfecture. 

(4) Il conviendrait d’ajouter à cette nomenclature : Gray, Pontariier, Baume-Ies-Dames, Mont- 
béliard, etc., villes d'une certaine importance ci remarquables à divers titres. 

(5) La Franche-Comté a fourni à la patrie quantité de défenseurs. On peut dire de cette pro- 
vince qu’elle est une pépinière de généraux et d’hommes de guerre distingués. Qu'il suffise de 
mentionner, outre les noms déjà cités, ceux de Leoourbe, Michaud, Duval, Sibaud, Oudet, Long- 
champ, Dériot, Morand, Bachdu, Delort,d’Arcon, Michel , Devaux, Guy, Pajol, Préval, etc., etc. 


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— 155 — 


de Montforl-Lamaury (Seine-et-Oise), nous fait rhonncur de nous 
adr^scr une brochure qu’il vient de publier sous ce litre : Influence 
de rètat moral de la société sur la santé publique, en exprimant le désir 
qu^il en soit rendu compte dans le Bulletin. — M. Ed. Girod, rédacteur 
da journal de Pontarlier et bibliothécaire de cette ville, nous informe 
qu’il a ouvert dans ses bureaux une souscription pour une histoire 
abrégée de Mgr de Chaffoy, et dont il a été fait mention dans notre 
revue biographique. — Un de nos jeunes correspondants, notre compa- 
triote, M. Billot, artiste-peintre à Lons-le-Saunier, nous fait part du 
succès qu’il vient d’obtenir à l’Exposition d’Annecy, consistant dans 
une médaille de bronze, et des encouragements qu’il a reçus à l’Expo- 
sition de Besançon pour deux autres portraits, ceux de Mgr Gerbet et 
de M. le curé Barthaud. — M. Alfred Fauconnet, de Poligny, nous 
adresse de Paris un travail sur le jardin d’acclimatation. — M“« J. 
Raindre, de Guéret, demande qu’il soit fait un tirage à part de son mé- 
moire couronné à notre dernier concours : Le Lecteur et son Livre, 

La correspondance imprimée comprend : 

Ministère de l’Instruction publique ; annonce de la transmission, à 
leur adresse, des exemplaires de notre dernier Bulletin. 

Société centrale d’apiculture : Exposition des insectes utiles et de 
leurs produits, des insectes nuisibles et de leurs dégâts, sous le patro- 
nage de S. Exc. M. le Ministre de l’agriculture, du commerce et des 
travaux publics, au Palais de l’industrie, u Paris, du 15 août au 5 
septembre. 

Programme des questions proposées par la Société impériale des 
sciences, de l’agriculture et des arts de Lille, pour le concours de 1865, 
pour la solation desquelles elle décernera des médailles d'or, de ver- 
meil, d’argent ou de bronze. Sciences physiques ; l** Examen critique 
composé de nombreux procédés proposés pour empêcher les incrus- 
tations dans les chaudières à vapeur. Indication du procédé le plus 
efficace et le plus économique pour chaque nature d’eau d’alimentation. 
— 2* Etudier, sous le double rapport de la composition chimique et des 
propriétés calorifiques, les diverses espèces de houille du nord de la 
France. — 3® Faire l’étude comparée des photomètres proposés jusqu’à 
ce jour, et indiquer celui de ces instruments que l’on peut regarder 
comme le plus simple et le plus exact.... — 5® Faire un exposé élémen- 
taire propre à être introduit dans l’enseignement de la théorie méca- 
nique de la chaleur et de scs applications aux machines. 

L’élagage des arbres. Traité pratique de l’art de diriger et de con- 
server les arbres forestiers et d’alignement, par le eomte A. Descars 

a 


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— 156 — 


(Jean Rothschild, 43, rue Saint-André-des-Arts, Paris). — L'arboricul- 
ture fruitière entièrement refaite, par Gressent, professeur d’arbori- 
culture à rinstitut régional agricole de Beauvais. — Plantes de haut 
ornement pour les jardins et les squares (Vilmoriu-Andrieux, 4, quai 
de la Mégisserie, Paris). — Journal le Mont-Blanc : Concours régional 
à Annecy; disU'ibution des prix; fêtes publiques; discours prononcé à 
cette occasion par notre célèbre compatriote, M. Francis Wéy, auteur 
de VJlbum de la Haute-Savoie ^ inspecteur général des archives de 
l’Empire. 

Ces communications sont suivies des lectures désignées à l’ordre du 
jour : Simplei notes sur quelques-nnes des matières utiles du sol juras- 
sique ^ par M. Just Pidancet. — Etude sur l'homme^ par H. le docteur 
T. Ridard (suite et fin). — A deux pas de Paris, par M. Alfred Fau- 
connet. — Le Devoir^ par Clarisse Amoult. — 2® Chant de Venlèo^ 

ment de Proserpine de Claudien^ par M. Jules Léon (traduction en vers 
français). — Edouard //, drmne en trois actes et sept tableaux, par le 
même. — De quelques points de Philosophie chimique ^ par le même 
(analyse de ces trois derniers articles par M. H. Oer). 


SÉANCE AGRICOLE PUBLIQUE DU 6 JUIN 1865. 

La séance est ouverte à 1 heure 1;2, sous la présidence de M.Vionnet, 
Vice-Présidcnl. 

M. Gindre lit successivement deux mémoires : l’un, sur la Destructioti 
des Fers blancs ou Mans; l’autre, sur VUiilité de la Taupe. 

Ces deux mémoires ayant été jugés dignes de l’impression, ont été 
publiés dans le dernier numéro. 

Au premier de ces mémoires, il n’a été fait qu’une seule objection : 
c'est qu’un des cultivateurs présents croit avoir remarqué que les taupes 
ne fréquentent pas toujours les terres où pullulent les vci's blancs, et 
qu’à cet insecte elles préfèrent les gros vers, les lombrics. Cette obser- 
vation peut n’étre pas parfaitement juste pour le pays de montagne 
qu’habite M. Gindre, et où les taupes sont obligées de se contenter des 
insectes qu’elles trouvent le plus habituellement. 

L’ordre du jour appelait ensuite la discussion sur un intéressant 
sujet : Les vaches laitières et les affections qui peuvent survenir petidant 
la lactation. 

Tout d’abord , on a traité des laiches ou inflammations de la glande 
mammaire. Pour les guérir, certains cultivateurs ont préconisé l’emploi 


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du rioûgn en fmnîgition. M. le maire de ChampTaux dit qo^fl en a 
constate searcnl les bons effets. 

Nota , — Nous saTons bien que les trayons du pis peuvent être affectés 
ée cTCvasses très-douloureuses. Ces crevasses sont difficiles à guérir, 
f g ^ ceqnc chaque jour dles sont rouvertes par les tiraillements inévi- 
tables qui ont lieu lorsqu’on trait la vache. Aussi conscille-t-on remploi 
des corps gras, comme le saindoux non salé et frais, ou le cérat, com- 
posé dliufle d’olive et de cire jaune. Il faut aussi éviter de laisser du 
lait dans le pis, en vidant complètement la mamelle. 

Si l’engorgement est récent, on peut le combattre seulement par des 
fomenlaUons émollientes, et plus tard, par des fomentations aromati- 
ques; et si Ton s’aperçoit qu’il tend à l’induration, on emploie un mé- 
lange d’onguent d’althéa et d’huile de laurier, ou des frictions de lini- 
ment volatil camphré et mêlé d’onguent mercuriel. Si un abcès s’ouvre 
à l’extérieur, iT faut le traiter comme une plaie simple, qu’on nettoie au 
moyen de lotions et d’injections d’eau tiède, à laquelle on peut, s’il est 
nécessairé, ajouter de l’eau-de-vie. 

Pour les engorgements anciens, on peut les faire disparaître au 
moyen de la teinture d’iode en friction, ou de la pommade iodurée. 

M. Vionnet nous entretient ensuite de Y Influence du fumier sur les 
plantes potagères, et dit qu’il préfère celui d’étable à tous les autres. 

M. Chavanton termine la séance par la lecture de son travail sur le 
Soufrage de la vigne, que nous avons publié dans notre dernier numéro. 

A 3 heures i]2, M. le Vice-Président déclare la séance fermée. 


AGRICULTURE. 

De Pévatuation de» V'umlere en covnptnMHté 
agricole» 

PAE M. EDMOND 8AUBU, SBCBETA IBB- ADJOINT. 

{Suite). 

Les quantités de ftunier produites par diverses catégories d’animaux, et 
évaluées d’après la méthode dont nous nous sommes servi dans les exemples 
précédents, ne sont pas celles que nous inscrirons définitivement dans les 
colonnes correspondantes dans le tableau d’entrée du compte fumiers et 
amendements. 11 faudra contrôler les chiffres fournis par cette méthode, par 
le cubage direct des tas de fumier restants, en y ajoutant les quantités de 
fumier sorties. On obtiendra ainsi le volume des fumiers réellement pro- 


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— 158 — 


duits, et en le multipliant par la pesanteur spécifique de cc fumier, qu'on 
déterminera directement par expérience, on aura un total qui pourra fort 
bien différer soit en plus^ soit en moins de celui fourni par notre première 
méthode. Cette différence se répartira, par chaque catégorie d'animaux, pro- 
portionnellement aux quantités précédemment trouvées pour chacune d'elles, 
et ce seront ces quantités ainsi modifiées qui s’inscriront dans les colonnes 
du tableau d’entrée. 

La consommation des chevaux, en foin, en aliments ramenés au foin et 
en paille comme litière, a été de 43,866 kilog. 

Celle des bœufs à l’engrais, de 16,020 

Celle des vaches, de 51,792 

111,678 

Les quantités de fumier produit par ces trois catégories d'animaux et éva- 
luées par notre méthode de calcul, ont été pour les chevaux, de 53,582 kilog. 

Pour les bœufs à l’engrais, de 36,846 

Pour les vaches, de 100,000 

190,428 

Le cubage direct de ce tas de fumier, additionné des quantités de fumier 
sorties dans l’année, multiplié par la pesanteur spécifique de ce fumier, 
ne nous ayant donné qu’un total de 189,500 kilog., il y aura lieu de répartir 
la différence 190,428 — 189,500 = 928, proportionnellement aux quantités 
trouvées pour ces trois catégories d’animaux. 

Représentons par x les quantités de fumier évaluées pour les chevaux, 
par y celles fournies par les bœufs à l’engrais, et par z celles fournies par 
les vaches, le calcul suivant nous donnera les quantités respectives de fu- 
mier qu’on devra inscrire au tableau d’entrée des fumiers et amendements. En 
établissant dans les proportions suivantes que le total des quantités de fumier 
des diverses catégories d’animaux est à celui des quantités déterminées par ' 
le cubage direct, comme celui des quantités fournies par chaque catégorie 
est à l’inconnu a?, c’est-à-dire à celles que l’on devra définitivement inscrire, 
on à 

190,428 : 189,500 ; ; 53,582 ; X 

190,428 ; 189,500 ; ; 36,846 ; y 

190,428 ; 189,500 ; : 100,000 ; Z 

D’où on tire pour la valeur de chacune de ces inconnues : 

^ _ 189,500 X 53,582 
“ 190,428 

, _ 189,500 X 36,846 
^ ~ 190,428 

189,500 X 100,000 

190,428 


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— 189 — 


Oa Toit que si on fait la somme des quantités, on a : 


® + y + * 


189,500 ( 53,582 -}- 36,846 -f- 100,000) 
190,428 


Or, la partie du numérateur comprise entre parenthèse n'est autre chose 
que la réunion des différentes parties dont le dénominateur est lui-méme 
la somme. La somme des inconnues x, y et z sera donc identique au nombre 
fourni par le cubage direct, et qu'on derra répartir proportionnellement aux 
diterses quantités de fumier fournies par chaque catégorie d'animaux. 

En effet , la somme des valeurs des inconnues s y -j- a étant de 
53320,80 -|- 36665,90 99512,60 = 189449,30 se rapproche beaucoup 

du nombre 189,500. 

On devra donc, en résumé, faire la somme des quantités de fumier éva- 
luées d'après notre méthode , les vérifier par le cubage direct, la somme 
ainsi obtenue, proportionnellement entre les diverses catégories d'animaux 
qui ont fourni ce fumier. 

Nous n'avons pas fait le compte du fumier fourni par les bœufs de trait, 
car la marche à suivre est la même que pour l'évaluation de celui des che- 
?aux. Nous n'avons pas non plus fait le compte du fumier fourni par les 
élèves, car nous avons supposé que quatre têtes d’élèves étaient l’équivalent 
d’une seule tète de gros bétail restant à l’étable. Quant à celui des porcs et 
celui des moutons, se mettant ordinairement à part, ils s'évalueront séparé- 
ment. (A suivre). 


animatix. ne Tant pas détruire» 

Pourquoi tuer les araignées ailleurs que dans les appartements, puis- 
qu'elles détruisent les mouches qui nous importunent? 

Pourquoi mettre le pied sur ce joli grillet ou carabe doré qui court dans 
nos jardins, puisqu'il fait la guerre aux chenilles, aux limaces, anx hanne- 
tons, et qu'il les mange? 

Pourquoi tuer la couleuvre non venimeuse, qui vit de mulots et de souris? 
Elle n’a jamais mordu personne. 

Pourquoi tuer le petit orvet inoffensif, qui croque les sauterelles? 

Pourquoi détruire le coucou, dont la nourriture favorite est la chenille 
velue et venimeuse, à laquelle nous ne pouvons toucher sans inconvénients? 

Pourquoi tuer le grimpereau et dénicher la fauvette, ennemis du cloporte 
et des guêpes? 

Pourquoi faire la guerre aux moineaux, qui ne mangent un peu de grain 
qu’à défaut d'insectes, et qui exterminent par choix les insectes nuisibles aux 
grains? 


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- 460 — 


Pourquoi brûler de la poudre contre les élourneaux, gibier médiocre, qui 
passent leur tie à manger des larves et à épucer jusqu’à nos bestiaux, sur 
le dos desquels ils montent impunément dans les prés, à la satisfaction des 
bestiaux eux-mémes? 

Pourquoi prendre les mésanges au piège, lorsqu’on sait qu’elles font par 
an trois niebées pendant lesquelles chaque eoüple de mésanges prend 
120,000 vers et insectes, en moyenne, pour élever ses petits? 

Pourquoi tuer la coccinelle (bête au bon Dieu), qui se nourrit de pucerons? 

Pourquoi tuer le crapaud, qui mange des limaces, des becmares et les 
fourmis? 

Pourquoi sauver la vie à des milliers de cousins, en détruisant l’engoule- 
vent ou crapaud-volant, qu’on nomme si sottement téte-chèvre? 

Pourquoi sacrifier la chauve-souris, qui fait aux papillons de nuit et aux 
hannetons la guerre des hirondelles aux moucherons? 

Pourquoi tuer la musaraigne, qui vit de vers de terre comme la souris vit 
de blé? 

Pourquoi penser que la chouette mange les pigeons et les jeunes poulets, 
puisque cela n’est pas vrai ? Pourquoi la détruire, puisqu’elle fait la besogne 

de six ou huit chats, en mangeant au moins 6,000 souris par an ? 

( Agriculteur praticien ) . 


DONS. 


Il est offert à la Société, par : 

M. Ed. Sauria, de Saint-Lothain : 

Coüection des Décrets de V Assemblée nationale législative, rédigée suivant 
l’ordre des matières, par M. àruoult, membre de l’Assemblée constituante.— 
Collection des Décrets de V Assemblée nationale constituante, par le même. 
2 in-folio.— Lettre à if. Racine sur le Théâtre en général, et sur les Tragé- 
dies de son père en particulier, par Lefranc de Pompignan. — Tableau liUé^ 
raire de la France pendant le XVIII^ siècle, par M. Jay. 

M. Louis Jacquemin : 

Jugement sur les critiques de sa Monographie du Théâtre antique Arles, 
par Frédéric Billot, auteur de la Réforme de la magistrature et du barreau. 

M. le docteur Dsscibux, médecin de l’hôpital deMontfort-Lamûury ; 

Influence de V état moral delà société sur la santé publique. 

MM. Boürneville et Teintueier, rédacteurs au Journal de Médecins 
mentale ; 

6. V. Townley, ou du diagnostic de la Folie au point de vue légal. 


h.- 


POLIGNT, IMP. DE MABESCHAL. 




/v,. 


7' ' 






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LrrrÉRATLRE. 


LE LEexKUR mrr soiv uvre« 

PAR M”” RAIRDRE, MEMBRE COnnESPOBDANTE. 

(Suite). 

Il est une autre catégorie de lecteurs, et surtout de lectrices 
qui, tout en lisant un peu à l’aventure, sans but bien défini, sans 
ligne tracée d’avance, poursuivent cependant à leur insu presque, 
un résultat dangereux que toujours ils atteignent : ce sont les lec- 
teurs de romans. Cette aspiration vague, lointaine, indécise dans sa 
forme, mais trop palpable par les conséquences malheureuses 
qu’elle prépare, c’est l’éveil des passions, c’est un hommage em- 
pressé rendu à tous les sentiments, à toutes les impressions qui 
peuvent favoriser leur développement. Or, une pareille condition 
constitue évidemment une menace de premier ordre. 

La V ieille métaphore du serpent caché sous les fleurs convient par- 
faitement au roman en général et surtout au roman de notre époque. 

U prend son intérêt, moins dans les faits imaginaires qu’il re- 
late, dans les situations qu’il dépeint, dans les passions même 
qu’il caresse, que dans l’idée mère qu’il s’est donné mission de 
propager. A l’insu du lecteur qui ne voit dans l’ouvrage d’imagina- 
tion qu’un délassement qu’on lui a préparé, le roman de nos jours 
est devenu un plaidoyer. Il ne lui suffit pas d’amuser, il veut 
convaincre. Ce n’est pas votre indulgence qu’il sollicite pour les 
fautes de son héros, c’est votre admiration qu’il réclame impé- 
rieusement; et les faits énoncés dans le récit ne sont pas venus là 
pour charmer, mais bien pour séduire le lecteur en surprenant 
son jugement et gagnant son estime aux foupables motifs qui les 
ont provoqués. 

L'ouvrage de morale qui présente avec sérieux et d’une ma- 
nière ostensible de coupsJiles doctrines est peut être nioins fu- 
neste dans ses conséquences, et jette une bien moins gr§pde 
perturbation dans les esprits que ne le fait le roman, propa^ur 
inavoué d’une idée mauvaise. Un sentiment instinctif de pri^Rce 
met très-vite une intelligence droite et honnête en garde 4^re 
les idées offertes lorsque ces idées sortent quelque peu ^ la li- 


isr 


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— 162 — 


gne commuiie, et qu’elles viennent heurter des principes déjà éta- 
blis. Mais, dans le roman, l’idée qu’on veut répandre n’est même 
pas nommée ; le champion ne revêt point les couleurs qu’il pré- 
tend défendre, et les principes faux et pervers ont déjà fait in- 
vasion dans l’esprit du lecteur, que celui-ci en est encore à 
ignorer même leur attaque. 

Le seul fait de demander à la lecture des romans de mensongè- 
res impressions et d’inutiles secousses morales, constitue certai- 
nement une culpabilité. Les luttes de la vie nous trouvent-elles 
donc toujours si parfaitement prêts à les soutenir, et avons-nous 
une telle surabondance de force, que nous puissions ainsi les jeter 
au vent et les affaiblir par de chimériques épreuves? Souvent on 
prétend faire valoir, comme justification, ce besoin d’émotions 
ardentes qui caractérise la jeunesse. Mais si l’on veut absolument 
voir dans l’exaltation qu’inspirent les situations émouvantes, 
créées par le roman, la manifestation des aspirations généreuses 
qui honorent l’humanité, nous nous permettrons de proposer un 
autre aliment aux instincts dévoués qu’on nous signale. 

Si la vie paraît monotone à tant de gens, c’est qu’ils la traver- 
sent avec une coupable négligence. Leur esprit rêveur, distrait, 
ou plutôt égo’i’ste, concentrant sur lui seul ses soins et ses préoc- 
cupations, le monde alors leur semble vide, impuissant à les sa- 
tisfaire. Combien cette appréciation est inexacte I Tout autour de 
nous s’agitent des intérêts suprêmes ; chacun est aux prises avec 
d’immenses difficultés ; tel lutte contre une inévitable catastro- 
phe ; celui-ci est dévoré par des peines cruelles ; la misère, l’af- 
freuse misère étreint celui-là ; la crainte est partout ; le bonheur, 
nulle part, et vous taxez l’existence de monotonie ! 

La plupart des situations sont palpitantes d’intérêts, la nôtre, 
même, si nous voulons un peu sonder le secret intime de ce 
drame qu’on appelle la vie. Cette recherche ne saurait être assi- 
milée à une indiscrète curiosité; ce n’est pas avec l’esprit qu’il 
faut faire une pareille étude : c’est avec le cœur. Il y a une foule 
de souffrances qui préfèrent la tendre manifestation d’une sympa- 
thiC'vraie aux glaciales jouissances du mystère, et en matière de 
dèvoiwmeBt, ce n’est généralement pas le terrain à exploiter qui 


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— m - 


£ut défaut. Les natures ardentes que tourmente un généreux be- 
soin de sacrifice ; celles qui aspirent à prodiguer le trop-plein de 
leur cœur, ne sont pas mises, pour se satisfaire, dans la fâcheuse 
Décessité de recourir aüx factices émotions du roman I La vie réelle 
et ses devoirs sans nombre sont toujours là prêts à suffire large- 
ment à leur pieuse activité. 

Après le lecteur de romans, qu’on aurait tort de classer parmi 
les lecteurs indifférents, car, en lisant, il a son intention parfaite- 
ment arrêtée, il veut du plaisir; après ce lecteur, vient celui qui 
lit par oisiveté, par vanité, par esprit d'imitation, sans que la lec- 
ture lui soit ni un besoin, ni même une satisfaction. Ce lecteur, 
dans sa parfaite insouciance, prend indifféremment tout ce qui 
lui tombe sous la main, le mauvais ouvrage comme le bon, le bon 
comme le mauvais : un livre n’est pour lui qu’un passe-temps, 
un moyen, selon la détestable formule adoptée, un moyen de 
tuer le temps. 

Est-ce donc à nous de tuer le temps? N’est-ce pas bien plutôt 
lui qui, à toute heure, à toute minute, à toute seconde, effeuille, 
pétale par pétale, les fleurs de notre couronne ? 

C'est d’ailleurs par le fait d’une bien fausse interprétation qu'on 
se croit obligé de remplir ses loisirs d’une manière telle qu’elle. 
B y a mieux, l’existence même des loisirs est, le plus générale- 
ment chose tout-à-fait chimérique. Où se rencontrent-elles donc 
ces situations sans devoirs, sans responsabilités ni charges, qui 
laissent à notre entière disposition l’emploi de notre vie? Ne 
semble-t-il pas, au contraire, que partout les devoirs surabon- 
dent, et que les heures si courtes de la vie suffisent à peine à 
leur accomplissement? 

Lire n’est du reste point une nécessité I Si les résultats avan- 
tageux que la lecture peut donner sont jugés sans valeur; si leur 
poursuite est tenue pour inutile, qu’on ne lise pas I Une lecture 
mal faite, présente toujours de graves inconvénients. Quelle perte 
de temps n’entraîne-l-elle point! Quels devoirs sérieux n’a-t-elle 
point fait négliger I Et enfin quelle influence morale n’exerce-t- 
clle pas sur le lecteur, sans même qu’il s’en doute! Cette influence, 
dominant une intelligence ignorante du travail qui s’opère en 


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— 164 — 


elle, n’apporte jamais un bénéfice, l’ouvrage qu’on lit fût-il 
même excellent. Il faut que l’esprit participe d’une manière con- 
sciente et raisonnée à l’œuvre d’assimilation par laquelle les opi- 
nions de l’auteur lui sont inculquées; sinon la semence jetée 
donne des fruits dégénérés. C’est ainsi que l’on voit parfois l’idée 
la plus saine se transformer dans l’esprit qui l’a reçue sans la 
comprendre ni l’apprécier, en un préjugé absurde, et devenir 
l’origine de principes entièrement faux et nuisibles. 

COMMENT DOIT-ON LIRE? 

Pour bien lire, il faut lire avec méthode. C’est cette méthode 
que nous allons nous essayer à découvrir, et dont nous cherche- 
rons 3 manifester les secrets si nous sommes assez heureux pour 
les surprendre. 

La première condition consiste à ne pas trop lire. Quelque ra- 
res que soient les lectures, si elles sont bien faites, on a toujours 
assez lu. L’ignorance n’a pas pour origine l’insuffisance dans le 
nombre des lectures accomplies, mais l’absence des qualités qui 
devaient leur faire porter des fruits. La lecture, pour être profita- 
ble, exige un certain recueillement, une tension de l’esprit qui 
ne permettraient pas, sans une fatigue notoire, de s’y livrer sans 
cesse. Le seul fait donc de lire constamment atteste qu’on lit sans 
méthode, c’est-à-dire mal. 

L’activité fiévreuse avec laquelle beaucoup de personnes dé- 
vorent les livres, ne dénote même pas une curiosité véritable, 
non plus qu’un désir sérieux de s’instruire. L’esprit demeure 
inoccupé et vagabond pendant des lectures faites ainsi; seuls, pour 
ainsi dire, les yeux sont absorbés. Nulle trace n’est imprimée à 
l’intelligence par cette fantasmagorie qu’on évoque; le plus sou- 
vent sans savoir pourquoi ; les lectures entreprises sous de tels 
auspices étant faites sans but. 

De même qu’il est non seulement inutile, mais évidemment 
nuisible de lire beaucoup, il n’est en rien nécessaire de varier 
constamment ses lectures. L’idée n’est pas neuve : « Timeo ho- 
minem uniut libri, » disait saint Thomas d’Aquin, au xiir siècle; 
et c’est douze cents ans avant qu’écrivait Sénèque. Comparant le 


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— i65 — 


tecteur super6ciel qui effleure les livres sans les approfondir, au 
vojageur cosmopolite qui peut compter de nombreuses connais- 
sances, mais n’a pas un ami ; « Multa hospitia, nvllas amki- 
tias, » nous dit-il. 

S’il ne faut ni lire beaucoup, ni varier infiniment ses lectures, 
il ne faut pas non plus lire trop vite. Du reste, si on lit très-bien, 
avec l’attention soutenue qui assure des fruits à la lecture, on lira 
toiqours lentement. 

Avant d’entreprendre une lecture, il faut s’interroger soi-même 
et savoir dans quelle intention l’on aborde cette étude ; car la 
tectnre doit toujours être considérée comme une étude, quel que 
soit le sujet traité par le livre I 

Cne fois ce but découvert, il faut assurer les conditions qui 
permettront de l’atteindre, ét tout en poursuivant la lecture, il 
faut surveiller au fur et à mesure les résultats acquis. Si le but est 
de recueillir des notions jusque-là ignorées, la ligne est tracée ; 
il s’agit tout simplement de s’assurer qu’on possède maintenant 
ces mêmes notions qu’on désirait acquérir. Il arrive même sou- 
vent qu’on n’a d’autre fin, en lisant un ouvrage, que celle de con- 
naître un livre dont on a entendu parler ou dont seulement le 
litre a plu ; mais cette fin en vaut une autre, pourvu qu’on l’at- 
teigne, et qu’aprés avoir lu ce livre on sache ce qu’il contient. 
Cette recommandation paraîtra naïve ; toutefois, elle peut avoir 
son à-propos. On n’est pas toujours renseigné sur ce que ren- 
ferme un li\Te, parce qu’on a l’avantage d’interroger une per- 
sonne qui, ta veille même, en aura terminé la lecture. 

Pour lire d’une manière entièrement profitable, il faut en quel- 
que sorte s’associer au travail de création par lequel l’auteur a 
élaboré son ouvrage. Il faut se substituer à lui ; pénétrer ses in- 
tentions ; surprendre ses procédés ; hiérarchiser enfin les pensées 
que son œuvre contient, par le même classement que lui-même 
a eu en vue au moment où il composait son livre. Dans certains 
ouvrages, les premiers de notre littérature française, l’auteur fai- 
sait imprimer en caractères diflférents, celles de ses pensées pour 
lesquelles il réclamait plus particulièrement l’attention du ^ec- 
teur. Ce procédé, primitif fort certainement et tout-à-fait carac- 


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— m — 


lérislique d’une littérature à l’étal d’enfance, l’intelligence du lec- 
teur est de nos jours appelée à le suppléer. 

Bien que dans un ouvrage que la prolixité n’entache pas, tout 
soit utile et ait son motif d’être, il reste certain qu’il y a des pen- 
sées capitales dont les autres ne sont à proprement parler que le 
développement. Ces pensées, il faut savoir les reconnaître. L’es- 
prit doit les distinguer par un choix de faveur pour les confier 
d’une manière toute particulière à la mémoire. En limitant ainsi 
le travail qu’on impose à son intelligence, on le rend possible, 
sinon facile. 

Grâces aux jalons que lui procurent les idées capitales, l’esprit 
est naturellement conduit à retrouver les idées complémentaires 
que l’auteur, du reste, a découvertes, mais non inventées, et que 
la seule logique ramène forcément. 

Le choix plus particulier que le lecteur fait de certaines idées 
afin d’aider à ses souvenirs, a une telle importance au point de 
vue du profit que l’on peut tirer des lectures, qu’il constitue, 
prcsi]ue à lui seul, la méthode pour bien lire. Telle personne qui 
sait comment on doit lire, peut, en feuilletant un livre, n’en ap- 
profondissant toutefois que quelques passages, le posséder beau- 
coup mieux qu’une autre qui, lisant sans méthode, l’aurait pour- 
tant consciencieusement lu dans son entier. Si toutes les pensées 
qu’un livre renferme sont proposées pêle-mêle à l’esprit du lec- 
teur, quelque lucidité qu’ait son intelligence, elle succombera 
sous le poids des détails. Le premier travail à faire consiste donc 
k se rendre compte de ces divisions principales et de ces idées 
prédominantes, qui sont les points de repère de tout ouvrage 
bien composé. 

Quelques lectures faites avec cette méthode raisonnée suffisent 
pour augmenter très-vite, et d’une manière lout-k-fail notable, 
le contingent des connaissances. D’abord, les études sont géné- 
ralement solidaires ; et changer avec avantage son niveau intel- 
lectuel sous le rapport de fune d’entre elles, c’est ajouter à 
toutes. Mais les lectures ainsi faites ont encore un bien autre 
résultat ; elles prennent leur bénéfice, non seulemeiit dans 
l’acquis réel qu’elles procurent, mais dans les horizons entière- 


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— 167 — 


ment nouveaux qu’elles ouvrent à l’esprit. Elles créent en lui la 
faculté-mère en matière d’étude : l’art d’apprendre. 

A ce résultat éminent ne se bornent pas les fruits assurés par 
l'emploi d’une méthode éclairée, qui impose à la lecture des rè- 
gles sévères. Une rémunération morale, d’un ordre élevé, attend 
immanquablement le lecteur assez sage pour consentir à les ac- 
cepter. 

En procédant à cette reconnaissance des pensées fondamen- 
tales qui sont la base d’un ouvrage, on évite ces funestes sur- 
prises par lesquelles le mal s’insinue traîtreusement dans les es- 
prits, sous le couvert menteur des honnêtes apparences qu’il a 
revêtues. Dans un ouvrage quelconque, fût-ce même un de ces 
ouvrages dits de pure imagination, l’auteur a toujours une idée 
principale que son livre cherche à propager : non-seulement cette 
intention est son droit, mais il ne saurait même s’en dégager 
sans condamner d’avance son livre à l’.oubli. Si,- par impossible, 
l'auteur l’a écrit sans but préconçu, ce seul fait ne concède pas 
au lecteur le droit de le lire avec légèreté, sans le fouiller ni le 
scruter pour en surprendre les tendances. A défaut d’une inten- 
tion arrêtée; tout en n’ayant aucun parti pris de se faire le cham- 
pion d’une idée, l’auteur imprime toujours une impulsion quel- 
conque à son ouvrage. Son individualité morale s’y reproduit né- 
cessairement. C’est «n miroir qui le représente à son insu même, 
et ses principes intimes s’y retrouvent toujours sous une forme 
ou sous Fautre. Or, avant de subir ces principes, à l’influence 
desquels il sait ne pouvoir que difficilement échapper, un lecteur 
prudent jette la sonde, et se demande à qui il a affaire. 

Grâce à ce mode d'investigation, la lecture cesse de présenter 
aucun danger, car le mal raisonné comptera toujours peu de par- 
tisans ; ils sont heureusement fort rares, les esprits dépravés qui 
choisissent le mal en raison d’une coupable préférence ; et, en 
évitant la surprise, on sauve généralement tout. 

{A suivrr). 


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~ f 68 — 


SCÏEKCES NATURELLES 

Rechorebes e:sipéplinen taies sui* lo Goltne,. 

PAR M. CUONNAIX-OCBISSON, MEMBRE CORRESPO!<IDANT. 

(Suite), 

« 

SYMPTOMES DU GOÎTRE ET DÉVELOPPEMENT DE CETTE AFFECTION'. 

Le Eotlre, produit par les causes assez nombreuses que nous venons 
d indiquer, commence à tout âge. 11 a été observé cinquantc-cinq jours 
après la naissance ; mais il se montre plus ordinairement peiidaot la 
seconde enfance et dans Tàge adulte ; souvent il ne sur\icnt chez les 
femmes qu’après le mariage, et durant la première grossesse ou l’ac- 
couclicrnent.. 

Hfais, quelle que soit l’époque h laquelle le goitre commence, il se 
forme d’ordinaire avec beaucoup de rerilcur, et quelquefois cependant 
d’une manière brusque, quoique cela soit fort rare, sans doute, pour 
le bronchocèle thyroïdien, ou le véritable goitre. Quoi qu’il en soit, 
rien n’est plus ostensible que lo tumeur qui nous occupe : molle, glo- 
bulaire, ou assez symétriquement arrondie en forme de croissant , elle 
SC montre à la partie antérieure et moyenne du cou. Le goitre afTeete 
un volume très-variable ; il est d’ordinaire mou et pâteux au toucher, 
indolent, sans chaleur et sans changement de couleur à la peau, à la- 
quelle il adhère très-lâchement. Cette tumeur, peu mobile â sa partie 
moyenne, l’est ordinairement davantage vers ses lobes latéraux; toute 
sa masse partage ou suit évidemment les mouvements généraux du la- 
rynx, qui se trouve ainsi lié à la déglutition et à la production des 
dllTérents tons de l’échelle harmonique du son vocal. Celle dernière 
remarque est, au reste, plus facile à faire lorsque le goitre commence 
ou qu’il est d’un petit volume. Les phénomènes du goitre sont locaux 
toutes les fois que cette affection est accidentelle, sporadique, ou que 
dans son état endémique elle ne se trouve pas liée au crétinisme; mais, 
dans ce cas, qui est si ordinaire dans les pays à goitre, la maladie pa- 
rait générale ; les enfants de sept, huit ou dix ans qu’elle atteint d’oixli- 
naire, changent alors^ à vue d’œil ; ils étaient jusqu’alors bien portants, 
brillants de couleurs, agiles et spirituels, et ils perdent, en peu de 
temps, tous ces avantages ; leur teint s’obscurcit, devient blafard ou 
d’un blanc mat ; leurs yeux sont ternes, le visage se bouffit, l’enlende- 
ment s’obscurcit ou s’arrête au milieu de son développement, et si rien 


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— 169 — 


n’empèche l’accroissement du goitre, le corps fléiri et basanné se ra- 
bougrit^ et il semble que le cou et les épaules profilent seuls de la 
nourriture. Les malheureux goitreux, ainsi devenus crétins au premier 
degré, respirent et parlent difficilement, et ne prononcent les conson- 
nes qu’avec peine. Mais si le goitre ne se montre qu’à l’époque où le 
corps et rentendemenjt sont eaticreraent formés, ceux-ci restent ce 
qu’ils étaient, et le goitre endémique, ainsi que le goitre accidentel ou 
propre à tous les pays, n’est lui-méme qu’une affection purement lo- 
cale. 

Le goitre, envisagé comme affection simplement locale, gène plus ou 
moins, par sa présence, les fonctions des organes qui lui sont contigus* 
C’est ainsi qu’il altère la voix, qu’il rend souvent très-grave et même rau- 
que. Borden prétend expliquer ce fait, soit par l’agrandissement de la 
glotte qu’opérait l’éloignement réciproque des cartilages crtcoide et thy- 
roïde, comprimés par la tumeur, soit encore par la sécheresse produite 
dans le larynx par le défaut d’^écoulement de l’humeur de la thyroïde. 
Mais CCS deux raisons sont également mauvaises : on ne saurait physiolo- 
giquement comprendre ce que dit Borden de la première, et la seconde 
repose sur une erreur d’anatomie. Pour nous, nous pensons que si 
l’on se rappelle que chez la plupart des goitreux, la sécrétion muqueuse 
de l’arrière-bouche est augmentée, et qu’un très-grand nombre d’en- 
tre eux sont pituiteux, moucheurs et grands cracheurs, nous pensons, 
disons-nous, qu’il paraîtra sans doute beaucoup plus rapproché de la 
vérité d’attribuer l’enrouement des goitreux à l’irrUatioD cbroiuque 
comme nécessaire qu’attire sur le larynx sa proximité de la tumeur, 
ainsi qu’à l’augmentation réelle qui s’ensuit dans les produits sécré- 
toires de la membrane interne de cet organe. 

Le goitre gène d’ordinaire un peu la respiration, surtout dans les 
diverses circonstances, comme la marche forcée, la course, etc., qui 
accélèrent les mouvements de cette fonction ; et celte gène assez cons- 
lanle, augmente d’ailleurs encore chez quelques goitreux, lorsque le 
temps est humide. Le goitre, un peu volumineux, gène les malades 
par sa présence, et nuit à la liberté des mouvements de leur cou ; il 
rend la déglutition moins libre et moins sûre, et il expose aux éblouisse- 
ments et aux vertiges. Jusqu’à quel point le goitre influe-l-il sur la 
taux habituelle qui fatigue quelques malades , et sut* les affections 
chroniques du poumon, qu’ils contractent quelquefois? 11 est impossi- 
ble, dans l’état actuel de la science, d’apercevoir la corrélation de ces 
deux maladies, et d’y remarquer, dès lors, autre chose qu’une simplo 
eulncidence fâcheuse de l’une avec l’autre. 


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- 170 — 


Le goilrc, une fois développé, sc comporte différemment lorsqu'on 
l’abandonne a lui-méme ; or, voici quelle est la marche de celle affec- 
tion et les différentes terminaisons spontanées dont elle est susceptible. 
Le goitre, plus ou moins récent, et qui n'a acquis qu'un volume peu con- 
sidérable, se dissipe assez ordinairement par une sorte de résolution lente 
et successive ; l'on observe très-fréquemment cette issue désirable dans 
le goitre endémique qui atteint les jeunes gens, par le simple fait du 
changement de pays. Mais on voit encore cette même variété du goitre 
sensiblement améliorée par l'effet d'un voyage, et par l'action de la sé- 
cheresse et du froid de la saison, s'accroître de nouveau par le retour 
dans le lieu natal, et par l'influence des temps humides et chauds ; et ce 
n’est souvent qu’après une sorte d'oscillation dans sa marche, et plusieurs 
amendements successifs, que celte affection disparait entièrement. La 
résolution spontanée du goilrc sporadique est beaucoup moins fré- 
quente ; elle survient néanmoins dans les cas où la cause connue du 
mal dépend de quelque circonstance éphémère ou peu fixe, que le 
temps et le seul régime peuvent détruire ; comme les chagrins, par 
exemple, les retards dans la menstruation, la nudité du cou, etc., etc. 
On trouve quelques exemples très-curieux de la guérison spontanée 
du goitre; telle est, sans doute, celte observation dont parle Alibert 
{Nouveaux éléments de Thérapeutique et de Matière médicale)^ et dans 
laquelle ce savant rapporte, qu'un violent chagrin étant venu acca- 
bler une dame, pendant le régime de la Terreur, un goitre considé- 
rable qu'elle portait et qui l'affligeait beaucoup, se dissipa spontané- 
ment avec une grande célérité. M. Brun {dans sa Dissertation^ pag. 7) 
rapporte encore le fait, non moins remarquable, d'une dame qui por- 
tail depuis longtemps un goitre du volume d’une pomme de reinette, et 
chez laquelle celle difformité guérit par suite de l'affection cancéreuse 
de l'un et de l'autre sein. Au fur et à mesure que le cancer fit des pro- 
grès, on vit le goitre diminuer ; de sorte qu'à la mort de la malade, dit 
l'auteur de cette observation, il fallait l'avoir connue pour être per- 
suadé qu'elle avait été goitreuse. 

Le goitre qui a résisté au temps, et qui a acquis un certain volume, 
prend ordinairement un état stationnaire et fixe, qui n'est guère 
susceptible ni d'augmentation, ni de diminution. Aucun changement 
ne survient également, d’ailleurs, dons les autres phénomènes de cette 
affection ; elle subsiste ainsi pendant toute la vie, et les nialndes qui 
s'y sont habitués finissent par n'y plus donner qu'une légère atten- 
tion. Mais les différences apportées dans la composition ou dans la na- 
ture du goitre, en font varier les phénomènes et la terminaison. I..ors- 


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— 171 — 

que la tliyruïde porte en elle, ou conlracle accidenlellcmcnl le prin> 
cipe d’une irritation plus ou moins forte, elle acquiert, d’une manière 
le plus souvent latente, et quelquefois très-rapide, les caractère» 
d’une tumeur inflammatoire, douloureuse, rouge et tendre. Cet étal 
peut immédiatement causer la mort, [lar la compression qu’exeree la 
tumeur sur la traebée-artère, ce qui coïncide avec tous les phénomènes 
de la suffocation et de l’asphyxie ; il peut se dissiper par résolution, 
et alors la tumeur revient dans sa première situation, ou bien, en- 
fin, cl cette marche est la plus fréquente, la tumeur se fond et se 
convertit en un véritable abcès. Celui-ci présente presque toujours 
les caractères d’un abcès froid ; sa formation et sa rupture se font 
très-longtemps attendre , mais, enfin , ta tumeur ramollie et fluc- 
tuante, s’ouvre et se vide à l’extérieur par un ou plusieurs points 
de la peau, préablement amincis cl altérés. Nous ne connaissons point 
d’observations qui constatent la rupture du goitre suppuré, dans 
rœsophage ou dans la trachée-artère ; ce fait, néamoins possible, 
suffoquerait sans doute les malades, ou les exposerait au moins à 
un très-grand péril. Après l’ouverture de l’abcès thyroïdien, la tu- 
menr s’affaisse, diminue de volume, et disparait enfin d’une ma- 
nière plus ou moins complète, par suite de la coalition qui survient 
entre les parois du foyer qui renfermait le pus ; cependant, lorsque cette 
réunion n’arrive pas ou qu’elle n’est que partielle, il peut rester une 
ou plusieurs fistules. Ce sont, sans doute, des abcès formés dans le 
corps thyroïde, et ouverts spontanément à l’extérieur, qui auront laissé 
subsister ecs fistules de la thyroïde rencontrées plusieurs fois par M. 
Sabatier {De la Médecine opératoire^ tom. I", pag. 207, 2® édit.), et 
pour lesquelles ce célèbre chirurgien n’a cru devoir rien conseiller, at- 
tendu le peu d’incommodité que ce léger désordre causait aux mala- 
des. 

Si la tumeur s’est accrue par suite delà suppression de quelque écou- 
lement sanguin, et qu’elle puisse parailre due à la stagnation du sang 
dans le corps thyroïdien, clic se montre alors tendue avec rougeur, 
gonflement très-marqué de la face, saillie des xeincs du cou, injection 
cl protubérance des yeux. Mais il faut l’avouer, cette issue n’est pas 
commune. 

Le goitre cystique ou enkysté, qui provient le plus souvent de l’ac- 
croissement exclusif que prennent une ou plusieurs des vésicules 
obrondes de la thyroïde, devient remarquable par la mollesse suéees- 
sive de la tumeur, son clat lisse, la fluctuation obscure qu’elle pré- 
sente, et sa parfaite indolence. Cette variété du goitre, abandonnée. à 


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elle-même, reste sans changement. Mais excitée par diverses applica- 
tions stimulantes, elle s’échauffe, s’enflamme et se comporte en grande 
partie comme dans le cas de suppuration précédemment examiné. 

Lorsqu’on acquérant de l’ancienneté, le tissu du goitre subit les 
transformations organiques fibreuse, cartilagineuse et osseuse, ou 
pierreuse, ce genre de travail sc passant dans le silence, et le plus 
souvent dans quelques points ou noyaux intérieurs de la tumeur, il 
n’existe aucun signe qui le puisse faire connaître. Mais la tumeur très- 
dure, rénitentc, offre des inégalités très-sensibles, et indique bien au 
contraire ce même genre de lésion, lorsqu’il s’ est développé h la sur- 
face du goitre et du côté qui correspond aux téguments. 

Si le goitre est dur, inégal, bosselé, avec douleurs lancinantes, re- 
venant h certains intervalles, et augmentant de plus en plus, de même 
que le volume et la dureté de la tumeur que recouvre d’ailleurs un la- 
cis de veines variqueuses, on doit craindre qu’elle ne soit carcinoma- 
teuse, et cette dégénération deviendra presque une certitude, si l’abus 
de remèdes irritants et cathéréliques a précédé le développement de 
cette série de phénomènes et a produit quelque ulcération de mauvais 
aspect. 

Le goitre, enfin, sans changer ni de nature, ni de consistance, devient 
quelquefois si énorme, principalement chez les personnes d’un tempé- 
ramment lymphatique et d’une constitution molle, par le seul fait de son 
ancienneté, qu’il obstrue la totalité du cou, s’étend d’un angle de la mâ- 
choire à l’autre, et du menton au sternum, et peut devenir si considéra- 
ble, qu’aucun vêtement ne saurait le cacher; on l’a vu s’étendre quel- 
quefois jusqu’à l’ombilic, et même, suivant Mittelmayer (Disertatio de 
ftrumis et scrophulis, Erf., 1723), descendre jusqu’au genou. On sent 
assez que dans ce genre d’accroissement, une pareille tumeur ajoute 
des dangers réels à la singulière difformité qu’elle produit, et qu’il 
est rare que le goitre parvienne à cet extrême développement sans gê- 
ner la circulalion cérébrale, en comprimant les veines jugulaires et les 
artères carotides, ce qui rend la face rouge, profondément injectée cl 
livide, cause des éblouissements, des vertiges fréquents, et conduit à 
l’apoplexie ; d’autres fois, c’est la gêne extrême , et même l’entière 
impossibilité de la déglutition, ou bien la difficulté de respirer, la suf- 
focation cU’asphyxie véritable, qui résultent enfin de l’extension pro- 
gressive du goitre, dont rien ne peut arrêter les progrès. Tous ces ac- 
cidbnts redoutables, dont nous avons déjà cité plusieui s exemples, ter- 
mincitt enfin la série des symptômes qui appartiennent aux différents 
états sobs lesquels le goitre peut se montrer. (A suivre). 


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— 173 — 

ARCHÉOLOGIE. 

l^^^bbaye de ChAteau-Chalon. 

PAR M. CB. SAUniA, SECRÉTAIRE-- ADJOINT. 

Les sites sauvages et grandioses de la vallée de Baume, ses grottes 
fameuses, dont la réputation n’est point usurpée, attirent, dans la belle 
saison, la foule empressée des touristes. Pour atteindre le but de leurs 
excursions, ils traversent, par une route agréable et facile, le vallon 
délicieux au sein duquel est situé Voiteur, chef-lieu de ce canton. Ce- 
pendant Varliste, ce religieux pèlerin qui ne rencontre aucune des 
merveilles de la nature, nulle œuvre remarquable sortie de la main des 
hommes, sans lui payer un tribut d’admiration, l’artiste se gardera 
bien de franchir aussi rapidement cette riante enceinte, et il s’arrêtera 
quelques instants sur le petit pont qui précède le joli village de Nevy. 
Quel charmant paysage, en effet! Ici, une rivière aux eaux diligentes 
et limpides, bordée de saules et de peupliers; là, de verdoyants pâ- 
turages où circulent d’innombrables troupeaux ; en face, un horizon 
de montagnes bleuâtres ; plus près et sur la gauche, un coteau célè- 
bre, aux flancs duquel on voit ramper la vigne sur le calcaire jaunâtre 
des roches; enfin lesmaispns blanches deChâleau-Chalon, qui couron- 
nent symétriquement la crête ardue de la colline. A l’est se prolonge 
le village de Château-Chalon, sur un monticule moins élevé, boisé sur 
ses flancs les plus raides, et couvert de vignes sur scs côtes. La monta- 
gne se termine en fer à cheval et se contourne avec grâce, afin de 
présenter à l’Abbaye toutes ses richesses, et de ne point lui dérober 
les beautés de la plaine et du vallon. A l’extrémité occidentale du pla- 
teau le plus élevé, ce groupe informe de murailles, qui commande au 
loin la plaine, ces ruines dont les débris se confondent avec ceux du. 
roc qui leur sert de base, c’est l’antique Abbaye des Dames de Château- 
Chalon. 

Ce monastère s’appelait jadis Carnonis Castrum, dénomination com- 
posée de trois mots, cùal, nonnes, château, dont le premier, en langue 
celtique, signifie montagne ou bois, La création de cette Abbaye re- 
monte au septième siècle ; on l’attribue à Norbert Palris, juge pour le 
roi dans le comté, et à sa femme Eusebia. Norbert dota l’Abbaye d’une 
partie de ses immenses domaines, et fit de l’enceinte du rocher où ^le 
était située, un lieu d’asile et de liberté. Tel était alors le privilège des. 
églises et des fondations pieuses, que leur sainteté offrait un abn 


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sure coïlirc les vcxalions. Aussi les environs du monastère se peuplè- 
rent-ils bientôt de serfs et de vassaux qui se dérobaient à Tinjuslire et 
ù Toppression, et allégeaient d’autant le pesant fardeau de leur servi- 
tude : et grôce à cetlc protection toute puissante, une ville surgit bien- 
tôt de ces rochers déserts. L’édifice religieux (on n’en peut douter) eut 
une grande part des bienfaits du règne de Charlemagne. Ccl empe- 
reur, dit l’histoire, y fit construire une tour ou forteresse, dans la- 
quelle il établit un gouverneur et des troupes destinées à protéger 
l’abbaye et la ville qui s’était lorniée dans son voisinage. Aussi le nom 
de Charles resta -t-il seul dans la mémoire des hommes, qui oublièrent 
la dénomination étymologique, Carnonh castnim, pour en adopter une 
nouvelle, dérivée de Charles : Caroli castnim. Quelques inscriptions 
qu’on lit encore parmi les décombres du vieux cloître en sont une 
preuve authentique et irrécusable. Voici, cnlr’autrcs, une épitaphe qui 
se fait remarquer sur l’un des piliers de la nef, et que nous avons co- 
piée fidèlement : 

CY DEVENT GYST HONORABLE HOMME 
MESSIRE CLAUDE MERCERET DE FRONTE- 
NAY, A SON VIVANT NOTAIRE ET CHASTE- 
LAIN DE CE LIEU DE CHATEL CHARLON 
POUR REVERENDE DAME KATERINE 
DE RYE, ABBESSE DU DY LIEU, 

LEQUEL TRESPASSA LE XX4 JOUR DU MOIS 
DE lUÏNG 1570, DIEU AYT PITIER DE SON 
AME. AMEN. 

Quant aux vestiges d’antiquités du village de Cbàteau-Cbalon, nous 
n’avons pu recueillir que ce fragment d’inscription ; on le trouve dans 
la cure actuelle, appelée autrefois la maison Dresenter, probablement 
la plus ancienne du lieu. La pierre formant la clef du ccintre de la porte 
d’une cave est gravée de ces mots : 

L’T mil cccc 

VII : ET LP? LE 
COWEIST FIT LA 
MAISON DRESE- 
NIE. 

Saint Léger, évêque d’Autun, secondé, dit-on, de seize évêques, 
consacra l’église de l’Abbaye, où l’on suivait la règle de saint Benoît; 
mais les abbesses, qui n’étaient point cloîtrées, vivaient réellement 
en femmes du monde, et chacune chez elle. Il fallait, pour entrer dans 


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cc monastère, justifier de seize quartiers de noblesse, qui étaient ri- 
goureusement examinés en chapitre. Comme une si haute noblesse 
était devenue fort rare en Franche-Comté, le roi, par un arrêt du con- 
seil d’Etat rendu le 23 novembre 1692, se réserva le droit d’intervenir 
dans ces nominations. Les religieuses recevaient quinze prébendes. Ce 
privilège se maintint jusqu’à l’époque où Tabbesse, M"** de Waltcville, 
leur accorda une part dans les revenus de l’abbaye. Chaque religieuse 
pouvait aussi avoir près d’elle sa nièce, ou une demoiselle qu’elle 
adoptait comme telle pour lui succéder. L’abbesse seule disposait à son 
gré des places auxquelles étaient annexés des revenus. La dernière 
des abbesses fut une Wattcvillc, parente du fameux abbé de ce nom, 
et supérieur du couvent de Baume (*). 

Le portail historique de l’église de ce monastère était une œuvre ca- 
pitale; il était orné de dix statues colossales. Les archéologues ne sont 
point d’accord sur les sujets qu’elles représentaient. On croyait que 
chacune était l’image de l’un des bienfaiteurs de l’abbaye ; mais, selon 
une opinion plus récente, ce devait être des sujets purement religieux. 
La Révolution a tout détruit ; les statues furent brisées et dispersées. 

Près de l’Abbaye existait aussi la chapelle dite des Monts-Bênits. 
Voici ce que l’on raconte au sujet de son érection. — Un chevalier qui 
se rendait à Chàteau-Châlon par une nuit des plus sombres, se trompe 
de chemin et dirige son cheval du côté du précipice ; aussitôt l’intelli- 
gent animal s’arrête, recule, résiste à tous les efforts , et , de guerre 
lasse, le cavalier se confie à l’instinct de son cheval, qui le sauve du 
danger. En mémoire de cette heureuse conservation, le pieux cheva- 
lier fit ériger la chapelle de la Dame des Monts-Bénits, dont la madone 
est encore religieusement conservée sur l’autel de l’antique église de 
Saint-Lothain. 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 

Jean-Michel de Pierre-Vive, premier médecin de Charles VIII, 
roi de France, et le Mystère de la Passion. 

Ce mystère fut représenté à Angers, le 20 août i486 ; mais dès le 
12 la vilic entière était en émoi, et son gouverneur, par des précautions 
qui nous édifient suffisamment sur ce qu’il faut penser des mœurs du 

(•) Celte abbossc possédait un rubis énorme, célébré en Europe, et connu sous le nom du ^'al- 
teviUe. Nous empruntons cette note à un article de M. Francis Woy, inséré au Musée des Fa- 
«üWes. 


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bon vieux lemp», avait dû prendre les plus grandes mesures pour sa sû- 
reté et la soustraire « aux inconvénients des croebeteurs et autres 
mauvaises gens du dedans et du dehors. » 

Ainsi, ordre de ne laisser ouverte qu'une porte, exactement et minu- 
tieusement surveillée. — De niellre à chacune des autres, vingt hom- 
mes de garde, bien armes. — De faire parcourir incessamment et en 
tout sens la ville et les faubourgs, par vingt-cinq autres soldats, 
U habillés en guerre. » — De tendre des chaînes dans les rues. — Kt 
surtout de fermer tout accès aux habitants de Brissac «où il y avait 
peste. » 

La représentation qui dura quatre jours, au milieu d’un immense 
concours de curieux de toutes les conditions, et au grand détnment de 
l’ordre des heures du service divin, eut lieu sous un bâtiment, è quatre 
ou cinq échafauds, de plusieurs étages, et couvert en ardoises. Au pa- 
radis, s’élevait un trône orné de réseaux d’or, au milieu duquel Dieu 
était assis, tandis qu’à l’oppositela porte de l’enfer était figurée par la 
vaste gueule béante d’un énorme dragon. Le spectacle fut précédé 
d’une grande messe, sur un autel élevé dans un des coins du parterre. 
Ce drame émouvant, exécuté par une centaine d’acteurs, non compris 
les juifs, les diables, la soldatesque, commençait à l’étable de Beth- 
léem, pour ne finir qu’au sommet du Calvaire. 

Sous l’apparition alternative, ou quelquefois, en partie, sous la pré- 
sence simultanée des trois personnes de la Sainte-Trinité, des anges, 
des démons, de la vierge, des saintes femmes et des apôtres, d’Anne, 
Caïphe, Hérode, Pilate et des soldats, des juges iniques et de tout un 
peuple en furie, le théâtre agrandi prenait dos dimensions colossales. 

Mais quel était l’aulcur de la pièce? Non de la pièce originale, il était 
«connu : elle était due à la plume dévoie d’Arnould Greban, bachelier 
en théologie sous Louis XI ; il s’agit de^œu^re retouchée et remaniée. 

L’honneur de celle modification sérieuse s’était balancé jusqu’ici 
entre deux homonymes, tous deux au xv* siècle ; tous deux ayant d’ar- 
dents champions : Jean-Michel, évêque d’Angers, mort en odeur de 
sainteté, le ii septembre 1447, et un Jean-Michel, premier médecin de 
Charles VIII, qui mourut en Italie, près de Turin, au retour du roi, de 
«on expédition de Naples, le 22 août 1495. J'en demande bien pardon 
aux partisans du prélat d’Angers ; mais il me semble que sa mort, en 
1447, ne lui laisse guère de droits sur la correction d’un drame rev 
présenté en 1486, et que le mérite de celle amélioration appartient, 
à première vue, à son compétiteur, décédé en 1495. 

Celle palme, M. Achille Chercau vient l’enlever à ce dernier par la 


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dêcouvcrle d’un troisième concun’cnl du meme nom, savoir : Jeati-Mî- 
chel, régent en FUniversilé d’Angers. Dissertation curieuse, où il est 
question, en passant, de notre trop fameux compatriote Jacques Coi- 
tier, et qui ne laisse aucun doute sur rauthenticité de la participation du 
professeur angevin à l’arrangement perfectionné delà composition pre- 
mière d’ Arnould Greban. 

Une autre brochure de M. Achille Chereau (tirage à part du BnUe^ ^ 
tin du Bibliophile)^ a pour titre : la Bibliothèque d’un médecin au corn- 
ofncement du xv* siècle. 

Il s’agit d’un praticien très-recommandable, nommé Pierre Cardou- 
oel.inori en 1438, à Paris, dans le cloitre de Notre-Dame, après Irente- 
deoxaos passés dans l’accomplissement des devoirs de docteur-régent. 

Natif de Lisieux, c’est sur les bancs de la faculté de Paris qu’il prit 
le grade de bachelier et celui de la licence; il y joignit par de profon- 
des études en celte science, les grades de théologie, grâce auxquels, 
pourvu des ordres ecclésiastiques, il put parvenir aux dignités de cha- 
noine cl d’archidiacre. 

Le talent sait relever et embellir les particularités, en apparence les 
plus vulgaires. Avant de nous donner le catalogue de la bibliothèque 
ducélèbre légiste en droit civil et en droit canon, M. Achille Chereau 
nous conduit dans la chambre où le retient la maladie, au pied de son 
lit de souffrances ; il nous fait assister à ses derniers moments, à l’audi- 
tion de ses volontés suprêmes, â son décès, à la pose et levée des scel- 
lés, à l’inventaire du mobilier des maisons dont une honnête aisance 
f avait mis en possession ; et, constatation plus grave et presque solen- 
nelle, opérée sous les yeux mémos du chapitre, à l’exploration de l’hé- 
nUge littéraire légué par le testament du défunt. 

Ce legs précieux se composait de trente volumes, nombre considéra- 
Ue à cette époque, antérieure à la. découverte de l’imprimerie, et vu 
la cherté et la rareté des manuscrits payés au poids de l’or ; témoin 
les six volumes â peine, assemblés et réunis par le saint roi de France^ 
Louis IX ; eu égard aussi à la collection, relativement si faible, après 
tant d’efforts, des rois Louis XI et Charles V, ou le Sage. ' 

A l’exception de sept traités en dehors de cette science, ces volumes 
spécifiés et appréciés au taux du temps, par M. Achille Chereau, se rap- 
portaient tous à la médecine, celle des Arabes surtout ; car il ne faut 
pas oublier que cette nation s’est trouvée un instant à la tôte delà cir 
vilisatioB, et bien loin de cc farouche Omar qui, sous prétexte de son 
inutilité, si elle était conforme au koran, ou de son danger si elle y était 
contraire, avait réduit en cendre l’ancienne bibliothèque d’Alexandrie, 


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dont le frontispice portait celle inscriplion du roi Osymandias : Tré$ors 
des remèdes de Vàme, 

Faudra-t-il donc un nouveau cataclysme et un nouvel incendie pour 
rendre aux livres dédaignés, comme toute denrée par suite de l’abon- 
dance, l’estime et la considération dont ils jouissaient jadis, et pour en 
faire sentir l’importance, le prix et la valeur? 

H. -G. Cleb, proftxseur émérile. 


NÉCROLOGIE. 

Le défaut d’espace n’a pas laissé de place dans le dernier Bulletin à 
la notice nécrologique suivante, qui nous était adressée par deux amis 
du défunt, MM. de Régine et G. Murel. Nous l’insérons en son entier, 
en considération des nombreux correspondants que nous avons l’hon- 
neur de compter dans le docte et respectable corps de médecine : 

Le docteur Rollaude du Plan, médecin à Châteaurenard , vient de mourir 
à la suite d’une attaque d’apoplexie qui l’a enlevé en moins de trois jours. 
Le concours unanime de monde, venu de tous côtés, qui se pressait à ses 
funérailles, la tristesse peinte sur tous les visages, les larmes que beau- 
coup versaient, tout témoignait aux yeux du spectateur le plus indiffèrent, 
quels regrets unanimes emportait avec lui dans la tombe l’homme excellent 
que nous venions de perdre. 

En effet, le docteur Rollande, plein de zèle pour la science médicale qu’il 
exerçait avec distinction, plein de dévouement pour ses malades, s’était fait 
dans la classe indigente une clientèle nombreuse, à laquelle il prodiguait 
d’une main les secours de l’art, eide l’autre les secours de toute nature, au 
pointmêraedese dépouiller du linge qu’il portait sur lui pour que le malade 
pùt aussitôt en faire usage. Qm peut savoir tout le bien qu’il a ainsi fait, sans 
ostentation, sans orgueil? Car lui-même n’en parlait jamais, et si peu à peu 
le public a été initié à tous ces bienfaits, c’est toujours par suite d’indiscré- 
tions reconnaissantes. Grâce à l’activité infatigable dont il était ddué, il trou- 
vait encore le temps, après s'être occupé de médecine et de chirurgie, de se 
délasser dans l’étude des sciences, et même de publier des brochures, soit 
sur l’électricité, soit sur le mouvement planétaire. La littérature était aussi 
pour lui une douce occupation qu’il avait toujours aimée. 

Son testament a été le digne couronnement de toute sa vie. Ha lé^uésa 
maison, qui est grande et considérable, pour en faire un hospice, qui, nous 
«n faisons du moins le vœu, prendra le nom d’hospice Rollande, pohr perpé- 
tuer dans son pays le souvenir de cet homme de bien. H a légué une somme 


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de 2,000 francs à la caisse de secours des médecins de Paris. 

Ah ! si f oelquc chose peut consoler en ce monde la veuve que laisse après 
loi le docteur Rollandc, c est sans contredit le souvenir des bienfaits et des 
îerrices qu’il a rendus pendant sa vie, et qu’il continue après sa mort ; c’est 
fette unanimité de regrets et de larmes qu’a laissés cette mort dans tous les 
r(^rs;etsi sa douleur ainsi partagée par un aussi grand nombre de person- 
sespent en être diminuée, qu’elle puise dans ce concert unanime la juste 
(ODsolation du grand malheur qui vient delà frapper. 


POÉSIE. 

Une vente n l^encliere citez une Pltirynée 
pnrisieilne» 

Pir M. Recmaclt, Archiviste honoraire du Conseil d’Etat, membre correspondant. 

Ecce iterüm Crispinæ, et est mihi 
sœpè vocando. Ad partes, monstriini 
nulla virtu te redemptiim à vitiis; lan- 
gucns, solà que libidine fortis. 

En CCS jours nuancés de tristesse et de joie, 

Jours de bronze et de fer, masqués d’or et de soie , 

Où maint palais pompeux fait du nouveau Paris 
Un caravansérail de larmes et de ris ; 

Quand son bétc d’un mois, ruiné par ses fêtes, 

Change un riche salon en la prison de dettes. 

Où luxe et pauvreté viennent se rassembler 
Pour gémir de concert ou plutôt pour hurler, 

La grande capitale où la scène se passe, 

Où tout, ivresse et deuil, confusément s’entasse, 

Naguères nous offrait le spectacle irritant 
D’un conte oriental, fabuleux, éclatant. 

Chez une autre phrynée, la reine parisienne. 

Qui vingt siècles passés, fait pâlir l’athénienne ; 

Celle-ci n’aurait pu même rivaliser, 

Phrynée ne savait pas l’art de thésauriser. 

Ainsi que de nos jours, la courtisane antique 
Trafiquait, comme on voit, la nôtre qui trafique 
De ses charmes vendus, livrés au plus offrant, 

Jadis ôtant la drachme, aujourd’hui tant le franc. 


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La Vénus vulgivague en Grèce comme en France, 
Avait à son lever, sans nulle différence, 

Philosophe, orateur, plébéien ou seigneur. 

D’un regard de Phrynée chacun briguait l’honneur. 
Apportant son tribut, en son enchère folle. 

Et jetait sans compter tout son or à l’idole, 

Ils encensaient l’autel de la divinité, 

S’ils pouvaient à Corinthe adorer la beauté. 
Demosthène lui-méme avait fait le voyage 
Pour visiter Laïs et payer son hommage. 

Mais le grand orateur qui se sentait épris 
De si douces faveurs en connaissant le prix. 

Sept mille cinq cents francs, retourna dans Athènes. 
Nous devons à Laïs ce mot de Démoslhènes : 

Je pars : c< C’est acheter trop cher un repentir. » 
Cette sage leçon vaut bien un souvenir. 

Mais si pour deux beaux yeux, irrésistibles armes, 
La célèbre Laïs tenait si haut ses charmes. 

L’histoire ne dit point qu’elle possédât l’art 
D’en vendre les produits exposés en bazar. 

Qu’elle mit â l’encan, spéculatrice avide. 

Les dons de ses amants, lucre et profit sordide. 

Et changeât en écus, â de gros intérêts. 

Le fruit souvent amer de ses vénals attraits ; 

Du Grec ou du Romain la Vénus impudique 
N’étalait pas chez elle une vente publique. 

Sauvant par le mystère avec soin la pydeur. 
Honteuse d’afficher un placard délateur. 

Où le passant lisait, avec grande huée. 

Le détail des trésors de la prostituée. 

Elle avait quelque estime au moins pour ses amants. 
Comme gage d’amour gardait leurs diamants. 

Et son front eut rougi de vendre aux revendeuses 
Les présents octroyés par des mains généreuses. 

La Phrynée de notre âge, économe fourmi, 

En monopolisant tous ses cadeaux d’ami, 

A voulu s’épargner la cruelle famine 


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Dont 2st morte d’un roi rUlustre concubine. 

Qui dans ses mains roula de jolis millions, 
Favorite des cours, lionne des lions, 

Dont l’Europe observa l’extravagante vie. 

Et la mort pitoyable en la Californie. 

Ah ! si l’antiquité n’a pas vu ces méfaits, 

Si Laïs et Phrynée qui vivront à jamais, 

Ont couronné leur nom d’un immortel scandale, 
C’est qu’elles différaient de leur pâle rivale. 

C’est qu’elles possédaient aussi d’autres amants 
Fascinés et séduits par l’esprit, les talents. 

L’une avait captivé le noble Alcibiade. 

Elle accepta scs dons sans en faire parade, 

Sans profaner ainsi ces doux gages d’amour 
Avilis et souillés par nos femmes du jour. 
Phrÿnée ! comme elle dut être superbe et belle 
Près d’un Pygmalion, aux bras de Praxytèle ; 
Aussi l’inspira-t-elle, et le divin sculpteur 
Sut l’immortaliser d’un ciseau créateur. 

Elle put s’enrichir, mais ne fut point avare. 

Et se fit pardonner par son mérite rare. 

Elle offrit de bâtir sans aide une cité. 

Avec tous ses trésors conquis par sa beauté. 
Voulant relever Tbèbe enfouie en sa cendre : 

« Phrynée refit ce que détruisit Alexandre. » 
Gravée en lettres d’or, telle est l’inscription 
Que réclamait pour prix sa noble and)ition. 

Ei|la grande Aspasie ! Ah ! voilà le modèle 
Que doit se proposer toute L^ds nouvelle. 

Quelle gloire ! Elle orna l’âge de Périelès, 

Et répand jusqu’à nous ses lumineux reflets. 
Triviales beautés, nos filles de l’orgie. 

De sales voluptés faisant boire la lie 
A des hommes plus vUs qu’ elles-mêmes, plus bas, 
Qui tous se repassant tour-à-tour leurs appas, 
Jetteront un éclair d’une obscure fumée 
Vomie en alcool d’une bouche enflammée. 


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Mais tandis que je prêche en vain dans les déserls, 

El que j’exhale ici ma bile avec mes vers, 

La vente a commencé son ignoble criée, 

La marchandise impure, en ordre déployée 
Se proclame à grands cris par la voix de Stentor 
De l’instrument muni du timbre le plus fort : 

Celle machine humaine à ressorts, cet organe 
Qui depuis son berceau sut braire comme l’âne, 

Et qui criera demain, dans l’humble galetas, 

Du pauvre dépouillé le lit et les grabats. 

Il triomphe en ces lieux où triomphe l’enchère, 

Il se gonfle, il grossit, rugit et vocifère. 

Car il vante, il étale et jette à tous les yeux 
Un amas d’objets d’art, inouis, fabuleux. 

Des milliers d’ornements, oripeaux de cent fêles : 
Gravures et tableaux, peintures, statuettes, 

Porcelaines de Sèvres et lustres de cristal 
Reflétant dans leur prisme un jet oriental, 

Miroirs, vases de fleurs, bracelets en douzaines, 
Colliers de diamants, boucles d’oreilles, chaînes, 

Six cents perles surtout, dont l’incroyable prix, 

Tient encor tout ému le grand monde à Paris ; 

Montres et médaillons, pierres, gemmes antiques, 
Surprises de se voir aux enchères publiques. 

Adieu, bronzes sculptés, d’excellente façon. 

Adieu, fauteuils, damas et tapis d’Aubusson, 

Adieu, soie en relief, étoffe cramoisie. 

Adieu, livres dorés et dignes d’Aspasie, 

Dont la nôtre illettrée à l’envi se paraît. 

Qu’à ses nombreux élus parfois elle montrait, 

Surtout aux amateurs de la belle nature : 

Lafontaine, Boccace, en leur enluminure. 

Couche molle où dormait la moderne Cypris 
Que Titien eût peinte avec les jeux, les ris, 

Où Laïs enlaçait ses lys teints à la rose : 

Rose avec vingt printemps, dix de plus, fraîche éclose 
Boudoir voluptueux où sortant de son bain, 


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Vénus s’enveloppait du tissu le plus tin. 

Et vous qui la serviez, ses ministres, coiffeuses. 

Artistes de bon goût, modistes et brodeuses, 

Odalisques du club, esclaves du sérail, 

Sans eunuques du moins, qui portiez l’attirail 
De l’arsenal musqué de la coquetterie, 

Adieu. Vous, de la bouche et de la goinfrerie. 
Instruments et ressorts, partez vastes buffets. 

Riches vaisseaux d’argent avec tous les apprêts 
De l’art du cordon bleu, d’une table choisie. 

Avec les vins du Rhin, de Chypre et Malvoisie, 

Et de cent autres crus que le divin Bacchus 
Présentait, se croyant dans l’olympe, à Vénus, 

Dont Jupin fit les frais, chargeant son Ganymède 
En un page changé, son ministre et son aide. 

De mêler à son vin, dans le verre enchanté. 

Le phHtrc de l’amour et de la volupté. 

Adieu ; quand vous quittiez un impur sanctuaire. 

Où vint sacrifier l’amour célibataire. 

Si l’on donne le nom du plus charmant des dieux. 

Au démon sensuel, fugitif, malheureux. 

Sans espoir, avenir, l’amour sahs mariage. 

Défrayé tour-à-lour par l’ignohle partage ; 

‘ Quand je vis s’envoler en pièce après dix jours 
Les débris dispersés de ces milliers d’amours ; 

Quand je vis cet Olympe aujourd’hui sans déesse. 

Sans même un Cupidon pour servir son altesse. 
Tellement décrié qu’on ne l’habile pas, 

Car il faut nettoyer l’étable d’Augias ; 

Moi d’un sourire amer, je me pris à sourire 
En poursuivant ici ma trop longue satire. 

Et mes vers commencés par l’indignation 
Se changeant en pitié, triste conclusion. 

(À suivre). 


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APICULTURE. 

Nous recevons la lettre suivante : 

Monsieur le Président, 

Conune membre correstpondanl de la Société d’ogricullure, sciences 
d arts de Poligny, me fais un devoir de vous adresser mes observa- 
tions sur les causes qui ont entravé tout-à-coup, cette année, le travail 
des abeilles, et qui les mettront en grand danger de famine pendant 
rhiv^ prochain, si la récoUe du miel n’est pas faite avec une extrême 
prudence. 

Peu d’années ont donné à leur début d’aussi belles cspépanccs à l’a- 
piculteur. L’abondance des fleurs avait excité le travail des abeilles : 
leurs ruches furent bientôt pleines de couvains, et elles ne tardèrent 
pas à monter dans les capotes^ qu’elles commencèrent à remplir de miel. 
Pendant quinze jours ou trois semaines, elles donnèrent beaucoup d’es- 
saims et tout marchait à souhaits, quand un vent du nord très- froid, 
et qui dura plusieurs semaines, vint dessécher les fleurs, et, ce qui est 
pis, faire avorter l’éclosion des pucerons du tremble et du chêne. Car 
les fleurs durent si peu sur notre plateau, qu’elles ne sufOraient pas à 
produire notre excellent miel. C’est surtout sur les feuilles des jeunes 
rejetons du tremble et du chêne que les abeilles le récoltent. Comme 
j’ai remarqué que c’est uniquement sur les points occupés par les pu- 
cerons qu’elles le trouvent, je pense qu’il provient, soit de l’épanche- 
ment de la sève, produit par la piqûre de ces insectes, soit d’une élabo- 
ration spéciale de cette sève dont ils paraissent se nourrir. Ce qui est 
certain, c’est que cette source d’aliments leur a manqué cette année 
en même temps que les fleurs,, de sorte que les jeunes essaims ne peu- 
vent faire leur provision d’hiver, et que les mères-ruches, après avoir 
travaillé dans les capotes jusqu’à l’éclosion des couvains, n’ont plus 
trouvé à récolter assez pour remplir de miel les alvéoles laissés vides 
par le départ des jeunes abeilles. Il y a donc du miel dans les capotes, 
mais les ruches sont vides, elles ne pèsent rien^ ainsi que cela arrive 
toutes les fois que les abeilles ne butinent que sur les fleurs, et que la 
miellée qu’elles trouvent ordinairement sur le tremble et sur le ebéne, 
dans les bois qui nous entourent, vient à leur manquer. 

Il faut donc, cette année, n’enlevcr les capotes pleines de miel qu’a- 


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près s'étre bien assuré que la ruche renferme une provision sulTisanle 
pour rbiver. Après avoir examiné sorgneusemenlmon rucher, je me suis 
(léenlé à sacrifier la plus grande partie de ma récolte, et j'engage forte- 
ment ceux de mes collègues qui s'occupent d'apiculture h suivre mon 
exemple. 11 y a plus de quarante ans que je soigne des abeilles, j'ai eu 
jusqu'à 120 ruches à gouverner, et ma vieille expérience me dit que 
rbiver prochain sera rude aux abeilles. 

Recevez, etc. Baud, Casimir, du Fied. 


SÉANCE GÉNÉRALE DU 13 JUILLET 1865. 

La séance s’ouvre à deux heures, sous la présidence de M. Clerc- 
Outbier. 

Le procès-verbal de la séance du jeudi 18 mal est lu et adopté. 

Conformément à l'ordre du jour, il est procédé au dépouillement de 
la correspondance manuscrite et imprimée. 

Dans la première se trouvent les lettres ci-après : 

M. Crétin, instituteur de Monlholier, nous adresse un article sur 
l’enseignement agricole et les perfectionnements dont il le croit sus- 
ceptible. — Mélanie Bourotte veut bien nous rendre compte de la 
session de l'Institut des provinces et de la société archéologique fran- 
çaise de 1865, tenue à Guéret. — M. Casimir Blondeau, de Champa- 
{nole, met en notre possession une lettre autographe de Mirabeau, sur 
les parlements et l'urgence de la convocation des Etats généraux. — 
M. Régnault, archiviste honoraire du conseil d'Elàt, nous rappelle et 
nous recommande l'envoi qu’il nous a fait d'une pièce de vers, sous ce^ 
titre : Une vente à l’enchère chez une phrynée parisienne, 

La correspondance imprimée comprend : 

Ministère de l'Instruction publique : annonce de la transmission, à 
leur adresse, des exemplaires de notre dernier Bulletin. 

Circulaires : Société de viticulture de Mâcon : Aussitôt qu’elle aura 
obtenu de l'administration supérieure l'autorisation du conpès qu'elle 
a sollicitée, elle s'empressera d'adresser aux sociétés adhérentes, la 
circulaire-programme et le questionnaire viticole qu’elle a rédigés. 

En attendant, elle leur donne communication du stock des caves du 
Uàconnais et du Beaujolais pour les vins vieux de 1862 et 1863, et la 
récolte de 1864. — Société d’agriculture du Pas-de-Calais : Enquête 
sur les souffrances de l'agriculture ; leurs causes cl leurs remèdes. Ques- 


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tionnaire proposé aux sociétés savantes, avec prière de répondre aux 
questions posées. — Même Société ; Annuaire des Sociétés savantes de 
la France et de l’étranger, pour l’année 1866, par M. le comte Âchmet 
d’Héricourt, secrétaire de cette Société. — Règlement pour la fonda- 
tion d’un registre généalogique ou Herd-Book dè la race bovine fla- 
mande, par M. L. d’Herlincourt, Vice-Président de la même Compa- 
gnie. 

Annonces : Manufacture de poterie de terre fine et commune, allant 
au feu, sans odeur. Degcrmann, ainé, fabricant à Tassenières (près 
Dole-du-Jura). — Catalogue illustré des machines agricoles anglaises, 
de Thomas Piller, 1866, 9, rue Fénélon, place Lafayetle, Paris. Ta- 
rif de ces machines. — Liste des plantes de la collection de Vilmorin- 
Andrieux et Cie, 4, quai de la Mégisserie. Au même dépôt : Distribu- 
tion du Brome de Sclirader, par petits paquets de 60 cent. — Semoir- 
Rayonneur-Villard, breveté. Notice sur le Semoir-Rayonneur-Villard. 
Description générale du Semoir-Rayonneur. Avantages économiques de 
l’emploi du Semoir-Rayonneur (1*^ prix de ce Semoir au concours de 
Lons-le-Saunier, du 31 août 1864). — Vigneau, fils, à Montmorency, 
collection de dhalias, de fraisiers. Bureaux, 17, rue du Bouloi, Paris. 
— Journal des industries agricoles, moniteur de la fabrication des su- 
cres et des alcools, des fécules, des huiles et des divers produits se rat- 
tachant à l’agriculture. — Ecole centrale d’architecture. Siège provi- 
soire, 9, passage Saulnier, Paris. Trois brochures relatives à cet en- 
seignement; dans la première : Exposé de l’esprit dans lequel sc fonde 
l’école et du but qu’elle poursuit ; dans les deux autres : Progràmnic 
des connaissances qu’il est nécessaire de posséder et de prouver pour 
entrer à l’école, et celui des éludes qui s’y poursuivent. — Echanges : 
Hja Société d’émulation du département des Vosges nous fait l’hon- 
neur de nous informer qu’elle nous adresse, sous le couvert de Son 
Exc. le Ministre de l’instruction publique, le troisième cahier du 
tome XI de scs annales. — Meme avis nous est donné par la Société in- 
dustrielle d’Angers, de l’envoi qu’elle nous fait, sous le même cou- 
vert, du volume de ses Bulletins de l’année dernière. 

Ces communications sont suivies des lectures désignées à l’ordre du 
jour: Traité sur l* Enseignement agricole^ par M. Crétin, instituteur à 
Montholier. — Session de ITnstitut des provinces et de la Société ar- 
chéologique française de 1866, tenue à Guéret^ par M“* Mélanie Bou- 
rotte. — Opinion de Mirabeau sur les Parlements et l'urgence de la 
convocation des Etals généraux. 

Farcin chronique développé chez i hommes sans causes connues, par 


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_ 187 — 

M. le docteur Petit, de Lille. — Evolution spontanée, par le même. 
(Analyses par M. H. Cler). 


La Société d’encouragement au Bien, de Paris, a, dans sa séance 
solennelle du 29 juin dernier, décerné une médaille de l*** classe h M. 
Lcfèvre-Bréarl , membre correspondant de la Société d’agriculture, 
sdences et arts de Poligny, pour ses Entretiens familws sur Vagricul- 
tsrset V horticulture, et dont M. Gindre a rendu compte dans le Bulle- 
lin de la Société (i). 

Le 5 du même mois, la Société protectrice des animaux lui a dé- 
cerne un rappel de médaille de !'• classe. 

Nous nous faisons un véritable plaisir de mentionner ces nouvelles 
récompenses accordées h l’auteur d’un ouvrage estimé et recommandé, 
dont plus de cinquante rapports ont fait le plus bel éloge, et qui, en 
outre, a valu à son auteur dix médailles, dont quatre d’or. G. 


AGRICULTURE. 

Oe Févaluatfon des F'umiera en comptabilité 
apicole 9 

PAR M. EDMOUD SAIIRIA, SECRETAIRE-ADJOINT. 

(5wt7o). 

ÉVALîJATlON DE LA VALEUR VÉ.NALE DES FUMIERS. 

Après s’ôtre occupé de l’évaluation des fumiers au point de vue de leur 
production, il convient de chercher à apprécier leur valeur vénale. 11 se 
présente donc tout naturellement cette double question à résoudre : A quel 
prix devons-nous acheter le fumier à nos animaux? A quel prix devons- 
nous les vendre à nos récoltes? Pour arriver à une solution, il faut d’abord 
déterminer le prix de l’unité de ce fumier, et ensuite voir comment il se 
compose. 

Prenons pour unité le poids de 1000 kilos de fumier normal, commer- 
ciable, et pesant au moins 600 kilos le mètre cube. Les 1000 kilos ont gé- 
néralement une valeur déterminée pour chaque localité; admettons que les 

0) On trouve cet ouvrage chez l’auteur, à Raucourt (Ardennes). •- Prix : 9 fr. SOcent. rendu 
Aonro. 




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— 1 ^ — 

Chaque jour on a mesuré le lait de la vache, et le bœuf a été pesé de 
temps en temps. 

Voici la quantité de lait que la vache a donné pendant les mois de mai, 
juin et juillet, ayant constamment été traite trois fois par jour. 


MAI. 

LITRES 

DE LAIT. 

JUIN. 

LITRES 

DE LAIT. 

JUILLET. 

LITRES 

DE LAIT. 

1 

22 

1 

20 

1 

19 

2 

23 

2 

20 

2 

20 

3 

23 

3 

21 

3 

20 

4 

22 

4 

21 

4 

19 

5 

20 

5 

21 

5 

19 

6 

20 

6 

20 

6 

18 

7 

21 

7 

21 

7 

19 

8 

20 

8 

20 

8 

18 

9 

22 

9 

21 

9 

19 

10 

22 

10 

20 

10 

17 

11 

23 

11 

21 

11 

17 

12 

22 

12 

20 

12 

18 

13 

22 

13 

21 

13 

17 

14 

2Î 

14 

20 

14 

18 

15 

20 

15 

19 

15 

19 

16 

20 

16 

20 

16 1 

18 

17 

20 

17 

19 

17 1 

19 

18 

21 

18 

20 

18 

20 

19 

20 

19 

20 

19 

18 

20 

19 

20 

20 

20 

17 1 

21 

20 

21 

19 

21 

16 1 

22 

20 

22 

19 

22 

17 

23 

20 

23 

18 

23 

17 

24 

21 

24 

19 

24 

17 

25 

21 

25 

18 

25 

16 

26 

20 

26 

19 

26 

17 

27 

21 

27 

18 

27 

16 

28 

19 

28 

19 

28 

16 

29 

20 

29 

19 

29 

16 

30 

19 

30 

18 

. 30 

16 

31 

19 



31 

15 


643 


589 


547 


En additionnant ce que la vache a produit de lait pendant les trois mois. 


on trouve 1779 litres, qui, répartis en quatre-vingt-douze jours, font, en 
moyenne, 19 litres 31f92« de litre par jour. 

Cependant cette vache n’avait pas maigri, car, pesée comme elle l avait 
été en commençant l’eipérience, c’est-à-dire le matin après la traite, elle 
n’avait perdu que 2 kilog., ce que l’on peut atlribiicr d’ailleurs à tout autre 
chose qu’à une perte réelle du poids. 

Le le**mai, le bœuf, qui pesait .545 kilog., pesait le 5 juin 005 kilog.. 


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— 191 — 


le 15 juillet 665 kilog., et le 1" août 679 kilog.; il avait donc gagné, en 92 
jours, 134 kilog., ce qui faisait en moyenne, pour chaque jour, 1 kilog. 456 
grammes. 

Ainsi, en 92 jours, la vache a fourni 1779 litres de lait, et le bœuf a 
augmenté de 134 kilog. 

Il s’agit à présent de savoir ce que représentent de matière^ sèches les 
1779 litres de lait et les, 134 kilog. d'augmentation dans le bœuf. 

Commençons par le lait. 

Ce liquide est composé de caséine, de beurre, de lactose, de différents 
sels et d eau. Ces diverses substances se rencontrent toujours dans le lait 
de la vache à l’état normal ; cependant leur proportion relative, aussi bien 
que leur proportion absolue, n'est pas constamment la même pour le lait de 
vaches différentes. La même vache, d’ailleurs, ne fournit pas , dans toutes 
circonstances, du lait offrant une composition absolument identique. 

11 y a des vaches dont le lait est proportionnellement beaucoup plus riche 
en caséine qu’en beurre, tandis qu’il y en a enfin chez lesquelles le lait est 
à la fois pauvre en caséine et en beurre ; toutefois, ce qui s’observe le plus 
généralement, c’est que le lait riche en caséine l’est également en beurre. 

La nourriture, je ne parle ici que de celle qui est fournie par les pâtura- 
ges, a souvent une influence marquée sur la composition du lait. On voit la 
même vache donner plus de beurre dans tel pâturage que dans tel autre, 
ou fournir dans celui-ci plus de fromage que dans celui-là; on voit encorei 
mais plus rarement , tous les principes constituants du lait diminuer ou 
augmenter lorsque la vache change d’herbage, la quantité de lait restant 
<l 'ailleurs la même. 

Il était donc urgent d’analyser de temps en temps le lait de notre vache, 
afin de savoir en quelle proportion s’y trouvait la caséine, le beurre, le su- 
cre de lait et les sels. 

C’est ce que nous avons fait. 

Nous avons choisi pour faire l’analyse du lait, le procédé le plus facile 
et à la fois le plus rapide, celui de M. Quevenne. 11 est inutile de le rappe- 
ler ici : on sait qu’il consiste à précipiter la caséine par l’acide acétique, à 
laver le précipité à l’eau distillée, à traiter ensuite celui-ci, après l’avoir 
toutefois desséché, par un mélange d’éther et d’alcool. Quant au sénim, on 
le fait évaporer jusqu’à siccité, afin d’obtenir la quantité de sucre de lait et 
de sels solubles. 

La moyenne de six analyses ainsi faites pendant trois mois, a été pour 
100 grammes de lait pris dans une traite entière, de 13 grammes de matiè- 
res sèches, dans lesquelles la caséine et les sels insolubles entraient pour 
4 grammes 1;2, le beurre pour 3 grammes l^^, le reste étant représenté par 
le lactose et les sels solubles. 


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— 192 — 


La densité de ce lait apnt été trouvée, en moyenne, de 1030, nos 1770 
litres de lait contenaient donc 82 kilog. de caséine, y compris les sels in- 
solubles, C4 kilog. de beurre et 92 kilog. de sucre de lait avec les sels so- 
lubles. 

Et maintenant quelle quantité de matières azotées et de matières grasses 
donnent les 134 kilog. d’augmentation qu’à pris le bœuf? Il est impossible 
de répondre positivement à cette question, en supposant môme que dans cos 
134 kilog. il n’y ait, en fait de matières organiques, que de la chair et de 
la graisse ; parce que cette dernière ne contient pas d’eau, qu’elle n’est pas 
uniformément répartie dans la chair, et, qu’une forte proportion se localise 
dans des régions spéciales. (A suivre). 


DONS. 

Il est offert à la Société, par : 

Les fondateurs : 

Besoins qui ont amené la fondation de VEcole centrale d'arcMteclure 
(mai 1864) . — Régime et programme de V Enseignement, — Programme des 
conditions relatives à l admission des élèves en 1865; ouverture de l’école, le 
10 novembre. 

M. LécflELLB : 

La santé rétablie par les produits sanitaires spéciaux de Lécheüe, membre 
de diverses Sociétés savantes. 

M. Casimir Blondbaü, de Cbampagnole : 

La Vieiüesse, légende par S. -T. de S‘-Germain. — L Argent, par ntt homme 
de lettre devenu homme de bourse.— Semoir-rayonneur Villard. — Noiioe 
sur le Semoir-rayonneur Villard. — Lettre autographe et inédite (ie Mirabeau. 

Les archives départementales et communales, à propos du projet de loi 
sur les Conseils généraux et municipaux, par Gustave Saint-Joanny, avocat, 
membre de l’Académie de Clermont-Ferrand, archiviste-bibliothécaire gra- 
tuit de la ville de Thiers. 

Mémoires de l’Académie impériale des sciences, arts et belles lettre de 
Dijon, année 1863. — De la Société académique des sciences, arts, belles 
lettres, agricole et industrielle de Saint-Quentin, tome v. — De la Société 
d’émulation du département des Vosges, tome xi. — De la Société d’émula- 
tion de Montbéliard, 2« série, 1 volume. — De la Société départementale 
d’agriculture des Bouches-du-Rhône, tome ii et iii. — De la Société indus- 
trielle d’Angers et du département de Maine-et-Loire, 35« année, 1864. 

Etudes sur la vie et les ouvrages de Guillaume de Saint-Amour, par M. 
Corneille Saint-Marc, principal du collège de Saint-Amour. 




— 1»3 — . 
LITTÉRATURE. 


\Æ L.ECTGUR ET SOIV LIVRE. 

PAR N*"* RAINDRE, MEMBRE CORRISPONDANTF. 

{Suite et fin}, 

La lecture a certaiaement pour motif le plus ordinaire, celui 
d’initier le lecteur à la connaissance d’un livre dont il ignore le 
contenu : néanmoins, il arrive fort souvent que l’on sait à peu 
près ce que l’on doit rencontrer dans l’ouvrage dont on entreprend 
la lecture. Il résulte de cette circonstance qu’on peut se créer une 
sorte d’opinion préalable, non sur l’ouvrage lui-même, mais sur 
l’opportunité du choix qu’on doit en faire et sur le rang qu’il 
faut lui assigner dans l’ordre de ses lectures. Car ceci est un 
point capital, la méthode ne doit pas réglementer seulement la 
manière de faire les lectures, elle doit encore établir un ordre 
exact dans le choix successif par lequel yn livre remplace l’autre, 
il est très-rare qu’on soit mis dans l’absolue impossibilité de se 
procurer, à cet égard, un renseignement utile, et il faut autant 
de soin à s’assurer le bénéfice d’une bonne direction pour le choix 
des lectures qu’on en met à rechercher les livres eux-mêmes. 

Si l’on ne craignait d’avancer un aphorisme, bizarre tout au 
moins, on oserait établir que le meilleur moyen de bien lire, 
c’est d’écrire. Cette singulière assertion peut cependant se soute- 
nir, et se soutenir victorieusement. Ecrire, en pareil cas, ce n’est 
que prendre des notes. 

Lorsque les notes sont prises avec entente, quelques mots 
peuvent suilire pour graver dans la mémoire le souvenir très- 
précis d’une longue lecture. L’analyse d’un ouvrage se réduit à 
quelques feuilles, et ce travail, fait au fur et à mesure de la lec- 
ture, ne la trouble en rien et ajoute à son intérêt. Les abrégés, 
«n général, sont, à proprement parler, on recueil complet de notes 
prises avec une parfaite exactitude et groupées avec méthode ; 
toutefois, leur lecture et même le soin qu’apportent certaines 
personnes à les apprendre par cœur n’aboutissent pas à fixer 
complètement dans la mémoire les faits qu’ils relatent. On oq||lie 
le contenu réduit des abrégés tout aussi facilement qu’on oublie 
celui des volumineux ouvrages dont ils sont extraits, ^mt-cp 


1 


, f 


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— Ifti — 

parc* que, généralement, ils sont on ne peut plus maussades, 
dénués d’intérêt, sans attrait aucun, enfin I 

Les notes prises par le lecteur ont au contraire pour lui un 
charme extrême ; c’est avec un plaisir infini qu'il y recourt ; et, 
d’ailleurs, elles s’effacent peu de sa mémoire, dès qu’une atten- 
tion véritable a présidé à leur rédaction. C'est que ces notes re- 
cueillies par lui portent, sans qu'il s'en doute, son propre cachet 
moral. Le même sentiment qui lui a fait distinguer telle ou telle 
beauté, l’amène encore à se la rappeler avec facilité, et la plume 
-n’a consigné tel fait que parce que l'esprit l’avait déjà favorisé 
par un choix suffisant pour le prkerver de l'oubli. Les détails que 
le lecteur écarte, afin de réduire la proportion de ses notes, ces 
détails, dont il ne semble en rien se préoccuper, il les lit, toute- 
fois; s'il ne les confie pas au papier, sa mémoire en garde la 
trace, et, à un moment déterminé, leur souvenance se réveille, 
venant ainsi compléter le renseignement que la note écrite ne 
donnait que virement. Des notes extraites d’un même ouvrage 
par des personnes diverses présentent quelquefois des recueils 
tout-à-fait différents. L’abrégé fait par un seul ne saurait donc 
convenir à tous ; il ne répondra jamais aux besoins variés et spé- 
ciaux des rouages secrets de la mémoire ; aussi, le plus souvent 
fatigue-t-il sans instruire. Nous renvoyons alors chacun à l'abrégé 
dont il se fera l’auteur, et au recueil que lui créeront ses notes. 

L’habitude de prendre des notes ne place pas seulement le lec- 
teur en présence de l’auteur et de son œuvre, elle le met aussi en 
présence de lui-même. Sous l’empire des impressions que la 
pensée de l’auteur fait naître en lui, ses propres opinions s’éveil- 
lent, croissent, se coordonnent; il sait alors le pourquoi de ses 
manières de voir; et ses appréciations prenant une sérieuse con- 
sistance, il acquiert des principes. 

Lire peu; lire lentement; lire avec choix, règle et méthode ; 
lire en prenant des notes, voilà comment il faut lire... Si la lec- 
ture doit être faite avec un tel sérieux, on lira beaucoup moins, 
m’objecterez-vous I Précisément, là est à nos yeux le bénéfice. A 
notre époque, on abuse de la lecture. Elle doit être un procédé 
de nous instruire ; elle doit nous renseigner d’une manière plus 
complété sur nos devoirs ; nous faciliter leur accomplissement ; 






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— 198 — 

enfin être pour nous un moyen de perfectionnement intellectuel et 
moral ; mais elle doit toujours n’ètre qu’un moyen et non un but. 
Eh bien ( la plupart oublient entièrement les nobles fins réser- 
vées à la lecture, et ils font de cette occupation le plus oiseux de 
tous les délassements. 

Il y aurait donc un véritable avantage à ramener les habitudes 
générales relatives à la lecture, à ces justes et raisonnables limi- 
tes dans lesquelles elles cessent dêtre préjudiciables à l’accom- 
plissement do devoir. Tout change alors I l’ennemi de la veille 
devient un précieux allié ; la lecture n’est plus le coupable gas- 
pillage de toutes les facultés; par elle, au contraire, les lumières 
se répandent; les idées saines et droites se propagent, et si quel- 
ques auteurs mal inspirés jettent à travers le monde de coupables 
doctrines, le bon sens du lecteur en a immédiatement raison. 

A QUELLES PREUVES PEUT-ON RECONNAITRE QUE LES LECTURES 
ONT ETE RIEN FAITES? 

Ici encore, nous tombons dans une généralité, la pierre de tou- 
che d’on succès quelconque étant toujours et pour tout absolu- 
ment la même ; nous voulons dire : les bons résultats acquis. 
Dés lors donc, en fait de lecture, comme en toute autre chose, 
c’est par les fruits obtenus que l’on doit juger l'œuvre. Eux seuls 
sont capables de créer en nous une opinion valable relativement 
aux moyens qui ont servi à l’accomplir ; et seuls, ils prouvent 
leur excellence ou leur non valeur. Maintenant, reste à définir 
quels sont plus particulièrement ces bénéfices intellectuels, con- 
âéqueuee avantageuse et presque certaine de toute lecture bien 
faite. 

La même attention qui a présidé à la lecture, et par laquelle 
l’esprit maintenu actif et présent a surveillé en lui-même les ré- 
sultats immédiats et les impressions ressenties, cette même at- 
tention est encore nécessaire, une fois la lecture achevée, pour 
apprécier les bénéfices que l’intelligence en a retirés. Ce travail 
de révision est de la plus haute importance; non-seulement il 
assure le résultat effectif cherché, mais il dote l’esprit de la fa- 
culté d’application, faculté beaucoup plus rare qu’on ne le croit 


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— 196 — 

généralement. Si, par le fait de quelques circonstances indépen- 
dantes de la volonté, la distraction s’est emparée de l'esprit pen- 
dant la lecture, ce contrôle subséquent fait revoir celles des 
r|)arties de l’ouvrage qui n’ont fait éprouver qu’une impression 
fugitive; et cet examen, par lequel on vérifie si la lecture a été 
bien faite, en est le meilleur complément. Cette partie supplé- 
mentaire du travail est la plus féconde, au point de vue surtout 
des conditions progressives acquises à l’ensemble de l’intelli- 
gence. La justesse des appréciations, ce don éminemment pré- 
cieux, sera la récompense presqu’assurée de quiconque s’impo- 
sera l’obligation de tirer un profit réel de ses lectures. 

Ces fruits diffèrent selon l'ordre d'idées dans lequel l’ouvrage a 
été écrit : mais il est certain que le lecteur a toujours une question 
à se poser. La lecture de l’ouvrage écrit au nom de la morale 
a-t-elle rendu meilleur? celle de l’ouvrage scientifique a-t-elle 
ajouté au savoir? celle de l’ouvrage d’une littérature légère a-t- 
elle vraiment délassé? Toutes ces lectures, enfin, ont-elles doté 
nos opinions d’un principe de plus? toutes ont-elles fortifié les 
principes déjà établis? toutes ont-elles marqué victorieusement 
leur passage? 

Lorsqu’il s’agit de lectures, et surtout du profit à en tirer, on se 
trouve en présence de deux difficultés également graves : d’une 
part, il est sage et prudent de ne lire que des ouvrages écrits dans 
des vues évidemment droites, en harmonie avec les honnêtes 
sentiments qui nous animent ; de l’autre pourtant, la lecture a 
peu d’action quant aux progrès qu’elle peut apporter dans les 
appréciations, si elle ne met jamais le lecteur en présence d’opi- 
nions contradictoires. Elle perd toute valeur sous ce rapport, dès 
qu’elle vient nécessairement renforcer les préjugés dans l’esprit 
do lecteur. Les préjugés n’étant que l’interprétation exagérée et 
maladroite des principes, les ébranlent au lieu de leur venir en 
aide, par l’intempestif concours qu’ils prétendent leur prêter. 

Afin d’éviter ces deux inconvénients, et pour se ménager la fa- 
cilité de prendre indifféremment partout le bien qui peut s’y ren- 
contrer, le lecteur, comme épreuve préalable, scrutera ses opi- 
nions. Il devra s’assurer de leur impartialité et conquérir autant 
quç notre humaine nature est capaffie de le permettre, l’entière 


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— 197 — 

indépendance de son jugement. Alors, également préservé des 
exaltations de l’engouement et des regrettables exclusions d'un 
dédain partial, le lecteur sait extraire de chaque ouvrage des no- 
tions vraiment bien choisies et profitables. 

Il est certain qu’un lecteur éclairé peut trouver le bien dans 
l’ouvrage qui défend pourtant une mauvaise cause. Dans le but 
même d'affermir les opinions, il peut être avantageux parfois de 
voir à l’aide de quelles armes on les ébranle, et d’apprécier jus- 
qu’à quelles limites peut être poussée l’attaque. Toutefois, il 
faut un esprit déjà très-habitué à lire avec fruit et méthode pour 
se permettre sans danger de chercher le bien dans le mal, lé vrai 
dans le faux. 

Néanmoins, il reste évident qu’écarter tous les livres où l’on 
sait à l’avance trouver des opinions contraires aux siennes, c’est 
réduire infiniment le profit qu’on peut tirer des lectures. Mais 
ceci n’est en rien une autorisation ni un encouragement donnés 
à la lecture des mauvais livres : les nobles susceptibilités de la 
conscience ne devant jamais abandonner leurs droits. 

Du reste, en matière de science, il est parfaitement admis que 
jamais le lecteur ne doit chercher ses renseignements à des sour- 
ces reconnues fausses, et personne ne songe à lui discuter le droit 
d’éliminer à l’avance le livre convaincu de mensonge. Chacun 
d’ailleurs se rend compte qu’un travail accompli sous une sem- 
blable influence serait nécessairement infructueux ou ne pour- 
rait enfanter que des absurdités. Cette même sage prévision qui 
porte à éviter un labeur inévitablement frappé d’infécondité cesse- 
t-elle donc d’avoir son juste droit d’exister, par la seule raison 
que l’étude proposée a une question morale pour fin ? 

Pour accepter cette idée, il faudrait admettre qu’en morale les 
définitions fussent moins certaines, moins précises, qu’elles lais- 
sassent enfin au doute une arène plus vaste encore que celle ou- 
verte loi^u’il s’agit de science. Une telle assertion serait coupa- 
ble. Peut-on vraiment supposer qu’en imposant à l’homme les 
lourdes responsabilités du Ubre arbitre, le Dieu de toute justice 
se soit complu à lui dérober en même temps les lumières néces- 
saires à son choix? Non! le bien et le mal sont nettement tran- 
chésl... Les âmes sincères dans leurs recherches les distingue- 


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— 198 — 

roBt toujours avec facilité ; et les terribles obscurités dont tanC 
d'esprits se disent accablés ne sont, fort souvent, qu’une fumée 
légère que le moindre effort dissiperait, mais qu'on se plsdt, an 
contraire, à épaissir sans cesse. 

Le juste refus que fait le lecteur de prendre connaissance d'un 
livre évidemment mauvais, ne peut donc s’assimiler à la manière 
de faire étroite et mesquine de ces esprits entêtés qui se refusent 
à toute démarche propre à éclairer leur opinion. Le respect de 
ses convictions n’exclut pas les tendances éclairées qui portent 
vers le proprès, et la lecture des mauvais livres n’a jamais aidé 
a créer des supériorités. 

Bien des circonstances viennent favoriser la propagation et le 
succès des mauvais livres; la démoralisation des lecteurs n'en est 
pas la seule cause ; leur vanité s’y mêle souvent, et leur légèreté 
J a la plus large part. Après avoir lu le mauvais livre, on néglige 
de le juger ; on ne surveille pas les tendances qu’il a éveillées 
dans l’esprit ; les agitations qu’il a provoquées dans le cœur ; 
bref, on l’a lu, mais on ne sait pas ce qu’il est ; et, par la plus 
coupable de toutes les imprévoyances, on le met de nouveau en 
circulation f 

Qu’on ne vienne point dire qu’il nous a laissés indifférents, et 
que cette circonstance suffit à Fabsoudre, en prouvant qu'il n’est 
ni bon, ni mauvais. Cette justification est nulle. Un livre ne sau- 
rait laisser un lecteur entièrement indifférent. Il a, ou satisfait 
ou heurté nos opinions ; il nous a amusés ou ennuyés; et si no- 
tre esprit a quelque peu participé à la lecture, nous devons être,, 
ou pour ou contre lui. 

Tout lecteur doit donc s’obliger lui-même à avoir une opinion 
sur le livre qu'il a lu, et l’on peut hardimennt classer dans la ca- 
tégorie des lectures mal faites, toutes celles qui n’ont laissé dans 
l’esprit aucune impression. 

La littérature est fort souvent mal comprise et faussement in- 
terprétée dans ses conditions et ses fins ; beaucoup de personnes 
la considèrent sons un aspect qui la ravale d’une manière corn- 



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- IW — 

piété, n’en faisant qu'une simple joùte de rhétorique. « Donnez- 
moi indifféremment le pour ou le contre, le vrai ou le faux, et je 
me charge de les faire successivement triompher l’un et l'autre » 
disait, à l’appui de ce système, un avocat de notre époque. Quelle 
profanation véritable du talent littéraire I quel égarement, de con- 
sacrer ainsi à l’erreur les forces vives de la parole et celles de 
l’écrit, qui n’est autre chose que la parole rendue fixe et stable I 

Puisque, quel que soit le sujet qu’un livre traite, il a pour but 
de persuader ; puisque le récit le plus frivole cache toujours l’in- 
tenüon de conquérir à une appréciation quelconque les opinions 
du lecteur, le talent littéraire peut, avec vérité, être défini : l’art 
de persuader. Cela posé, tout esprit honnête se révoltera certai- 
nement à la pensée que cet art précieux soit destiné à soutenir 
tour-à-tour et indifféremment la cause du mensonge et celle de 
la vérité. Une telle assertion contiendrait un blasphème: Aussi, 
aimons-nous à nous rattacher à l’opinion de l’écrivain qui pré- 
tend au contraire que : « dans notre pays on ne peut tenir une 
plume avec honneur qu’en faisant de la vérité l’objet des recher- 
ches. » 

Nous ne saurons donc si nos lectures ont été bien choisies et 
bien faites, qu’autant que, nous interrogeant nous-mème, noos 
constaterons qu’elles ont ajouté à notre amour pour la vérité, et 
qu’elles ont fait grandir le zèle généreux qui nous entraîne à sa 
conquête. Le respect du >Tai, voilà le sentiment sous l’influence 
duquel nous devons porter nos jugements, lorsqu’il est question 
d’apprécier, soit le livre que nous lisons, soit l’impression que sa 
lecture a produite en nous. 

Pour assurer des fruits sérieux aux lectures, pour graver leur 
trace d’une manière réellement profitable, non-seulement à l’es- 
prit, mais encore à l’ensemble des facultés morales, il faut que 
chacune d’elles laisse un résultat effectif, appréciable par des 
faits, palpable, en un mot. Une bonne résolution suivie de son 
exécution immédiate, c'est ainsi que nous entendons la preuve 
de l’utilité des lectures faites : de plus, nous certifions qu’il n’est 


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— ÎOO — 

point de lectures qu'ou ne puisse traduire par un résultat pra- 
tique applicable à soi-même ou aux autres. 

N’ést-ce que de la lecture d’un ouvrage vraiment supérieur, 
qu’il soit possible d’extraire des fruits sérieusement utiles? Les 
bonnes intentions de l’auteur ne peuvent-elles donc quelquefois 
suffire? et nonobstant l’insuffisance de la forme, l’idée offerte, 
quand elle est bonne, n’a-t-elle donc jamais ses chances pour 
fructifier dans les esprits? Nous avons nos motifs nécessaires 
pour nous bercer de l’illusion opposée. 

Si donc, par impossible, ces quelques pages sont feuilletées, 
nous voudrions inspirer à notre lecteur le désir de répandre les 
procédés pratiques qu’elles recommandent. 

On lit énormément de nos jours, mais on lit sans méthode. Or, 
selon nous, on rendrait un immense service à tous et à la géné- 
ration future même, si, au lieu de favoriser, ainsi qu’on le fait, 
avec un excès véritable, l’émission et la circulation des livres, on 
s’appliquait à propager la science de la lecture. 

Lire peu, mais savoir ce qu’on lit, c’est, en très-peu de temps, 
se créer un fonds immense de notions variées; s’approprier l’ex- 
périence du passé et s’assurer ainsi, pour l’avenir, une mine iné- 
puisable, toujours prête à suffire aux besoins du moment. 


SCIENCES NATURELLES. 

Recbercliea expérimentales sur le Goitre, 

PAR M. CBONNAVX-DllBISSON, MEMBRE CORRESPONDANT. 

(Suite). 

DIAGNOSTIC. 

La réunion des symplémes offerts par le goitre, la connaissance des 
causes et de la marche de cettte affection, suffisent presque toujours 
pour offrir une base assurée à son diagnostic ; néanmoins, il n’est pas 
trés*rare que le goitre ail été confondu avec d’autres tumeurs qui, 
sans avoir réellement le même siège, ont pour ainsi dire la même si- 
lualion, et desquelles il importe de le diagnostiquer. On doit particu- 


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— 801 — 


liérement ranger parmi ces dernières le bronchocèle proprement dit, 
ou envisagé dans le sens ctyroologicpie de ce nom ; les loupes ou tu- 
meurs enkystées, développées dans le tissu cellulaire voisin de la thy- 
roïde ; Tengorgemenl scrofuleux des glandes lymphatiques du cou, et 
celui des glandes sous-maxillaires, Temphysème, Vobésilé profonde du 
tissu cellulaire sous-cutané delà région antérieure du cou, et enfin les 
abcès froids qui surviennent aux environs de la thyroïde. 

La connaissance aujourd’hui si exacte de l’état anatomique du goitre 
porte d’abord à regarder l’admission du bronchocèle ou de la hernie de 
la trachée-artère, comme gratuite ou sans fondement ; cependant, d’a- 
près les observations de Muys (Decur. ii«, observation 7), et une note 
de Manget sur Barbette {Anatoniia prœtica ; remarques sur le cbap. xj, 
il faudrait reconnaître la réalité de cette espèce de tumeur. Celle-ci, 
survenue à la suite de grands efforts, consisterait dans une cavité for- 
mée aux dépens de la membrane interne de la trachée-artère, qui se 
serait dilatée, en s’engageant entre les anneaux cartilagineux de ce 
conduit. On distinguerait d’ailleurs ce bronchocèle, si tant est qu’il 
existe, du véritable goitre, par la mollesse, l’élasticité et la forme de la 
tumeur, aussi bien que par son extension constante et sa rénitence, 
toutes les fois que le malade retient son haleine. Cette affection, fort 
rare, et qui nuit, dit-on, beaucoup à la voix et à la respiration, produi- 
rait probablement encore ces accidents h un plus haut point que ne le 
ferait un goitre qui serait d’une semblable dimension. 

Les lovpeSf ou les diverses tumeurs enkystées, développées à la par- 
tie antérieure et moyenne du cou, près ou même entre les diverses 
parties du corps thyroïdien, sont faciles à confondre avec le goitre, et 
l’on commet, sans doute, encore plus volontiers cette erreur, s’il s’agit 
du goitre cystique ou enkysté ou du roélicéris. Cependant l’attention 
donnée à la forme, au mode, au lieu précis du développement des lou- 
pes du cou, l’état lisse et pâteux du lipème, la fluctuation du mélicéris 
également sensible dans tous les points de la tumeur de celte espèce 
et à toutes les époques de son accroissement, pourront servir à faire 
distinguer le goitre des loupes. Quoi qu’il en soit de ces signes distinc- 
tifs^ on sait néanmoins que quelques auteurs n’ont point évité la mé- 
prise, et qu’ils ont faussement nommé goitre ou bronchocèle mélicèrique 
et etéatomatique^ des tumeurs de celte espèce. Dupuytren prévient 
même â ce sujet dans ses cours, au rapport de M. Brun (Disser. inaug., 
pag. 17), qu’il faut quelquefois un très-grand soin pour éviter l’erreur, 
et que d’ailleurs il lui parait très-probable que c’est â des méprises de 
ce genre qu’il convient d’attribuer une grande partie des observations 


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— *02 — 

de prélcndus succès d'exUrpalion du goitre, qu’on lit dans quelques 
auteurs. 

Vanévrysme de Tarière carotide primitive se distingue de Tengor- 
gement thyroïdien, parce que, toujours développé d’un seul cèté de la 
trachée-artère, ee qui est assez rare pour le goitre, il présente d’ailleurs 
des battements, non seulement propres & soulever la tumeur par un 
mouvement de masse ou de locomotion générale, comme cela arrive pour 
le goitre placé au-devant de Tarière carotide, mais encore, parce que 
les mouvements auxquels il participe écartent et rapprochent alterna- 
tivement ses parois de son centre, dans tous les points de sa surface. 
On voit encore Tanévrysme plus ou moins étranger aux mouvements 
directs d’élévation et d’abaissement dans la ligne verticale qu’éprouve 
si fréquemment le larynx, et auxquels le goitre est toujours essentielle- 
ment associé. Cependant, malgré ces signes différentiels, il n’est pas 
toujours facile de distinguer entre elles ce^ deux maladies. Je me 
rappelle avoir vu il a quelques années dans ma clientèle, une jeune 
fille âgée de 17 ans, qui portait à la partie latérale, moyenne et un 
peu inférieure gauche du cou, une tumeur oblongue, molle, et battant 
assez obscurément à la manière d’un anévrysme. Nous avons pu cons- 
tater que cette tumeur n’est autre chose qu’un petit goitre partiel, 
quoiqu’elle ait été généralement envisagée comme anévrysmatique par 
plusieurs de mes collègues. Ce fait peut être rapproché d’un autre du 
même genre, puisqu’il s’agit d’une tumeur des ganglions lymphatiques 
du cou qui était survenue à une créole, et qui avait été prise en Amé- 
rique, à Londres et même à Paris, par de célèbres chirurgiens, pour 
un anévrysme de Tartcre carotide primitive. Mais le professeur Boyer 
et quelques autres maîtres de Tart parvinrent à en découvrir la nature; 
ils s’assurèrent, en effet, que cette tumeur n’était point anévrysmale, 
parce qu’ayant fait incliner la tète du malade en avant et un peu du cAlé 
de la tumeur, ce mouvement éloigna suffisamment celle-ci de l’artère 
carotide primitive, pour que les battements qu’elle recevait unique- 
ment de cette artère cessassent aussitôt de s’y faire ressentir. Ce 
moyen pourrait sans doute encore servir à distinguer, dans quelques 
cas, le goitre lui-même de Tanévrysme. 

L’engorgement de celles des glandes lymphatiques du cou qui suivent 
le trajet des veines jugulaires, simule encore assez bien le goitre lors- 
qu’il existe h la fois en volume a peu près égal des deux côtés de la tra- 
chée-artère, et il est dès lors assez facile, au premier aperçu, de con- 
fondre ensemble ces deux maladies. 

On peut encore prendre pour le goitre, surtout pour celui qui est 




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— 203 — 

^cialemeol formé par la luméfaciion isolée des deux cornes de la 
tliTTolde, l’engorgement serofuleux des deux glandes maxillaires, avec 
lesquelles le goitre a, en effet, alors beaucoup de ressemblance. Mais, 
dans ces différents cas, le diagnostic dérive surtout de l’attenlion parti- 
culière qu’on donne aux caractères qui distinguent les scrofules. Quant 
aux scrofules eux-mèmes, nous devons remarquer que si plusieurs ana- 
ii^es les rapprochent du goitre, il existe d’ailleurs d’assez grandes 
différences entre ces deux maladies, pour qu’il paraisse qu’on les doive 
soigneusement distinguer l’une de l’autre. Mais il convient d’entrer à ce 
nqet dans quelques détails. 

On sait qu’une foule d’auteurs, parmi lesquels nous citerons parti- 
eolièrement Ambroise Paré, Riolan, Forestus, Astruc, Brouzet, Mor- 
figni, Heister, Haller, Whytt, Russcl, Mittelmayer, Lieutaud, Read, 
Valentin, Calliseu, Ploucquet, Tubing, etc., ont confondu le goitre et 
les scrofules; tandis que Wilmer, Prosser, Wichmann, Fodéré, etc., 
regardent ces maladies comme réellement distinctes, et ne considèrent 
que comme une simple complication la réunion, h la vérité assez fré- 
quente, qu’en peuvent présenter les mêmes individus. 

Les partisans de cette dernière opinion, et notamment Fodéré, tout 
en reconnaissant que plusieurs analogies rapprochent le goitre, et sur- 
tout celui qui est endémique, des scrofules, comme d’affecter è la fois 
les mêmes personnes, de survenir pendant l’enfance, et de préférence 
sur les femmes et les individus d’un tempérammenl lymphatique, de 
reconnaître pour cause l’hérédité, l’humidité atmosphérique et l’état 
endémique des lieux, établissent néanmoins entre elles des différences 
notables, et qui reposent sur un grand nombre de caractères distinctifs : 
1* le goitre, maladie locale, affecte exclusivement le coiq)s thyroïdien ; 
les scrofules, affection générale, ont leur siège, non-seulement dans 
les ganglions lymphatiques du cou, mais encore dans l’ensemble du sys- 
tème lymphatique, et s’étendent à la plupart des tissus de l'économie, 
comme les ligaments, les synoviales articulaires, les cartilages et les 
os qu’ils ramollissent, qu’ils gonflent et qu’ils carient; le goitre, 
simple incommodité, n’occasionne par lui-méme aucun danger ; les 
scrofules, au contraire, changent do caractère, tendent à la colliqua- 
Uon purulente et à la fièvre hectique, et ont fréquemmment alors une 
issue plus ou moins fâcheuse ; 3** les scrofules accroissent communé- 
ment rintelligcnce des enfants ; le goitre est sans effet à ce sujet, ou 
bien, s’il conduit au crétinisme, il mène rapidement à l’oblitération de 
la pensée, et même au véritable idiotisme ; 4® les enfants, disposés aux 
scrofules, sont remarquables par la saillie et l’épaisseur de leur lèvre 


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204 — 

supérieure, et Ton a*observe pas ce caractère chez les goitreux ; 5* 
développement des scrofules se fait dans un temps assez généralement 
limité k la première enfance. Le goitre commence aussi rarement plus 
tét, mais Taptitude à le contracter s'étend beaucoup davantage, puis— 
qu'il survient k tous les âges, si l’on vient habiter les lieux dans les- 
quels il est endémique ; 6^ TefTet de l’hérédité est constant dans les 
scrofules. 11 est moins fixe dans le goitre qui ne survient jamais, com- 
me on sait, si Ton éloigne de bonne heure les enfants des pays à 
goitre ; 7^ Tendémicité, commune aux deux maladies, n’agit pas sans 
doute par le même mode d’influence. On observe, en effet, très-peu 
de goitres dans les pays â scrofules, et M. Fodéré a vu, par exemple, à 
Gènes, un hôpital rempli de 700 scrofuleux, parmi lesquels il n’y avait 
pas un seul goitre ; tandis que dans la Maurienne, où peu de personnes 
sont tout-à-fait exemptes de goitre, on ne rencontre que très-rare- 
ment l’état scrofuleux. On observe d’ailleurs que les écrouelles se gué- 
rissent le plus souvent d’elles-mèmes, par la seule révolution de la 
puberté, sans qu’il soit besoin de changer de lieu, tandis que la cure 
du goitre n’est jamais solide sans cette condition. Le changement de 
pays n’a pas, à beaucoup près encore, une influence aussi heureuse sur 
la guérison des écrouelles que sur celle du goitre ; 8® j’ai remarqué 
enfin que les remèdes nommés fondants ont une action beaucoup plus 
marquée sur le goitre que sur les écrouelles. 

On ne confondra point non plus avec le goitre l’intumcscencc cellu- 
laire du cou, fugace et crépitante de l’emphysème, non plus que celle 
qui est molle, uniforme, pâteuse et largement étendue, que produit 
souvent encore l’obésité profonde et locale de cette région {goitre adi- 
peux de quelqucs-unsj. 

La connaissance des caractères qui appartiennent, soit au phlegmon» 
soit à l’abcès froid, ne permettra pas également enfin que l’on puisse 
prendre ces affections pour le véritable goitre. 

PRONOSTIC. 

La tumeur formée par le corps thyroïde est ordinairement plutôt en- 
visagée comme une très-légère affection, une simple difformité, que 
comme une vraie maladie. L’innocuité cl surtout la fréquence du goi- 
tre dans certaines parties de la Suisse et du Tyrol, dans lesquelles il 
est rare de rencontrer quelqu’un qui en soit parfaitement exempt, va 
même, à ce qu’on prétend, jusqu’à le faire considérer comme un agré- 
ment. Rappelons toutefois qu’il résulte de ce que nous avons précé- 
demment exposé touchant les différences, la naturè et le mode de ter- 


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— 205 — 


minaison du goitre, autant de circonstances qui sont toutes plus ou 
moins propres à influer sur le jugement qu*il convient de porter de ce 
genre de tumeur. 

Le goitre qui tend à la résolution, au ramollissement et à la suppura- 
tion, est moins fâcheux que celui qui durcit et change de nature. En- 
core, dans ce cas, n*esUil guère que la dégénérescence cancéreuse, 
heureusement fort rare, et qui ne survient peut-être pas spontanément, 
qui soit à craindre. Les transformations fibreuses, cartilagineuses et 
osseuses, n*offrent non plus, comme on sait, par leur nature, aucun 
danger. Ce sont donc les accidents qui tiennent au volume considéra- 
ble acquis par le goitre, à son développement au dedans, et surtout à 
la rapidité de son accroissement, lequel ne laisse pas alors aux organes 
voisins le temps de s*y habituer ou de s’y façonner, qui constituent 
les vrais dangers de ce genre de tumeur. 

Les faits que nous avons rapportés plus haut, et auxquels il faut 
joindre deux autres exemples d’apoplexies mortelles, dues au goitre, 
communiqués par M. Hébréard à la Société de médecine de Paris, 
prouvent incontestablement, en effet, que les malades ont tout à 
craindre de l’asphyxie, par la diminution ou meme l’entière privation 
d’air ; de l’apoplexie, par la stase du sang dans le système veineux 
cérébral, et de l’impossibilité de se nourrir, par la diffieulté ou l’obs- 
tacle apporté dans la déglutition des aliments. Les complications du 
goitre, soit avec les scrofules, soit avec le crétinisme, en rendent sans 

contredit encore le pronostic plus fâcheux. 

* (A suivre). 


POÉSIE. 

Une vente n l’enclière cliez une Plirynée 
parisienne 9 

Par M. Régnault, Archiriste honoraire du Conseil d’Etat, membre correspondant. 
{Suite et fin\ 

Oui, la tendre pitié désarmait ma colère. 

Qui d’une fille alors retombait sur la mère. 

L’infâme avait vendu d’une enfant la primeur 
Au libertin blasé, par son or seul vainqueur. 

Cette innocente vierge à quinze ans exploitée. 

Dans les bras de l’orgie un matin fut jetée, 

Même avant de sentir en soi parler les sens. 


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— «oc — 


Et sans le savourer Tidole eut son encens. 

Avec une autre guide, bêlas! que cette mère, 

Elle aurait honoré les cheveux blancs d*un père, 
Peut-être, elle eut orné du voile virginal 
De sa chaste pudeur le foyer conjugal. 

L’indigne entremetteuse attire dans le vice 
Son enfant qu’elle pousse au fond du précipice. 

La mère corruptrice a vendu son trésor, 

TraGquant de son sang pesé contre de l’or, 

El Tor dans la balance emporta pour l’infàme, 
Chasteté, modestie, avec le corps une âme. 

La fille corrompue a sucé le poison. 

Et la pauvre égarée a perdu la raison. 

La mollesse l’endort sur des coussins de soie 
Dans le contact grossier d’autres filles de joie. 

C’est d’elles qu’elle apprend, prêtresse du plaisir, 
L’art d’éveiller les sens, d’exciter le désir 
Chez l’homme riche, usé, qui longtemps cessa d’être. 
Et dans ce frais bouton croit se sentir renaître. 

La fille d’Ionie excelle n le charmer. 

Mais ne peut enseigner l’art du cœur, l’art d’aimer. 
Dans le secret réduit d’une ignoble Cythère, 

Où maint galant admis le soir avec mystère, 

Par prudence a caché plutôt que par pudeur 
Le ruban appelé le signe de l’honneur. 

L’orgie échevelée avec ses bacchanales 
Exerce en liberté toutes ses saturnales 
Dans l’éclat scandaleux de la vive clarté 
De cent lustres dardant sur chaque nudité. 

Mais moi je dois tirer le voile sur l’orgie ; 

Car ma plume ne peut se tremper dans la lie 
Où la brute se plonge aux coupes de Circé, 

Et je m’arrête ici... Le lecteur dit : « Assez ; 

» Tu n’es pas Juvénal, et ta plume pédante 
»> Ne saurait flageller la scène de bacchante. >» 

La nature, d’ailleurs, se charge de venger 
Scs lois qu’impunément nul ne peut outrager. 


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— tOT — 


11 faut dormir les nuits et que le jour on veille. 

Le soleil ne luit point pour que l'homme sommeille. 
Malheur au citadin qui change ainsi le sort. 

La débauché a son ver rongeur, donnant la mort. 

La volupté s'enfuit, et le plaisir qui passe 

Tue enfin ce beau corps fait de marbre et de glace, 

Qui languit, lèpre infecte, objet tout dégoûtant, 

Même aux yeux d'un amant informe et révoltant ; 

11 lutte quelque temps, mais retombe en poussière, 
L'homme qui le tua suivra-t-il une bière? 

— Et toi qui te dis noble et salis ton blason. 

Jeune homme, as-tu le droit de polluer ton nom f 
Tu naquis gentilhomme et tu vivras sans gloire, 

Ne laissant après toi qu'une courte mémoire. 

Chacun est solidaire ici de notre honneur. 

Oui, de l'honneur français ton père avait la fleur. 

Veux-tu dégénérer, permettre que le fruit 
De rameaux corrompus tombe à terre pourri ? 

Tes Gdèles aïeux, dans la lâche paresse 
Ne laissèrent jamais forligner leur noblesse. 

Des armes ils prenaient le fier et beau métier. 

De la gloire comme eux suis aussi le sentier. 

Certes, ils aimaient le sexe, ils adoraient les dames, 

Mais non la courtisanne effrontée, et ces femmes 
Qui trônent maintenant dans le nouveau Paris, 

D'un paradis perdu les ignobles hourris. 

Dans la garde française, où galant mousquetaire. 

Ton aïeul chez Ninon rencontrait un Molière, 

La Régence en orgie avait bien ses excès. 

Mais l'on n'y faisait point une chasse aux billets fl). 

On ne s'y vautrait pas en pourceaux d’Cpicure, 

On se laissait aller â la bonne nature. 

La beauté complaisante avec les jeux, les ris. 

Donnait ce que suppute une avare Lais 

(I) Alluskm à une nuit de jeu où deux cheTâliere d'industrie, confondus et dé- 
masqué, furent chassés de chambre en chambre, laissant tomber à terre una 
pluie de billets de banque. 


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Qui demande aujourd'hui sur le seuil par avance, 

Son tarif à la main^ le prix de la séance. 

Le souper d'autrefois, d'esprit s'assaisonnait, 
L’Ancréon français de fleurs se couronnait. 

Jeune homme, avec Roland et la chevalerie 
Reprends la fine fleur de Ip galanterie. 

Rougis de te masquer de céruse et de fard. 

Comme on voit s'emplàtrer maint due faux et bâtard. 
Mais la fin de la vente a fini ma satire 
Qui, faute d'aliments, se tait et se retire 
Devant ces murs glaces, hideux de nudité. 

Cet autel sans encens, veuf de sa déité. 

Qui se fit adorer, magicienne fétiche. 

Qui de pauvre, devint la grande dame riche. 

Et, pour ne pas mourir un jour à l'hépitat. 

Vendit tout un amas de luxe oriental 

Qu'un grossier portefaix de sa main sale et noire 

Emporta, concluant une plus sale histoire. 


VARIÉTÉS. 

A deuix pas de Parle, 

PAR M. ALFRED FALXONNET , MEMBRE CORRESPONDANT. 

L'air est frais, la rosée matinale de ses doigts humides a attaché a la 
pointe des herbes ses perles étincelantes ; de légers nuages blancs cou- 
rant sous le ciel bleu, tamisent la lumière et laissent filtrer quelques 
rayons de soleil; tout annonce une de ces belles journées du printemps; 
les oiseaux seront plus gais, les fleurs plus brillantes; si vous aimez 
encore la campagne, la verdure, si vous préférez l'oasis au désert, le 
gazon au bitume, les grands arbres ombreux aux noires maisons de six 
étages, quittons ensemble pendant quelques heures les rues poudreuses 
de Paris, cette immense Babylone de bruit et de fumée. 

La voiture estlè, boulevard des Filles-du-Calvairc, près du cirque; 
deux vigoureux normands y sont attelés, montons. 

Le conducteur a frappé sur le timbre, l'automédon a jeté le mot tant 
désiré : on route; nous allons faire deux lieues pour 15 centimes, en al- 


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'tendant qu’un seul nous suffise pour payer sur d’autres tords Caron 
le nautonoier. 

Les portes Saint-Martin et Saint-Denis sont déjà loin, la Madeleine, 
appuyée sur ses colonnes de granit, a disparu, les passants deviennent 
moins nombreux, les habitations plus petites et plus rares, la végéta- 
tion plus luxuriante; on sent que l’on touche aux limites de la grande 
ville, et que la nature reprend ses droits; nous sommes aux Ternes. 
Partout des jardins embaumés, des cbalets tapissés de mousse et de 
fleurs, de l’air à discrétion, quel tcdileau pour les yeux, qü’clle vx)lupte 
pour les sens. 

Quittons le véhicule hospitalier, franchissons la ceinture de picnes de 
Lutéce, eette lîfle géante des Gaules, dont le corsage à chaque siècle 
'devient trop étroit, et pénétrons dans ce bois mystérieux de Boulogne, 
où les Armides de la Cbaussée-d’Antin et de Bréda viennent promener 
le soir, sur le sable fin des allées, leur luxe et très-souvent leur ennui. 

Le lac est devant nous avec scs barques peintes et pavoisées^ les ca- 
notiers à la chemise rouge ou .bleue, le petit chapeau de paille aux ru- 
bans flottants sur la tète, la main sur l’aviron, semblent nous inviter à 
faire le tour de l’ile ; une brise légère, les poissons aux couleurs variées 
qui jouent dans l’eau limpide, l’amant de Léda, ce cygne aux ailes de 
neige, paraissent nous attirer, mais passons. 

Pourquoi cette grille de fer, quel est ce parc immense avec ces kios- 
ques aux toits dentelés, ces ruisseaux bordés^de joncs, ces massifs d’ar- 
bustes, CCS fleurs éclatantes jetées à profusion sur les gaxons verts, nt ces 
nebres séculaires? C’est le domaine de lasciencc, c’est Tutile mclé à l’a- 
gréable, o’ est la terre en raccourci avec toutes ses productions et scs ri- 
chesses, c’est le jardin d’acclimatation. Vous verrez à chaque pas ce que 
peut rinlelligence de l’homme, lorsqu’il y Joint la patience ; voyageur 
intrépide, chercheur infatigable, il a fouillé le globe : les fleuves les 
plus rapides, les montagnes couvertes de glaces, la mer avec ses abi- 
«mes, rien n’a pu rarrèter.; aujourd’hui navigateur, il affronte les tem- 
pêtes, demain le bâton ferré à la main, il escalade des pies inaccessibles; 
il a tout exploré, et ce riche butin, fruit de scs fatigues et de son éner- 
ve, il l’a déposé là, entrons. 

Voyez d’abord sur leurs perchoirs élégants ces aras rouges, bleus, 
verts et CCS amazones à tête rouge et blanche, ils viennent du Nouveau- 
Monde, nous les devons à Cristophe Colomb. Le perroquet, du reste, 
est passé dans les mœurs ; confident de la courtisane, il habite les bou- 
doirs, de meme que le paon est l’hôte des ebnlcaux et le serin l’ami 
de la mansarde; mais admirez avec moi la prodigalité de la nature ci 


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- 240 -^ 


cette prodigieuse diversité parmi les cires. 

Ici le canard du détroit de Magellan et la sarcelle de Chine avec son 
panache vert et pourpre; là l’oiseau royal du Cap- Vert, le cormo- 
ran des Philippines et l’ibis sacré du pays de Plolémée. Plus loin le 
renne du Groenland, la chèvre aux oreilles pendantes de Madagascar et 
la gazelle antilope du Bengale ; puis le chien de Laponie, qui hurle et 
grogne plutôt qu’il n’ aboie, celui demi-sauvage du Kamschatka, se 
nourissant de poisson, et tirant des traîneaux; les béliers de Tunis et 
de Valacbie; le zèbre à la robe rayée de rubans noirs et blancs, et le 
cheval d’Irlande, si petit quelquefois, qu’il ne peut servir de monture 
qu’à un enfant. 

Visitez les serres, vous y trouverez des végétaux de toutes les lati- 
tudes, depuis la mousse qui croit au Spilzberg jusqu’au palmier du tro- 
pique ; il n’est pas un coin de la terre qui n’ait son représentant dans 
celte magnifique collection. 

L’aquarium surtout doit attirer notre attention ; dans une chambre 
longue , demi obscure , des réservoirs de verre, garnis de rocailles 
moussues, dévoilent à l’œil surpris tous les secrets et toutes les merveil- 
les de l’Océan. Ce sont les homards aux pinces dangereuses, les lan- 
goustes, les crevettes agiles et les huîtres immobiles, et les moules qni 
vivent attachées aux rochers à fleur d’eau ; ce sont les arondes è co- 
quille tapissée de nacre, des argonautes aux tentacules épanouis en 
^entail et leur servant à se diriger ; c’est la méduse semblable à nn 
champignon, couverte de nombreux filaments avec lesquels elle saisit 
sa proie ; ce sont enfin des coraux aux branches rouges ou roses, gra- 
cieusement enlacées, puis des madrépores, des éponges 

Mais le soleil baisse à l’horizon, les arbres agitent leur feuillage, 

les oiseaux ne chantent plus, voici la nuit, partons. 


ÉCONOMIE RURALE. 


De l*Eci*evlfMe. 

SES rSAGBS ; SA n ARETE TOUJOURS CROISSANTE ; NECESSITE DE LA CONSERVER ET DE 
LA MULTIPUER DANS NOS COURS d’eAU ; MESURES A PRENDRE, 

ParM. lo docteur A. Rouget, d'Arboia, membre fondateur. 

En Franche-Comté, chacun connaît et recherche l’écrcvissc {cancer 
aiitacus ; — astaevs ffuviatilis)^ le plus délicat et, sans contredit, 1c 


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— 211 — 


meilleur de tous les crustacés. C’est h peine si dans les hameaux les 
plus reculés on rencontrerait encore quelques personnes qui n’en aient 
pas goûté ou qui la rejettent, de parti pris, de leur alimentation. 

Ses usages culinaires sont nombreux. Le coulis rend les potages sti- 
mulants, réparateurs, analeptiques, et leur donnent une saveur incom- 
parable; elle sert de garniture dans les pâtés chauds, les vol-au-vent, 
les fricassées de poulet, les matelottes, etc. — Comme entremets, les 
buissons récréent la vue et ornent le service. C’est néanmoins une fort 
mauvaise méthode ( 4 ) que^e trop viser à satisfaire les yeux par la vi\a- 
cité de leur couleur en plaçant, comme on le fait souvent, les buissons 
longtemps d’avance sur la table. L’écrevisse refroidie est mauvaise ; 
elle doit être servie chaude et biadante : elle ranime aloi*s le goût des 
convives et devient même un véritable digestif. Elle doit, au i*estc, au 
court-bouillon dans lequel elle a cuit et dans lequel sont prodigués d’or- 
dinaire le vin blanc, le thym, la lavande, le sel, le poivre et la muscade, 
les propriétés stimulantes et même un peu aphrodisiaques qu’on lui 
attribue. 

Quoique d’assez facile digestion, les écrevisses, comme bien d’au- 
tres matières alimentaires, provoquent quelquefois en été des indiges- 
tions. Celles-ci débutent souvent par une syncope et donnent lieu à des 
vomissements que précède ou suit l’apparition d’éruptions ortiées (2). 
Leur usage aurait même déterminé (3) des éternuements répétés et 
comme convulsifs. 

Ces accidents ne dépendent pas exclusivement de la disposition par- 
ticulière, de l’idiosyncrasie des sujets ; aussi, scrail-il prudent, avant de 
les livrer à la consommation, de les soumettre à un parcage de quelques 
jours. Non pas qu’à l’imilalion de quelques Polonais (4), il soit néces- 
saire de les traiter par la diète lactée; mais, au moins, qu’on les laisse 
dégorger quelque temps dans une eau limpide. Ce procédé serait mille 
fois préférable au moyen barbare et si justement flétri (5), qui consiste 
à extraire, avant la cuisson, leur gros intestin, en l’arrachant avec la 
pièce médiane qui termine la queue. 

L’art de guérir utilise la grande quantité de gélatine que contient 
l’écrevisse, et à laquelle elle doit ses qualités émollientes ; on en pres- 
crit le bouillon dans la plupart des affections inflammatoires. Le meil- 

(I) Santé universelle, parle docteur Henri Cottin, tome VI, page 161, Paris, 1857. 

{%) Hardy, en journal de médecine et de chirurgie pratique, juillet 1865. Paris. 

(3) Epfaémérides des curieux de la nature, citation de Mérat et de Lens, en Dictionnaire de 
matière médicale et de thérapeutique générale, tome 11, art. Cancer. Paris, J. -fi. fiatUière, l8.^o. 

(4) Docteur Cottin, Loco cilalo. 

C5) Union médicale de Paris. 


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— ta — 

leur procédé pour faire cette tisane animale est celui du bain-marie» 
dans un vase clos, tel qu*unc boule d’étain à bouillon ; les écrevisses, 
préalablement écrasées, sont soumises h Tébullition durant environ trois 
heures ; on passe ensuite le houillop à froid (i). 

Les pharmaciens continuent à recueillir les deux pierres que Ton 
trouve sur les côtés et entre les membranes de leur estomac, et que 
leur forme hémiéphérique a fait appeler yeux. Ces concrétions ne sont 
point inertes; elles ne méritent certainement pas le dédain que pro- 
fessaient à leur endroit certains adeptes du système de Broussais (2). La 
thérapeutique moderne, par ses organes les plus autorisés, n’hésite 
pas à les employer pour combattre maints symptômes d’acescence (3^. 
Suivant Desbois do Rochefort (4), les terres calcaires animales doivent 
être préférées aux minérales, parce qu’elles sont « plus atténuées et 
moins disposées ô former des concrétions dans l’estomac. » On voit, 
d’ailleurs, dans une des meilleures et des plus récentes publications mé- 
dicales (5) que les yeux d'écrevisses conservent honorablement leur 
place parmi les absorbants chimiques. 

La médecine populaire qui s’inspire plus particuliérement de la tra- 
dition, a précieusement conservé la notion de quelques prétendues 
propriétés de l’écrevisse. c< Pour tuer les vers, les écrevisses cuites, 
» appliquées sur le ventre, sont en grande réputation parmi nos mères 
» de familles. — Il nous est (6) arrivé bien des fois de trouver un de 
» nos petits malades affublé d’un cataplasme sur la partie souffrante. 
» Elles étaient, tantôt crues, tantôt cuites, quelquefois écrasées, d’au- 
» très fois entières ; cela dépendait dq l’imaginative plus ou moins ca- 
» pricieusc des commères. Dans les maladies cérébrales, par exemple, 
» on avait enveloppé la tête de l’enfant dans un sac rempli d’écrevisses 
» vivantes, qui grouillaient autour du petit malheureux, et devaient 
» lui causer les plus étranges sensations. » — Ce préjugé, que le digne 
président de l’Association médicale du Jura combat si justement, et 
dont il semble trouver l’origine dans la forme bizarre du crustacé, ne 
serait-il pas tout simplement la réminiscence de médications patronées 

(I) J.-J. Virey, Traité complot 4e pharmacie, tome I, paçe SOC. Pari», 4840. 

(S) Mérat et de Lena, ourrage cité. 

(8) Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, tome 4, art. auscence, par M. Gubler. 
Paris, 1884, chez Victor Masson. 

(4) Cours élémentaire de matière médicale, par Desbois de Rochefort, tome II, page $05. Paris, 
1779, chez Méquignon Talné. 

(5) Art. absorbant, par M. Gubler, en Dictionaire encyclopédique des sciences rat*dicak‘:=. 

(8) Docteur Bergerct, d’Arbois, Maladies de l’enfance, etc. Paris, J. -B. Baillière, 4855. 


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— *13 — 

jadis par des médecins autorisés? Cest ainsi qu’Albcrt-lc-Grand (1) 
attribuait aux œufs d’écrevisscs une grande efficacité dans la blessure 
des serpents venimeux, et que Galien les vantait en cataplasmes loco do~ 
knti dans les affections caleuleuses et les maladies cérébrales. 

Quelques cultivateurs, pour préserver des ravages des taupes cer- 
taines parcelles de terres cultivées, déposent dans les orifices de leurs 
canaux souterrains des écrevisses crues qui les éloignent par Todeur 
infecte dégagée par leur putréfaction. 

Les gourmets de nos localités ne regrettent ni les écrevisses de la 
Russie d’Asie, célébrés par leurs prodigieuses dimensions, non plus 
que celles du Rbin, de la Thiberville (Normandie^, de Beauvais, de 
Nogent^e-Rotrou, de Bar-le-Duc, etc. Celles du Doubs et de ses af- 
fluents leur suffisent. Ils distinguent avec soin les écrevisses qui pro- 
viennent des eaux vives de celles que l’on pèche dans les eaux sta- 
gnantes ; ces dernières, dont le test est généralement plus foncé, con- 
servent une saveur désagréable qui les fait ranger dans les catégories 
de qualité înféheurc. 

Le prix de vente de l’écrevisse, dont la consommation s’est géné- 
ralisée, a très-notablement augmenté. Sa pèche, devenue productive, 
s’est faite d’une manière effrénée, intempestive, désastreuse, et elle a, 
pour ainsi dire, dépeuplé nos cours d’eaux. Le mal est si grand qu’il a 
ému l’opinion publique. Divers journaux, parmi lesquels on distingue 
le journal de Ponlarlier, dirigé par notre savant collègue, M. Ed. Girod, 
se sont fait les interprètes de ses doléances. Notre Société elle-même, 
par l’organe de M. Bel, d’Orgclct, l’un de scs membres les plüs distin- 
gués (2), n’hésitait pas h recommander comme remède l’amodiation 
des cours d’eau. 

La nouvelle loi sur la pécbe, qui assimile ce crustacé au poisson , per- 
met enfin d’en espérer la conservation ; mais, en attendant que le but 
soit atteint, il appartient aux Sociétés agricoles de convier à l’œuvre 
réparatrice ceux de leurs membres qui peuvent y concourir par leur 
initiative, leurs conseils et leurs encouragements. 

Déjà, et dès les premiers jours de sa fondation (3), la Société de Po- 
ligny, sous l’habile impulsion de son vénérable et regretté Président, 
M. de Constant-Rebecque, avait fait venir des écrevisses de belle espèce 
dont elle préparait la multiplication dans un réservoir spécial. A la 


(<) Mérat et de Lens, loco citato. 

(t) Bulletin delà Société d’agricullurc, etc., de Poligny, 3* année, page 80. Poligny, 1862, chez 
Mareschal. 

(3) Mémo Recueil, 1861, page 288. 


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— 214 — 


même époque, des essais analogues étaient tentés par des propriétaires^ 
intelligents, à la tête desquels il faut citer M. Savaudon, de Clairfoa— 
laine, près Rambouillet. Malheureusement des circonstanees particu— 
lières, parmi lesquelles se place en première ligne T influence d’erreurs 
physiologiques relatives à ces astaciens, s’opposaient à leur réussite. 

En ce qui concerne la physiologie de récrevisse, le public, en elTet,. 
ne connaît guère que deux singuliers phénomènes : la coloration rouge 
qu’elle prend par la cuisson et la propriété qu’ont les pattes, les anten- 
nes et les mâchoires, de repousser après leur amputation. 

Pour prévenir le retour de semblables mécomptes, il est de toute 
nécessité de vulgariser quelques notions qui puissent se traduire un- 
raédiatement en applications pratiques. Ernpruntons-les au Dictionnaire 
de M. Guérin (1) et au récent travail de M. Léon Soubeiran (2). 

L’écrevisse de nos eaux douces, qui peut vivre plus de vingt années, 
SC tient sous des pierres ou dans des trous. Elle n’en sort que pour 
chercher sa nourriture : petits mollusques, petits poissons, larves d'in- 
sectes ; chairs corrompues, cadavres d’animaux flottant dans Veau. 

Elle prospère dans les eaux calcaires et dans les bassins où poussent 
des végétaux aquatiques, et particulièrement les cùora, dont elle est très- 
friande. Si parfois elle ronge la carapace qu’elle vient de quitter, ce 
n’est qu’exceplionncllcroent : soit que l’eau dans laquelle elle vit n'est 
pas assez calcaire, soit parce qu’elle ne lui fournit pas une nourriture 
appropriée. 

Les mâles grossissent un peu plus promptement que les femelles ; 
en trois ans ils gagnent pour la taille un an sur ces dernières. Ce n’est 
qu’à leur q;uatrièmc année qu’ils sont aptes à la reproduction, — 
On les distingue en ce qu’ils portent au-dessous du premier anneau de 
l'abdomen (qu’on nomme improprement la queue) deux appendices ou 
filets dont la femelle est dépourvue. Ces filets, mobiles, articulés à leur 
base, s’appliquent dans l’inaction sur le sternum, entre les pattes. 11$ 
ressemblent a des liges un peu aplaties, droites, d’un blanc bleuâtre ; 
leur moitié antérieure est courbée et roulée sur elle-même longitudi- 
nalement, de manière à former une sorte de tuyau. Ils constituent pro- 
bablement l’appareil de la copulation. 

Tandis que les mâles atteignent et même dépassent le poids de 125 
grammes, les femelles, toujours plus petites, n’atteignent que rare- 
ment celui de 80 à 90 grammes. 


(I) Dictionnaire pittoresque d’histoire natui'cUe et des phénomènes do la nature, sous lu di- 
rection de M. Guérin. Paris, 1835. 

(i) Union pharmaceutique, pa^e 182, 6' année. Paris, juin 1865. 


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— 216 — 


La lenteur de raccroissenieni de ces crustacés dépend de Tobligation 
de la mue, e’est-à-dire du renouveUement de leur enveloppe. M. Sou- 
beiran a constaté trois roues par an, excepté pour les plus jeunes qui 
ne muent qu’une fois dans la première année de leur existence. 

Réaumur a parfaitement décrit le mécanisme et les troubles de Tor- 
ganisme qui précédent et accompagnent le dépouillement de cette peau. 
Après vingt-quatre heures, la nouvelle membrane forme une enveloppe 
aussi dure que l'ancienne. Ce durcissement rapide était nécessaire 
pour préserver l’écrevisse de la voracité de scs congénères ; c’est dans 
ce même but de conservation que, lorsqu’elle est prête a muer, elle 
cherche instinctivement une retraite dans des trous et d’autres en- 
droits où elle puisse se trouver à i’abri du danger. 

Les écrevisses qui, à chaque mue, peuvent gagner un tiers de leur 
poids, grossissent proportionnellement d’une manière plus rapide jus- 
qu’à l’âge de cinq ans que plus tard ; il arrive un moment où la diffé- 
rence de volume à chaque mue est très-faible. 11 faut environ sept ans 
pour faire une belle écrevisse. 

Les œufs qui apparaissent, en juin ou juillet, dans les ovaires des 
femelles, n’ont guère alors que le volume d’une graine de pavot ; ils 
ont acquis, vers novembre, au moment de la fécondation, la grosseur 
d’une graine de navet. 

L’accouplement se fait à la manière de quelques mouches, vetitre d 
ventre. Le mâle attaque la femelle, qui se renverse sur le dos, et le 
couple s’enlace alors étroitement à l’aide des pattes. Ce rapproche- 
ment dure de trois à quatre heures. — Quand le mâle s’est retiré, on 
voit sous l’ahdomen de la femelle, de six à quinze filaments de couleur 
paille, comparables à des bouts de fin vermicelle, de (H)06 à (HX)7 de 
longueur. Chacun de ces filaments porte plus tard les œufs qui, par 
leur disposition, forment des espèces de grappes. Les œufs donnent 
presque tous des produits, à moins qu’ils ne s’en soient détachés. 
Grâce à eux encore, les petites écrevisses, dont le corps est très- mou 
immédiatement après l’éclosion, trouvent sous le ventre de la mère un 
refuge assuré contre les dangers ; elles n’abandonnent cet abri que 
lorsque la consistance de leur test peut les protéger. Pendant ce temps 
les femelles sont retirées dans des trous dont elles ne sortent que rare- 
ment ; en revanche les mâles voyagent prescfue toujours. 

Telles sont les données principales qui doivent servir de base à ceux 
qui voudraient tenter l’éducation des écrevisses. Ils se tiendront en 
garde contre les apparences d’un insuccès, en songeant au temps né- 
cessaire pour leur développement et leur multiplication. Us se rappel- 


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foront qu^l faut n ocs crustacés des eaux calcaires ou tout au iiiuin& 
des eaux dans lesquelles croissent des végétaux aquatiques^ et notam* 
ment des charâ. Us n’oublieront pas de laisser dans lès bassins des 
trouSi des anfractuosités où les écrevisses puissent se réfugier dan» 
maintes circonstances de leur existence. 

Qoiqu’on en dise, il est désirable que l’Administration, en vertu des 
pouvoirs que lui confère la nouvelle loi sur la pèche, interdise pendant 
une période quinquennale, la pèche de l’écrevisse dans la plupart des 
affluents de la Loue et du Doubs. L’interdiction pour une période 
moins longue ne serait qu’un palliatif insuffisant. 

Les cours d’eau où la pèche serait tolérée doivent être soumis à 
une surveillance active, incessante, exercée par tous les agents des^di— 
verses administrations publiques. 11 faut, à tout prix, assurer l’exécu- 
tion des arretés relatifs aux époques d’ouverture et de clôture de la 
pèche, ô rinlerdiction de la pèche à lirmain, sous lès pierres, dans les- 
trous et aux dimensions que doivent présenter les écrevisses. Nous in- 
sistons avec M. Bel sur Tamodialion des ruisseaux et rivières. Intéres- 
sés a la muTUplication de l’écrevisse, les adjudicataires deviendraient 
des auxiliaires actifs des agents de surveillance ; leurs efforts réuDλ^ 
éloigneraient enfin du voisinage des rivières ces nombreux fainéants 
qui dévastent et les eaux et les champs^u’clles baignent, et les végétaux, 
qui. en bordent les rives. 


BIBLIOGRAPHIE. 

Nouveaux chants prosaïques de M. Ernest de Rallier de Susvalon. 

11 est dans la croyance populaire que le rossignol se tait pendant le 
jour, l’abandonnant aux ramages divers des autres musiciens ailés, et 
qu’il ne commence scs concerts qu’au crépuscule, à l’entrée de la nuit,, 
alors qu’ont cessé les différents chœurs de ses rivaux. Et comme l’ani- 
maf raisonnable est passablement enclin à supposer aux habitudes de 
ses frères inférieurs les mobiles qui dirigent, ou qui peuvent diriger 
scs propres actes, on n’a pas manqué d’expliquer le silence diurne du 
chantre aimé des bocages par un sentiment d’amour-propre, c’est-à- 
dire, par le désir d’attirer à lui seul toute l’attention, et d’empècher 
scs roulades cadencées de se perdre dans le bruit confus d’un orches- 
tre compliqué et peu d’accord. 

Mais cette interprétation pourrait ircs^bicn ne pas traduire fidèle- 
ment les instincts de roiseau mélodieux ; elle ne s’applique pas même 


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— 217 — 

toujours aux liommes. Elle est, par exemple, absolument opposée à la 
disposition qui m'avait fait retarder un rapport sur les Nouveaux Chants 
Prosaïques de M. de Rattier de Susvalon : j'ai simplement reculé de- 
vant la crainte de produire mes appréciations, appréciations d’un si' 
faible poids dans la balance littéraire, en regard et i côté des hom- 
mages empressés rendus par les Maîtres h la nouvelle publication du 
brillant rédacteur de Y Etincelle de Bordeaux. 

Benjamin Constant disait de notre chansonnier national : « Béranger 
lait des odes, quand il ne croit faire que des chansons. » On pourrait 
dire également ; en croyant faire de la simple prose, M. de Rattier fait 
de la bonne et belle poésie. Sauf la rime, en effet, mêmes inversions, 
mêmes tournures, mêmes audaces dans la construction et le meuve- 
ment de la phrase, concise comme celle de Sallusie, par le retranche- 
ment de tout élément redondant, même du verbe, si ce verbe peut se 
laisser deviner ; précise comme celle de Tacite, par la suppression des 
idées intermédiaires ; dédaigneuse de toute expression commune, à la 
recherche incessante du terme aristocratique, certaines locutions frisant 
m^mc le néologisme, mais sans déplaisir pour le lecteur, enchanté, au 
eontraire, de découvrir, dans un écrivain, un style particulier, ains» 
que l'artiste se plait à reconnaître, dans un peintre, un cachet original. 

Pour les esprits disposés h s’attacher au fond plutôt qu’à la forme, a 
chercher la pensée sous le tégument qui l’enveloppe, et dans la pensée, 
les inspirations du cœur, les élans de Tàmc, la grandeur des concep- 
tions, M. de Rattier est encore un poète, un vrai poète, car sa muse 
aime à plàner sur les hauteurs, à s’enfoncer dans les profondeurs étbé- 
rces, à s'y abreuver à longs traits aux sources du bien et du beau, cette 
splendeur du vrai. 

EnGn, et surtout, l'auteur des Nouveaux Chants soi-disant prosaï- 
ques, constitue essentiellement le poète ; il le constitue dans la pre- 
mière des conditions, celle meme dont il tire son nom et son titre,, 
celle qui répond à l’étymologie grecque, /atre, opérer, produire, car 
dans les proportions du fini à l’infini, il sait, comme la puissance créa- 
trice, tirer quelque chose de rien. 

Parcourez les quarante-deux pièces du recueil. Chacune, sous une 
enseigne qui parfois semble insignifiante, arrive a former un petit 
poème d’où se distille, en pure essence, une leçon, une moralité. 

A commencer par Les Oiseaux du mort , quelle touchante élégie que 
celle de ces innocentes créatures, venant demander au défunt la con- 
tinuation de ses hicnfails, et prouver, à leur manière, la survivance de- 


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— 218 — 

la partie spirituelle de noire être, à la décomposition de son appareil 
organique. 

Piano, piano ! Sous ce titre nous trouvons un vrai traité de philo- 
sophie morale, consacré au développement de celte maxime de la Sa- 
gesse antique : Esse potens, esse C4mpos sui : demeurer maître de soi- 
même et en possession de sa volonté, empire sur soi, qui implique ]*é- 
quilibre dans nos facultés, la modération des désirs, des vœux, des 
ambitions, des plaisirs, et, mis à Técart, comme sordide, le cyrénàîsroe 
d*Aristippe, établit un juste milieu entre les jouissances légitimes d’E- 
picure, et les vertus outrées et surhumaines du Stoïque. 

Le petit mendiant. Ce petit mendiant esl le plus familier de nos 
oiseaux. Gracieuse idylle champêtre ! Plein de gratitude pour la main 
qui pourvoit à son existence, et soupçonnant, instinctivement, le plai- 
sir qu’elle doit éprouver à faire le bien, le petit moineau mis en scène, 
amené avec lui quelques-uns de ses jeunes amis pour leur faire parta- 
ger son bonheur et sa reconnaissance, enseignant a l’hommè tout ce 
qu’il pourrait obtenir d’agrément et de service des animaux, si, au lieu 
de les brutaliser, il imitait à leur égard les ménagements du grand et 
bon saint François d’Assise, et bon pour eux précisément, parce qu’il 
était grand. — L’exquise sensibilité de M. de Rattier ne puise non plus 
ses émotions qu’au foyer d’une distinction suprême, et par ces trois 
ébauches on peut juger des sentiments qui ont inspiré ses trente-neuf 
autres charmants tableaux. 

H. -G. Cler, professeur émérite. 


SÉANCE GÉNÉRALE DU 10 AOUT 1865. 

La séance s’ouvre à deux heures, sous la présidence de M. Clerc- 
Outhier. 

Le procès-verbal de la séance du jeudi 15 juin, est lu et adopté. 

Conformément à l’ordre du jour, il est procédé au dépouillement de 
la correspondance. 

M. Francis Wey, reconnaissant de l’insertion dans le Bulletin du dis- 
cours qu’il a prononcé au concours régional d’Annecy, veut bien nous 
assurer de tout son dévouement. 

Joséphine Raindre, de Guéret, nous fait l’honneur de nous in- 
former de son intention à prendre part à notre prochain concours. 

M. L. Oppepin, d’impliy, nous prie de soumettre au comité de pu- 
blication, une nouvelle pièce de vers qu’il nous adresse, sous ce titre : 
VEspérancc. 


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— m — 


M. C. Baud, du Ficd, nous fait remettre, en les recommandant, des 
observations sur les causes qui ont entravé, cette année, le travail de» 
abeilles, et qui les mettront en grand danger de famine Tliivcr pro- 
chain, si la récolte du miel n’est pas faite avec une extrême prudence. 

Une lettre de M. le D' Rouget, d’ Arbois, qui accompagne une notice 
sur l’écrevisse, nous (bit part du désir qu’elle soit imprimée dans notre 
Recueil, comme présentant un incontestable intérêt d’actualité. 

M. Joseph Bonjean, pharmacien à Chambéry, veut bien nous adres- 
ser plusieurs exemplaires d’une brochure dont il explique ainsi l’à- 
propos. 

Au moment où le choléra, qui se montre déjà en Egypte, en Angle- 
terre, en Turquie, en Italie, etc., et peut venir jusqu’à nous, et que, sur 
plusieurs points de la France, régnent des affections diaschccgucs et 
choléréi formes, pouvant, d’un moment à l’autre, prendre un caractère 
plus inquiétant, M. Bonjean appelle notre attention sur un agent théra- 
peutique qui peut rendre, dans ces cas, de réels services à la santé pu- 
blique. 

Il s’agit d’une combinaison éthéréc, réunissant ce qu’on appelle les 
stimulants diffusibles^ dont il est l’auteur, et créée par lui en 1854, et 
jouissant d’une efficacité relativement aussi remarquable que celle de 
l’crgotine. La brochure contient sur la nature, la composition et le 
mode d’emploi de ce produit, tous les renseignements nécessaires. Ce 
produit se recommande surtout à Messieurs les Médecins qui peuvent 
l’essayer à l’occasion, non-sculcmcnt dans les cas précités, mais encore 
dans tous les troubles de l’appareil digestif. Dans ces diverses circons- 
tances, des voix autorisées ont signalé les heureux résultats obtenus 
par ce médicament, après l’inutile emploi de tous les autres moyens 
les plus réputés en l’espèce. 

C’est ce dont témoigne la brochure en question , intitulée ; Etiier 
sulfurique^ ses applications en médecine^ dans les arts et Vindustrie, 

Ces communications sont suivies des lectures à l’ordre du jour : Le 
livre d*or des sauveteurs, — Rapport à la séance solennelle du 26 no- 
vembre 1863, sur les actes de sauvetage accomplis cette année, par 
M. Lcon^Jaybert, avocat à la Cour impériale, et secrétaire général de la 
Société des Sauveteurs. — Un peu de tout, vers et prose, par le meme. 
(De ces trois publications, analyses par M. H. Cler). 


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— MO — 


AMÉLIORATIONS AGRICOLES. 

Rediereliett expérimentales sur 
les moyens cl*au§paienter é Isà fois Isà ricbesse 
publique et la ricbesse privée, 

PAR n. CnORRA€X - miBISSOR , MEMBRE CORRESPORDART. 

(Suite). 

Pour apprécier ce qu'il y a de matières sèches dans le poids dont le bœuf 
s'est accru» nous sommes forcé de faire une hypothèse. 

Admettons que le bœuf ait fixé dans ses tissus la moitié de la graisse que 
la Tache a donnée dans son lait» c’est-à-dire 32 kilog.» il reste 102 kilog. de 
Tiande dépourvue de graisse» lesquels desséchés de manière à en éliminer 
la totalité de l’eau libre, ne représentent pas le quart de leur poids primitif. 

En effet» la chair musculaire du bœuf ne laisse après sa dessication qu'un 
résidu qui ne s’élève qu’à 23 p. O/q son poids» et encore faut-il ajouter 
que la chair qui» ainsi traitée» a donné ce résultat» n’avait pas été dépouil- 
lée de sa graisse. 

Ainsi» 102 kilog. de viande» dans l’état où nous les supposons surtout, 
représentent à peine 25 kilog. de substances azotées sèches. 

Le bœuf n’a donc fourni que la moitié de la matière grasse» et pas tout-à- 
fait le tiers de la substance azotée obtenue de la vache ; de plus» celle-ci a 
donné 90 kilog. d'une autre matière composée en grande partie de lactose» 
qui» comme aliment» vaut le sucre dont le rôle deviendra de plus en plus 
important dans l’alimentation de l’homme. 

Voilà des faits que nous croyons à l’abri de toute contestation ; ils ont 
d’ailleurs été obtenus dans des circonstances qui sont plus favorables aux 
bœufs à l’engrais qu'aux vaches laitières» quand il s’agit de comparer les 
produits des uns et des autres. 

En effet» sur 18 bœufs placés dans le même herbage» c'est celui dont il 
est ici question qui a pris» en moyenne, le plus de poids pendant le même 
temps; carie plus grand nombre a augmenté! peine d’un kilog, par jour. 

Ajoutons» et c’est là un fait important» qne c’est seulement pendant les 
trois premiers mois de sa période d’engraissement que notre bœuf» comme 
il en sera toujours en pareille occasion» a augmenté d’un poids aussi consi- 
dérable. 

Bien que la vache qui a donné pendant trois mois» en moyenne» presque 
20 litres de lait par jour» n’ait pas continué à en donner la même quantité 
pendant les mois d’aoùtet septembre (puisque cette moyenne n’a été que de 
14 litres par jour), cependant la diminution du lait chez la vache n’a pas 


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- 

éié on rapport ayec le faible poids que le bœuf a pris, car du l*' août au 
octobre, n'ayant augmenté que de 27 kilog., il n'a paa gagné, en 
moyenne, par jour, 500 grammes. 

Comme on le voit, il eût été encore plus ayantageux pour la yache laitière 
qu'on eût comparé ses produits ayec ceux du bœuf à l'engrais pendant ces 
deux derniers mois que pendant les trois premiers. 

Si l'on m'objectait que ma yacbe laitière, en me donnant presque 20 litres 
de lait par jour, est une yache exceptionnelle, je répondrais qu'en Nor- 
mandie, lorsqu'on choisit bien ses yaches à lait dans la race cotentine, et 
qu'on leur donne de bon pâturage en abondance, on obtient de la plupart 
d’entre elles 20 litres de lait, dans les circonstances dans lesquelles nous 
les ayons obtenus de la nôtre. 

Il y a des yaches, dans notre pays, qui donnent, par jour, à l'époque où 
la Tache est dans la force du lait, 30, 36 et quelquefois 40 litres, mais ce 
sont U des exceptions, Les agriculteurs qui s’occupent ayec intelligence 
de l’élèye de la vache laitière, n'ont généralement que dés vaches qui four- 
nissent dans la saison convenable 20 litres de lait par jour. C'est tout ce 
qu'on peut et doit demander de la race cotentine. 

Notre vache n'est donc pas une vache hors ligne comme laitière. 

Puisque dans les circonstances où nous avons comparé les produits 
du bœuf avec ceux de la vache, circonstances où le bœuf a le plus d'a- 
Tautage à être comparé à la vache, pendant sa période d'engraissement, la 
Tache laitière donne néanmoins beaucoup plus de matières utiles à l'homme 
que le bœuf à l'engrais, le seul problème à poser est celui-ci : ou la vache 
consomme plus d'aliments que le bœuf, tout étant égal d'ailleurs, ou si 
elle n'eu consomme pas davantage, elle en tire un meilleur parti? 

C’était à l’expérience et à l'observation de répondre à cette question. 

Pour cela, il y avait deux choses à faire : analyser les excréments 
liquides et solides de ces deux animaux ; 2* déterminer la quantité d'ali- 
ments que chacun dépensait en 24 heures. 

Pendant les trois mois qu'a duré l'expérience, nous avons analysé de 
temps en temps les bouses et les urines du bœuf et de la vache, et nous 
n’avons pas trouvé plus de matières organiques dans les excréments de 
l'on que dans les excréments de l’autre. 

Dans ces analyses, il ne s'agissait pour nous que d’apprécier la différence 
que les excréments liquides et solides du boouf présentaient avec ceux de 
la vache. 

Ce ne sont donc que des analyses comparatives que nous avons faites. 
100 parties de bouses de bœuf et IQO parties de bouses de vache ont été 
desséchées à une douce température, de manière à éliminer seulement 
tonte l'eau et à laisser intactes les matières solides. 


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- 2*4 — 


ÜL^prlcsulturc. — Cultures fourragères de toute nature lo« 
plus abondantes. — Améliorations agrieoles. — Mise en valeur d^s 
terres incultes.-^ Ensemencement en lignes. — Introduction d’espèce^s 
végétales les plus avantageuses. — Comptabilité agricole la mieux 
tenue. — Nomenclature raisonnée des produits de culture les plus 
utilisables dans le Jura h remplacer les produits trop abondants et 
trop peu rémunérateurs de la culture du blé froment, etc. 

2* Viticulture* — Culture en lignes. — Préservatifs des gelées 
et de Toïdium. 

Sylviculture* — Moyens pratiques, économiques et sûrs^ 
de repeuplement des vides des forêts. 

4" l^lenceA vmturelle»* — Recherches sur la diminution 
des épidémies et épizooties de Tespèce bovine dans le département. — 
Le tournis, chez la race ovine, peut-il être guéri par une opéraXion 
chirurgicale? 

(^lenccA et I^ettreeu — Histoire d’une localité, d'un 
personnage remarquable du Jura. — Abbayes, églises, villes du Jura. 

— Les prieurés de Château-sur-Salins, de Gouailles, de Rosières, etc. 

— Continuation de Thistoire de Poîîgny, de 1700 à 1848 exclurnw- 
ment. — Les biographies de l’avocat J. -B. Perrin (de Lons-le-Saunier); 
du général Cler (de Salins); de Monseigneur Gabet (de Nevy-sur- 
Seillc). — Monographie du château de Montrond. — Un petit Traité a 
l’usage des écoles primaires du Jura, concernant soit l’agriculture, 
l’horticulture, la viticulture, soit l’hygiène, soit les faits historiques, 
les us et coutumes qui intéressent le plus le département. — Topo- 
graphie, statistique médicale ou agricole d’une commune ou d’un 
canton du département. — Rcdierches archéologiques inédites con- 
cernant le Jura. 

6® iMtructlon primaire* — Moyens pratiques k la dispo- 
•sition des instituteurs pour obtenir une fréquentation plus régulière 
des classes en élé. — Questions de Pédagogie. 

€4oadltlon» (téaéralee* — La Société tient d’ailleurs en 
réserve des récompenses et encouragements pour tout sujet traité avec 
c o p a ctcac c et talent en dehors des qu e s t io n s indiquées dans le présent 
programme. 

Les mémoires devront être adressés à M. Henri Clcr, sccrélaii*c de 
la Société, k Poligny, avant le 1'^ janvier (terme de rigueur). 

Le Ptrsideni, CLERC-OÜTHIER. 

POLICNY, mi*. DE MABESCIIAL. 



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— 2*8 — 


SCIENCES NATURELCES. 


neebercliefli exp4rlmeiitttlet» siur le Gk>ltre, 

PAa M. CaOHNAUX-DVBlSSON, MEMBRE CORRESPOND A IVT. 


(Suite). 

INDICATIONS CURATIVES ET TRAITEMENT. 

Résoudre le goitre, ou en prévenir et en modérer Taccroissenieni 
par l’indication générale de cette affection; favoriser spéciale- 
ment quelques autres de ses terminaisons, comme la liquéfaction et la 
suppuration ; obvier, dans d’autres cas, à quelque cause spéciale du 
goitre, aux lésions graves que cette tumeur occasionne dans les fonc- 
tions des organes qui importent à la vie, et, alors, détruire, extirper 
ce mal, ou bien en pallier les dangers, rentrent dans les indications 
particulières qu’il peut offrir dans certaines circonstances de sa produc- 
tion. Le régime de vie ou le traitement hygiénique, et divers médi- 
caments, tant internes qu’externes, regardés comme fondants ou réso- 
iatifs, sont les moyens qui peuvent remplir la première de ces indica- 
tions. Une médication révulsive ou dérivative énergique, et une série 
de moyens locaux tirés de la petite et de la grande chirurgie, tendent 
è remplir la seconde. 

H convient, toutefois, de faire remarquer que le plus souvent la réu- 
nion du plus grand nombre de ees secours échoue ou demeure sans 
efficacité réelle pour la guérison du goitre : 

1® Traitement général du goitre. 

A. Les moyens hygiéniques les plus simples de tous ceux qu’on 
paisse opposer au goitre, et qui sont d’ailleurs nécessairement asso- 
ciés aux autres ressources de la thérapeutique, sont souvent aussi les 
plus utiles ; et, dans le g(Atre endémique, ils réunissent à l’avantage 
très-ordinaire de combattre efficacement cette affection, celui d’en 
pouvoir prévenir le développement ; ce qui le rend alors tour-à-tour 
prophylactique, palliatif et radical. 

On sait que le goitre endémique, qui est en grande partie produit et 
développé sous l’influence des conditions atmosphériques comprises 
sous la dénomination de circumfusa, diminue d’abord, et guérit tout- 
à-fait par les voyages et par l’habitation dans un pays ouvert, dans le- 
quel Tair est salubre, sec et renouvelé. 

On prévient alors, encore, le développement du goitre de cetl 








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— 226 ~ 


chez les jeunes enfants, lorsqu’on les change d’air à une époque conve- 
nable et qu’on les tient éloignés du lieu natal pendant un temps suffi- 
sant, et qui s’étend généralement jusqu’à l’âge de puberté. Indépen- 
damment des voyages, dont je fais un précepte, il serait bon aussi que 
rallailement des enfants nés dans les vallées fut fait en montagne, par 
une nourrice étrangère, et que les enfants ne rentrassent chez eux 
qu’ après l’âge de 7 à 8 ans. Saussure a envisagé les plantations d’ar- 
bres autour des habitations, comme propres à l’assainissement de l’air; 
il faudrait, au contraire, à mon avis, pour atteindre ce résultat, faire 
abattre soigneusement tous ceux qui sont dans le voisinage des habi- 
tations, et particulièrement les arbres fruitiers, vu qu’ils entretiennent 
l’humidité en formant d’épais bocages. Il faudrait encore qu’on établit 
un système d’irrigations propres à prévenir la stagnation des eaux et à 
favoriser leur écoulement ; il faudrait ouvrir les chemins, élever les 
terrains, donner une bonne exposition aux habitations, leur donner 
de larges ouvertures, chauffer les appartements, et surtout fortifier le 
corps contre les impressions nuisibles de l’atmosphère. Or, on doit 
placer au nombre des moyens qui remplissent cette indication, 1^ 
soins de propreté, les bains froids, l’exercice journalier, les frictions 
sèches, toniques et excitantes sur la peau, une bonne alimentation, les 
vêtements les plus propres à défendre de toute espèce d’humidité, et 
parmi ceux-ci, l’application constante de ceux qui doivent particulière- 
ment protéger le cou. 11 faut défendre le mariage avant l’âge viril, et 
dans la vue d’éteindre le goitre, l’interdire même entre goitreux, à un 
certain degré ; il faut d’ailleurs que les mariages soient bien assortis, 
et il faut dans cette union croiser les races. 

Quant à l’éducation morale {percœpta), nous renvoyons à l’ouvrage 
de M. Fodéré, qui y consacre (pag. 241 et suivantes^ un article spécial. 

Brouzet, qui a spécialement considéré l’hygiène prophylactique do 
goitre, par rapport à l’enfance, veut, à ce sujet, qu’aussitôt qu’un en- 
fant peut être menacé du goitre, on évite autant que possible qu’il 
pousse de grands cris, et qu’on l’éloigne de l’exercice du chant. 

On le doit encore empêcher, suivant Brouzet, de souffler avec force 
dans les instruments de cuivre, d’éternuer avec violence, de soulever 
des fardeaux et de se mouvoir avec force et précipitation. 

Tous les auteurs conseillent, d’ailleurs, touchant l’hygiène du goitre, 
cette série de moyens de régime connus, qu’on oppose généralement 
avec succès, dans tous les lieux, à la faiblesse universelle de l’écono- 
mie, à la constitution lymphatique, et surtout aux scrofules. Mais on 
sait que le plus souvent les moyens hygiéniques ne sont pour le goitre 


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— 227 — 


endémique, dans leqüel on ne peut employer Téloignement du pays, 
et plus encore pour le goitre accidentel, que de simples auxiliaires, de 
ceux que la thérapeutique emprunte à la matière médicale, et qui 
rentrent dans la classe des topiques et des médicaments internes. 

B. Les médicaments internes qu'on oppose au goitre sont ceux qu’on 
a décorés des noms d'incisifs^ de fondants et d'absorbants. L'éponge 
marine ( spongia offkinalis ) qu’on brûle et qu’on administre sous 
plusieurs formes, a spécialement été préconisée, dans le traitement du 
goitre, depuis qu’ Arnaud de Villeneuve a imaginé de la donner à l’in- 
térieur contre les scrofules; mais l’efficacité de ce remède parait au- 
jourd’hui tellement révoquée en doute, que nos traités récents de ma- 
tière médicale n’en font même pas mention. Cependant ce médica- 
ment qui consiste, suivant Fourcroy, dans un charbon dense, uni à 
xroe assez grande quantité de muriate de soude et de phosphate de 
chaux, ne saurait sans doute être envisagé, sans erreur, comme d’un 
effet absolument nul. Voici, au reste, ce qu’en rapportent les auteurs, 
et notamment ceux-là même qui assurent en avoir constaté l’efficacité, 
principalement dans les pays à goitre. 

On conseille donc l’éponge brûlée et réduite en cendres, ou bien en 
poudre impalpable après sa simple carbonisation, et on l’administre 
seule, ou, ce qui arrive le plus souvent, on Punit avec l’écarlate et les 
coquilles d’œufs également brûlées et torréfiées. Quelques-uns délaient 
cette poudre dans un peu d’eau et l’administrent ainsi. Mais le plus sou- 
vent on en forme un électuairc, des bols ou des pastilles, en Punissant 
au miel et avec quelques substances amères et aromatiques. M. Fodéré 
préconise singulièrement le mélange à parties égales, de l’éponge seu- 
lement à demi-brûlée, avec le miel et la cannelle en poudre ; il en 
prescrit, trois fois par jour, la grosseur d’une noisette chaque fois, et 
le plus souvent les goitres endémiques récents ont cédé avec une 
grande promptitude, c’est-à-dire dans l’espace de quinze à vingt jours, 
à l’emploi de ce moyen. M. Fodéré, que ces tablettes ont contribué à 
guérir lui-même, ajoute à leur effet, outre les moyens hygiéniques, 
l’usage de quelques purgations données à l’avance et répétées de huit 
en dix jours. Herrenswand, médecin de Berne, préférait la simple dé- 
coction d’éponge à l’éponge en nature, brûlée ou seulement demi cal- 
cinée. Ce médicament lui paraît alors moins fatiguant pour l’estomac, 
cl exposer moins fréquemment d’ailleurs les femmes qui en font usage 
aux fleurs blanches qui, d’ordinaire, compliquent chez elles la dyspepsie. 

L’éponge demi brûlée et seulement carbonisée, fait encore la base du 
remède de Planque, lequel consiste, en effet, dans des pilules qu’on 


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— 228 — 

forme avec un sirop de sauge au miel, amalgamé avee cette substance 
préalablement réduite en poudre. On prend, le soir, en se couchant, 
un drachme de cet élcctuaire. Lane et beaucoup d’autres médecins at- 
tribuent beaucoup d’avantages à la prolongation du séjour de l’éponge, 
administrée sous forme de tablettes ou d’électuaire , dans la bouche. 
Tous conseillent donc d’en retarder longtemps la déglutition. Cette 
précaution, qui nous parait favoriser l’action des glandes salivaires et 
d’augmenter sympatiquement toutes les sécrétions de l’isthme du go- 
sier et du pharynx, contribue-t-elle de la sorte à diminuer la fluxion 
humorale qui cause le goitre ? 11 est difficile de rien affirmer i ce sujet ; 
mais cette explication peut paraître préférable à celle que fournit M. 
Fodéré, qui attribue à l’absorption immédiate de l’éponge elle-même, 
et à son transport direct sur le corps thyroïde, par les vaisseaux lym- 
phatiques de l’arrière-gorge, la guérison ou la diminution notable de 
la tumeur qu’on obtient alors. On sent trop, sans doute, que la con- 
naissance des phénomènes et des lois de l’absorption n’est pas compa- 
tible avec l’admission d’un pareil mode d’action. 

Divers auteurs, et M. Fodéré en particulier, assurent encore avoir 
obtenu des succès assez décidés de l’usage des pilules savonneuses, ou 
bien de l’administration de l’hydro-sulfure de potasse, boisson formée 
de la dissolution de 30 grains de sulfure de potasse dans deux livres 
d’eau ordinaire. On fait prendre, pendant un certain temps, deux ou 
trois verres de cette eau chaque jour. On a employé encore, contre le 
goitre, les apozèmes nommés apéritifs^ dans lesquels on fait dissoudre 
quelque peu de tartrale antimonié de potasse, et qu’on fait prendre, 
pendant un mois, à la dose de quatre verres par jour. 

M. Brun assure qu’on retire souvent beaucoup d’avantage, Hanc 
celles des contrées de l’Auvergne où le goitre existe le plus conununé- 
ment, d’un opiat assez composé, et dans lequel entre le safran de 
mars apéritif, l’éthiops minéral, la rhubarbe, le jalap, la gomme am- 
moniaque et la poudre des cinq racines apéritives. Les malades boi- 
vent, après en avoir fait usage, un verre de tisane composée avec le 
chiendent, la racine de bardane et le nitrate de potasse. 

Que faut-il penser de l’usage des coquilles d’œufs calcinées, prises 
à la dose d’un ou deux gros par jour et pendant longtemps, remède pré- 
conisé par Hévin, et dont on rapporte, suivant ce praticien, des succès 
singuliers? Il ferait rendre, suivant Hévin, un flux abondant d’urines 
blanches et bourbeuses, et il exciterait même quelquefois un peu de 
salivation. 

Quelques médicaments regardés comme antiscrofuleux, et préconi- 


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— 229 — 

sës dans le traitement du goitre à eause des analogies admises entre 
les deux maladies, paraissent aujourd’hui à peu près tombés en désué- 
tude. De ce nombre se trouvent spéeialement, comme on sait, l’anti- 
moine et quelques-unes de ses préparations, comme son oxide hydro- 
sulforé brun, le sulfure rouge de mercure, les muriates d’ammoniaque, 
de soude et de baryte, la pierre ponce, et plusieurs autres encore 
qu’il serait trop long d’énumérer, et auxquels on attribuait la vertu 
de fondre et de diviser la lymphe épaissie, coagulée et retenue dans 
le corps thyroïde. Mais on sent assez, sans qu’il soit besoin de le dire, 
combien une pareille hypothèse doit paraître gratuite. 

Nous passerions volontiers sous silence ces compositions plus ou 
moins monstrueuses ou compliquées, pour la plupart tenues secrètes 
parleurs auteurs, et qui résultent ordinairement de quelque combi- 
naison des médicàments précédents, attendu que le plus souvent la 
propriété anti-goitreuse et spéciflque, attribuée n ces baumes, ces 
eaux, ces élixirs, ces essences, etc., ne repose guère, en effet, que sur 
la crédulité des malades et sur l’intérêt de ceux qui les composent, les 
vendent ou les préconisent. Nous ferons, toutefois, k ce sujet, une ex- 
ception que le professeur Perey jugeait toutr-à-fait méritée, en faveur 
d’une eau particulière, toujours innocente dans ses effets, que l’on 
donnait à la dose de quelques cuillerées par jour, et par laquelle ce 
savant a vti guérir, en différents pays, et notamment dans les Vosges, 
des milliers de goitreux. Cette eau longtemps préparée à Strasbourg, 
oà elle a joui d’une vogue méritée, parait avoir été transmise à N. Ba- 
taille, pharmacien à Paris, chez lequel on pouvait se la procurer. 

De nos jours, c’est l’iode avec ses différentes préparations et combi- 
naisons que l’on emploie le plus ordinairement dans le traitement du 
goitre. L’iodure de potassium semble avoir un effet spécifique bien ca- 
ractérisé. L’huile de foie de morue, si vantée de nos jours, m’a rendu, 
ainsi que l’iodure de potassium, des services signalés dans le traite- 
ment de cette maladie. Les préparations de fer et d’iode sont aussi d’un 
effet souverain. Les pilules d’iodure de fer de Gille sont d’un emploi 
journalier. A mon avis, l’iode et l’iodure de potassium sont les meil- 
lears moyens que nous offre la thérapeutique dans le traitement in- 
terne du goitre. 

(A suivre). 


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— 230 — 


l^ettre autograplie de üliirabeAu. 

Monsieur le comte ^ je reçois avec reconnaissance Tenvoi que vous 
vouiez bien me faire des remontrances du Parlement et de la réponse 
du roi. C’est une occasion naturelle et impérieuse de m’expliquer avec 
vous sur l’ouvrage que voua avez désiré de moi. 

Et d’abord , pour exposer la première difficulté qui se présente, un 
tel écrit, croyez- mot. Monsieur le comte, j’y ai beaucoup pensé, un 
tel écrit n’est pas de nature à pouvoir être ni rédigé^ ni publié avec 
précipitation. 

Les principes à poser sont tellement délicats, on y est si peu préparé, 
qu'ils ne peuvent avoir de base solide que les faits. Or, la recherche 
des faits exige du temps; leur rapprochement en nécessite, et le temps 
manque absolument dans le terme que vous m’avez indiqué. Certes, 
un écrit médiocre, et surtout un écrit médiocre de moi , ne serviroit 
pas vos vues; la chose publique n’y gagneroit rien, et j’y perdrois beau- 
coup. 

En effet, et comptant pour rien les dangers personnels que je cour- 
rois, en m’attirant la haine implacable des corps qui ne sont pas ter- 
rassés, qui dévoreront peut-être un grand nombre d’ennemis avant de 
l’être, ou plutôt, et pour trancher le mot, qui ne le seront jamais aussi 
longtemps qu’on les attaquera sans avoir la nation pour auxiliaire, est- 
ce bien le moment de faire dénoncer à la France une aristocratie de 
magistrats que celui où le roi n’a pas dédaigné de la dénoncer lui- 
roéroe? Aujourd’hui peut-on servir utilement le gouvernement? est-ce 
le moment de guerroyer pour l’autorité, que celui où l’on n’a pas craint 
de mettre dans la bouche du roi un discours dont la France va retentir, 
et duquel il résulte en bonne logique que sa volonté seule fait la loi? 
Peut-on croire que ceux qui posent de tels principes, veuillent de bonne 
foi les Etats généraux? J’ai eu l’honneur de vous le dire, M. le comte, 
et je l’ai répété à M. le garde des sceaux : Je ne ferai jamais la guerre 
aux Parlements qu'en présence de la nation. Là et seulement là, ils doi- 
vent, ils peuvent être réduits à leur caractère de ministres de la justice; 
mais, si à la place des droits qu’ils nous ont usurpés, nous ne voyons 
pas naître une constitution sanctionnée par notre consentement, qui 
d’entre les honnêtes gens voudroient effacer les derniers vestiges de 
nos libertés mourantes? Si la volonté d'un seul doit faire désormais la 
loi dans la monarchie, qu’avons-nous besoin de nous mêler des disputes 
qui s’élèvent entre le monarque et les mandataires de sa volonté? Qu’a- 
vons-nous à perdre de cctlc guerre? Ou plutôt, comment n’cncourage- 


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— 231 — 


noDs-nous pas la résistance des seuls corps qui aient conserve les 
moyens de composer avec celle terrible volonté ? 

Ah! M. le comte, j’ai déjà. eu l’honneur de vous le dire : il serait 
bien maladroit le gouvernement qui rendre! t la France parlementaire! 
Elle serait bien inexplicable la conduite qui tendroit à accélérer cette 
pente dangereuse ! Eh ! quoi ! ne peut-on pas se passer du Parlement 
par le fait d’ici aux Etats généraux? Pourquoi se hâter de s’en passer 
par le droit si l’on veut réellement assembler la nation? Si l’on été à la 
nation le fantéme qu’elle a longtemps regardé comme le gardien de ses 
droits, sans l’appeler à en surveiller elle-même la conservation et l’exer- 
cice, elle ne croira pas que l’on détruise pour construire, que l’on ré- 
prime l’ambition des corps pour constituer le royaume, elle croira 
que l’on marche au despotisme absolu, au simple et pur arbitraire exa- 
gérés par la roéGance publique. Qui oseroît répondre que dans de telles 
circonstances il n’y aura point d’insurrection? et s’il en vient une, il 
n’est pas donné à la sagesse humaine d’en calculer les suites. Mais si 
l’on substitue au contraire un système vraiment national au langage 
suranné de l’autorité arbitraire, tout s’applanit de soi-meme; eh! ne 
voyez-vous pas, M. le comte, qu’au premier mot solennel qui indiquera 
l’époque précise de la convocation des Etats généraux, tout sera calme? 
que les bons citoyens, les hommes paisibles, les François qu’on n’est 
pas encore parvenu à dégoûter de la monarchie, parce qu’ils sentent 
bien que la France est géographiquement monarchique, seront remplis 
d’espoir et de docilité à l’instant même? qu’il ne restera pas le moindre 
moyen aux hommes turbulents, aux corps inquiets d’exciter le plus léger 
orage jusqu’à rassemblée nationale? que si le gouvernement a besoin 
de secours momentanés, d’un crédit temporaire, c’est encore là le meil- 
leur moyen de se les procurer, parce que les Etats généraux sont aussi 
nécessaires comme la seule ressource des finances que comme moyen 
unique de constituer le royaume et vice versa ? Qu’en un mot, il n’y a 
de difficultés dans tout ceci que celles que l’on se suscite à soî-méme, 
ou qui résultent de cette terrible maladie des ministres, de ne pouvoir 
jamais se résoudre à donner aujourd’hui ce qui leur sera inrailliblcment 
arraché demain ?. . . 

Non, M. le comte, le moment de faire la guerre de plume aux Parle- 
ments n’est pas venu. On se méfie trop et à trop bon droit du gouverne- 
ment. Qu’il recouvre la confiance de la nation ( et certes il ne le peut 
plus qu’en l’appelant à connaître scs affaires et à décréter un secours 
que leur situation exige), qu’il recouvre la confiance de la nation, sou- 
dain les parlements seront, par la force des choses, réduits à leur misé- 


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— *3Ï — 

rable stature ; leurs coupables intrigues s^ont avortées ; leurs foHea 
provocations recevront leur digne salaire; toute leur foree est dans la 
détresse du gouvernement et le mécontentement des peuples. 

Voilà, M. le comte, le précis très-succinct des réflexions que m’a 
dicté ma très-sincère envie de vous servir, combinée avec les évène- 
ments et avec le respect que je dois à moi-méme. 

Ne compromettez pas un serviteur zélé qui comptera pour rien ses 
dangers le jour où il faudra se dévouer è la patrie, mais qui au prix de 
toutes les couronnes ne voodroit pas se prostituer dans une cause équi- 
voque où le but est incertain, le principe douteux, la marche effrayante 
et ténébreuse. £h ! ne perdrois-je pas tout ce peu de talent dont vous 
vous exagérez l’influence, si je renonçais à cette inflexible indépen- 
dance qui seule m’a valu des succès et qui seule peut me rendre utile 
à la cause de mon roi et de mon pays. 

Je suis avec respect, M. le comte, votre très-humble et obéissant 
serviteur. Le comte de Muiabiao. 

iS avril I78S. 


REVUE BIBUOGRAPHIQUE. 

De V Emprisonnement cellulaire, par le ioeV Prosper de Piélra- 
Santa, médecin (par quartier) de l’Empereur. 

Il n*est pas bon que Vhomme soit seul, fait dire à Dieu la Genèse, an 
moment où le Très-Haut se dispose à donner une compagne au père du 
genre humain. 

Ces paroles eussent pu servir d’épigraphe à l’opuscule du savant 
docteur, et lui prêter leur autorité dans la réprobation qu’il inflige au 
système cellulaire, du moins dans son application absolue. 

Conçoit-on, en effet, de quels pernicieux fantômes'doit être obsédée, 
de quelles tentations mauvaises assaillie l’imagination d’un enfant, 
d’un adolescent, voire même d’un honune, tout-a-coup retranché 
de la société civile, violemment arraché à la fréquentation de sa 
famille, au contact des amis et connaissances, puis, même dans la mai- 
son de correction où il est jeté, séquestré de ses compagnons de déten- 
tion, et dans l’affreuse cage de quelques pieds carrés où il est empri- 
sonné, sans cesse en présence de lui-même, à peine visité quelques 
instants par un gardien porteur d’une nourriture insuffisante, et par un 
auménier dont les paroles de consolation ne sont ni entendues, ni com- 
prises par un esprit aigri, irrité? Que s’il est interdit aux Trappistes de 


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— 233 — 

se parler, du moros leur estr-il pemiia de ae voir, de travailler ensemble 
et de ebanter en commun les louanges de Dieu. Mais toujours isolé ! jour 
et nuit toujours livré au désordre d’une pensée en révolte et laOcée 
hors de ses voies! 

De là la fréquence des cas de folie ou de suicides. 

Les statistiques recueillies par l’auteur constataient de IStSO k 1854, 

pour Mazas, 71 cas de folie sur 27,000 prisonniers, 

pour les Madelonnettes, ... 41 — 14,000 — 

pour Mazas, sur une population flottante de 26,268 prisonniers, 26 sui- 
cides et 43 tentatives, c’est-à-dire 1 suicide sur 971 prisonniers, 1 ten- 
tative sur 765. 

Aux Madelonnettes, en proportion. 

Si une diminution s’est remarquée dans les sept années suivantes, 
c’est grâce aux améliorations introduites dans le régime intérieur de 
la prison. 

Mais, objectent les partisans de remprisonnement cellulaire, c’est le 
système le plus propre à moraliser, à rappeler à de meilleurs senti- 
ments : préventif, par la mise au secret du prévenu et l’impossibilité 
où il est de communiquer avec le dehors, de manière à faciliter la dis- 
tinction de l’innocent du coupable ; répressif, par la soustraction des 
moins compromis à l’influence perverse des plus engagés^ 

Ce résultat peut être atteint sans tomber dans une sévérité excessive, 
et par la seule admission des catégories, comme aussi par l’adoption 
des conseils suivants : 

« Une surveillance plus active de la part des gardiens, pour prévenir 
les accidents. 

<c Une intervention plus régulière, plus prompte du médecin, alors 
que se produisent les premières manifestations du trouble intellectuel. 
« L’augmentation du temps consacré à la promenade. 

U Une nourriture plus saine et plus abondante. 

« Le contact plus fréquent des détenus avec les personnes pouvant 
exercer sur leur esprit une action moralisatrice. 

« Enfin la généralisation dans les cellules d’un travail sérieux et 
utile. » 

Accueillis avec faveur par la presse, notamment les feuilles compé- 
tentes ; encouragés par un rapport motivé de l’Académie de médecine; 
sortis victorieux d’une discussion au sein du Sénat de Hombourg et du 
gouvernement autrichien du littoral, nul doute que ces conseils ne con- 
duisent insensiblement à l’abandon d’un système condamné par l’expé- 
rience, et qu’ils n’aient déjà puissamment contribué à la transformation 


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— 234 


opérée naguère dans la maison de la Roquette, du régime cellulaire en 
institution agricole, à l’instar de la colonie pénitentiaire de Metlray, 
cet établissement si remarquable par les résultats merveilleux obtenus 
sur les enfants qui, d’oisifs, de vagabonds et de délinquants, sont ren> 
dus à la société avec un état, et définitivement conquis au travail , à 
l’honneur et à la probité. 

Infanticide. — Momification naturelle du cadavre, par le doct" 
Bergeret, médecin de rhôpitai d’Arbois (Jura). 

Ce travail est le développement d’un rapport fait à la suite cl en 
vertu d’une commission rogatoire décernée par M. le juge d’instruction 
près le tribunal de ladite ville. 

Conformément à ce mandat, le 22 mars 1850, M. le docteur Bergeret 
se transporta sur le théâtre du crime, afin de procéder aux recherches 
prescrites. 

Dans la réparation d’une cheminée à la Rumfort, avait été découvert 
le cadavre d’un enfant qu’on y avait introduit par une ouverture pra- 
tiquée au moyen de l’enlèvement de deux briques formant le couron- 
nement du jambage. 

n s’agissait de jeter un jour vengeur sur un secret offrant tous les 
caractères d’un mystère d’iniquité. 

Après un examen scrupuleux du corps de l’enfant; après l’explica- 
tion raisonnée des causes qui en avaient opéré la dessication et la mo- 
mification, au lieu de lui faire subir la putréfaction ordinaire; aux lueurs 
de la science médicale, éclairée des lumières de l’histoire naturelle, le 
docteur juré fut aisément conduit, par la présence des nymphes et des 
larves d’insectes dans le cadavre, à la solution des questions posées à 
sa sagacité, et aux conclusions qui suivent : 

1® Naissance de l’enfant â terme ; 

2® Naissance vivant; 

3® Vie de peu de durée; 

4® Mort violente selon toute probabilité ; 

5* Et déjà ancienne de plus de deux ans. 

Cinq éléments, de culpabilité pour la mère coupable, qui n’échappa 
devant le jury à la peine du crime d’infanticide que par l’effet des cir- 
constances atténuantes, et comme ayant agi uniquement pour anéantir 
.le fruit de l’adultère. Descendue du banc de la cour d’assises à celui 
des tribunaux ordinaires, elle fut punie : 1® pour délit d’infanticide par 
imprudence et pour accouchement clandestin ; 2® pour délit d’inhuma- 
tion irrégulière. 


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— 235 — 

Qo ¥oit de quelle importance est pour la justice le fait élucidé par le 
sarant docteur d’Arbois. L’intervention du médecin légiste peut ainsi 
trouver dans une application des lois qui régissent la génération des 
insectes» et dans Tétude de leurs métamorphoses» un moyen de préciser 
l'époque où a dû s’accomplir le dépôt d’un cadavre arrivé à l’état de 
momie naturelle. 

Le même fait peut servir aussi à éclaircir la question encore un peu 
obscure des causes productrices de cette modification d’un genre parti- 
culier, et réclamant, dès lors, un examen plus sérieux et plus attentif. 

H. -G. Gler» professeur émérite. 


MÉTÉOROLOGIE. 


FiilminAbilité arboréale» 

PAR M. GirtDRE, MEMBRE FONDATEUR. 

l^QS une des dernières réunions de la Société philosophique de Man- 
eliester, sir Sidebotham a dit qu’il n’avait jamais vu de hêtre foudroyé 
et qu’il croyait pouvoir assurer qu’on n’en rencontre pas. 

Si le bètre est réellement infulmioable, ce qui toutefois ne serait 
prouvé qu’après une série d’observations faites sur une large échelle» 
et que l’administration des forets, par le moyen de ses nombreux agents» 
est seule à même d’entreprendre , comment s’expliquer cette étrange 
exception du fluide électrique en faveur de cet arbre ? Sir Binney, à 
propos de l’assertion de sir Sidebotham, a prétendu que cela tient à ce 
que celte essence ne croit communément que dans les terrains arides 
et sablonneux, et par conséquent fort mauvais conducteurs de l’électri- 
cité. Mais cette explication n’explique rien, selon nous, puisque durant 
la pluie, ces terrains deviennent humides et perdent ainsi leur qualité 
isolanU : les tubes fulminaires ou fvlgurites en sont une preuve irré- 
fragable; du reste, s’il en était autrement, tous les arbres qui s’élèvent 
sur un sol sec, seraient à l’abri des atteintes du tonnerre, et des forêts 
entières de nos plateaux» par exemple» n’auraient rien à redouter de 
cet agent mystérieux de la nature ; cependant on y voit des chênes mu- 
tilés et excoriés dans le voisinage des hêtres, des cerisiers» etc. 

Cherchons-en donc une autix. 

Les corps , h l’état sec , étant de bons conducteurs de l’électricité, 
tandis qu’à l’état humide ils en deviennent de mauvais, théoriquement. 


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— t36 — 

de deux art>reed’ égales dimensions et pkeés dans le même endroit, edni’^ 
dont l’enreloppe corticale sera la plos épaisse, la plus spongieuse et la ^ 
plus ap^ à s’imbiber d’eau ; celui dont l’épiderme sera le plus garni de 
(nyptogomes et de plantes grimpantes, devra être le plus fulrainable, - 
c’est-à-dire le plus sujet au foudroiement. Ainsi , le chêne, qui a une 
écorce épaisse et rugueuse sera généralement plutêt atteint que les 
essences à peau mince et lisse h sa surface, telles que le hêtre, le 
charme et le noisetier. ^ 

L’infulminabilité de certains arbres tiendrait-elle nniqucmênt k la 
nature de leur écorce ? Nous n’oserions le prétendre, parce que ce sujet 
n’a pas encore été étudié; mais lorsqu’on se trouve surpris par un orage, 
au sein d’une forêt, il serait prudent, croyons-nous, avant de chercher 
un refuge sous un arbre, d’en examiner soigneusement l’enveloppe. 

Ce que nous venons de dire semblerait confirmé par les chi£h*e8 sui- 
vants, fournis également par sir Sîdebotham, et qui, embrassant vingt- 
huit observations , indiquent approximativement la fréquence avec la- 
quelle sont foudroyées, en Angleterre, certaines essences forestières. 
Ainsi, on remarquera que le chêne a été atteint plus souvent que le 
peuplier, bien que ce dernier s’élève généralement à une plus grande 
hauteur que le premier. Le peuplier, qui a une peau ridée et velue en 
quelque sorte, à raison d’une multitude de broutilles qui en garnissent 
le tronc dans toute sa longueur, en s’opposant à la libre descente des 
eaux, l’a été davantage que l’érable et le saule. 


Chêne foudroyé, 9 fois 

Peuplier, — 7 — 

Erable, — 4 — 

Saule, — 3 — 

Maronnier, — i — 

Châtaignier, — i — 

Noyer, — 1 — 

Aubépine, — 1 — 

Orme, — 1 — 

Total 28 fois 


Il est vrai que pour que ces nombres fussent l’exacte représentation 
de la fulminid)ilité respective des arbres désignés, il faudrait que les 
constatations eussent eu lieu dans le même endroit, et que chacune de 
ces différentes espèces ligneuses s’y fût trouvée entremêlée dans les 
mêmes proportions, c’est-à-dire, n’eùt formé que le i;28 du massif. 
Cela en a-t-il été ainsi? Rien n’est moins probable; c’est un point, du 


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- *37 — 

reste, sur lequel sir Sidebotbam a uégligé de s’expliquer, ou que 
VEeoiwmia rurale, à laquelle nous empruntons ce taUeau, a passé sous 
silence. 


POÉSIE. 

La lllserté «’exllant de la Pologne, 

PAH M. OPPEPlIf, MEHBHB CORRBSPOMDANT. 

Us ne sont plus : laissez en paix leur 
eendrel 

Casimir Dilaticmi. 

Le destin a parlée le voile se déchire ! 

Un effroyable éclair à mes yeux vient reluire , 

Répandant partout la terreur ! 

C*est la torche des Gzars qui roule et qui flamboie, 

Et pareille au vautour qui dévore sa proie. 

Sur la Pologne en feu vient s'abattre en fureur ! 

Aux sinistres lueurs de rhomicide flamme , 

Une immense douleur a pénétré ton âme , 

Peuple sublime et généreux ! 

Celte hydre flamboyante, hélas ! c'est la tempête ! 

C'est le simoun en feu qui gronde sur ta tête ! 

0 Pologne, c'est plus : c'est l'esclavage affreux ! 

Entendez-vous là-bas ce hurlement sauvage ? 

C'est le Russe abruti par un lâche servage 
Applaudissant à ton malheur ! 

Comme les grains de sable entassés sur la rive 
Etreignent en roulant une source captive. 

Us ont pu sous le nombre étouffer ta valeur ! 

Et les voici du piçd te frappant avec rage. 

Sans pitié t'insultant et t'abreuvant d'outrage. 

Pour venger les affronts passés! 

11 sait, le peuple vil, que ta force est trahie I 
Que ta poitrine en feu râle dans l’agonie. 

Et qu'il tient sous ses pieds tes membres harassés ! 

0 terre bien-aimée ! ô Pologne chérie ! 

J’ai rêvé dans ton sein une douce patrie , 


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238 — 


De tes fils, j’ai fait des héros ! 

Je sondai ton grand cœur; j*y trouTai le courage. 
L’amour de l’équité, la haine du servage. 

Et sur ton sol sacré, je plantai mes drapeaux ! 

J’espérais, j’espérais que Dieu dans sa justice, 

De tes lèvres enfin détournant le calice 
Te garderait un peu de miel! 

Que tout le sang versé, fertilisant la terre. 

Serait le flot sacré de la sainte lumière 
Qui devait t’éclairer comme un phare éternel ! 

Et tous les rayons d’or de ma douce espérance 
Se sont évanouis sous l’amère souffrance 
Qui courbe ton front attristé ! 

Et te voici brisée, abattue et sanglante, 

Appelant vainement d’une voix défaillante 
L’Europe à ton secours, la France à ton côté?... 

0 ma belle Pologne ! 0 mon peuple fidèle ! 

Que ne puis-je aujourd’hui, dévorante étincelle. 
Embraser la terre et les ci eux ! 

Souffler dans tous les cœurs une sublime flamme, 

Qui des peuples unis ne fasse plus qu’une âme 
Pour briser à la fois tes tyrans odieux II! 

Mais je désire en vain ; les nations sommeillent ! 

Seuls tes persécuteurs du haut du Kremlin veillent. 
Chantant ta honte à l’univers ! 

Et la France, ta sœur, jadis ta protégée. 

Ne daigne pas répondre à ta voix affligée!... 

0 Pologne ! un mot d’elle eût fait tomber tes fers I 

Vain appel ! vain espoir ! et tu gémis dans l’ombre ! 
deux, obscurcissez-vous! Terre, à toi la nuit sombre! 

Mes fils sont esclaves encor ! 

Et les quelques héros survivants des batailles. 

Se demandent pourquoi sous Te feu des mitrailles, 
Martyrs, ils n’ont pas eu le bâptème de mort ! 

Ton angoisse est au comble, ô Pologne chérie ! 

Des pleurs mouillent, brûlants, ta paupière rougie... 

Mais quelle tempête en ton front!... 

Des fers, encor des fers!!! Dieu grand. Dieu de justice, 


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— 239 — 

Laisseras-lu vider jusqu’au fond le calice 
Où ce peuple si grand boit le fiel et laffront?... 


Ainsi, l’œil flamboyant, et le geste sublime, 

La liberté debout sur une haute cime, 

Pour la Pologne implorait Dieu ! 

La terre frémissait sous sa puissante étreinte î . . 
Un cri de désespoir répondit à sa plainte : 
L’ange saint s’exilait en murmurant! Adieu!!! 


SOCIÉTÉS SAVANTES. 

Extrait du compte-rendu de Tlnstitut des provinces et de la So- 
ciété archéologique française, par un des témoins occulaires, 
Mélanie Bourotte. 

En province, il y a un certain courage à une femme à avouer son 
amour pour l’étude et son goût pour les choses de l’esprit. A Guéret, 
quelques-unes d’entre nous ont eu ce courage et s’en sont fort bien 
trouvées, car nous avons assisté à une vraie fêle de l’intelligence. Quel 
dommage qu’elle ait fini si vite ! 

Le congrès était présidé par M. de Gaumont, en qui sont incarnés le 
zèle, le dévouement et le savoir. 11 a tout appris et rien oublié, car il 
a conservé au milieu de ses vastes études la simplicité et la dignité gra- 
cieuse du vrai gentilhomme. Un autre savant creusois, M. Pierre de 
Bessac, bien digne de la position de président de la Société savante 
du département, qui lui est conférée, dirigeait les débats qui ont été 
ouverts d’une manière charmante par notre nouveau préfet, le baron 
Tharreau. 

La Marche et le Limousin n’avaient pas seuls des représentants à ces 
assises savantes, et parmi les étrangers accourus pour y prendre part, 
on remarquait un érudit célèbre, M. Bulliot, président de la Société 
éduenne, dont le langage savant et poétique a vraiment captivé l’au- 
ditoire. 

Le premier jour a été consacré à l’archéologie ; nous avons suivi 
d’intéressantes discussions sur les dolmens, les men-hir et les tumulus ; 
les époques celtiques et gallo-romaines ont été fouillées, le moyen-âge 
a été évoqué, et nous avons vu passer tour-à-tour l’ombre des druides 


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— 240 -- 

avec leurs faucilles d’or ci celles des chevaliers bardés de fer. La figure 
basanée du prince Zizlm s’est détachée un moment sur le fond du ca- 
dre ; on nous a montré les vieux murs creusois qui l’ont retenu captif» 
et les splendides tapisseries qui en marquaient la nudité. Nous avons 
vu surgir Ullodomum de la montagne où est maintenant Ussel, et les 
ruines du prœtorium se sont agitées dans les entrailles du Mont-de- 
Joux, notre voisin. Toull-Saintc-Croîx, l’antique oppidum, nous a fait 
lire ses pages de pierres si faciles à déchiffrer par les savants, dit-on, 
et la numismatique elle-même nous a montré ses vieux profils et ses 
exergues rongées par le temps. 

M. Bosvieux, l’ancien archiviste de la Creuse, a savamment réfuté 
des opinions erronées, émises pourtant par des auteurs connus, et nous 
a conduits de Limoges à Clermont par une voie romaine qui traverse 
la Creuse, et qu’il a eu la bonne fortune de retrouver dans toute son 
étendue. 

Enfin, à onze heures du soir, cette première journée se terminait 
par l’étude de quelques monuments de style pur roman que possède la 
Creuse, et en particulier de notre belle église de Chambon. Nul mé- 
mémoire n’avait été écrit sur cet intéressant sujet, qui a été traité en 
oonuersafton et à l’improviste, par le savant abbé Arbelot, curé de Ro- 
eh^liouart, par M. l’abbé Leclière, un jeune prêtre qui partage sa vie 
entre les dévouements religieux et le culte de la science. Le troisième 
interlocuteur et le principal, puisqu’il était sur son terrain, c’était en- 
core M. Bosvieux. 

Le lendemain, les intérêts agricoles et industriels étaient enjeu, et 

encore la discussion et des mémoires offraient un vif intérêt, le dois 
dire pourtant que l’on n’a guère étudié que des questions d’un intérêt 
local. Celle de l’émigration marchoise surtout a pris de longues heures. 
Parmi les orateurs applaudis, je vous citerai surtout le docteur Cres- 
sant, parce qu’il est non-seulement un savant, un praticien distingué, 
un agronome connu, mais plus encore un homme de cœur qui ^e dé- 
voue avec un zèle que n’ont pas refroidi ses 70 ans, au bien général. 
L’amour du pays donnait è sa voix une éloquence émue, et les applau- 
dissements ne lui ont pas manqué. 

Laeonclusion de cette discussion a été que l’émigration est loin d’avoir 
le mauvais effet moral dont oti l’accuse. Dans les proportions énormes 
où elle s’effectue, elle est ft regretter sans doute; mais revenue à ce 
qu’elle était il y a quelques années, elle est nécessaire à la vie du pays 
qui, dans les conditions fatales où il se trouve, ne produirait pas sans 
elle de quoi nourrir ses habitants. Pour en arrêter néanmoins les pro- 


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— 241 — 

portions exagérées, le congres a émis le vœu que les travaux de cons- 
truction fussent un peu ralentis dans les grands centres de population. 

A côté de M. de Bessac, président de notre Société académique, j*ou- 
rais dû citer M. son frère, Tabbé de Bessac, comme l’un des savants qui 
ont le plus apporté de lumières au congres de Guéret. M. l’abbé de 
Bessac a parlé botanique longuement et avec charme ; puis des fleurs, 
il s’est jeté dans les chiffres. Vous voyez qu’il est vrai de dire : les ex- 
trêmes se louchent. Il est l’inventeur d’un mer^ eilleux cadran solaire, 
qu’il a recrée pour l’auditoire, au moyen de longues démonstrations 
mathématiques et de flgures de géométrie. 

EnGn, m’ est-il permis de rappeler que mon excellent frère aussi a 
été vivement applaudi pour un beau et bon travail sur le reboisement? 
Ma modestie de sœur m’empêche de m’étendre davantage et de parier 
des félicitations que nous avons reçues à ce sujet. 


ARCHÉOLOGIE. 

De«crlptlon d*uii de Grégtoire l'SL, pape» 

au eièele , 

PAS M. VIONNtT, VlCE-PaislDBNt. 

La cooslrueUon des chemins de fer et la rectification d’autres n)ies 
ont donné lieu, dans ces derniers temps, a d’importantes decouvertes 
géologiques et archéologiques. Ici , on a ramené au jour des débris 
d’animaux et de végétaux qui existaient propablement bien des milliers 
de siècles avant la conformation actuelle du globe. Lè , de sa pioche, 
le terrassier a soulevé un bouclier d’airain ou la bacbe d’un gaulois. 
Ailleurs, les percées ont mis è nu des aequeducs, des bains, des mo- 
saïques, ou sont répandues à profusion les monnaies des Césars. 

Comme ces monnaies portaient presque toutes, au revers, les images 
de quelques divinités païennes, elles furent un objet d’horreur pour 
les Chrétiens qui, quand ils en curent le pouvoir, les brisèrent ou les 
enfouirent. Les statues qui caractérisaient encore plus le polythéisme 
romain, ne durent guère mieux être respectées par les ardents néophi- 
tes du culte nouveau. 

Il y avait, d’un autre côté, ainsi qu’on le sait, une secte de chrétiens 
qui, prenant a la lettre le précepte de la Genèse : « Tu ne feras aucune 
idole, » détruisaient les images des saints. 


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— *42 — 


11 ne faut donc paa être étonné si , après les diverses invasions des 
barbares et la fureur des iconoclastes (briseurs d*iinagcs% la sculpture 
et la gravure furent si négligées pendant tant de siècles, même par ceux 
qui étaient en tète de la civilisation. Nous remarquons, en effet, que 
les meilleurs artistes dont les papes devaient naturellement se servir, 
ne confectionnaient encore , au Xlll*”* siècle, que des ouvrages qu'on 
prendrait maintenant pour des ébauches d'enfants. 

Nous avons la preuve de ce que nous avançons, par l’empreinte, es 
plomb, d’un sceau de Grégoire IX, trouvée, en 1863, à l^ntmorol. 
Au premier aspect, on prendrait ce sceau pour une médaille; mais en 
l’examinant attentivement, on aperçoit le trou qui traverse son dia- 
mètre çt par où passait le cordon à sceller. 

Sur l’at^ers, se voient deux tètes sans buste et presque de front. Celle 
de droite, h barbe courte, est ornée de deux nimbes formés de points. 
L'autre tète n'en a qu'un de même forme, mais la barbe est longue et 
pointue. La partie supérieure du sceau est occupée par les deux sylla- 
bes réunies : SPASPE. 

Au revers, ou contre-sceau, on lit sur trois lignes, en caractères de 
l’époque : 

GRE 
GORIVS 
P.P. Vllll 

On sait que Grégoire IX, mort en 1241, & l'àge de 99 ans, est l'auteur 
d'un recueil de décisions papales, appelé Déeréiale$. U était neveu 
d’innocent 111, dont il fut l’ardent continuateur â réduire les héréti- 
ques. 11 eut aussi de fréquents démêlés avec l'Empercor Frédéric 11, 
qu’il excommunia deux fois : d’abord, parce que ce prince avait refusé 
d'aller en Palestine après s'y êitre engagé; puis, pour y être allé qu^- 
que temps après sans avoir reçu son absolution, et avoir traité avec 
Mélic-Camel sans demander conseil au vieux pontife (1227-1228). 

Certains antiquaires ont cru voir dans la tète de droite la figure du 
Christ, et dans la tète de gauche celle du pape régnant. Mais un stgil- 
lographe distingué, qui a vu cette authentique, croit que c’est le sceau 
des saints apètres Pierre et Paul. La première syllabe SPA sefaiC alors 
rabréviatkm do Sanciut Paulus. Les trois autres lettres SPE s'inter- 
préteraient aussi par Sanetuê Peiruê. Le double nimbe qui orne la 
tête de ce dernier indiquerait un degré de supériorité sur l'autre per- 
sonnage. 

11 parait qu’à cette époque les inscriptions $e plaçaient encore au- 
dessus de l’effigie, scion l’usage des Juifs. 


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— 243 — 

De quelle natare peut être la pièce que ce plomb a scellée? Cest ce 
qo'oo ne pourrait dire, car ce morceau paraît être resté bien des sièdes 
CDfooi dans la terre. Toutefois, il est bon de rappeler que dans lir pre- 
mière moitié du siéde, le bourg et le château de Monimorot 

appartenaient aux puissants seigneurs de Vienne, qui y faisaient leur 
résidence. L’un d*eux, Guillaume III, était ancien haut-doyen de faiv 
chcfèché de Besançon. En cette qualité, il derait avoir de fréquentes 
relations avec la Cour de Rome. L’histoire rapporte que ce seigneur 
quitta l’état ecclésiastique pour se marier et qu’il n’eut pas d’enfants. 
Ce mariage se fit-il avec ou contre le gré du pape ? C’est ce qu’on ne 
saurait affirmer. On peut an moins supposer que si les choses se pas- 
sèrent comme dans le dernier cas, Guillaume ne dut pas considérer le 
èr^ prohibitif du pontRe comme une rdique, et le sceau dont R s’agit 
aurait été jeté au loin. 


VINIFICATION. 

TjiCk 4Zk>n»ervatioii des Vlnm» 

M. Pasteur, membre honoraire de notre Société, poursuit avec une 
louable ardeur ses éludes sur les vins. Dans la séance du 14 aoAt, le 
uvant chimiste a communiqué â l’Académie des sciences une nouvelle 
note que nous sommes heureux de communiquer â nos lecteurs. 

l’ai eu l’honneur, a dit M. Pasteur, de communiquer anténeuremeni 
è rAcadémie diverses notes sur le vin, ayant pour objet principal les 
changements qu’il éprouve avec l’âge, ses maladies et les procédés 
pratiques que l’on peut mettre en usage pour le conserver sans alté- 
ration. 

Les résultats de mes études peuvent se résumer en peu de mots : 

Le vin se fait, se mûrit ; en d’autres termes, il passe de l’état do vin 
jeune â Vétat de vin vieux , presque exdusivement par l’infiueneo de 
l’oxygène de l’air. 

2* Le vin ne s’altère point de luî-mème , par un mouvement inté- 
rieur dû à des drconstancés inconnues. Toutes les fois qu^il devient 
Didade, e’esi par l’action de végétations porosités qui s’y développent 
sous des ii^ueuces diverses. 

3* Les dépûis des vins ont exclusivement pour cause, soit une oxy- 
dation produite par l’oxygène de l’air, soit par la présence des para- 


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— *44 — 

silcs donl je parle, soit enfin, et le plus souvent, par ces deux causes 
réunies. 

4" Les dépôts dus à Tinflucnce de Toxygéne sont des dépôts adhé- 
rents dans la plupart des cas. Ceux qui pro\ienncnt de la présence des 
parasites sont toujours flottants^ et conséquemment nuisibles, au double 
point de vue physique et chimique. 

5" Le problème si important à résoudre de la conservation des vins 
consiste donc uniquement, selon moi, à empêcher le développement 
des parasites du vin, en d’autres termes, h détruire leurs germes, ou 
mieux à supprimer leur vitalité propre. 

Le vin, disait-on, est un liquide dont les divers principes réagissent 
continuellement les uns sur les autres par des afCnités mutuelles lentes, 
comme on voit un éther se former peu ô peu dans le mélange d’un 
acide et d’un alcool. 

Cette opinion sur la nature du vin et sur les changements progres- 
sifs de scs propriétés est lout-h-fait erronnée ("1). 

Le vin nouveau enfermé dans des vases clos à l’abri du contact de 
l’air : 

1. Ne dépose pas; 

2. Ne change pas de couleur; 

3. Ne perd pas son bouquet. 

Le môme vio, au contaire, soumis à l’influence de l’oxygène de l’air, 
à l’obscurité comme à la lumière, plus rapidement h la lumière : 

1. Dépose considérablement jusqu’à devenir boueux, qu’il s’agisse 
du vin blanc ou du vin rouge ; 

2. Il perd entièrement le goût de vin nouveau ; 

3. Sa couleur devient celle d’un vin de dix, vingt ans et plus; 

4. 11 prend au plus haut degré le goût et le bouquet des vins cuits 
de Madère et d’Espagne ou des vins qui ont voyagé. 

Or, tous ces effets de vieillissement des vins par l’action de l’oxygène 
de l’air peuvent être réalisés dans l’intervalle de quelques semaines 
seulement. 

Mais l’influence de l'oxygène est constamment jointe, quoique à des 
degrés divers, à l’action lente de végétations cryptogamiques auxquelles 
le vin donne asile cl qui sont la source de toutes ses altérations. 

Il est indispensable de détruire les germes de ces parasites si l’on 

(1) Je ne prétends point révoquer en doute l’existence possible de pro- 
duits éthérés formés à la longue dans le vin sans l’intervention de l’oxy- 
gène de l'air. J’affirme seulement que cct effet doit être regardé comme in- 
sensible en comparaison de ceux que je signale. 


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— 245 — 

veut que le vin vieillisse promptement et sûrement sans jamais se dé- 
tériorer. 

J’ai annoncé ù rAcadémic que ce résultat si désirable était facilement 
obtenu en portant le vin pendant quelques instants h une température 
suffisamment élevée. Toutefois, j’avais dû faire quelques réserves sur la 
valeur industrielle de ce procédé, parce que je ne jugeais pas suffisante 
la durée de mes essais. 

La communication que j’ai l’honneur de faire aujourd’hui à l’Acadé- 
mie a pour objet principal de compléter à ce dernier point de vue mes 
premières expériences, dont je viens confirmer l’exactitude. 

11 fallait résoudre une première question, celle de l’effet immédiat 
de l’élévation de la température. On ne pouvait songer a un procédé 
de conservation du vin qui aurait diminué en quelque sorte les qua- 
lités propres du vin. Or, les épreuves les plus multipliées sur des vins 
de France, d’origines très-diverses, me permettent d’établir en toute 
assurance que le vin qui vient d’être chauffé et qui a refroidi : 

1. N’a pas changé de couleur; sa couleur est plutôt avivée que di- 
minuée ; 

2. Ne perd rien de son bouquet; 

3. Ne dépose pas du tout. 

Enfin, il est tellement semblable au même vin qui n’a pas été chauffé, 
qu’il faut soumettre les deux vins à une comparaison simultanée pour 
constater une légère différence dans leurs propriétés. Quoi qu’il en 
soit, si cette différence était à la défaveur du vin chauffé, il y aurait 
bien ô craindre pour le succès du procédé de conservation dont il s’agit. 
Mais la dégustation faite par un courtier expert a donné 7 fois sur 9 lu 
préférence au vin chauffé dans des essais que je dirigeais moi-mème, 
sans que l’expert eût la moindre idée de la nature des vins qu’il avait 
à juger ; et dans les deux cas où il a donné la préférence au vin non 
chauffé, son avis a été que les vins comparés étaient si peu différents l’un 
de l’autre, qu’il y avait, selon son expression, à s’y méprendre. En outre, 
il n’a jamais accusé le goût de cuit, alors meme que son attention était 
appelée spécialement sur l’existence possible de quelque saveur de cette 
nature (1). Si le changement que l’élévation momentanée de la tempé- 

(1) Il résulte de ce qui- précède que, sous le rapport de l’amélioration du 
vin, le changement est trop peu sensible pour motiver l'opération du chaufr 
Cage. Cependant, lorsqu’elle est pratiquée sur du vin nouveau qui renferme 
en dissolution un volume considérable de gaz acide carbonique, gaz que fait 
disparaître en presque totalité l’élévation de la température, il se manifeste 
un changement de saveur plus appréciable, et le vin parait de suite amélioré. 


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— 246 — 

ni(ure ap|K>rte dans le vin est trop peu sensible pour déternimer une 
amélioration immédiate très-appréciable, il en est tout autrement lors- 
qu’on envisage le vin sous le rapport de sa conservation. 11 suffit que 
ta masse du vin ait été portée quelques minutes seulement à la tempé- 
rature de 60 à 70 degrés pour que le vin ait acquis une résistance extra- 
ordinaire à toutes les maladies qui peuvent l’atteindre. Et cela est vrai 
d’un vin quelconque, blanc ou rouge, robuste on délicat, très-jeune ou 
plus ou moins vieux. J'ajouterais que mes dernières expériences me 
permettent d'espérer que le maximum de la température à atteindre 
pourra être abaissé è 45 degrés, sans que Ton puisse toutefois des- 
cendre plus bas. Celte circonstance est très-digne de fixer l’attention 
des propriétaires , ear je né doute pas que l’on puisse construire des 
hangars vitrés à double enveloppe de verre dans lesquels on pourrait 
porter à celte tcmpèralurc par la chaleur naturelle du soleil , surtoot 
dans le iMidi, des masses considérables de vin, sans dépense de com- 
bustible, en profitant de la propriété des rayons de chaleurs obscurs de 
traverser difficilement le verre (1). 

J’ai ûnfMHicé à l’Académie, dans sa séance du mai dernier, que 
j’avais mis en expérience de coroparaison des vins de Pomard, cbaufifés- 
et non chauffés, que je devais à robligeancc de M. de Vcrgnetle- 
Lamolte. D’autres échantillons du même cru, mais beaucoup plus vieux, 
m’avaient été donnés par M . Marey-Monge. Or, toutes les bouteilles de ces 
deux sortes de vins qui n’ont pas été chauffées sont aujourd’hui en grande 
voie d’altération. J’ai l’honneur de mettre sous les yeux de l’ Académie 
la photographie du ferment parasite qui altère ces vins présentement. 
Au contraire, les mêmes vins qui ont été portés à la température de 
65 degrés, sont absolument intacts, sans le moindre dépèt, tandis que 
la végétation parasite forme au fond des bouteilles altérées un dépèt 
Aottafil d’un travers de doigt d’épaisoeur. El tout ce dépôt n’a mis que 
trois mois seulement à se former. Enfin le vin qui a été chauffé a con- 
servé toutes ses qualités, tandis que le vin non chauffé est amer cl désa- 
gi^éable au goût. 

La photographie que |e place sous les yeux de rAeadémic montre 
irès-nettenent dans toutes les parties qui étaient bien au potn< le mode 
de rcproduclioo du végétal et son (Urganisation par articles et sous- 

(1) Il n’y aurait qu'une choaci craindre, c’est que les douves des tooneanx 
se déjelassent. Ce mode de chauffage serait très-convenable pour les bou- 
teilles. Le chauffage des fûts par l’eau, à l’aide de la vapeur d'eau, se fait 
égalenïcnt tres-bien. 


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— *47 — 


diviaoiis d'artides (1). 

J’avais égalemenl anDoncé à T Académie, mais toujours un peu tiriii- 
dement, que le vin chauffé était devenu si peu altérable, qu’il se con- 
servait même en vidange au libre contact de l’air. Je puis confirmer 
également Texactitude de ce résultat. Cette expérience n’est après tout 
qu^un c(^ollaire de celles que j’ai faites pour montrer Tinanhé des ob- 
senratioiis que l’on invoque^ à l’appui de la doctrine des générations 
spontanées. Les germes des végétations propres à l’infusion organique 
acide qui constitue le vin étant réduits par la chaleur, le vin exposé à 
un volume limité d’air, comme il arrive lorsqu’on met en vidange une 
bouteille de vin, ne peut plus s’altérer que par la propagation des ger- 
mes tenus en suspension dans ce volume d’air, et si ce volume d’air 
n’en contient pas de la nature de ceux qui peuvent se développer dans 
le vin, ce liquide restera absolument intact et soumis seulement è l’ac- 
tion chimique directe de l’oxygène de fair. C’est précisément ce qui 
arrive, et neuf fois sur dix au moins, le vin qui a été chauffé, mis en- 
suite en vidange, n’éprouve pas la moindre acidification , alors même 
qu’on Texposc pendant des mois entiers dans une étuve è 30 ou 35 
degrés. 

En résumé, je considère que le problème de la conservation indéfinie 
des vins et de leur transport facile dans tous les pays do monde sans 
vinage préalable, est résolu de la manière la plus complète et la plus 
satisfaisante. 11 appartient mamtenant aux propriétaires de savoir pro- 
fiter de ces résultats de la science. 


BEAUX-ARTS. 

M** d’Omans de Sévilly est en ce moment au pays; elle y est venue 
pour offrir 4 la comniune de Souvans un roagnifiqne tablenu peint par 
son frère. Tous deux se sont entendus à eet égard : Adolphe Brune y a 
consacré son beau talent, et sa aceur a voulu prendre â sa charge tous 
les frais. Cette oeuvre capitale représente le martyr de sainte Catjterine; 
eUe a quinze pieds de haut sur atx de large ; c’est splendide ! Nous en- 
gageons les amateurs de l’art à aller la visiter. Il est probidile qne pas 
un village en France ne possède un pareil cbef-d’oeuvre. Nous sommes 

(l) Ce végétal est-il le numéro 7 ou le numéro 8 de la planche que j’ai 
insérée aux comptes rendus de la séance du 18 janvier 1864 ? J’ai présente- 
ment quelques doutes sur les différences spécifiques de ces deux produc- 
tions, malgré leurs grandes différences apparentes. Je reviendrai sur ce sujet. 


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d^aulant plus flatlé de ce don^ qu*il Iransmellra a la postérité cl rendra 
perpétuel le souvenir de eette famille Brune qui a fourni des membres 
si distingués : parmi nous, Denis-François Bruno, grand agriculteur, 
administrateur remarquable, écrivain , orateur, plein de science, d’un 
savoir profond et modeste , dont nous avons été assez heureux pour 
faire la biographie; puis son fils Adolphe, une des gloires de TEcole 
française. Malheureusement cette branche va s'éteindre dans la per- 
sonne du ^rand artiste. H.-G. C. 


SÉANCE GÉNÉRALE DU 14 SEPTEMBRE 1805. 

La séance s’ouvre à 2 heures, sous la présidence M. Clcrc-Outliier, 
Président. 

Le procès-verbal de la séance du 10 août est lu et adopté. 

Conformément û l’ordre do jour» il est procédé au dépouillement de 
la correspondance. 

Dans la correspondance manuscrite, on remarque : une lettre de M. 
P. Larousse, qui nous prie de lui adresser un nouvel exemplaire des 
Bulletins qui contiennent les articles de M. Chonnaux-Dubisson, sur le 
goitre, afin d’en former des extraits destinés au Dictionnaire universel; 
une autre lettre sur le meme sujet, de M. le docteur Bcrgeret, d’Arbois. 

M. Ch. Thuriet nous annonce l’envoi, comme spécimen, d’une livrai- 
son de la Revue littéraire de la Franche-Comté, et dont il est le Direc- 
teur; puis il ajoute : « Si vous désirez pratiquer l’échange avec nous, 
nous serons heureux, de notre coté, de resserrer par ce moyen les liens 
d’intelligence et de cœur qui doivent unir des compatriotes également 
amis des sciences et des arts. » 

Un ami de M. Guilland nous fait part du succès électoral de notre 
honorable correspondant, qui vient d’ètre nommé conseiller d’arron- 
dissement par les électeurs du canton d’Aix (Savoie). 

M. le docteur Sandras, de Paris, nous fait l’honneur de nous adresser 
deux mémoires qu’il croit dignes de fixer sérieusement l’attention. 

M. Hector Berge, de Bordeaux, nous annonce l’envoi d’un nouveau 
travail, sous ce titre : Une Scène du passé. 

M. Lajarrige et C**, exploiteurs d’une mine de soufre, à Apt (Vaucluse), 
mettent à notre disposition dix notices y relatives , indiquant que les 
matières inertes qui sont jointes au soufre sont un engrais, et que leur 
minerai trituré et bluté est beaucoup plus adhérent que le soufre pur; 
que la modicité de son prix, qui est de 9 fr. les 100 kilog., en gare è 


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— 249 — 

AvigQOD, le met à la portée de tous les agronomes; qu’ayant déjà fait 
scs preuves en viticulture, il commence d’étre apprécié en agriculture. 

Pour nous mettre à mémo d’en faire rexpériencc, M. Lajarrige et O* 
veulent bien nous expédier, pour être distribuées aux cultivateurs, deux 
balles de iOO kilog. chacune, avec quelques pierres telles qu’elles sont 
extraites de lamine, une d’elles pouvant servir d’ornement à notre 
musée. Ils demandent en même temps, à notre obligeance, de leur dési- 
gner une personne qui voulût bien les représenter pour tout le dépar- 
tement du Jura. — Cette proposition sera soumise à la prochaine 
séance. 

La correspondance imprimée comprend : Ministère de l’Instruction 
publique : annonce de la transmission , aux Sociétés correspondantes, 
des Bulletins du dernier tirage. — Une lettre extraite du Propagateur 
du Nord et du Pas-de-Calais, de M. le baron de Rivière à M. le Ministre 
de l’agriculture, du commerce et des travaux publics, sur les moyens 
d’améliorer l’état de la culture, et par suite, la position des agricul- 
teurs. — Une circulaire de la Société centrale de médecine du départe- 
ment du Nord, contenant le programme du Concours qu’elle ouvrira au 
1" juillet 1866. Les ouvrages seront reçus jusqu’au 1" février ( terme 
de rigueur). Les Sociétés savantes recommandent : rborticulteur mo- 
derne (chez J. Ulrich et C**, boulevard de Strasbourg, 77, à Paris). Les 
différentes pompes de Maltman Shaw (A. Preusse, successeurs, à Paris), 
pompes californiennes à l’usage domestique, d’arrosage, etc. — Les 
graines et ognons de fleurs de Vilmorin-Andrieux et C'*, Paris. 

Ces communications sont suivies des lectures h l’ordre du jour : Une 
Scène du passé, par M. Hector Berge, de Bordeaux. — Newton^ par M^** 
Amoult. — Poésie : Eloge de la Pomme, par M. Ad. Cbevassus. 

Œuvres imprimées : De V Emprisonnement cellulaire, par le docteur 
Prosper de Piétra-Santa. — Infanticide. — Momification naturelle du 
cadavre, par le docteur Bergeret, d’Arbois (de ces publications, 
analyses par M. H. Clcr). 

Est proposé et nommé membre correspondant : M. Lajarrige, exploi- 
tant la mine de soufre des Tapets, à Apt (Vaucluse). 


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— m — 


AMELIORATIOINS AGRICOLES. 

Recbercliea e:KpérimeiitcileB sur 
le» moyen» d’aufi^mentei* a la Toi» la riclieme 
publkiue et la i*iclie»»e prlv^^ 

PAU H. CfKmNAirX-DUBISSOif , HEHBIiE COMlESPOIfDANT. 

(Suite), 

Ainsi, les bouses de bœuf et celles de vache, examinées dans les mêmes 
circonstances, contiennent à pen près la même quantité d'eau, la même 
quantité de débris d'herbe, enfin la même quantité de matières solubles 
dans réther; les urines de ces deux animaux renferment à peu près la 
même proportion d urée et d’hippurate de potasse. 

Nous pouvons ajouter, dès à présent, que le bœuf ne donne pas en 24 
heures plus de bouses que la vache. 

Mais si le bœuf à l'engrais ne rend point, par ses excréments liquides et 
solides, plus de substances organiques que la vache laitière n'en rend par 
les mêmes voies, le bœuf tire donc un aussi bon parti de ses aliments que 
la vache. 

Ceci parait être en opposition avec les résultats obtenus par H. Jourdain. 

M. Jourdain, en faisant manger 20 kilog. de foin à un bœuf à l'engrais, 
a reconnu que ce bœuf gagnait un kilog. en poids ; en faisant dépenser la 
même quantité d'aliments a une vache laitière, il en obtenait 10 litres de 
lait. 

Or, en comparant la matière sèche qui se trouve dans un kilog. de viande 
et dans 10 litres de lait, après avoir admis que le bœuf qui s'engraisse a 
fixé dans ses tissus toute la matière grasse du foin, comme elle a passé 
dans le lait de la vache, on arrive à cette conclusion que le premier relire 
à peine de sa nourriture la moitié de la matière azotée, qui serait extraite 
par la vache sous la forme de lait, et qu’il perd la totalité de la substance 
alimentaire que la vache convertit en sucre de lait. 

Nécessairement si la vache de M. Jourdain conservait son poids en man- 
geant 20 kilog. de foin et donnant 10 litres de lait, elle rendait, sous la 
forme d'excréments, moins de matières organiques que le bœuf, qui man- 
geait la même quantité de fourrage, et qui, sous un tel régime, ne gagnait 
qu'un kilogramme. 

D'un autre côté, tous les agriculteurs des pays d'herbages prétendent que 
les bouses des bœufs à l'engrais sont plus riches en principes fertilisants 
que celles des vaches à lait. 

Toutes ces assertions demandent à être examinées. De ce que deux ani- 


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— 251 — 

maux du même poids, uue Tache laitière et un bœuf à l'engrais, auxquels 
OD donne à chacun 20 kilogram. de foin, fournissent des quantités diffé- 
rentes de substance alimentaire, il ne s’ensuit pas qu’on soit autorisé à 
pensetr que ces deux animaux, placés dans un riche pâturage» fonctionne- 
raient absolument de la même manière. 

La Tache qui ne donne, quelque temps après le part, que 10 litres de 
lait, est une mauTaise laitière ; mais lorsqu’une Tache en fournit 20 litres, 
eUe consomme au moins 30 kilog. de foin, ou plutôt 20 kilog. en foin, et 
l’équiTalent de son surplus en betteraTes ou autres substances alimentaires. 

La Tache laitière qui fournît 20 litres de lait par jour dépense donc, au 
moins, lorsqu’elle n’est pasau Tert, 30kilog.de foin. 

Le bœuf qui s'engraisse n'a pas l’appétit aussi bien aiguisé que la bonne 
Tâche laitière ; il est asses difficile, pour ne pas dire impossible, d’engrais- 
ser un bœuf exclusiTemcnt aTec du foin. 

Un bœuf à l’engrais, d’un poids moyen, dans les premiers moments de sa 
période d’engraissement, et alors qu’il fait beaucoup de chair, pourra bien 
consommer 20 kilog. de foin et en tirer nn aussi bon parti que la Tache lai- 
tière qui ne mange que pour donner 10 litres de lait ; mais, passé ce temps, 
si l’on continue à lui donner 20 kilog. de foin, il y aura excès ; que si tout 
est consommé, l’animal qui aura dépassé les limites de ses besoins Térita- 
bles tirera nn mauTais parti de ce superflu. 

C’est ce qui est àrriTé pour le bœuf de M. Jourdain. 

Nous aTons déjà dit qu’en analysant les bouses d’un bœuf dans les pre- 
miers temps de sa période d’engraissement, nous les aTons trouTées sensi- 
blement les mêmes que celles d'une Tache qui donne 20 litres de lait par 
jour. 

Lorsque le bœuf ne retire en quelque sorte de ses aliments que la graisse 
et ce qui est nécessaire pour l’entretien de sa TÎe, on trouTe sans doute de la 
différence entre sês bouses et celles d’une Tache à lait, mais cette difiérence 
n'est pas aussi grande qu’on pourrait le supposer, ponrru toutefois que le 
bœuf soit au pâturage, parce que, étant libre et ayant toujours la même 
nourriture, il mange d’autant moins qu'il arriTe plus près d’un engraisse- 
ment plus parfait. 

Mais puisque, en certaines circonstances, le bœuf à l’engrais dans nos pâ- 
turages tire un aussi bon parti des aliments qu’il absorbe que la Tache à 
lait, comment expliquer que celle-ci donne trois fois autant de substances 
azotées et le double de subtances grasses que le bœuf à l’engrais, et une 
quantité considérable de sucre de lait, qui manque complètement aux pro- 
duits du bœuf? 

La matière ne se créant pas, il faut que la vache à lait consomme beau- 
coup plus d’aliments que le bœuf à l’engrais. 


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— 282 — 


C*est cffèctiyemeiit cc que rexpéricuce avait appris aux cultivateurs et à 
ceux qui observent l'exploitation des pays d'herbages. 

 la fin de l'année dernière, j'ai été convaincu que dans un herbage où 
l'on nourrit 10 bœufs à l'engrais, du poids de 500 kilog. environ, on ne 
peut y nourrir que 5 bonnes vaches laitières. 

Cette conviction résulte d'observations faites dans toutes les prairies qui 
sont dépouillées, tantèt par des vaches laitières, tantèt par des vaches ou 
bœufs à l'engrais. Je puis signaler un herbage où un cultivateur a nourri 
pendant quelques années 10 bœufs à l'engrais, du poids de 500 à 600 kilog. 
environ, et dans lequel on n'a pu (quoique cet herbage n'eùt pas changé 
de nature) y nourrir que 6 vaches à lait. 

Cependant ces vaches ne donnaient pas toutes 20 litres de lait dans la sai- 
son convenable. S'il arrive encore qu'un herbage qui nourrit 5 vaches lai- 
tières pendant le temps de l’herbe, à proprement parler, ne peut nourrir que 
8 à 9 bêtes à l’engrais, d'un poids moyen, cela lient à ce que les vaches à 
lait ne sont pas toutes bonnes laitières, et qu'en général une vache mange 
d'autant plus qu'elle donne plus de lait. 

11 y a chez un de mes amis, une vache qui donne par jour 40 litres de 
lait ; celte vache mange presque autant que 2 vaches laitières ordinaires. 

Nous aurions voulu cependant mettre dans le même pâturage au piquet, et 
côte à côte, notre bœuf à l'engrais et notre vache à lait, afin de déterminer 
l'étendue de prairie qui aurait été dépouillée dans le même temps par l'un 
et par l'autre. Pour rendre notre expérience aussi concluante que possible, 
nous aurions pris certaines précautions. Si l'on veut, en effet, que la vacbe 
laitière et surtout le bœuf à l'engrais donnent le plus possible de produits 
alimentaires, il faut se garder de les contraindre à manger, quand ils sont 
au piquet, toute l'herbe qu'on met à leur portée ; ils laissent de distance 
en distance des touffes qui ne leur conviennent pas ; il faut donc changer 
ces animaux de place aussi souvent que cela est nécessaire, afin qu'ils aient 
constamment à discrétion de l'herbe qui flatte leur goût. C'est cc que l'on 
doit soigneusement observer dans la pratique rationnelle du piquet : ce 
qu'ils laissent, on le fait manger par de jeunes animaux dont on n'a pas à 
flatter le goût. 

Cette expérience n'a pu être exécutée tout-à-fait comme nous l'aurions 
désiré : mon cultivateur n'avait qu’une vache laitière qui, étant trop jeune, 
ne pouvait nous servir. Nous avons été obligé d'en choisir une chez un 
autre propriétaire. 

Cependant il n'est résulté de là aucune influence notable sur les produits 
de ces animaux, la nature de ces pâturages étant la même, et l’apprécia- 
tisn de l'herbe dépensée par l'uu et par l'autre a été faite dans des condi- 
tions propres à inspirer une entière confiance. 


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— 253 — 

Un cultivateur avait, au mois de mai, mis dans une prairie 6 vaches 
laitières an piquet; elles donnaient chaque jour de 100 à 120 litres de lait. 
£h bien ! ces vaches dépouillaient en moyenne, toutes les vingt-quatre heu- 
res, chacune 80 centiares, tandis que notre bœuf ne dépouillait que 40 à 
45 centiares. Cette appréciation était à cette époque d'autant plus facile d 
faire que les animaux, dépouillant le pâtura'ge i)Our la première fois de 
l’année, ne laissaient presque point de refus. 

D’ailleurs, en observant des vaches à lait et des bœufs à l’engrais dans le 
pâturage, on remarque que les vaches bonnes laitières mangent presque 
continuellement, et que les bœufs sont, au contraire, souvent couchés, et 
il n’y a pas de raison pour que la vache à lait mange moins vite que le 
bœnfi l’engrais. 


AGRICULTURE. 

De l^évaluetion des Fumlera en comptnbillté 
n§;rlcole9 

PAR M. EDMOND SAt’RlA , SECRETAIRE- ADJOINT. 

{Suite et fin). 

Dépouillement des tableaux du compte paille^ fumiers et amendements. 

Le dépouillement de ce tableau, dont nous donnons le modèle, tableau 
modifiable avec les exigences de l’exploitation que l’on entreprendra, ne 
présente aucune difficulté. 11 pourra se faire à des époques plus ou moins 
reculées, comme nous l’avons dit précédemment. Ce compte se tenant par 
entrée et sortie, donnera naturellement lieu à l’écriture de deux articles sé- 
parés au journal : le premier, correspondant au dépouillement du tableau 
d'entrée, le second à celui àesortie. 

Dans notre tableau d’entrée, nous avons deux grandes divisions : premiè- 
rement, la provenance des pailles, des fumiers et des amendements, et le 
lieu de dépèt de ces matières. 

Les pailles peuvent provenir des céréales, des soles de sarrasins, mais, etc. 

Les fumiers proviendront des différentes catégories d’animaux qui se 
trouveront sur l’exploitation, tels que : chevaux, bœufs de trait, bœufs à 
l'engrais, vaches, etc. 

Les amendements qui proviennent presque toujours du dehors, à moins 
qu’il n’y ait quelqu’indnstrie d’annexée à l’exploitation, auquel cas il 
faudrait la considérer encore comme une industrie étrangère à laquelle on 
achèterait les produits fournis, comprennent sous ce titre général : les cen- 
dres, chaux, noir animal, guano, etc., bien que leur provenance et leur ac- 
tion sur les plantes soient bien différentes. 


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— 854 — 


Dsins la denxiômc grande division, nous avons le lieu de dépôt du fumier, 
qui se subdivise on trois colonnes : la première, celle indiquant la nature 
de fumier, le fumier étant mélangé ou provenant d'une seule catégorie d'a- 
nimaux; la deuxième, celle désignant le lieu de dépôt, car bien que le fu- 
mier soit généralement mélangé et mit ensemble dans le parc à fumier, il 
peut se faire que pour une cause quelconque on ait fait un dépôt en dehors 
du lieu de dépôt ordinaire. La troisième, tenant compte de la quantité de 
kilog. de fumiers emmagasinés. 

Puis vient la colonne des détails et observations, colonne indispensable, 
comme la première, celle des dates. 

Dans le tableau de sortie, nous avons aussi deux grandes divisions : l’em- 
ploi et la destination des pailles, fumiers et amendements. 

Dans la première subdivision, on trouve l'emploi des pailles provenant 
des céréales ou autres soles, sarrasins, mais, etc. 

Dans la seconde, il y a trois colonnes ; la première indique le nombre de 
voitures de fumier employé ; la seconde la nature de ce fumier, s'il est 
mélangé ou non ; et la troisième sou poids en kilog. 

La subdivision : amendements, contiendra naturellement autant de colon- 
nes que l’on aura de matières é employer et comprises sous le nom général 
d’amendements. 

La deuxième division est pour la destination de ces matières ; elle com- 
prendra quatre colonnes : premièrement, le nom du champ qui lea anra rc' 
çues; la contenance fumée ou amendée ; la quantité employée par bectafe; 
et enfin le genre de récolté, ai c'est un champ ou une vigne, etc. 

Le premier article, lors du dépouillement du tableau d'entrée, sera donc 
un article de fumiers à divers (paille, d'après l’estiroation de la paille four^ 
nie par les céréales, mais, sarrasin, etc,, chevaux, bœufs, etc., dont on ne 
créditera les comptes que de la valeur des déjections seulement). 

Le deuxième article résultant du dépouillement du tableau de sortie sera 
un article de divers à fumiers et amendements. Les divers comptes débi- 
teurs devront naturellement se trouver débités de la valeur intégrale du fb- 
mier (paille et déjections), alors que l’effet de ce fumier sera auppoeé agir 
pendant une année seulement. Si, au contraire, la récolte qui a reqa une 
fumure ne doit pas seule en profiter, il y a lien, alors, à fixer la quantité 
de fumier imputable & cette récolte, ou la portion de l’engrais enfouie qu'elle 
aura réellement absorbé pour son compte. Si môme la récolte sur laquelle 
est appliquée la fumure, la vigne, par exemple, ne doit pas jouir une année 
seulement de cette fumure, il y a aussi lieu de répartir pour obaquq année 
la quantité de fumier absorbé. Cette répartition rentre alors dans la dis- 
cussion des faks hypothétiques. 

Observation, — La destination normale et presque exclusive de la paille 
étant d’ètre eonvertie en fumier, nous ne lui avons pas ouvert de compte 
spécial, et l’avons portée de suite à celui de pimiers. 


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PAILLES, FUMIERS, AMENDEMENTS. 



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DESTINATION. 



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— *67 — 


SOENCES NATURELiES. 


ReebereliM oxp^rimenteles mil* le Goitre, 


PAR M. CBONNAUR-DUBISSON, MEMBRE CORRESPONDANT. 


(Suite)^ 

G. MËBICAHENTS EXTEBNES. 


Les applications extérieures agissant sur le goitre par Fefiet d^une 
eonliguité fort rapprochée, paraissent à plusieurs praticiens plus effî- 
eaces que les divers médicaments internes précédemment examinés. 
Mats, quoi qu’il puisse être de cette epinion, ks topiques servent uti- 
kaient dans la cure du goitre, soit comme auxiliaires des moyens ad- 
ministrés ê l’intérieur, soit exclusivement et par euxHoiémes, comme 
cda arrive dans les cas qui contre-indiquent l’usage des médicaments 
mtemes.Or, on sait que l’état nerveux no vaporeux des goitreux, ce- 
lai de dyspepsie habituelle, la grossesse et les fleurs blanches chez les 
femmes empêchent que l’on puisse rien donner à l’intérieur, et n’ ad- 
mettent dès lors qu’un traitement purement extérieur et local. Celui-ci, 
qui est ordinairement plus prolongé que le traitement interne, parait 
Umtefois d’une utilité universellement reconnue. 

Las sachets de matières différentes, mais qui réunissent à la pro- 
(ffiété physique absolvante de l’humidité qu’ils ont en partage, celle 
d’être d’ailleurs plus ou moins excitants des forces vitales organiques 
du solide vivant, sont d’un emploi ordinairement assez heureux ; on 
les forme de moriate d’ammoniaque, de folle-fleur de tan, de chaux 
éteinte, de muriate de sonde déerépité, de phosphate de chaux, de 
cendre de bois neuf ou de sarments et d’autres substances anafoguea, 
eénnies deux k deux ou trois à trois. 

Le sachet, pour être efficace, doit être porté jour et nuit, placé sur 
la tumeur, dans une coaptation intime, de plus, continué pendant 
fort longtemps. Boyer, un des premiers, a remarqué quë ce n^élail 
fu’aprés six mois, et le plus souvent même après un an, que ce moyen 
eammençatt k produire quelque diminution dans le volume du goitre, 
n faut donc insister pour que les malades l’emploient avec beaucoup 
de constance. On a beaucoup vanté la formule d’une composition dé- 
signée sons le nom de Collier de Moraud contre le goitre^ laquelle donne 
sa sachet dont nous parlons une forme très-propre à en faciliter Tu* 




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— 288 — 


Indépendamment des sachets, ou concummment avec ce moyen, 
on fait des frictions sur le goitre avec de l’huile camphrée, aTcc un 
liniment composé d’huile, d’ammoniaque et de savon; on en pratique 
encore qu’on fait à l’aide d’une flanelle sèche et chaude, ou mieux en- 
core d’une laine imbibée de vapeur de benjoin et de macis. M. Fodéré, 
qui a tant insisté sur ces moyens, les a vus, employés seuls, bien guérir 
de petits chiens épagneuls affectés de goitre, maladie à laquelle les 
animaux de cette espèce sont forts sujets dans la Maurienne. Bell as- 
sure avoir retiré de bons effets des frictions mercurielles dans le com- 
mencement du goitre. Ce praticien dit avoir retardé bien des fois les 
progrès du goitre k l’aide de vésicatoires réitérés. 

Les emplâtres fondants, comme celui de diabotanum, regardé par 
Dionis comme un excellent moyen, celui de Vigo, indiqué par plusieurs, 
et notamment par Brouzet, sont également rejetés par les praticiens 
de nos jours, parce qu’ils excitent l’éruption de petits boutons sur la 
tumeur, et qu’ils la ramollissent sans en opérer la résolution. 

Les applications locales astringentes et styptiques, conseillées par 
quelques pratidens, sont peu en usage, et c’est avec d’autant plus de 
raison que ces applications ont souvent déterminé la rétropulsion de la 
tumeur, et étouffé promptement ceux qui avaient eu l’imprudence 
d’employer contre elle un moyen aussi dangereux. 

Quelques personnes ont parlé de la compression méthodique et in- 
sensible que l’on pourrait exercer graduellement sur le goitre, à l’aide 
d’une plaque métallique attachée k une courroie élastique. Nous pen- 
sons qu’un pareil procédé d’action purement mécanique doit être, dans 
tous les cas, banni de la chirurgie ; car, loin d’étre efficace, n’ est-il pas 
k craindre qu’en empêchant la tumeur de s’accroître en avant, il nuise 
beaucoup, soit en favorisant l’induration de la thyroïde, soit en déter- 
minant son expansion en arrière, ce qui augmenterait la difficulté de 
respirer? On sait d’ailleurs que bien des personnes ne peuvent sup- 
porter autour de leur cou une cravatte un peu serrée. Que serait-ce 
donc, si leur goitre était comprimé avec une plaque métallique? 

Les préparations d’iode sont de nos jours les plus employées. Je con- 
seille les frictions avec la pommade à l’iodure de plomb iodurée;le8 
applications répétées de teinture d’iode sont encore d’excellents médi- 
caments , mais il faut avoir soin d’en surveiller l’effet. 

Tel est le traitement ordinaire du goitre, ou celui qui tend à 
remplir l’indication curative générale de cette affection ; mais plu- 
sieurs circonstances déduites des causes du goitre, de quelques-unes 
de ses terminaisons et de sa nature, exigent encore l’emploi de moyens 


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— 259 — 

particuliers, dont les principaux émanent des grandes ressources de la 
chirurgie, et que nous devons maintenant exposer. 

2^ TRAITEMENT PARTICULIER DU GOITRR. 

Le traitement devient radical, ou bien seulement palliatif. 

A. Les moyens qui rentrent dans la cure radicale du goitré^ se dé- 
duisent quelquefois des causes particulières de la maladie. On oppose 
donc les voyages, les distractions de l’esprit, les amusements, à celui 
qu’entretiennent quelques névroses, et les affections morales comme 
les chagrins prolongés ; les remèdes variés, propres à favoriser l’éta- 
blissement des règles, ou bien à combattre l’aménorrhée, au goitre 
qui tient à ce genre de causes. Si le goitre est récent, survenu par un 
effort violent, et notamment pendant le travail de l’enfantement, on le 
guérit souvent à l’aide de résolutifs qu’on applique aussitdt sur la tu- 
meur, sous forme de fomentations. Cette application le diminue d’au- 
tant plus vite, que l’emphysème celluleux qui le complique souvient 
alors, entre pour une plus grande part dans la production de la tumeur 
du cou. Lorsque le goitre est uni aux scrofules, comme on le voit assez 
souvent dans celui qui est sporadique, le traitement se combine, et 
admet une partie de celui qui convient aux scrofules. 

Lorsque le goitre tend à la fusion, qu’il se ramollit et qu’il se trans- 
forme insensiblement en une sorte de poche ou de cavité simplqi-ou i 
cloisons intermédiaires, mais à parois molles, et que remplit un^Auid# 
séreux ou muqueux ; ou bien, lorsqu’il tombe dans une vraie sufi|>ur§f> 
tioo qui <Ære tous les caractères d’un abcès froid, on doit, à l’exemplte 
de Petit, qui a traité et guéri, avec sa propre femme, deux, malades 
diez lesquelles le goitre avait pris cette issue, ramollir suffisamment 
ces tumeurs k l’aide de cataplasmes émollients longtemps continués, 
puis des maturatifs, et lorsque la fluctuation y est devenue fort sensi- 
sible, en faire l’ouverture* 

On suivra de préférence, à ce si\iet, l’exemple de Petit, qui employa 
la ponction, parce qu’en donnant un coup de trois-quarts dans la tu- 
meur, on se ménage encore la ressource de pouvoir injecter par la ca- 
nule de cet instrument quelque liqueur excitante , telle , par exemple, 
que l’alcool étendu d’eau, ou bien une faible dissolution de potasse con- 
crète, ou de la teinture d’iode étendue, dans le but de délayer et d’en- 
traîner l’bumeur du kyste, et d’exciter un degré d’irritation do ses 
parois, propre à en produire la suppuration et l’adhesion ; on favorise 
d’ailleurs consécutivement cet effet à l’aide d’une compression légère 
cl méthodique. 


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— 260 — 

On a encore immédiatement appliqué les caustiques^ comme la pierre 
k cautère et d’autres cathérétiques, au traitement du goitre suppuré. 
Il nous parait que lorsque les progrès du goitre abcédé ou ceux du goi- 
tre cystique portent à en opérer la cure radicale, en peut recourir aux 
différents moyens de ce genre. 

Le cautère qui serait appliqué sur la partie la plus décline et la plus 
ramollie du goitre, aurait le double avantage et d’en vider le foyer 
séreux, muqueux ou purulent, et de porter sur les parois de celui-ci le 
principe d’une irritation aiguë plus ou moins salutaire. 

Mais si les caustiques peuvent paraître utiles dans les cas précédents, 
et si Ton peut même penser qu’ils balancent peut-être alors les avan- 
tages de la ponetion ou de l’incision, faut-il, à l’exemple d’Heister, 
prendre à la lettre le conseil de Celsc, et vanter l’application des caus- 
tiques et même du feu sur toute espèce de goitre, sans distinction de 
nature', et pourvu, comme le veut encore Brouzet, qu’il ne soit pas trop 
invétéré et qu’il n^ adhère pas trop fortement aux grosses veines du 
eou? On répondra négativement sans doute h cette question, toutes les 
fois qu’il s’agira du goitre dur, fibreux, cartilagineux, osseux, et, h plus 
forte raison, de celui que l’on peut craindre de voir passer à l’êtat de 
squirrbe ou de carcinême. Mais nous pensons que Texclusion des eaus-^ 
ttques doit s’étendre encore au goitre sarcome, quoiqu’il puisse parat- 
ire mou et péteux. Le tissu thyroïdien offre alors, en effet, une masse 
«rgaaiiée, vasculaire et nerveuse considérable, et qui prédomine sur 
la niaise humorale de la tumeur; il faudrait donc, en attaquant ce mal 
par les caustiques, revenir & plusieurs reprises é eelte application ton- 
jours cruelle, et qui ne peut détmire la tumeur qu’en détail. Un pareil 
traiiement serait par conséquent irés-long pour peu que le goitre Mt 
étendu , et il exposerait encore, indépendamment de la crainte fondée 
de faire prendre un mauvais caractère à un mal si longtemps irrité, au 
danger de pouvoir attirer des hémorrhagies inquiétantes, lorsque l’es* 
carre s’étendrait à quelques vaisseaux importants. H arrive de plus, 
dans ce mode de traitement, que si, après avoir heureusement détniil 
é l’aide du causUcpie une partie de la glande, on s’en tient lé, que rirrë- 
guilarlté de la cieatriee qui s’ensuit ajoute singulièrement encore é la 
difformité naturelle causée par la tumeur. 

Le goitre hydalidique qui viendrait a suppuration exigerait, après 
l’incision de la tumeur dans sa partie fluctuante et déclive, l’extraction 
successive de ces acrimaux, et même l’injection iodée. 

L’espèce d’hydatide qui pourrait simuler un kistc plus ou moins volu- 


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— 261 — 


umieas, unique et purement séreux, n’exigerait d’autres soins que ceux 
qu’on oppose au goitre cystique ordinaire. 

OPÉRATIONS CHIRURGICALES. 

L«s proeédés de la chirurgie qu’on oppose au goitre, sont le séton 
el rincision, ou l’ablation entière ou partielle du corps thyroïde dans la 
lésion duquel eonsiste la maladie. 

1* Le séion a été mis en usage par plusieurs pratieiens, avec un suecès 
plus ou moins marqué, c’esUà-dire que non^eulement il prévient 
raogmentaiion de la tumeur, mais que le plus souvent il en détermine 
la grande diminution, et même l’entière disparition. Le séton a surtout 
été préconisé par Quadri et par Maunoir. Il convient plus spécialement 
au goitre enkysté. Dans le goitre charnu, il détermine un travail de 
siqipuration, k la suite duquel la tumeur perd de son volume et 'guérit 
quelquefois complètement. Dupuytren et Quadri en ont retiré des suc- 
cès qu’il ne faut pas exagérer cependant, car ce dernier chirurgien 
compte un cas de mort, trois insuccès et quatre succès. Dans tous les 
cas, il faudrait laisser le séton pendant longtemps, en passer plusieurs 
si la tumeur était volumineuse, et avoir soin qu’il traverse le paren- 
chyme du corps thyroïde. 

La compression^ comme nous l’avons déjà dit, ne saurait avoir une 
action efficace sans augmenter la gène de la respiration d’une manière 
notable. Elle n’est donc pas applicable. 

3* La cautérisation est impuissante si elle est faite superficiellement; 
profonde, elle est trop dangereuse. On a proposé de l’unir aux autres 
moyens, et notamment à la ligature en masse. 

4« Ligature de la tumeur. C’est à Moreau, chirurgien de l’Hôtel-Dieu, 
que Valentin attribue la première idée de cette opération. Depub lors, 
quelques chirurgiens y ont eu rqcours, tantôt comme méthode primi- 
tive, tantôt pour terminer une excision. Mayor, de Lau^nc, a obtenu 
plusieurs guérisons par cette méthode. 11 incise la peau, dissèque la 
tumeur de manière à en isoler la surface, traverse les divers points de 
sa base avec plusieurs ligatures doubles, en ayant soin de ne laisser 
entre chaque trajet qu’une épaisseur de glande peu considérable; puis 
étrangle chacun des pédicules en les serrant avec un serre-nœud, afin 
d’obtenir tout de suite une interruption complète de la circulation. 
Nous n’oserions conseiller cette méthode, bien que ce chirurgien ait 
pu l’appliquer avec succès des goitres très- volumineux. Ces guérisons 
nous parabsent des faits fort heureux, mais exceptionnels, insifffisants 
pour autoriser une opération qui compte aussi ses revers. Nous porte- 


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— 262 — 


rions le mémo jugement sur la ligature sous-cutanée^ conseillée par 
MM. Balsard et Bigal (de Gaillac). 

(A suivre). 


POÉSIE. 

JËlage de la Pomme (1) , 

FAR H. AD. COEVASSCS, MEMBRE CORRESPONDANT. 

Dans cel Eden du premier homme. 

Paradis de plus d'un arpent, 

Eve, un jour, avisant la Pomme, 

Y mordît au gré du serpent. 

Je veux, en des slanees vulgaires. 

Chanter ce fruit de nos vergers. 

Qui, longtemps, faute de Cerbères, 

Fut l’apanage des bergers. 

Bientôt, il est vrai, — parti sage, — 

D’une barrière on d’un enclos 
Chacun ferma son héritage : 

La pomme mûrit en champ clos. 

Mais, au moyen d’une escalade, 

On pouvait,— tout comme aujourd’hui,— 

Franchissant mur et palissade. 

Manger encor le bien d’autrui. 

Pour éloigner les plus avides 
D'un immense jardin fruitier. 

Le beau trio des Hespérides (2) 

Choisit un dragon pour portier. 

Mais ce gardien, au crépuscule, 

Fut tué raide et sans épieu 
Par le très-héroïque Hercule, 

Maraudeur, quoique demi-dieu... 

(1) La pomme, du latin pomum, fruit. Le fruit par excellence. 

La Pomologie, de pomum, fruit, et logos^ discours, est la science des arbres fruitiers. Nous 
avons la Pomologie française, publiée en 1851 par la Société d’horticulture de Paris. 

(3) Elles étaient trois soeurs, Eglé, Ârétbuso et Hespérétlrase , et possédaient un beau jardin 
rompu do pommes d’or. 


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— t63 — 


Ceci confirme ma croyance 
Qu'en la plus haute antiquité, 

Le fruit de l’arbre de science 
Fut entre mille conToité. 

En certain clos (1), d’accès facile. 

J'ai , moi-même, espiègle écolier. 

Dérobé reinette et calville 
A plus d’un superbe espalier. 

Par un jugement mémorable (2) 

Et d’âge en âge répété, 

La Pomme, ornement de la table. 

Devint le prix de la beauté. 

Solon, très-expert en négoce (3), 

Jadis, par un décret connu , 

Voulut qu'à tout festin de noce 
On eût la Pomme pour menu. 

Mais, entre tous, il est utile 
Ce fruit succulent et vermeil (4) ; 

Il a la fraîcheur de l’idylle, 

Il croit et mûrit au soleil ; 

11 sait fort bien, — je vous assure, — 

Rafraîchir les palais gourmands: 

11 donne, quand on le pressure. 

Le doux breuvage des Normands (5); 

Excellent, réduit en compote, 

En gelée, ou bien cuit à point ! 

Un bon entremets, la charlotte ! 

Monselet (6) ne l’ignore point. 

0) Le jardin paternel. 

(1) Le jugement de Pàris : Entre Junon, Pallas et Vénus : La Pomme fut adjugée à celle-ci 
comme à la plus belle. 

(1) Solon, législateur d’Athènes et un des sept sages de la Grèce, suivit d’abord la carrière du 
eommerce, oh il s’enrichit. Pour éviter les frais qu’occasionnaient les noces, il ordonna que les 
aoQTeaux mariés ne mangeraient qu'une Pomme avant de se mettre au lit, la première nuit du 
■wisge. 

(I) Les Pommes sont rafraîchissantes, antiputrides; les douces sont laxatives, les âcres, astrin- 
gentes, leur décoction calme la toux. 

(S) Le cidre. 

(<) Le charmant écrivain, qui est en même temps un gastronome distingué. 


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— 204 — 


CTcst après culoi de la vigoe, 

ITn des meilleurs présents des cteux; 
Sous le nom de Pomme on désigne 
fiifTérenU fruits moins précieux : 

Pomme d’Adam (1), Pomme de Baume (2), 
Pomme de Pin (3)^ on dit aussi : 

Pomme d or (4), Pomme de Sodome (5)^ 
Pomme de blanc au cramoisi. 

Mais dans vos champêtres tournées^ 
N’aliez pas, barde Limousin, 

Encouragé par ces données. 

Cueillir les Pommes du Yoisin ! 


De quelcfues pointe de PMloeoplile clilmlipie» 

PAR M. JULES liON, MEMBRE CORRESPORDAirT. 

Doctrinamm lux philosophia. 

Certains faits de chimie minérale relatifs aux affinités et à la stabi- 
lité de quelques corps nous paraissent manquer d’explications suffi- 
santes. Des expériences sérieuses nous ayant fourni à ce sujet de pré- 
cieux documents , nous permettent de projeter quelques lumières sur 
ces importantes questions , qui feront le sujet de ce court mais subs- 
tantiel mémoire. 

8 I. 

Tous les chimistes savent que les acides hydratés sont pTus stahleo 
tn général que ces mêmes acides anhydres. Comme exemples de cette 
particularité, nous citerons les acides azotique et sulfurique. On com- 
prend que ces acides étant électro-négatifs par rapport à l’eau, celle-ci, 
en vertu de l’affinité qu’elle a pour ces acides, retient leurs éléments 
combinés, de telle sorte que cette affinité contrarie, pour ainsi dire,^ 
la tendance que le soufre et l’azote auraient à abandonner l’oxygène. 

L’eau maintient ces acides afin de pouvoir s’y combiner et former 

(I) La banane. 

(S) Fruit de la momordique lisse. 

(3) Fruit ou cône des pins. 

(4) L'orange. 

0) Fruit do la morcllc m61eng(ne, etc- 


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— 265 


ces coaiposés qu’à notre peint de vue noue croyons devoir appeler Hi/- 
fate et asotüte d’eati. 

A l’appui de notre opkriou^ qu’il nous soit permis de citer textuelle» 
meut un passage de la cbimie de Re|paault, tome ii, page 527» 

« Si l’on dissout le sulfate précédent, sulfaU neutre de*potasse, dons 
« un excès d’acide sulfurique (monohydraté), on obtient un bi-sulfate 
« de potasse, mais qu’il faudrait plutôt nommer mlfate double de po- 
« tasse et d’eau. Ce sel a pour formule : 

SO* KO + SO* HO 

SulÔLte de potasse. Sulfate d*ew. 

« Chauffé à 200^, ce sulfate double de potasse et d’eau fond sans se 
s ékomposer et sans abandonner d'eau. A une plus boute température, 
s il abandonne de l’acide sulfurique monobydraté (SO^ HO) et il reste 
« SO* KO. L’alcool concentré lui enlève également le tulfaêe d^eau et 
« laisse en dessous le sulfate SO* KO. 

Ces faits viennent évidemment à l’appui de notre thèse, et comme 
tds, ils peuvent se passer de commentaires, d’autant plus que les faits 
suivants vont pleinement la corroborer, en faire jaillir rimprescriptible 
vérité. 

L’acide bypoazotique en présence des bases donne un azotate et un 
«lotite d’après la formule 

2 azo* + 2 MO =:= azo“ MO + azo* MO 
De même, en présence de l’eau, l’acide bypoazotique va noua 
donner un azotate et un azotite d'eau. 

2 azo* 4“ 2 HO = azo* HO + azo* HO 

Mais dans ce cas azo’, étant un acide faible, se décompose. 

Bien plus, dans la combinaison qu’on appelle acide a%oîo*$ulfuriquû 
au eriêtaux des chambres de plomb (3 SO^.azo’), l’eau déplace azo^ 
parce que ce composé est une base faible bien moins puissante que 
Fcau. Aussi, doit-on appeler le composé (3 SO’ azo’) sulfate d'acide 
azoteux^ admettant l’acide sulfurique comme acide et l’acide azoteux 
comme base. En effet, le corps 3 SO^ azo^ qui cristallise parfaitement 
présente tout-à-fait le rapport de 3 à 1 caractère , comme on le sait, de 
la composition des vrais sulfates neutres. 

L’eau étant une base, il en résulte que ce qu’on nomme hydrate de 
chlore, doit être considéré comme un bypo-cblorite d’eau analogue 
aux hypo-chlorites alcalins. 

Des faits précédents, nous déduisons la loi chimique que nous allona 
formuler en ces termes : 


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— 266 — 


Veau combinée aux acides ou aux corps électro-négatifs joue le rôle de 
hascy et à ce titre^ elle favorise la stabilité des acides. De plus^ si les 
acides sont combinés à une base faible comme dans les cristaux des cham- 
bres de plomb (3 SO* + l*eau peut éliminer cette base faible^ 

étant elle-même dans certains cas une base puissante, 

% II. 

La différeDce d’action de l’acide sulfbydrique sur l’acide arsénieux et 
l’acide arsénique, trouve une explication toute naturelle, si Ton consi- 
dère que l’acide arsénieux joue par rapport à l’acide sulfhydrique le 
rôle de base^ tandis que l’acide arsénique est franchement aeide. Avec 
l’acide arsénieux et l’acide sulfhydrique il y a production immédiate de 
précipité jaune de sulfure d’arsenic, parce que l’acide arsénieux est 
électro-positif par rapport à l’acide sulfhydrique, tandis que celui-ci et 
l’acide arsénique étant à peu près au même degré d’acidité, leur décom- 
position réciproque est beaucoup plus difficile. Aussi, avec l’acide arsé- 
nieux (aso^), l’acide sulfhydrique donne-t-il immédiatement un préci- 
pité jaune , tandis que ce précipité ne se forme qu’à la longue avee 
l’acide arsénique. 

§ m. 

Les sels métalliques insolubles acides, énergiques principalement, 
abandonnent leur acide à la potasse carhonatée quand on les chauffe 
avec ce réactif, tandis que l’acide carbonique s’unit à l’oxyde métalli- 
que. Ce fait s’expliquera facilement si l’on veut bien considérer qu’une 
base puissante comme la potasse cherche à s’unir à un acide énergique. 
La potasse délaissera l’acide carbonique pour s’unir à l’acide puissant. 
Précisons, ce fait par un exemple. Je chauffe du sulfate de plomb avec 
du carbonate de potasse. La potasse, plus électro-positive que l’oxyde 
de plomb, abandonnera l’acide carbonique, acide faible, pour s’unir à 
l’acide sulfurique qui, comme propriétés chimiques,' est diamétralement 
opposé à la potasse, et l’acide carbonique, plutôt que de rester isolé, 
s’unira à l’oxyde de plomb. 

§ IV. — Des sous-oxydes. 

Doit-on croire à l’existence des sous-oxydes ? Quelques expériences 
décisives nous autorisent à nier l’existence de cette classe de com- 
posés. Les anomalies que certains faits pourraient présenter au prin- 
cipe que nous émettons ici, nous portent à penser que les sous-oxydes 
ne sont qu’un mélange de protoxyde et du métal dans un état molécu- 
laire particulier, car la formule MH) est en contradicüon formelle avec 


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— 267 — 

la théorie atomique et le résultat expérimental de la théorie des équi- 
valents chimiques. 

Quant aux oxydulcs de cuivre et de mercure CuH), Hg^O, nous 
avouerons en toute humilité que n’ayant pas, pour le moment, fait' sur 
ces corps d’expériences suffisamment concluantes, nous les reléguons 
dans les incertœ sediSy en attendant mieux. C’est là une brillante étude 
à faire, et à laquelle nous consacrerons peut-être quelques moments 
de notre modeste carrière. 

SV. 

Passons maintenant à l’étude d’une question qui laisse beaucoup à 
désirer au point de vue de la rigueur et de la clarté. On a déjà deviné 
très-probablement que nous voulons parler de la définition du sel 
neutre. 

Primitivement, on appelait sel neutre celui qui ne rougissait point 
le tournesol, ni ne le ramenait au bleu , ni ne verdissait le sirop de 
violettes, etc., etc. 

Plus tard, on observa que des sels neutres et même des sels acides, 
témoin le bi-carbonate de soude , ramenaient au bleu le tournesol 
rougi par un acide. On dut alors changer la définition et dire qu’un 
sel neutre est formé d’un équivalent d’acide uni à un équivalent de 
base. 

La science se contentait de cette définition , lorsque les chimistes 
découvrirent des acides qui exigeaient deux équivalents de base pour 
se saturer et devenir neutres aux réactifs colorés.... On se trouva 
dès lors fort embarrassé pour définir le sel neutre, et l’on se tira d’af- 
faire en pratiquant le système d’abstention, en disant que la définition 
du sel neutre offrait d’insurmontables difficultés et qu’il fallait s’en 
passer pour le moment. 

Tel n’est pas notre avis, car nous sommes certain que la définition 
du sel neutre peut être formulée d’une façon très-claire et très-rigou- 
reuse, comme nous l’indiquons ci-après. 

Avant de formuler cette définition, il est urgent pour nous de dire 
que les stannates, antimomates, phosphates polybasiques ne sont pas 
des sels neutres. Les phosphates où la quantité d’oxygène de l’acide 
est à la quantité d’oxigène de la base comme 5 est à 2, ne sont pas des 
sels neutres, parce que ce rapport n’est pas aussi simple que celui de 
fi à 1, rapport du phosphate roonobasique. 

Cela posé, voici notre définition du sel neutre. 

Un sel neutre est celui où l’oxygène de l’acide est à l’oxygène de la. 
base dans un rapport constant et le plus simple. 


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— 26 a — 


l)*ûprès cela^ lea phosphates ou Foxygéne de Facide est a Foxygène 
de la base comme 5 est k 2, les métaantimoniates où Foxygéne de Facide 
est à celui de la base dans le même rapport^ ne sont pas des sels neu- 
tres, tandis que les persulfates de fer (3 SO’ fe le sulfate d’alu- 
mine 3 SO’ Al^O” où Foxygène de Facide est k Foxygène de la base 
comme 3 est à 1, rapport constant et le plus simple, sont des sels 
neutres, le rapport 3 à 1 étant bien plus simple que 5 â 2. 

$ VI. 

On sait que les eaux ordinaires contenant d^ sds de chaux et de po- 
tasse n’attaquent point les tuyaux de plomb. Ce fait inexpliqué jusqu’i 
ce jour, trouve une explication très-naturelle, si Fon veut bien consi-. 
dérer que le plomb est beaucoup moins électro-positif par rapport à 
Foxygène que les sels calcaires et potassiques par rapport à Feau. 
L’affinité des sels calcaires et potassiques pour l’eau soustrait ce liquide 
et Fair qu’il contient à Faction décomposante du plomb. 

S vn. 

Dans ces dernières années, bon nombre de praticiens se sont élevés 
contre remploi de la limonade sulfurique dans les empoisonnements 
par le plomb. Des expériences que nous avons faites nous ont fait tou- 
cher du doigt, la raison de ce délaissement de la limonade sulfurique, 
comme antidote de l’intoxication saturnine. Ces expériences, disons- 
nous, nous ont prouvé que le sulfate de plomb en séjournant dans l’éco- 
nomie, passe k la faveur des acides de l’estomac, à l’état de sulfate 
acide de plomb, qui est soluble et absorbé. 

Faut-il, après ces faits, proscrire l’emploi des sulfates dans le traite- 
ment de l’empoisonnement saturnin ? Non certes, car avec le sulfate 
donné à haute dose, il y a action purgative, résultant de Fexcès du sul- 
fate qui n’a pas été employé pour décomposer le sel de plomb. Cette 
action purgative élimine le sulfate de plomb qui, rendu par les voies 
ordinaires, ne séjourne pas dans le corps, ni n’a pas, par conséquent, 
le temps de passer à Fétat acide, ni de produire le funèbre cortège des 
redoutables accidents de l’empoisonnement par le plomb. 

$ VIll. 

Le chlore attaque le mercure k la température ordinaire. L’acide 
cbloridriquc n’attaque point ce métal. 

11 est facile de donner la raison de celte différence d’action. En effet, 
le chlore est un corps très-élcclro-négalif qui retient fortement l’hydro- 
gène, corps électro-positif, tandis que le mercure, bien moins élcctro- 


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positif que l’bydrogènc, n’a pas une énergie d’affinité suffisante pour 
eoleter le cUore à l’hydrogène. • 

S K. 

Le cinabre se décompose à la kimiére, tandis que le Tennillon, qui 
n’est autre chose que du cinabre lévigé et hydraté, résiste à cet agent. 
Le cinabre est du sulfure mercurique anhydre, tandis que le vermillon 
retient une petite quantité d’eau en combinaison. Ce qui le prouve, 
c’est que les peintres ont une extrême difficulté à mélanger ie ver- 
millon avec les corps gras. Eh bien ! c’est cette petite quantité d’eau 
combinée en partie et mélangée en petite quantité au vermillon qui en 
maintient la stabilité, ce sulfure étant électro-négatif et acide par rap- 
port à l’eau qui joue le rôle de base, de façon que l’on pourrait, en bon 
escient, appeler le vermillon sulfbydrargyratc d'eau. 

(À suivre). 


VARIÉTÉS. 

I^es droites de Baume (Jura), 

FAX «. FlANaS WET, MIMBaB BOIfOSAiaB. 

C’est en remontant la Seille au-delà de Nevy, le long d’un sentier 
qui cotoie des vignobles, que l’on arrive à l’entrée de la vallée de 
baume. Après une demi-heure de marche, on voit le rideau des i^pa- 
tagnes se fendre soudainement du haut en bas, et, entre deux arêtes de 
roc vif, le regard plonge au fond de cette immense crevasse, entre Ica 
bords escarpés de laquelle il découvre successivement la petite chapdle 
de Baume, auprès d’une vieille croix de pierre, et ie clocher pointa de 
l’abbaye. On entrevoit, dans le lointain, la haute muraille de rpehers^ 
taillée à pic sur le flanc du Sermus, qui fm^ne ce vallon; elle est percée 
d’un trou par lequel la Seille s’élance hors de son berceau ténébreux, 
hérissé de pétrifications et d’arabesques en stalactites. 

Ce paysage est d’une austérité solennelle : de tous côtés se dressent 
des bandes de roches grises, découpant sur le ciel, avec dureté, leurs 
tristes méandres, souvenirs impérissables du déloge. Le long des pentes 
inflexibles qui portent ces blocs formidables, il ne croit que des plantes 
mélancoliques ou vénéneuses, à suc laiteux ou à sang jaunâtre. Ce sont 
de petits buissons d’ellébore, des oxalis lancéolés, des cbélidoines, de 
la rue, dont le vert est toujours en deuil, des éclaires aux fleurs livides. 


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— 270 — 

Le titym&le et quelques buis assombrissent encore ces landes, tachc^ 
tées çà et \k de ces rosettes de mousse noire qui sont la moisissure des 
pierres. 

On trouverait difficilement, dans les solitudes du Jura, une retraite 
plus austère, un refuge où T âme se puisse plus complètement abstraire 
dans la pensée de Dieu : aussi la piété des anciens âges a-t-elle de 
bonne heure consacré ces lieux d*un aspect redoutable. L’abbaye de 
Baume, dont le cloître subsiste encore, est très-ancienne. Son église 
est un monument du XV® siècle, d*un style austère, coiffé d’un cloche- 
ton conique en tuf, mince comme une coque d’œuf. Le plus bel orne- 
ment du temple est le retable d’autel, qui fourmille d’arabesques, de 
figurines en bois, et dont les panneaux sont enrichis de peintures con- 
temporaines d’Holbein ou de Jean Cousin. Le long d’une des basses- 
nefs, on rencontre la sépulture de dom Juan de Wattevillc, le plus 
célèbre aventurier du XVII® siècle , tour-à-tour capitaine , cordelier, 
spadassin , chartreux , marchand à Smymc , mahométan , pacha , puis 
abbé de Baume et doyen de Besançon. C’est lui, comme on le sait, qui 
vendit la Francbe-Comlé â Louis XIV ; il possédait à cette époque che- 
valeresque encore , la savante économie de l’art de la corruption , si 
admirablement perfectionnée depuis. 

Si nous continuons à parcourir ce vallon singulier, qui va toujours 
se rétrécissant, jusqu’au moment où il se termine en fcr-à-chcval, non 
loin d’un petit moulin peuplé d’aniebons pelés, rachitiques, fauves, 
mal peignés comme des savants et ébouriffés comme de vrais modèles 
de Decamps, nous atteindrons la première cascutellc de la Seillé, dans 
la source meme de laquelle on peut pénétrer. Ascension curieuse ci in- 
téressante. On se bisse dans le ebâteau-d’eau souterrain à l’aide d’une 
échelle, et dès qu’on a franchi le seuil de la grotte, on marche dans le 
Ht fluvial creusé dans le roc. Quelques gouttelettes, pendues aux voûtes, 
tombent incessamment, avec un son de harpes, sur des flaques limo- 
neuses, et font apprécier le silence de ces lieux où voltigent en silence 
des chauves-souris plus noires que les ténèbres. Par\ enus à un certain 
endroit où la fraîcheur les saisit tout-à-coup , les chiens s’arrêtent, 
lèvent une patte et rebroussent chemin. C’est là que le guide alluma 
les torches, tandis que je groupais dans ma mémoire quelques hémis- 
tiches du quatrième livre des Géorgiques. Je n’espérais guère, à la vé- 
rité, trouver au centre de cet humide empire, comme Aristeus au fond 
de la source du Pénée, la vénérable sirène assise dans une conque rose, 
au milieu de son cortège de nymphes aux chevelures entremêlées de 
corail, de perles, de feuilles de lotus et de scolopendre. Cependant 


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— 27i — 

j’aTançais avec curiosité, précédé d’un guide femelle d’une stature 
YÎrile. 

Après une longue marché è travers mille pétrifications, l’on arrive à 
une salle assez vaste : la fumée des torches y montait en colonnes ver- 
ticales et demeurait immobile dans l’air. A ces lueurs rougeâtres , on 
apercevait aux combles de la voûte, des clefs-pendantes d’un volume 
considérable, d’où s’échappent des cris de grillons. Ces blocs d’archi- 
tecture vivante sont composés d’amas de chauves-souris, qui, se cram- 
ponnant par milliers les unes aux autres, et appendues â quelque rocher, 
s’allongent en noires stalactites. Parfois la colonie oscille, perd l’équi- 
libre, et il en tombe sur le sol un monceau qui s’évanouit à l’instant. Un 
caillou se trouvait lâ, que j’eus l’imprudence de lancer contre cette 
ruche, d’où se précipitèrent soudain de noirs flocons : un frémissement 
singulier agita l’air; l’obscurité s’épaissit, et je me sentis palpé sur 
tout le corps, comme par des doigts invisibles. 

Plus loin, la nef est si basse qu’il faut cheminer à quatre pattes. Les 
vespertilions ne dépassent point ces limites que l’homme seul ose fran- 
chir. 11 est vrai que les géologues ont découvert là des os de mam- 
mouth; ce qui est d’autant moins bizarre que, sous Louis. XIll, des 
soldats comtois, traqués par l’armée française, ont pendant plusieurs 
mois, dans ces grottes, mangé du veau qui avait nécessairement des 
os de mammouth. Ces os sont pétrifiés, comme il convient à des os de 
mammouth qui prétendent à se faire ronger par des savants. 

Ici, l’on a la poitrine oppressée; l’air est pesant, et on se sent écrasé 
par les montagnes immenses auxquelles on sert d’Atlas. La voix prend 
en ce lieu des sons bizarres, et, secouée par les échos, parait s’élever 
du sol. Comme le guide me contait je ne sais quelle histoire, que j’écou- 
tais l’œil fixé sur un petit lac bordé de blanches aiguilles, je m’oubliai 
quelques secondes et le laissai s’éloigner. Bientôt j’entendis une voix 
inconnue qui s’exhalait de cette onde noire : c’était celle de ma emn- 
pagne dont les échos avaient dénaturé le timbre. Le son était lointain 
comme les cris que jetait le jeune Hylas, du fond de la source où Molis, 
Eunicho et Nichéa, nymphçs au regard doux, le retenaient captif, mal- 
gré le désespoir du fils d’Alcmène. Mais quelle différence entre les riva- 
ges de la Propontidc, chantés par Théocrite, et les entrailles d’une 
caverne ! 

11 est impossible d’aller jusqu’au fond des grottes; il faut s’arrêter au 
sommet d’un entonnoir, dans la conque duquel on entend mugir des 
cascades. A mesure qu’on s’approche, ce bruit devient plus fort, sans 
cesser d’être sourd et profond. 11 semble que ces montagnes enferment 


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— m — 

CD elles Hfi principe vital, et qu'on perçoit les rapides pulsations d^un 
cœur où l’on va pénétrer. Plus vous avancez, plus cette artère qui bat 
dans les flancs du Sennus fait vibrer les parois de la caverne. Ce fracas 
flnit par vous secouer la poitrine, en vous glissant dans l’âme une sorte 
de terreur. On s’attend à la révélation de quelque aflireux mystère de 
la nature, cl l’on rêve des monstres minéraux avec des organes in- 
connus. 

Ces impressions m’inspirèrent cette réflexion judicieuse , que si ptf 
malheur nos torches s’éteignaient, nous resterions ensevelis dans ce 
lugubre séjour. Dès ce moment, je n’eus d’autre désir que de m’en aller, 
si bien que de ce Tartare jusqu’au pays du soleil, la distance me parut 
infinie. Après un temps fort long, les rouges lueurs projetées par les 
torches se violacèrent; des filets de bleu léchaient les pierres do la 
grotte. Bientèt il me sembla qu’un astre énorme, placé comme une pru- 
nelle à l’orifice de cet antre, lorgnait dans l’intérieur comme un curieux 
par le trou d’une serrure. Une fois nos yeux réaccoutumés â la lumière, 
l’astre se tacha de tons verts, gris et fauves, lesquels en s-’ accusant peu 
â peu se disposèrent en un paysage d’un flroid, d’une clarté surpre- 
nante. Devant moi se dressait cette haute muraille circulaire, vekiëe 
d’ocres rouges et diaprée de minces traînées d’herbe menue; magni- 
fique amphithéâtre de roches qui ferme la vallée de Baume, l’une des 
plus étranges et des plus curieuses du Jura. 

Avant de quitter la Emme, terme de cette excursion, je plongeai mon 
flambeau renversé dans l’onde noire, qui, débarbouillée par le soleil de 
ses teintures nocturnes, sautillait blanche â quelques toises sur une 
mosaïque de cailloux blancs. Puis, heureux d’étre rendu â la lumière 
des cieux, je jurai par le Styx, en secouant les pétrifications dont ma 
dievelure était fleurie, de ne plus franchir vivant les marches humides 
des royaumes où Minos rend la justice avec Eaque et le blond Rbada* 

[Jura piU.) 


INDUSTRIEL 

Bcilag;e du 1 >o1b» 

¥AML n, CWDaS, VSUBSB VON»ATEim. 

Les habitants des campagnes savent tous par expérience que la séche- 
resse est plus funeste aux instruments aratoires, surtout aux voitures, 
que l’humidité et la pluie. Sous l'influence solaire, les jantes sc fen- 


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— 273 — 


dillenl, se dèjoigncnt et éprouvent une rétraction qui fait que les cer- 
cles n’adhèrent bientôt plus assez fortement a la périphérie des roues 
pour les consolider et en assurer la durée. Alors, pour peu que Fon 
recule devant la difliculté de se passer de Voilure pendant quelques 
jours à l’époque des travaux , ou devant le déplacement à faire pour 
aller trouver un maréchal qu’on n’a pas toujours sous la main , pour 
opérer le raccourcissement de ces cercles, les rais prennent de Fébatte- 
ment dans le moyeu et les jantes, dont ils tentent à se déboîter, et le 
moment ne larde pas à venir où ces roues disloquées s’effondrent sous 
une charge même moyenne. Si, une fois faite, cette diminution du dia- 
mètre des cercles assurait au moins pour un long intervalle la solidité 
de la roue; mais non, peut-être un an ou deux après, le bois conti- 
nuant son retrait, il faudra de nouveau recourir à l’ouvrier forgeron. 
A la vérité, quand le charron a eu soin de n’employer que du bois très- 
sec et de bonne qualité, ces incenvénients ne se présentent pas aussitôt, 
bien qu’ils finissent toujours par arriver; mais peu d’ouvriers sont suffi- 
samment pourvus pour ne se servir que de bois coupé depuis plusieurs 
années. 

La nécessité se fait donc vivement sentir, pour les roucs^ d’une prépa- 
ration anti-solaire plus efficace que la vcrnissurc, Fimbibilion de Fhuile 
bouillante, le séjour préalable dans le lizier des différentes pièces de 
charronnage, etc., etc. 

Nul n’ignore que le bois ayant subi. un contact prolongé avec du sel 
ou de la saumure, eu a tellement absorbé qu’il suinte l’humidité long- 
temps après que ce contact a cessé. Cette dernière surtout est si péné- 
trante qu’on ne peut la conserver que dans dos récipients en métal ou 
en pierre. L’action saline, paraîtrait-il, accroît la dureté du bois, le 
préserve de la vermoulure et, ce qui est plus précieux , le rend à peu 
près incontractile. 

Un correspondant nous fait connaître que depuis un temps reculé les 
paysans sardes utilisent ces salutaires effets du sel dans F intérêt des 
roues de leurs charriots, et qu’ils salent abondamment toutes les 
parties qui les doivent composer. Après cette opération, ils laissent 
impunément dehors leurs véhicules pendant des mois entiers de la belle 
saison. L’auteur de cette communication ajoute avec assurance : Chi 
non vuole crederlo^ lo sperimenli; mais il omet une chose importante en 
n’indiquant pas le mode de salage employé par leseon/adtnt en question. 
Un bain suffisamment long dans de l’eau fortement saturée de sel serait 
probablement ce qu’il y aurait de plus simple et de plus praticable. 

Sachant de quel poids assez lourd pèse sur le budget des cullivateurs 


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- 274 — 


l’cnlrclicn annuel du matériel destiné au rbarroi, nous avons cru utile 
d’appeler leur allcntion sur ce facile moyen de conservation du bois. 


DE E*i%ZEROEIÉR 

ot. des produits que l’industrie peut en retirer, 

PAH ■. TOUaMAinE , MEMBaE COBBESPONDANT. 

L’azcrolier [azerolus cratœgus), de la famille des rosacées, 
est un arbrisseau élégant, élevé de 4 à 6 métrés, quelquefois de 
6 à 8, et ayant le port d’un bel arbre, au bois dur et tortueux, 
aux rameaux nombreux, diffus, irrégulièrement divisés et épi- 
neux à l’état sauvage. 

Les feuilles sont alternes, médiocrement pétiolées, profondé- 
ment découpées en trois lobes divergents entiers ou dentés au 
sommet. Les jeunes pousses et les pédicelles sont garnis de poils 
mous et épais. 

Les fleurs sont disposées en grappes et présentent un calice à 
cinq divisions ovales et obtuses, cinq pétales, une vingtaine d’éta- 
mines insérées sur le calice, ordinairement deux styles, une baie 
infère, presque sphérique, renfermant deux graines osseuses. 

L’azerolier est originaire d’.ifrique, et croît naturellement dans 
le Midi de la France, en Italie, en Espagne, dans le Levant et aux 
Antilles. En Provence, l’ermitage de Lure (zone des Basses-Alpes) 
est surtout favorable à son entière maturité. Ses fruits, connus sous 
le nom d’azeroles, sont arrondis ou piriformes, de couleur rouge 
foncé, d’une saveur agréable dans le Midi, mais toutefois restant 
acerbes sous le climat de Paris. Ils offrent à l’analyse une des 
plus riches compositions observées dans les végétaux. 

Les naturels des pays chauds savourent ces fruits avec délices; 
ils les emploient très-frequemment dans leur alimentation: ils les 
recherchent surtout à cause de leurs vertus stomachiques et nutri- 
tives, pour combattre l’atonie des organes digestifs si fréquente 
au milieu des grandes chaleurs. 

TERRAINS PROPRES A LA CULTURE DE l’aZEROLIEH. 

L’azerolier réclame de préférence les terrains primitifs ex|*osi‘S 


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— 275 — 

au Midi; là, prenant sa nourriture dans la terre végétale qu’il 
trouve entre les couches des schistes micacés et les stratifications 
du gneiss, il devient bientôt prospère. Il se trouve bien dans les 
fonnations calcaires : le lias, le néocoinien, l’oxfordien et le la- 
custre sont ses étages favoris; mais dans les terrains granitiques, 
composés cependant des mêmes éléments chimiques que le gneiss 
et le micoschiste, il ne se développe qu’avec peine, soit h cause 
de l’absence de terre végétale, soit que ces terrains affectent la 
forme de collines et de mamelons aux pentes rapides, n’offrant 
qu’un insuffisant abri contre la violence des vents du Midi. 

Les terrains schisteux, parleur nature, conviennent parfaite- 
ment au développement de notre charmant arbrisseau; les terrains 
calcaires sont également propres à sa culture. 

Les propriétaires ou les agriculteurs qui se trouvent placés près 
des terrains d’alluvion, pourront les utiliser avec avantage pour 
former des pépinières ou transplanter plus facilement des pieds 
de tous les âges de l’intéressant arbuste. 

Je termine ici ces particularités que je crois importantes pour 
l’industrie. Les nombreuses excursions que j’ai faites dans le Midi 
de la France, et surtout dans les Basses-.4lpes, m’ont attaché au 
résultat de mes recherches sur le sol climatérique de l’arbuste 
dont il s’agit. 

Je vais faire connaître les ressources que l’azerolier peut offrir 
à l’industrie et à la science. 

AN.4LYSE CHIMIQUE DE l’aZEROLE. 

Le décocté d’azerole, mis en contact avec les réactifs ci-dessous 
désignés, donne les résultats suivants : 

Avec l'acide acétique •pur : couleur marron foncé. 

2® Avec la potasse caustique : rouge orange. 

3® -ivec ïiodurc de potassium : bleu foncé. 

4® Avec Viode : couleur violette. 

O® Avec Vacide chlorhydrique : couleur rouge garance. 

6" Avec l’ammoniaque : couleur pourpre. 

7® Avec l’alcool : couleur jaune doré. 

8® .4vec l'acide tannique : précipité gris, tournant au violacé. 

O” Avec l’azotate d’argent : précipité jaune Irés-abondant. 


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— 276 — 


10“ Avec le chlarure d’or : léger précipité trouble. 

L’azerole cède également à l’eau froide une matière gélatineuse 
très-abondante, précipitée par l’éther sulfurique sous forme de 
belle couleur orange, possédant toutes les propriétés de la pectine 
et de la parapectine. 

Mes expériences m’ont également amené à constater que l’on 
peut obtenir de l’azerole du sucre et de l’alcool en proportion 
très-considérable. L’écorce de l'azerolier contient aussi une cer- 
taine quantité de tannin. 

PRODUITS CHIMIQUES FOURNIS PAR L’aZEROLIER : 

1“ Pectine (du fruit). 

2“ Parapectine (du fruit). 

3“ Gélatine (du fruit). 

4“ Tannin (feuilles et écorce). 

3“ Matière colorante vert foncé (feuilles). 

6“ Matière colorante bleue (fruit). 

7“ Sucre (fruit). 

8“ Alcool (du fruit). 

6“ Mucilage astringent (fruit et feuilles). 

PRODUITS POUR l’industrie QUE NOUS AVONS RETIRÉS DE L’aZEROLE : 

1“ Gelée. 

2“ Compote. 

3“ Confiture. 

4“ Conserve. 

3“ Pâte candie. 

6“ Sirop d’agrément. 

7“ Liqueur surfine. 

8“ Elixir d’azerole. 

9“ Sucre. 

10“ Eau-de-vie surfine. 

11“ Alcool à 83“. 

Parmi les nombreux produits que nous retirerons à l’avenir de 
l’azerolier, il en est un surtout qui, nous l’espérons, recevra 
l’approbation de l’Académie impériale de médecine. Mous voulons 





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— 277 — 


parier de l'élixir que nous fournit la fermentation du suc d’aze- 
role. L’expérience a hautement parlé sur l’efficacité de cette der- 
nière préparation, et tout récemment de nombreuses expéri- 
mentations faites dans les principaux hôpitaux de France, sont 
tenues démontrer d’une manière évidente les vertus incontes- 
tables de ce précieux végétal contre les affections dont l’estomac 
peut devenir le siège, principalement contre l'atonie de cet 
organe. 

L’azerole peut fournir encore un alcool préférable à l’alcool de 
tin, d’un arôme et d’un goût supérieurs, et dans des conditions 
bien plus avantageuses pour l’industrie. Pour obtenir cet alcool, 
on met dans un tonneau non bouché 500 kilog. d’azeroles bien 
mûres et écrasées, qu’on abandonne à la fermentation pendant 8 
HO jours; après cette première opération, on met le produit 
dans un alambic muni de son chapiteau et de trois ou quatre 
grands vases de cuivre, communiquant entre eux au moyen de 
lobes également en cuivre : on chauffe fortement lacucurbite; 
bientôt le mélange entre en ébullition et donne naissance à la 
tapeur spiritueuse. La distillation doit être maintenue ainsi jus- 
qu'à ce que l’on ait retiré 125 litres de liquide. 

L’opération ci-dessus donne pour produit : 

125 litres d'alcool fin à 34®, soit 25 p. O/q. 

Cette distillation donne les résultats suivants ; 

Prix d’achat des azeroles (5 fr. les 100 kilog.) .... 25 fr. 

Frais de distillation , etc 25 

50 

Alcool obtenu 125 litres. 

Valeur commerciale 125 fr. 

Différence 50 

Net ... . 75 

L’immense avantage qu’il yak exploiter l’azerole pour la fabri- 
cation en grand de l’alcool, vient d’kre récemment constaté par 
plusieurs corps savants auxquels j’ai soumis et fait connaître les 
avantages réels de cette nouvelle et précieuse industrie. 

Noos ne saurions trop recommander aux cultivateurs la culture 
<le l’azerolier : qu’il me soit permis de solliciter instamment les 


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— 278 — 


Sociétés agricoles île joindre leurs encouragements pour engager 
chacun à s’occuper d’un arbuste si précieux. 

L’azerolier peut être très-utilement employé pour le reboise- 
ment des montagnes et des plaines arides, et changer ainsi en pro- 
priété de revenu dos lieux improductifs. Que chaque ami de la 
science et de l’agriculture fasse quelques efforts pour propager 
les produits de l’azerolier : qu’il remplace au besoin la haie d’au- 
bépine. Est-il d’ailleurs un arbuste plus agré.able à la vue, et son 
fruit n’est-il pas digne de figurer sans autre apprêt sur nos tables: 
moins succulent que la fraise, l’azerole contient en échange des 
propriétés toniques et rafraîchissantes. Que chacun donc se mette 
à l’œuvre, l’azerolier mérite de figurer dans l’évaluation d’une 
propriété aussi bien que la vigne et l’olivier. Qu’on fasse des 
semis, qu’on repique ensuite les jeunes plantes en pleine terre, et 
à la sixième année, chaque pied donnera autant de fruits qu’une 
souche du même âge donne de raisins. Conduite avec intelligence, 
la culture de l’azerolier permettra même d’améliorer ses produits, 
et dans une vingtaine d’années nos revenus seront incontestable- 
ment doublés par Tutilisation des terrains considérés comme im- 
productifs, et par la récolte de fruits abandonnés jusqu’ici. 

L’homme ne crée rien; mais l’intelligence qui lui a été confiée 
par Dieu lui permet, lui commande même de chercher ce que la 
nature lui offre à l’état rudimentaire, pour le perfectionner; c’est 
l’aliment de la science, l’appui de la force, la source du bien-être. 

Un pauvre arbuste ignoré s’est présenté à mon observation; je 
l’ai étudié; je m’y suis attaché, pensant qu’il pouvait être utile à 
mes semblables. 

Tels sont mes vœux et ma confiance; heureux s’ils sont partagés. 

FORHULES DE QUELQUES-UNS DES PRODUITS DE L’aZEROLIER. 

Gelée d’azeroles. 

Azeroles mondées, . . . 3,000 grammes. 


Eau, 5,000 — 

Faites cuire, passez et ajoutez : 

Sucre 2,000 grammes. 


Clarifiez au blanc d’œuf et faites cuire en consistance de gelée. 


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— 279 — 

Compote d’azeroles. 

Pulpe d’azeroles choisies, obtenue & la pression 
d’un linge de toile serrée, 1,000 grammes. 

Sucre , 400 — 

Faire coire en consistance ordinaire et aromatisez avec 10 
gouttes teinture de canelle de Ceylan. 

Confiture d’azeroles. 

Prenez des azeroles bien mûres, faites les cuire avec le double 
de leur poids d’eau pendant une heure, passez à travers un tamis 
de crin, mettez le liquide obtenu dans une bassine avec la moitié 
de son poids de sucre, et ajoutez le cinquième en poids de pommes 
reinettes divisées en tranches, et faites cuire en consistance de 
gelée, qu'on aromatisera avec quelques gouttes de teinture de 
vanille. 

Conserve d’azeroles. 

Pulpe d’azcroles, .... 500 grammes. 

Sucre pulvérisé, 780 — 

On choisit les azeroles les plus mûres, on les met dans un vase 
de porcelaine, on les arrose avec du vin blanc et on les tient en 
lieu frais jusqu’à ce qu’elles soient bien ramollies. En cet état, on 
les écrase légèrement et on les passe à travers un tamis. On prend 
alors cette pulpe et on la chauiTe au bain-marie avec le sucre, et 
on l’aromatise avec 20 gouttes teinture de vanille, en retirant la 
préparation du feu. 

Pâte d’azeroles candie. 

Azeroles bien mûres Q. V. 

Mondez les azeroles de leurs graines et réduisez-les par contu- 
sion en une pâte aussi fine que possible et prenez ; 

Pulpe ci-dessus, 400 grammes. 

Sucre pulvérisé, 100 — 

Teinture de vanille, ... 30 gouttes. 

Pétrissez et étendez au rouleau la pâte sur un marbre, mettez- 
la à l’étuve pendant 24 heures, après divisez en losanges et met- 
tez au candi. 


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Azerolcs, 


— 280 — 
Sirop d'agrément. 


Q. V. 

Contusez les azeroles dans un mortier de marbre, après faites- 
leur subir une légère fermentation, ensuite une forte expression, 
après laquelle on filtre le suc d’azeroles. Prenez ensuite : 

Suc d’azcroles ci-dessus, . 500 grammes. 

Sucre Royal, 900 — 

F. S. A. 



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Quodcumque. | Nam qui. Quodcumque. Sœpè. | Quod non. 




— 281 — 


On lit dans V Abeille Jurassienne^ du 26 novembre 186S : 

Dans sa séance du 28 octobre dernier, l’Académie royale de médecine 
de Belgique a nommé parmi ses membres correspondants, M. le docteur 
E.-L. Bertbcrand, secrétaire honoraire de la Société d’agriculture, 
sciences et arts de Poligny, et l’un des membres actifs de la Société 
de climatologie d’Alger, où il s’est fixé. La nouvelle de cette haute dis- 
tinction sera accueillie avec plaisir par les nombreux amis que M. 
Bertberand a laissés parmi nous. 

Nous lisons avec plaisir, dans Y Abeille médicale du SK) novembre der- 
nier, qu’un de nos membres correspondants, M. de Bourilhon, méde- 
cin aide-major de 2** classe, vient d’être promu de l'* classe. 

TEINTURE ET PRÉPARATION DU BOIS. — On peut donner aux 
modestes meubles en sapin et en bois blanc, même quand ils sont re- 
couverts de colle, l’aspect du bois de palissandre et même de noyer. 

n suffit pour cela de faire dissoudre dans de l’eau tiède, jusqu’à satu- 
ration complète, du caméléon minéral (bypermanganate de potasse) et 
de l’étendre avec un pinceau sur le bois qu’on veut teindre, jusqu’à ce 
qu’il atteigne la nuance qu’on veut produire. 

€inq minutes d’ordinaire suffisent pour arriver à ce résultat. 

Chaque espèce de bois a sa manière de subir cette opération : le 
poirier et le cerisier se teignent très-rapidement ; le bois blanc plus 
lentement; le sapin, à cause de sa résine, résiste plus longtemps. 

On lave ensuite à grande eau les objets que l’on a teints, on les laisse 
sécher, on les huile et on les polit (Garai.) 

SÉANCE AGRICOLE PUBLIQUE DU 4 SEPTEMBRE 1866. 

M. le Président Clerc-Oothicr ouvre la séance à 1 heure i;2, en appelant 
l’attention de l’assemblée sur le premier paragraphe de l’ordre du jour : 
Des avantages et des inconvénients des bans de vendanges. 

Plusieurs des personnes présentes émettent, sur cet important sujet, leur 
manière de voir qu’on peut résumer en ces quelques lignes. 

Le jour de l’ouverture des vendanges, bien que ce soit une vieille cou- 
tume féodale abolie de fait par la révolution française, peut encore avec avan- 
tage être maintenu, parce qu’il est habituellement fixé par le maire de la 
localité, renseigné par son Conseil et les personnes les plus aptes à donner 
leur avis à cet égard. - 


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— 282 — 


D’un autre côté, ce jour, déterminé d’ordinaire avec intelligence, vient 
souvent contrebalancer la trop grande tendance, assez naturelle d’ailleurs, 
du vigneron, à récolter son raisin non complètement mûr, sollicité qu’il est 
par le désir de jouir et aussi par la crainte de perdre sa récolte par une 
cause accidentelle, telle que la grêle, de trop longues pluies, etc. 

Cet usage a encore l’avantage de prévenir les habitants limitrophes du 
pays vignoble, qui viennent chaque année soit pour aider à la cueillette du 
raisin, soit pour faire quelques acquisitions. Ges derniers se rendent alors 
de préférence là où la vendange est dans les meilleures conditions de prix 
et surtout de maturité. 

L'usage des bans proprement dits est généralement perdu; il pouvait avoir 
sa raison d'ètre, on le comprend, lorsque le sol appartenait à un petit nom- 
bre de propriétaires, tenant non-seulement à se rendre compte de leurs 
récoltes, mais encore à fixer la nature du plan qui devait être cultivé. 
D'ailleurs, les percepteurs de dîmes trouvaient dans cet usage nne plus 
grande facilité pour opérer leurs recettes. 

Avec notre morcellement infini du sol, on voit disparaître cette coutume, 
qui a pour inconvénient d’obliger à récolter d’abord un cantonnement» puis 
un autre, de telle sorte qu'il peut arriver qu’un propriétaire d’une vigne 
située dans le premier ban, sera quelquefois dans la nécessité de laisser ses 
cuves à moitié remplies, jusqu’au jour où il lui sera permis d’aller vendanger 
dans le cantonnement contenant une autre vigne, qui peut-être même, à 
cause de la nature de son plan dominant ou même de sa récente implanta- 
tion, donnera alors une moins bonne et moins abondante récolte, soit parce 
que le raisin sera trop mûr ou qu’il aura éprouvé un commencement d’alté- 
ration'. 

En supprimant les bans et conservant seulement et jusqu’à nouvel ordre 
l’ouverture des vendanges, tout en permettant, en cas d’urgence, la récolte 
des vignes en dépérissement, on parera, autant que possible, à tous ces in- 
convénients, tout en bénéfleiant des avantages résultant de cette coutume. 

Le deuxième paragraphe de l’ordre du jour était : Façon de vin d' extra 
d'enfariné. Ce plan, qui est maintenant fort répandu dans le Jura a, comme 
on le sait, la grappe courte, le fruit gros, noir, couvert d’une poussière blan- 
che, comme une sorte de farine, de là son nom d'enfariné; scs feuilles sont 
plus longues que larges, dentelées, velues en dessous sur les nervures. 

Longtemps mis de côté comme donnant un vin peu délicat, dur, il est 
maintenant, par suite d’une culture mieux entendue qui en fait reconnaître 
les précieuses qualités, fort en vogue. Outre qu’il est très-productif et qu’il 
résiste bien aux intempéries, il donne un vin fort en couleur, âcre dans les 
premières années, mais se bonifîant avec le temps, tout en acquérant un 
bouquet très-agréable. M. Clerc-Outhicr nous dit qn’un jour il fit goûter à 


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— 283 — 


un de scs amis de ce Tin, ayant dix ans de tonneau et trois de bouteille, il 
est vrai, mais tellement bon que cet ami eut peine à croire que ce mauTais 
raisin, si âpre au goût, put donner un si bon vin. Un Titiculteur présent 
nous affirme qu’il avait aussi obtenu un très>heureux résultat d un mélange 
d'enfariné et de maldoux. 

M. le Président demande ensuite ce qu’on pensait généralement du vin 
clairet et qu’elle pouvait en être l ulililé. 

Ce vin, qui se fait avec des raisins pressés immédiatement après la récolte 
du fruit, et subit plusieurs soutirages qui doivent en empêcher la fermenta- 
tion, est d’ordinaire léger, agréable au goût, ayant une belle robe, mais per- 
dant le plus souvent de ces brillantes qualités en vieillissant. Aussi, faut-il 
le boire dès les premières années. La vente en est difficile dans nos pays; 
c'est plutôt un vin de famille, qu’au dessert on offre aux amis, qu’un produit 
réellement commerciablc. 

Après une distribution, a titre d’essai, de plusieurs variétés de blés envoyés 
par la Société la Fourmilière, M. le President clôt la séance à 3 heures Ij?. 


CHROMQLE AGRICOLE. 

Les conférences de M. Georges Ville, à Vincennes, ont eu un grand reten- 
tissement dans la presse. Cela prouve deux choses que nous nous plaisons 
à constater : la haute idée que le public a du savant professeur et l’cmprcs- 
sement que mettent maintenant les journalistes à publier ce qui intéresse 
l’agriculture. 

M. Georges Ville a d’abord initié ses auditeurs aux termes techniques de 
la chimie agricole. 11 leur a dit que les végétaux sont formés d’éléments 
organiques et inorganiques. Les premiers, qui jouent le rôle le plus impor- 
tant, sont absorbés à l’état gazeux et les autres à l'état liquide. « La valeur 
de ces éléments, qui sont au nombre de quatorze, dépend autant de leur 
position que de leur nature, de la môme manière que les lettres de i'alpha- 
bct. Ainsi, telle ou telle combinaison de ces éléments pourra produire ali- 
ment ou poison, hysopc ou cèdre, nain ou géant. » 

Voilà qui est fort ingénieux, car on pourra dire maintenant qu’on enseigne 
la science agricole par l’alphabet. Seulement nous aurions]désiré connaître 
la distinction des voyelles d’avec les consonnes. 

Mais si c’est à la combinaison plutôt qu’à la quantité relative de ces élé^ 
ments qu’on doit attribuer les caractères si variés des végétaux, comment 
procéder à leur analyse pour savoir ce qui leur est le plus profitable? 

On voit tout de suite que nous voulons parler des marques auxquelles on 
doit reconnaître les éléments qui composent les engrais les plus énergiques. 


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— 284 — 

Mais comme cette question nous conduirait trop loin, nous aimons mieux 
mentionner certains phénomènes de physiologie végétale que le savant 
professeur a rendus très>compréhensibles. L'azote, qui est l'un des éléments 
organiques les plus importants dans la végétation, n'est pas absorbé de la 
même manière et en même quantité par toutes les plantes. Les unes, conune 
le froment et toutes celles de sa famille, le puisent dans le sol, tandis que les 
légumineuses, comme le pois et la vesce, se l'approprient dans l’air atmos- 
phérique. On remarque, en effet, que ces dernières plantes ont leur tige 
plus grosse à leur sommet qu'au sortir du sol; c'est ce qui explique les 
bons effets de ces légumineuses quand on les enfouit en vert pour les em- 
blâvures. 

On pourrait ajouter que quand il se rencontre dans ou sur le sol des élé- 
ments ayant une affinité particulière pour le gaz carbonique, les plantes qui 
végètent dans ces milieux prennent plus d’accroissement. Or, les fumiers de 
ferme possédant à un haut degré ces propriétés, il n'est donc pas étonnant 
qu'on leur donne la préférence sur les engrais dits de commerce. Aussi M. 
Georges Ville n’en a-t-il préconisé aucun en particulier. 

Si les leçons données à Yincennes n’ont apporté aucun jour nouveau sur 
la physiologie végétale, elles ont été tellement méthodiques et appuyées de 
faits si notoirement acquis, que tout cultivateur tant soit peu éclairé fera 
bien d’en faire la lecture dans ses moments de loisir. 


La Société éC apiculture, dont le siège est à Paris, se propose de diviser 
ses travaux en trois sections : Apiculture, Sériciculture et Insectologie. 
Cette dernière section ne comprendra que les insectes nuisibles. 

Cette Société avait déjà fait un appel à tous les entomologistes pour aug- 
menter l’importance de son exposition qui a eu lieu en août dernier. Mais 
nous ignorons si beaucoup de vermisseaux et de moucherons ont bien voulu 
se laisser palper, pour figurer sous les vitrines du Palais de l'Industrie. 

Toutefois, sachons gré aux initiateurs de celte idée, car il ne serait pas 
sans utilité de connaître un peu les mœurs de cette myriade d’iusectes qui, 
chaque année, nuisent notablement à quelques-unes de nos récoltes. 

Nous avons déjà parlé dans ce Bulletin des insectes qui attaquent les cru- 
cifères, surtout le colza et la navette. Mais nous avons à nous rectifier sur 
le nom générique à! attises que nous donnions, comme tant d’autres, à cet 
ordre de coléoptères. M. Thénard lui-méme, qui a imaginé un procédé pour 
détruire ces insectes, no les désigne pas autrement. 

Mais voici qu’un entomologiste distingué, M. Lethierry, nous apprend que 
les prétendues altises dont il s’agit ne sont rien moins que de terribles Meli- 
gethes cmeus et Meligelhes viridens. Ces dénominations, comme on le voit, 
ne ressemblent guère à celles sous lesquelles ces insectes sont connus. M. 


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— 286 — 


Lethierry a fait une étude approfondie de ces deux espèces de Méligethet 
qui détruisent parfois toute une contrée de colza ou de navette. La plus 
petite espèce, à l'état parfait, n'a réellement que deux millimètres de lon- 
gueur et vole comme un moucheron. L'autre espèce, appelée Meligethei tn- 
ridensy n'a pas huit millimètres de longueur, comme le dit notre naturaliste, 
mais seulement quatre à cinq. Les pattes sont rousses et rétractiles, car l'in- 
secte fait des sauts comme la puce, d’où lui est venu le nom de puceron, 11 
nous a semblé aussi que les élitres de cette espèce sont d’un vert plus doré 
que celles de la première. Celle-ci n’attaque que la fleur, tandis que l’autre 
fait ses œufs dans la tige, qui est bientôt rongée par les larves. On peut se 
rendre compte de la multiplication de ces coléoptères dès l’automne, en dé- 
lapnt dans de l’eau une pellée de terre où il a été récolté du colza ou de 
la navette. On voit alors surnager les débris des étuis et les insectes eux- 
mèmes plus ou moins avancés dans leur transformation. 

Quant à la destruction de ces coléoptères au printemps, H. Thénard con- 
seille de répandre sur les fleurs de navette ou de colza un mélange de sciure 
de bois et de goudron. . 

11 nous semble qu’on pourrait encore employer efficacement la poudre à 
base de soufre delà mine des Tapets, à Âpt (Vaucluse). 

Le soufre est en effet l’antidote le plus énergique contre la production des 
parasites végétaux et animaux. Nous engageons les cultivateurs à faire des 
essais à ce sujet. Vionnet, Vice-Prézident. 


AMÉUORATIONS AGRICOLES. 

Reclierclies eixpérimentcilee sur 
le& moyen» di^caugnnenter la Ica Toi» Ica x*icliefMe 
publique et Ica x*iclie»»e privée^ 

PAR M. CHONNAVX - DCDISSON , MEMBRE CORRESPONDANT. 

(Suite). 

Par la quantité de bouses que les animaux rendent en moyenne, on peut 
encore reconnaître la différence en quantité des aliments qu’ils absorbent. 
Noos nous sommes assuré que la vache à lait donnait à peu de chose près 
deux fois autant de bouses que le bœuf à l’engrais, les circonstances étant 
celles où la vache fournit 20 litres de lait par jour, et où le bœuf commence 
tt période d’engraissement. 

Mais si la vache laitière consomme une quantité d’herbe qui est le dou' 
ble de celle que le bœuf dépense, si l’un et l'autre tirent également un 


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— 286 — 

bon parti de leurs aliments, il derient facile d’expliquer la différence dans 
les produits fournis par ces deux animaux. 

Ramenons l’herbe dépensée par la Tache à lait à 30 kilog. d’herbe dessé- 
chée. C’est effectivement cette quantité qui est nécessaire sous la forme de 
foin pour qu’une vache puisse donner ÎO litres de lait par jour sans perdre 
de son poids. J’ajouterai même que, pour qu’elle fournisse, pendant quel- 
que temps, cette quantité de lait, il faut donner moins de foin, et en rem- 
placer une quantité déterminée par quelque matière alimentaire, telle que 
des betteraves. 

Divisons maintenant en trois ordres les substances essentielles contenues 
dans cette proportion d’aliments : en substances azotées, en substances 
grasses et en substances dont la composition est analogue ou semblable à 
celle des sucres. 

Les herbivores ayant une nourriture à discrétion qui flatte leur goût, ne 
brûlent point, ou ne brûlent que très peu de la substance grasse qui est 
contenue dans leurs aliments ; ce qui le prouve, c’est qu’ils dégagent dans 
la respiration un volume d’acide carbonique égal à celui de l’oxygène ab- 
sorbé. Le charbon qu’ils brûlent provient surtout de substances dont la 
composition peut être représentée, d’une part, par du carbone, de l’autre, par 
de l'oxygène et de l’hydrogène réunis dans la même proportion que pour 
constituer de l’eau. 

Voici alors comment les choses se passent relativement à la vache à lait 
et au bœuf à l’engrais. 

La vache laitière donne, sous la forme de lait, 4a totalité, à peu près, des 
substances grasses, la plus forte porportion des matières azotées et uuc 
partie des substances ternaires contenues dans les aliments qu’elle ab- 
sorbe; le bœuf à l’engrais, qui ne consomme que la moitié des aliments dé- 
pensés par la vache, ne peut donner que la moitié de substances grasses, 
une faible quantité de substances azotées, qu’on obtient de celle-ci, et il 
fait de la chaleur avec le charbon des substances ternaires qu’il trouve dans 
sa nourriture. 

Ainsi, lorsque le bœuf à l’engrais est placé, au moins pendant la saison 
de l’herbe, où il doit être, c’est-à-dire dans une prairie où il trouve de la 
nourriture à son goût et à discrétion, il tire, alors qu’il n’est encore que 
dans les premiers mois de sa période d’engraissement, un aussi bon parti 
de ses aliments que la vache à lait ; et s’il donne beaucoup moins de pro- 
duits qu’elle, c’est qu’il mange moins et qu’il lui faut cependant autant de 
matière pour l’entretien de sa vie. 

La différence entre les résultats obtenus s’explique donc par la diffé- 
rence en quantité des aliments consommes par nos deux animaux. En effet, 


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puisque la quantité d’herbe dépensée par une yadie à lait, équiyaut à celle 
que consommeraient deux bétes à l’engrais, les circonstances que nous 
avons indiquées étant réunies, nous avons donc dans le dernier cas deux 
animaux à entretenir, tandis que dans le premier nous n'en avons qu’un 
seul. 

Le sucre de lait ou ses équivalents, et la matière azotée qui ne se trou- 
vent pas dans l’augmentation des deux animaux à l’engrais ont servi de ra- 
tion d'entretien à l’un deux, mais comme rien ne se perd, on comprend 
qae ces deux animaux auront évacué le double de carbone à l’état d’acide 
carbonique (par leurs poumons) et le double de principes azotés (par leurs 
urines) de la vache à lait. 

Ainsi s’explique l’amélioration plus grande d’un herbage quand il est dé- 
pouillé par des bœufs d'un poids ordinaire, que quand il l’est par des va- 
ches laitières. Cette amélioration est un fait admis par tout le monde. 

Il y a des propriétaires qui ne louent leurs prairies qu’à la condition 
qu’elles seront dépouillées par des bôtes d’engrais, prétendant, ce qui est 
un préjugé, que les vaches laitières détériorent le fonds. 

Si j’admets avec les agriculteurs que de la môme quantité d’herbe, il 
reste sur le sol plus d’engrais quand elle est consommée par des bœufs 
que quand elle l’est par des vaches laitières, je n’admets pas avec eux que 
la différence relative aux engrais déposés par ces deux sortes d’animaux 
tienne seulement à ce que les bouses du bœuf sont plus riches en principes 
fertilisants que celles de la vache. 

Tant que le bœuf (à l’herbage) n'est que dans les trois ou quatre pre- 
miers mois de sa période d’engraissement, il n’y a aucune différence entre 
ses bouses et celles d’une vache à lait ; lorsque le bœuf ne garde plus de 
ses aliments, en quelque sorte que la matière grasse, qu'il ne fait plus de 
viande, suivant l’expression de l’herbagcr, j’ai généralement reconnu que 
ses excréments solides contenaient un peu plus de matières organiques que 
ceux de la vache. Mais si chez un bœuf qui s'engraisse dans nos pâturages, 
les excréments sont plus riches en matières solides à la fin de sa période 
d’engraissement qu’au commencement de cette période, cependant la diffé- 
rence est si faible qu’on peut la négliger dans la question que nous discu- 
tons. 

Plus le bœuf approche d’un engraissement parfait (nous le supposons tou- 
jours dans un pâturage), moins il mange. En effet, il ne prend guère que la 
quantité d’aliments capables de lui fournir, en dehors de la graisse qu’ils 
renferment, sa ration d’entretien. Aussi, à cette époque de sa vie, fixe-t-il 
dans ses tissus moins de graisse que lorsqu’il faisait une forte proportion 
de viande proprement dite ; ce qui le prouve, c’est qu’en le pesant alors à 
des intervalles convenables, on remarque qu’il n’augmente pas du poids 


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— Î88 -- 

que représenterait celui de la graisse que nous avons supposé qu'il fixait 
lorsqu’il gagnait par jour 1 kilog. et demi. Voilà pourquoi on ne peut en- 
graisser promptement et à un degré très-prononcé le bœuf dans le pâtu- 
rage. 

Si une prairie reçoit plus d'engrais lorsqu'elle est dépouillée par des 
bœufs que lorsqu’elle l’est par des vaches laitières, la différence tient doue 
surtout à la plus grande quantité d'urines fournies par les premiers ani- 
maux. 

Ainsi se passent les choses dans nos pâturages ; mais en est-il de même 
quand on engraisse le bétail à l'étable et qu’on le nourrit en quelque sorte 
artificiellement? Malheureusement, non, quoique la quantité de viande 
qu’on obtient chaque année de nos herbages ne soit pas celle qu’on eût ob- 
tenue, si l’herbe de ces herbages eût été autrement consommée. 

{A suivre). 


DONS. 

Il est offert à la Société, par : 

Les Académies ci-après ; 

Recueil des Travaux de la Société libre d'agriculture, sciences et arts de 
VEure, 3« série, tome YIII, années 1862, 1863. — Mémoires de la Société 
d'histoire naturelle de Colmar,-— De la Société d' agriculture et d' horticulture 
de Vaucluse. 

M. C.-L. SAiNDRAS : Etude sur la Diathèse urique; — Sur la Digestion et 
V Alimentation (mémoire lu à l’Institut, Académie des sciences). 

M. le docteur Guilland : 

De la Médication par les Ferrugineux, et plus particulièrement par V Eau 
de la Bauche,— Discours de réception de M. le marquis Costa de Beauregard, 
lu dans la séance de l’Académie impériale de Savoie, du 15 août 1865, et 
réponse de M. le docteur Guilland, vice-président. — Discours de réception 
lu par M. Eugène Burnier, et réponse de M. le docteur Guilland. 


ERRATUM. — Page 235, lignes 34 et 35, au lieu de : les corps à 
l’état sec, étant de bons conducteurs de l’électricité, tandis qu’à l’état 
bumide ils en deviennent de mauvais, etc., lisez : les corps à l’état sec, 
^tant de mauvais conducteurs de l’électricité, tandis qu’à l’état humide 
ils en deviennent de bons, etc. 



POLIGNV, IMP. DB MARESCBAL. 


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— 289 — 

SCIENCES NATURELLES. 

Hechercliee expérimentales sur le Goitre, 

PAR H. CHONNAUX-DCBISSON, HEIIBRC CORRESPONDANT. 

(Suite), 

Ligatures des artères thyroïdiennes et des carotides. Cette opéra* 
tîon a été proposée pour faire atrophier la tumeur : On cite des succès 
obtenus par Carlisle, Chélius, Wallher, Earle, etc. Cependant Brodie 
n’a pas vu diminuer le goitre dans un cas où il avait fait cette ligature. 
Langenbeck lia les carotides et perdit son malade. 

Dans les cas que nous venons de signaler, on n’avait fait que la liga- 
ture des artères thyroïdiennes supérieures, celles des thyroïdiennes 
loférieures n’étant ni facile, ni même peutrètre possible, à cause du 
développement de la tumeur. 

Quoiqu’il en soit, cette opération que Lange (Disseri. de strumis et 
scrophulis) et plus tard Jones avaient proposée, fut pratiquée pour la 
première fois par Blizard. Elle ne nous parait convenir qu’aux goitres 
sanguins, et encore cette opération ne nous semble-t-elle rationnelle 
qu’à la condition de lier les quatre artères thyroïdiennes. Or, nous 
savons de quelles difficultés est entourée la ligature des inférieures. 

On trouve dans les Bulletins de la Société anatomique (1837, t. xii, 
p. 41 ) un fait qui nous parait à priori devoir diminuer la confiance des 
chirurgiens en cette opération. Il y avait dans un goitre ossification et 
diminution du calibre des artères de la tumeur, et cependant celui-ci 
aTaii conservé un volume considérable. 

6^ Extirpation. — L’extirpation a été pratiquée pour toutes les tu- 
meurs du corps thyroïde, mais des insuccès nombreux l’avaient fait 
rejeter. Aussi nous ne serions pas entré dans de grands détails sur cette 
o^ralion, si dans les séances du 10 et du 22 septembre 1850 il n’avait 
élé communiqué à l’Académie de médecine deux observations de 
goitres opérés avec succès. Nous allons rapporter brièvement ces deux 
faits. 

Dans la première observation, il s’agit d’un malade opéré par M. 
Roux. La tumeur, située au niveau du corps thyroïde, avait acquis le 
'voluine d’un très-gros poing. Cette tumeur indolente, non adhérente 
à la peau, était peu mobile, paraissait adhérer intimement au laryp^; 
les vaisseaux thyroïdiens n’avaient pas sensiblement augmenté db^^^-r 
lame ; l’artère carotide, repoussée en dehors, n’avait aucune cohnexioo 


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— 290 — 


avec la tameur. Malgré ces conditions favorables, M. Roux ne voulait 
point enlever cette tumeur, et n’a cédé qu'aux instances du malade. 
L’opération fut pratiquée de la manière suivante : Une incision étendue 
de l’os hyoïde au sternum, des sections latérales mirent à découvert la 
partie antérieure de la tumeur; elle fut ensuite facilement énueléée. On 
eut soin de lier les vaisseaux à mesure qu’ils étaient divisés; on comprit 
même dans une ligature tous ceux qui couraient le risque d’étre lésés. 
Pendant l’opération, le malade eut une dyspnée extrême et de l’apho- 
nie, que M. Roux attribua à la section du nerf récurrent. La tumeur 
enlevée pesait 325 grammes ; elle avait dans le sens vertical 27 ou 28 
centimètres environ, et 22 dans le sens transversal. Au bout d’un mois 
la cicatrisation était complète. La voix est restée faible et enrouée. 

L’autre malade a été opéré par M. Cabaret ( de Saint-Malo). C’était 
un homme de 67 ans, qui , au mois de septembre 1849, vit se déve-^ 
lopper en avant du larynx une tumeur peu apparente d’abord, qui peu 
à peu augmenta de volume, ne céda à aucun des moyens préconisés 
contre le goitre, et qui^ par son accroissement, ne tarda pas à lui faire 
éprouver de la gêne dans la respiration. 

Vaincu par les pressantes sollicitations du malade, M. Cabaret, mal- 
gré sa répugnance pour une opération de ce genre, se décida à enlever 
la tumeur. 11 fit une incision cruciale, et pratiqua l’énucléation avec la 
spatule et le manche d’un scalpel ; rarement il fut obligé de faire usage 
de l’instrument tranchant, malgré l’extrême adhérence de la tumeur à 
la ligne médiane. Comme dans le cas précédent, les vaisseaux furent 
liés avant leur section, ou aussitôt après <{u’ils avaient été divisés. La 
tumeur pesait 250 grammes après son extraction ( voy . Gazette midi- 
cale, 1850, page 710). Trente-huit jours après, la cicatrisation était 
complète. 

Les deux succès que nous venons de rapporter ne justifieraient pas 
une opération d’extirpaUon d’un corps thyroïdien hypertrophié, alors 
que cette affection n’est encore qu’une infirmité et ne compromet pas 
la vie du malade : l’opération serait formellement interdite dans ces 
conditions. Ce ne serait, comme le fait remarquer M. Velpeau, que dans 
des goitres isolés, mobiles, à base étroite et pédiculés, que l’on serait 
tout au plus autorisé à pratiquer l’extirpatioiK M. Béjin .dit que, dans 
les cas mêmes où les tumeurs du corps thyroïde sont le mieux isolées, 
dans les cas où elles ne se rattachent au cou que par des pédicules 
étroits, il faut encore ne les attaquer qu’avec hésitation, et redouter le 
développement d’accidents graves. M. Sédillot, qui a. opéré plusieurs 
tumeurs du corps thyroïde par l’extirpation, repousse formellement 


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— 291 - 


cette opération dirigée contre le vrai goUrc, mais U la croit beaucoup 
moins dangereuse dans le faux goitre, c’cst-é-diro dans les diverses 
tumeurs du corps thyroïde. Il ajoute que les difficultés de ces opéra- 
tions sont assez grandes, en raison du nombre et du volume des veines 
qui se gonflent sous la main de l’opérateur. Le procédé qu’il a suivi 
dans ces cas consiste k placer successivement sur ces plexus veineux 
deux ligatures : l’une du côté de la tumeur, l’autre du côté opposé, afin 
de pouvoir diviser ces vaisseaux sans hémorrhagie. 

Lorsque la tumeur occupe la partie inférieure du cou, qu^elle est 
mobile, et que dans certains mouvements, fuyant entre le trachée et 
le sternum, elle détermine des accidents du côté des voies respiratoires, 
M . Bonnèt donne le eonseil de l’attirer au-devant du cou, et de la fixer 
dans ce point avec un petit appareil qui, agissant à la manière du doigt, 
la maintient constamment élevée au-dessus du sternum. Daus un cas 
où la tumeur avait une grande tendauce au déplacement, il employa le 
procédé suivant : La tumeur était maintenue soulevée par deux doigts 
placés entre le bord supérieur du sternum et la partie inférieure du 
goitre, on y enfonça obliquement de bas en haut et d^avant en arrière 
quatre fortes épingles dont les tètes appuyaient sur le bord supérieur 
du sternum. Pour empêcher celles-ci de faire saillie en avant ou de 
s’échapper, on y attacha des fils qui furent fixés sur les côtés du cou 
avec des linges imbibés de collodion.... La peau fut cautérisée avec le 
caustique de Vienne, dans l’étendue de 6 centimètres sur 3 en hauteur; 
sur l’esquarre on plaça une couche de pâte de Canqnoin. Quelques 
jours après, une esquarre de 2 centimètres d’épaisseur se détacha, em- 
portant avec elle les épingles qui n’avaient pas été enlevées (Galette 
médicale, 18S1, p. 772). 

Le procédé de M. Bonnet est destiné à remplir une double indica- 
tion : 1^ élever la tumeur et la fixer au-dessus du sternum; 2* cauté- 
riser sa surface et les téguments qui la recouvrent, de manière à pro- 
voquer une adhérence qui la fixe dans le point où elle a été maintenue 
par des aiguilles. 

B. — CURE PALLIATIVE DU GOITRE. 

Le goitre qui a résisté ou temps et aux remèdes, et qu’il est dès lors 
bien reconnu qu’on ne saurait guérir, exige encore quelques précau- 
tions particulières tirées du régime et des médicaments, et qui ont pour 
but d’en prévenir T accroissement ou d’en diminuer les plus fâcheux 
accidents. Les personnes donc qui portent un goitre réduit à cct état 
d’incurabilité, se tiendront le cou chaud et bien vêtu, éviteront autant 


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— 292 — 


que possible de s^ourner dans une atmosphère humide, s'éloigneront 
des travaux rudes qui exigent des efforts violents, et elles s’abstien- 
dront de chants forcés et de cris violents. La liaison intime du goitre 
avec le système utérin, fera veiller chez les femmes à assurer la régu- 
larité des menstrues; et si le goitre est menaçant par sa grosseur, il 
sera sans doute prudent de défendre le mariage et de prévenir la gros- 
sesse, par le seul fait qu’on sait que la grossesse tend à augmenter son 
volume. Lorsqu’une congestion sanguine ou quclqüe irritation aiguë, 
en gonflant subitement le goitre , vient à entraîner quelques-uns des 
redoutables accidents qui font craindre pour la vie des malades, l’appli- 
cation répétée de sangsues autour de la tumeur , celle de ventouses 
scarifiées, puis des émollients, pourront servir à ramener le calme. 

Néanmoins, ce que nous avons déjà rapporte des terminaisons fâ- 
cheuses qu’affecte le goitre lorsqu’il comprime par trop et au dernier 
point la trachée-artère, lès veines jugulaires et l’œsophage, ne laisse, 
il faut l’avouer, guère d’espoir d’éloigner le danger que d’une manière 
précaire et tout-à-fait momentanée. 

Cependant, en meme temps que Ton s’efforcera de prévenirTaccrois- 
sement ultérieur du goitre, on remédiera d’ailleurs autant que possible 
et immédiatement aux accidents menaçants qu’il pourra produire. On 
opposera donc l’application de sangsues à la nuque, aux tempes, et des 
lotions froides sur la tète, aux vertiges et à l’apoplexie; un air frais et 
renouvelé , et peut-être même dans les cas qui pourraient laisser la 
trachée-artère accessible , la trachéotomie, aux menaces d’étouffement 
et d’asphyxie. 

Quant aux effets moins menaçants, mais cependant non moins fâcheux 
de la dysphagie, on devra leur opposer l’usage des aliments et des bois- 
sons analeptiques les plus faciles à avaler; on pourrait peut-être encore 
recourir à l’injection des substances alimentaires dans l’œsophage, à 
l’aide d’une sonde de gomme élastique que l’on introduirait dans ce 
conduit. 

Mais cela exigerait toutefois que le séjour de la sonde pût paraître 
compatible avec la liberté de la respiration. 

On sait enfin que si le goitre est cancéreux ou carcinomateux, on le 
combattra par les narcotiques et par tous les moyens généraux et locaux 
qui conviennent aux tumeurs de cette nature. 

(A suivre). 




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- 293 — 


POESIE. 

l.«e «loueur di*or§^e, 

PAR MRLANIE BOUROTTKy MIMBRE CORRESPOND AlfTE. 

Il va, le dos courbé, de village en village, 

Sous le soleil brûlant ou la bise qui mord ; 

Il est vieux, las et pauvre, et son pile visage 
Semble déjà sourire au baiser de la mort. 

Mais Dieu ne permet point que son humble voyage 
Se poursuive ici-bas sans un utile effort : 

C'est le chantre du pauvre... et le cœur sans courage 
Parfois, en l’écoutant, a palpité plus fort. 

11 prolonge l'écho de la patrie absente. 

Le lointain souvenir de l'enfance innocente; 

Pour l’entendre sans honte on redevient meilleur. 

Laissez pleurer les yeux qui lui doivent des larmes! 
Si les déshérités lui trouvent quelques charmes, 
Qu'il soit béni de Dieu, cet obscur travailleur! 


lj*E«péx*cince 9 

PAR M. LOUIS OPPEPIN, MEMBRE CORRESPONDANT. 

L’espérance est la fleur dont le bois se parfume; 

Le flot qui pousse au port le navire égaré; 

L'étoile qui sourit dans un ciel azuré ; 

Le chant du frêle oiseau dans son doux nid de plume; 

C’est le timide aveu de la chaste beauté; 

L’obole dans la main du pauvre qui soupire ; 

Le rbythme harmonieux du poète en délire 
Rêvant le sceptre d’or de l’immortalité; 

C’est la palme promise à la valeur des braves; 

Du proscrit regretté c’est le prochain retour; 

Après la sombre nuit, l'aurore d’un beau jour; 

La douce liberté pour les peuples esclaves! 


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- 294 — 


C'est la fraîche oasis dans le désert en fen , 

Le berceau bien-aimé qne protège une mère; 

La voûte éblouissante où monte la prière ; 

C’est la foi ; c’est l’amour; l’espérance^ c’est Dieu! 


Le Ravin, 

FAR m, ACHILLE BALUCIf, MEMBRE CORRESPOHDANT. 

Le ravin à mes pieds, le ciel gris sur ma tète, 

Dans l’air froid, le vol lourd d’un corbeau s’enfuyant. 

Alentour le silence, un silence effrayant 

Que ne trouble aucun bruit, soit de deuil, soit de fête. 

Je veux descendre au fond de ces fourrés obscurs : 

Les arbres décharnés entrelaçant leurs branches, 
Cachent l’humus couvert des débris des pervenches. 

Et des feuillages morts à côté des glands mûrs. 

Allons! mon pied hésite et glisse sur la pente. 

Le givre vole et pleut sur mon front pâlissant; 

La ronce se relève et m’accroche en passant. 

Le lierre me poursuit de sa chaîne grimpante. 

Le frisson du désert me pénètre d’horreur. 

Mais qu’entends-je? 6 nature, au milieu du silence. 

Ce bruit vague, est-ce un cri que ta grande voix lance. 
Un cri que le courroux t’inspire, ou la terreur? 

Aurais-je découvert un de tes sanctuaires 
Au creux de ce ravin ténébreux et profond ? 
Réponds-moi : c’est ici peut-être que se font 
Les trésors les plus purs de tes électuaires. 

Sous l’œil de Dieu , de qui tu tiens les éléments 
Dont tu formes l’éclat de nos printemps, peut-être 
Tu condenses ici les germes qui vont naître, 

Tu réveilles l’essaim des atûmes dormants? 

Est-ce que tu maudis^ nature maternelle. 

L'audacieux qui vient d’un pas provocateur 
Troubler, dans tes abris clos au profanateur. 

Ton incubation immense et solennelle?... 


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— 296 — 


Rassure-toi pourtant ! si ta voix a gémi 
Pour jeter lanathême au front du téméraire, 

0 toi qui fus pour moi si souvent tutélaire, 

Reconnais le regard et l'accent d'un ami. 

Enfant débile, à peine étais-je éclos au monde, 

Au sein qu'on me tendait prenant le lait vital, 

Que tu versais déjà dans mon cœur virginal 
Le lait de ta mamelle, 6 nourrice féconde. 

Mes poumons s'emplissaient des sauvages senteurs. 

Je dormais et rêvais à l’abri des gros chênes. 

Je me désaltérais au courant des fontaines. 

Je me rafraîchissais aux brises des hauteurs. 

Aux fentes des vieux troncs je suivais les abeilles, 

Je veillais attentif aux amours des oiseaux, 

J écoutais les buissons, je parlais aux roseaux, 

Je lisais dans Téclat des aurores vermeilles; 

Et par un jour ardent de juin, tandis qu’au pied 
D’un tilleul, je dormais couché sur l’herbe rase, 

Je m'éveillai, le front en feu, l’âme en extase ; 
L’enfant frêle à ton œuvre était initié!... 

Tel que l’adepte ému qui frappe au seuil du temple, 
Me voici pénétrant ces bois mystérieux : 

Ta majesté sévère y parait à mes yeux. 

Gomme aux jours du soleil je t'aime et te contemple. 

Si ton enfantement se fait dans la douleur. 

Si les convulsions ont altéré ta face. 

Tu demeures pourtant jeune, forte et vivace. 

Et bientôt nous verrons ta beauté dans sa fleur. 

Sous l’écorce, la sève à flots se précipite, 

On entendrait germer le chêne au cœur du gland; 

La vie est là, partout, et c’est presque en tremblant 
Que je pose le pied sur ton sein qui palpite. 

Calme-toi donc, nature, et ne me ferme point 
L’accès de ton asile interdit au profane; 

Je vois comme à travers un cristal diaphane , 

Avril qui dans ton flanc s’élabore et qui poind. 


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— 296 — 


El n*est-ce pas de toi que je tire ma force? 

Comme toi je languis quand Tbiver est venu, 

Je môle aussi ma plainte aux cris de larbre nu 
Qui tremble au vent du nord et vit sous son écorce. 

La foi me brûle et, comme en un firmament bien. 
Dans ces brumes, des deux voilant la transparence, 
J aperçois sans relâche un signe d'espérance , 
L'ineffaçable sceau de la bonté de Dieu; 

Et tandis que j’écoute, un lent battement d'ailes 
Dans le brouillard épais que traverse un corbeau , 
Je regarde, en rêvant un horizon plus beau. 

Le chêne où nicheront les jeunes tourterelles! 


Bonlieiur des Champs, 

Sonnet par M. Jean Séiuhavo J eune, membre correspondant.. 

A des gens laborieux, cédant ma propriété 
Vers l'âge de trente ans, je quittai mon village 
Pour me rendre au milieu d’une immense cité 
Et rompre à tout jamais avec le labourage. 

Rien ne s'oppose encor à ma félicité, 

Car je puis tous les jours rencontrer de l’ouvrage. 

Que dis-je? le travail!... noire fatalité. 

En ces lieux comme aux champs, ma frayeur Tenvisage. 

Mais que faire? Rester comme un fantôme errant?... 
J'aime mieux retrouver ma femme et mon enfant, 
Retrouver mon bonheur : mon hoyau, ma faucille. 

0 souvenirs chéris que je voulus quitter. 

Je laisse pour toujours celte infernale ville 
Que j’eus tort un instant de vouloir habiter. 


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De quelcfuea point» de Pbiloeopliie clilmlquo9 

PAR H. JtLBS liON , MEMBRE CORRESPONDANT. 

{Suite et fin). 

s X. 

Si l’eau joue le rôle de base, elle joue souvent le rôle d’acide faible, 
témoin les hydrates de potasse, de soude et de chaux. 

Dans certains cas, l’eau peut déplacer l’acide carbonique. C’est ce 
qui arrive en présence des oxydes de fer et de l’alumine, car on sait que 
les carbonates alcalins dans les sels d’alumine, de sesqui>oxyde de fer, 
de manganèse, etc., donnent un précipité d’hydrate de l’oxyde, et 
qu’il se dégage de l’acide carbonique. Il est donc hors de doute que les 
carbonates de sesqui-oxyde de fer, d’alumine, de sesqui-oxyde de man- 
ganèse, se forment dans le début de la réaction, mais que l’eau, acide 
plus puissant dans ces cas que Vacide carbonique^ le chasse de ces car- 
bonates. 

§ XI. 

On a divisé les corps simples en métalloïdes et métaux. Nous trou- 
vons cette division peu en harmonie avec les progrès de la science, et 
nous ne craignons pas d’affirmer qu’une classification naturelle est au- 
jourd’hui indispensable. 

Les caractères de cette classification seraient tirés des composés for- 
més par les corps entr’eux, surtout des sels et des oxydes. 

Voici le tableau de cette classification, telle que nous la proposons, 
pour les corps usités dans l’industrie et dans la médecine. 

!'• CLASSE. — Fluorides. 

Corps ayant peu d’affinité pour l’oxygène et formant des hydracides 
avec l’hydrogène, et ayant une grande affinité pour les métaux. 

Oxygène. — Fluor. — Chlore. — Brème. — Iode. 

CLASSE. — Sulfides, 

Corps ayant pour l’oxygène à peu prés la même affinité que pour 
l’hydrogène, avec lequel ils forment des hydracides, et ayant aussi une 
grande affinité pour les métaux. 

Soufre. — Sélénium. — Tellure. 

3“* CLASSE. — Azotides. 

Corps unique, ayant des affinités peu tranchées , ne se combinant 
guère qu’à l’état naissant avec les autres corps. 

Azote. 


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— 298 — 

4"‘« CLASSE. — Carbides, 

Corps simples, ayant peu d’ affinité pour l’hydrogène et pour les mé- 
taux, mais en revanche ayant une grande tendance à se combiner avec 
l’oxygène, avec lequel ils forment des acides faibles ou des bases peu 
énergiques. 

Hydrogène. — Carbone. — Bore. — Silicium. — Zirconium. — Tho- 
rium. — Yttrium. 

CLASSE. — Arsenides. 

Corps ayant pour l’oxygène plus d’affinité que pour l’hydrogène, avec 
lequel cependant quelques-uns forment des composés peu stables. — 
Ces corps donnent des bases faibles et ont au contraire une tendance 
à donner des acides avec l’oxygène. 

Arsenic. — Phosphore. — Antimoine. — Etain. — Bismuth. 

6- CLASSE. — Ferrides. 

« 

Corps donnant avec l’oxygène des bases faibles, susceptibles de se 
combiner avec les alcalis, et cependant des sels beaux et cristallisables. 
— Doubles avec l’ammoniaque. 

Fer. — Zinc. — Cuivre. — Chrôme. — Cobalt. — JXickeL — Allu- 
minium. — Manganèse. 

N. B. — Ces corps sulfatés donnent des aluns avec les sulfates alca- 
lins. Le chrôme intermédiaire entre la 6"** et la 6"** classe donne aussi 
des aluns dans le même cas. 

7®* CLASSE. — Potassides. 

Corps formant avec l’oxygène des bases puissantes et solubles, sul- 
fates et carbonates neutres solubles. — Corps simples ayant beaucoup 
d’affinité pour l’oxygène. 

Potassium. — Sodium. Lithium. 

8®* CLASSE. — Magnésides. 

Corps unique, grande affinité pour l’oxygène, base puissante, carbo- 
nate et base insolubles. — Sulfate soluble. — Sels formant avec le phos- 
phate d’ammoniaque un phosphate double ammoniaco-roagnésien. 

Magnésium. 

9®* CLASSE. — Calcides. 

Grande affinité pour l’oxygène, base carbonates et sulfates peu solu- 
bles. — Bases puissantes. 

Calcium. — Baryum. — Strontium. — Plomb. 


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— 299 — 

iO~ CLASSE. — Hydrargyrides. 

Corps ayant peu d*allGnité pour l’oxygène, oxydes peu stables. 

Mercure. — Palladium, etc. 

!!“• cussE. — Àrgyrides. 

Corps n’absorbant l’oxygène i aucune température. — Oxydes et sels 
réductibles à la lumière. — Oxyde ayant une tendance à jouer le rôle 
d’acides, se combinant aux alcalis et surtout à l’ammoniaque. 

Or. — Argent. — Platine. 

Terminons ces considérations en disant que nous avons eu pour but, 
en les écrivant, de faciliter l’étude de la chimie en nous faisant le pro-^ 
moteo^’une méthode capable d’éclaircir une foule de faits qui, faute 
d’explication, rebutent les adeptes de la science peu familiarisés avec le 
jeu des affinités dont nous avons essayé d’expliquer ici quelques causes. 
Heureux si nous avons réussi à donner et à propager le goût d’une 
science qui est le phare lumineux de la médecine^ de la pharmacie et 
de l’histoire naturelle. 

Bromo-todure de soufre. 

Malgré l’évidente efficacité de l’iodure de soufre dans le traitement 
des maladies de la peau, ce composé est peu usité en médecine. 

Les raisons de ce délaissement sont faciles à apprécier. Nous allons 
les énumérer rapidement : 

1*^ L’iodure de soufre se décompose, même à la température ordi- 
naire. L’iode s’évapore et laisse isolé le soufre. 

La nécessité d’employer le concours de la chaleur, pour produire 
cette combinaison, fait entrer la matière en fusion, et une grande partie 
du produit se trouve perdue à cause de l’adhérence de l’iodure avec 
les parois du vase. De plus, on est obligé de mettre en pure perte un 
excès d’iode, puisqu’une quantité considérable de ce corps se volatilise 
pendant la manipulation. 

Frappé de ces inconvénients, nous avons cherché à remplacer l’iodure 
de soufre par un composé facile à préparer à froid et plus stable que ce 
dernier corps. Ce composé est le bi-bromo-iodure de soufre. Comme 
son nom l’indique, il est formé de deux équivalents de brème, d’un 
d’iode, d’un de soufre et il a pour formule 

Br* I. S. 

Le bromo-iodurc de soufre s’obtient en triturant h froid dans un 
mortier de porcelaine i partie de brème, 2 d’iode et 3 de fleur de soufre. 
Semi-fluide dans le principe, la combinaison sc solidifie peu h peu. 


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- 300 — 


Ainsi préparé, le bi-bromo-iodure de soufre est brun>marron. 11 
répand à Tair des fumées blanches dues à ce qu’une petite quantité de 
bromure décompose la vapeur d’eau de l’air. A 100 degrés il dégage 
des vapeurs de bromure d’iode et il laisse le soufre pour résidu. 

L’eau décompose à la longue le bi-bromo-iodure de soufre. 11 se 
forme de l’acide sulfurique, de l’acide codbydrique et bronchydrique 
d’après l’équation suivante : 

Br* I. S. + 3 HO = SO* + HI + rBrH 

L’éther dissout en partie le bromo-iodure de soufre. L’alcool est sans 
action à froid, mais à cbaud il se forme du bromoforme, de l’iodeforme 
avec dépôt de soufre. 

L’acide sulfurique dégage à chaud, avec le bi-bromo-ioduredqsou^, 
des vapeurs de brème et d’iode. L’acide azotique forme avec no^ nou- 
veau composé, des acides sulfurique etiodique, et laisse 2 équivalents 
de bromure d’azote d’après la formule qui suit : 

2 azo® + Br* IS = SO* + 10* + azo* + 2 az Br 

Il se dégage aussi du bi-oxyde d’azote donnant des vapeurs rutilantes 
d’acide bypoazotique au contact de l’air. 

Le bi-bromo-iodure de soufre tache la peau en noir. Ces taches dis- 
paraissent avec le carbonate de soufre et l’iodure de potassium. 

Usages. — Ce corps est employé en médecine sous forme de pom- 
made dans les maladies de la peau , d’après la formule ci-après : 

Axonge, 30 grammes. 

Bi-bromo-iodure de soufre, . 4 — 

ADDITION A LA PHILOSOPHIE CHIMIQUE. 

Ordinairement on appelle métal tout corps conduisant la chaleur, 
l’électricité, ayant le brillant métallique. Ces propriétés étant purement 
physiques, et de plus souvent très-peu ostensibles dans certains corps 
appelés métaux, surtout pour les métaux friables, nous croyons qu’on 
ne devrait appeler métaux que les corps donnant des hases bien définies 
avec l’oxygène. — D’après cette définition, l’antimoine, le bismuth, 
l’étain, l’or, l’argent, le platine ne seraient point pour nous des mé- 
taux. Au reste, dans notre essai de classification, nous avons rejeté la 
classification en métalloïdes et métaux comme insuffisante et peu scien- 
tifique. 


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— 301 — 


REVUE BIBUOGRAPHIQUE. 

Feuilles de Rose, poésies par Eolrope Lambert, avec une préface 
de M. Boue de Villiers, sous cette épigraphe : 

Dans le grand jardin de la poésie, il n*y a pas de fruit défendu. V. Hugo. 

Les Feuilles de Rose sont l’œuvre d’un jeune homme à peine entré 
dm sa vingt-deuxième année, fils d’bonnétes ouvriers, et comme eux 
a’ayant fréquenté que les bancs de l’école primaire, aujourd’hui em- 
ployé dans une maison de commerce, et après avoir aligné des chiffres, 
consacrant ses loisirs à aligner des vers, tant est vraie cette assertion : 
on nait poète, nasciturpoeta; et celle-ci, avec variante : 

Ainsi que la valeur, dans les âmes bien nées, 

La rime n’attend pas le nombre des années. 

L’étincelle qui en a fait jaillir la flamme dans l’àme et sous la plume 
du jeune poète, la préface nous l’apprend : c’est ce sentiment dont il a 
été dit ; 

Qui que tu sois, voilà ton maître, 

L’est, le fut ou le doit être. 

Et c’est à celle qui en est l’objet et qui les a inspirées, que ces fleurs, 
que ces rimes offertes d’abord en manuscrit, se sont présentées ensuite 
une à une avec les honneurs de l’impression. Parfaitement accueillies 
par des feuilles sympathiques, comme la France littéraire, à Lyon, le 
Grillon, à Limoges, et les divers journaux de la Charente; honorées 
surtout de l’hospitalité de la Tribune lyrique, de Mâcon, cet organe 
autorisé de V Union des poètes. Société dont le jeune auteur fait partie, 
elles ont été ensuite formées en faisceau, et liées en gerbe odorante. 
Non que toutes les fleurs de ce bouquet soient entourées d’un gai ruban 
de faveur, il en est de toute nuance; non pas que sous l’éclat extérieur 
il n’y ait bien des épines, bien des ronces cachées qui, au dedans, en mi- 
nent le brillant et le parfum : dans ce volume, image de la vie humaine, 
la douleur coudoie le plaisir, et le sourire est trempé par les larmes. 

Détachons une des pièces du recueil, pour donner une idée de la ma- 
nière du jeune nourrisson de la muse, et prenons un sujet d’une actua- 
lité toujours présente, le Travail. 

Travaillez, prenez de la peine. 

C’est le fonds qui manque le moins. 

Lafont. 


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— 302 — 

O travail ! sainte loi ilu monde ! 

Lamartixe. — Jocelyn. 

Le travail est un don précieux, salutaire; 

C’est un bienfait de rElcrnel, 

C’est une chose nécessaire 
Au bonheur des humains, c’est le chemin du ciel ! 

Il donne à l’indigent le bien-ôlro et Taisance, 

Au cœur endolori le courage et la foi; 

Au génie incompris il vefse l’espérance; 

Chacun doit se courber sous sa divine loi. 


Par le travail enfin on arrive k la gloire, 

Mais il faut travailler et travailler toujours , 

Et pour graver son nom au temple de mémoire 
Il faut sacrifier et les nuits et les jours. 


Génie du Sacerdoce, par Achille Marminia, traducteur-interprète 
juré près la Cour impériale, le Tribunal de commerce, la Pré- 
fecture de la Seine, membre et lauréat de la Société des sciences 
industrielles, arts et belles-lettres de Paris, et de la Société 
d’agriculture, sciences et arts de Poligny (Jura). Ouvrage récom- 
pensé par une médaille d’or. 

Le Génie du Sacerdoce, Taulcurle prend à sa source, le suit dans 
scs développements, le considère dans scs manifestations diverses, le 
contemple dans les positions ou il s'épanouit, dans les fonctions où il 
revêt un corps et une physionomie. 

Ainsi, comme pour tout poème, après une invocation sous forme de 
dédicace à Sa Sainteté Pie IX; après une introduction où s’explique le 
motif de la préférence donnée ici aux vers sur la prose , se déroulent 
ù nos yeux les chapitres : De la Vocation, celle voix intérieure qui nous 
signale la carrière où la Providence nous appelle ; le Prêtre ou le Curé, 
grand malgré l'infériorité relative du poste qu’il occupe sur l’échelle 
hiérarchique; VEveque, modeste malgré le symbole du commandement 
figuré dans ses mains par le bâton pastoral, et sur sa tête par la mitre 
mosaïque; le Pontife suprême, se qualifiant lui-même de serviteur des 
serviteurs de Dieu, bien qu’ayant charge d’âmes dans les deux hémis- 
phères, et donnant la bénédiction à la ville éternelle et a Tunivers. 
iJrbi et Orbi. 


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— 303 — 


Le génie du sacerdoee proerée et commande tous les courages, tous 
les dévouements : il arrache au monde, à ses pompes, h ses œuvres, le 
religieux fervent, et le renfermant dans la cellule austère du cloître^ 
sous la bure, le cilice et les macérations disciplinaires de la pénitence 
et de Tascétisme, il lui dicte la nuit comme le jour des prières dont les 
traits ardents, semblables h la pointe acérée de la flèche rapide, percent 
la voûte des cieux et en font pleuvoir sur les pécheurs une abondante 
rosée de clémence et de pardon. 

Ou bien sous les murs d’un de ces monuments de compassion aux- 
quels il a présidé, dans la morne enceinte de Thépital ou de Thospice, 
il attache au pied d’un lit de douleur et de souffrance, l’intrépide sceur 
de charité, douce et vaillante infirmière, amenée à force de foi^et d’es- 
pérance, à braver les dégoûts de la nature, et, de sa main délicate, à 
panser des plaies repoussantes, et dont la simple philanthropie humaine 
détournerait peut-être les regards. 

Ou bien encore, il enlève le jeune missionnaire au pays natal, au 
foyer domestique, aux joies intimes de la famille, et sur les ailes irré- 
sistibles d’un prosélytisme dévorant, l’emporte dans des contrées loin- 
taines, résolu, souvent au prix de son sang, d’y planter l’étendard de la 
croix et de la civilisation chrétienne. 

Mais sans affecter d’aussi vastes proportions, et tout en restant sous 
nos yeux, le génie du sacerdoce n’en est pas moins digne de nos res- 
pects et de notre admiration. 

Entrez au preshytèi'e, examinez dans le recueillement et le silence 
l’homme de Dieu qui l’habite ; assistez aux exercices de sa journée : 
elle est remplie tout entière d’œuvres pies. Du grand matin, à la suite 
d’un court et nécessaire repos, ses genoux fléchissent et sa bouche 
s’ouvre pour adorer et prier. Après cette première oraison , voyez-le 
s’acheminer vers le temple du Seigneur. 

11 traverse grave et méditant la grande nef, pénètre dans le sanc- 
tuaire, tire du fond du tabernacle le pain et le vin mystiques, et sur 
l’autel, transformé en calvaire, célèbre le saint sacrifice en commémo- 
ration du sang de l’agneau versé pour la rédemption du genre humain. 
A sa descente de l’autel de l’holocauste, les jours de fête il se dirige vers 
la chaire, la chaire de vérité, pour y exposer les conditions du salut 
avec l’autorité dont il a hérité du divin maître , tanqnam potestaiem 
habens. 

Au pied, comme sanction de ses préceptes, et en témoignage de la jus- 
tice et en même temps dç la miséricorde divine, s’offre le tribunal de ht 
réconciliation, le confessionnal, où il s’assied pour entendre les aveux 


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des consciences endolories cl contriles, et y verser le baume de ses 
consolations. 

Le génie du sacerdoce intervient dans les principales phases de noire 
existence. 

A peine échappé des flancs malcracls, Tenfanl nouveau -né présente 
la tète à l’eau régénératrice dont il a le dépôt» l’eau purifîcative du 
baptême qui lave en lui la tache originelle. 

Par l’efficacité de son ministère, l’institution civile du mariage^ pour- 
vue de la consécration religieuse, est élevée à la dignité de sacrement. 

Et au terme de la carrière, au moment du solennel départ, le pèlerin 
d’ki-ba^ reçoit par ses soins le sacré viatique, qui le guide sur le che- 
min de réternité. 

Mais jusque là que d’épreuves à subir ! Et de qui, sinon du génie du 
sacerdoce, obtenir les secours de Vange des combats^ et le glaive invin- 
cible qui puisse repousser les assauts de l’ennemi ? 

Quelle assistance invoquera le marin , sinon , sous les auspices du 
génie du sacerdoce , r£(ot7e des mers, dans le nom bien-aimé de Marie, 
dont la protection puissante le rendra capable de défier la fureur des 
vents et des tempêtes ? 

Mais ce n’est pas seulement sur un champ de bataille déterminé de 
la terre ou des mers que la charité sublime, émanée du génie du sacer- 
doce, s’exerce et se déploie : elle éclate partout où il y a du bien à faire, 
du mal à réparer. Elle devient la consolatrice des affligés, habile à unir 
la science à la piété. Phare du criminel, elle l’accompagnc sur les plan- 
ches de l’échafaud et lui donne l’accolade fraternelle au moment où la 
société impitoyable le rejette inhumainement de son sein. Elle plane 
au-dessus des funérailles ; elle ménage au défunt le champ du repos, 
l’asile respecté de la tombe; elle adoucit la mort du juste, elle lui montre 
la route du ciel et les splendeurs de l’immortalité, d’où celle conclusion 
tirée par M. Marminia de tout ce qui précédé : 

Le génie du sacerdoce est la source inépuisable des inspirations les 
plus pures et des actes les plus méritoires; c’est le vrai pamasse d’où 
la poésie découle abondante et limpide. Opinion conforme à celle d’un 
des plus illustres grands maîtres de TUniversité de France, M. de Fon- 
ianes, et aux conseils qu’il donnait aux historiens et aux poètes d’aller 
s’inspirer sur les rives consacrées du Jourdain. 

Par le même auteur : 


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— 308 — 


De l’injustice des patrons et des chefs d’éUdtlissemeniS en ma- 
tière de salaires et d’appointements. 

Aux ouTriers et anx employés. 

L'homme dur et aTare qui ae folt une loi d*ètre 
aoard à la voix du ntlheur, ae rend mèpriaable 
et s'attire rindignation publique. 

Ce n’est qu’ après s’ être abreavé à longs traits ailx sources du génie 
du sacerdoce, et s’étre extasié à la contemplation de ce type de perfec- 
tion modèle, que M. Marminia, descendu des hauteurs de ce radieux 
idéal dans les bas-fonds de la réalité et des misères humaines, s’est senti 
monter au front la rougeur de la honte, et que pénétré d’une vertueuse 
indignation, il a lancé une pbilippique amère contre l’odieuse exploi- 
tation de rbomme par l’homme. 

11 n’est que trop vrai : à la traite des noirs aspire à se substituer la 
traite des blancs. 

Les spéculateurs puissants, visant au monopole, tendent à absorber 
les industries moins pourvues ou moins osées, oomme pour justifier le 
changement malin de la traduction de cette pensée : tôt capita^ tôt 
sensta, autant de tètes, autant de sentiments, en celle-ci : autant de 
capitalistes, autant de sangsues. 

Les grandes compagnies ne se font des concessions mutuelles qu’afin 
d’étouffer dans leurs dures étreintes les associations moindres, en les 
privant d’air, de chaleur et de vie. 

Profitant de la détresse des ouvriers, de ceux surtout qu’une famille 
à nourrir force à subir toutes les conditions, d’injustes patrons, s’éri- 
geant en maîtres impitoyables, se croient quittes à leur égard pour 
quelques oboles en rémunération d’un travail excessif et de l’emploi de 
leurs bras, mus pendant toute une journée comme des machines et ma- 
nœuvres sans miséricorde ni merci. 

Des chefs d’établissements, satisfaits d’un état social qui leur permet, 
tout en thésaurisant, de nager dans l’abondance, trouvent tout naturel 
un régime où de pauvres employés, des commis à la tâche, sont impuis- 
sants, malgré une alimentation insuffisante et parcimonieuse, à réaliser 
les plus faibles économies, réduits et condamnés à vivre au jour le jour. 

Que faire? murmurer, se révolter, opposer la violence, se mettre en 
grève, former des coalitions, user du droit que confère la loi Emile 
Olivier? Tels ne sont pas les conseils de l’auteur. Le mal ne ferait 
qu’empirer. Mais patienter, se résigner, attendre des progrès de la 
raison et de ceux du vrai christianisme, ramélioration du cœur de 
l’homme. 


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— 306 — 


Qu’au lieu d’élre, comme aujourd’hui, en sens inverse de la fatigue, 
les traitements soient subordonnés aux labeurs, et que toujours su- 
bordonnés aux besoins, ils s’élèvent en proportion de la cherté des 
denrées. 

Tels sont les vœux de Tauteur ; heureux si l’on pouvait ajouter : 

telles sont ses espérances ! 

, ZhZïit proftsieur émérite. 


VINIFICATION. 

Conseils et renseignements aux vignerons 
et au:K propriétaires* 

L’importance des soins à prendre pour assurer la conservation des 
vins est généralement reconnue de tous, et cependant, soit négligence, 
soit ignorance des bonnes méthodes à suivre, il arrive parfois qu*on 
laisse les vins perdre leur qualité première et devenir sujets à certaines 
maladies souvent incurables. 

Trois causes sont assignées à ces maladies : 

1* La mauvaise disposition et la mauvaise tenue des caves, le peu de 
soins apportés k la propreté et à l’entretien des vaseS|Vinaire8; 

2* Une pratique peu raisonnée de la vendange et du cuvage des vins ; 

3* L’admission dans les vignobles de certains cépages manquant d’al- 
cool et ne donnant pas aux vins assez de solidité pour se soutenir. 

Mieux vaut prévenir que guérir le mal. C’est donc à combattre 
ces causes que nous nous attachons, nous bornant toutefois aujourd’hui 
k nous occuper de la première seulement, en réunissant quelques con- 
seils stir la tenue des caves et les soins à donner aux vases vinaires. 

Animés du désir de nous rendre utiles aux vignerons et aux proprié- 
taires de notre pays, et assistés des lumières d’hommes compétents, 
nous exposerons les renseignements cssentiels'que l'expérience a con- 
sacrés. 

Cave. — Pour se trouver dans de bonnes conditions, une cave doit 
occuper une situation fraîche, au nord autant que possible, à l’abri du 
mouvementet des bruits extérieurs (1). Elle sera voûtée, s’il se peut, 

(1) Un maltit d’hôtel dont rétablissement se trouvé à Tangle d'une route 
très-fréquentée, sa cave offrant de bonnes conditions, du reste, s'est vu con- 


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— 307 — 


d faiblement éclairée; un courant d’air, pratû^ué à Taidc de soupiraux 
(i), en fera disparaître l’humidité surabondante. Enfin, de bons murs 
la sépareront des écuries et de toutes matières en fermentation pouvant 
exercer sur les vins une fâcheuse influence. 11 ne doit se rencontrer dans 
une cave autre chose que du vin. 

Fût vide, — Immédiatement après avoir soutiré le vin, si le fût doit 
rester vide, il faut régoulter complelcmcnl en ôlant le guichet, le net- 
loyer à fond avec un balai, une brosse ou une éponge imbibée de vin, 
pois le mécber légèrement, boucher avec soin et tourner sur bonde 
autant que possible. 

Si l’on redoute l’usage du soufre, on pourra se servir de la mélbodc 
suivante : Il faudra, comme précédemment, égoutter le fut, le nettoyer 
et boucher, puis laisser sécher pendant quarante-huit heures au plus. 
Ce temps écoulé, on devra humecter l’intérieur du fût dans toutes ses 
parties avec de l’alcool ou de la bonne eau-de-vie, à raison de 1 déci- 
litre d’alcool ou de deux décilitres d’eau-de-vie par hectolitre, puis bou- 
cher très-soigneusement. 

S’il s’agît d’un tonneau de petite dimension, d’un double hectolitre, 
par exemple, comme il n’est pas possible de pénétrer au-dedans, on 
devra le rincer à la chaîne en y jetant une bouteille de vin pour expulser 
les fleurs et la lie qui pourraient s’y trouver. La pièce, agitée vivement 
en tous sens, sera égouttée, puis l’on usera d’une des méthodes indi- 
quées précédemment. 

Des fûts traités de la sorte peuvent demeurer ainsi fort longtemps 
et conserver toujours un bon goût vineux, pourvu qu’ils soient tenus 
eo lieu sec. 

Fût neuf. — L’affranchissement d’un fût neuf se fait avec une décoc- 
tion bouillante de feuilles de pécher ou de brindilles de genévrier. 
Après un mouvement rapide de va et vient, l’eau chaude est laissée 
quelques instants dans le tonneau, puis clic est vidée, cl l’on rince à 
l’ctu froide. Versez alors, avant de boucher, un peu de bonne eau-de- 
vie ou d’alcool, de manière à en imprégner toute la surface intérieure. 

Fût vieux gâté. — Mais il y a d’autres précautions à prendre pour 
les vieux fûts qui ont un goût de relent, de moisi ou de pourri. Si le 

traiat de l'installer ailleurs, parce que l’ébranlement causé par le passage 
de nombreuses voitures faisait tourner ses vins. 

(1) Un propriétaire se trouvant dans l’impossibilité d’établir des soupiraux 
pour aérer une cave depuis longtemps malsaine, eut l’ingénieuse idée de 
pratiquer une sorte de conduit de cheminée qui, partant de la cave et Ira- 
Tcrsant tous les étages, avait son ouverture sur le toit de la maison. 


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— 308 — 

mal est très-grave, il convient de démonter le fût, de râcler au rabot 
toutes les parties endommagées et de le passer an feu. Si le mal cit 
moins grave, on pourra s*en tenir à Tune des méthodes suivantes : 
Après avoir rincé le fût à l’eau chaude et ensuite à l’eau froide, oa 
l’affranchira au moyen d’une lotion de vitriol (acide sulfurique) étendu 
d’eau, dans la proportion de 1 décilitre pour 6 litres d’eau environ pour 
une pièce de 2 hectolitres. Vous verserez le vitriol le premier dans le 
fût vide,, vous boucherez et agiterez en tous sens pour le faire pénétrer 
partout. Versez ensuite l’eau bouillante, agitez de nouveau vivement, 
puis laissez séjourner une heure au moins; enfin, videz et rincez i l’eau 
fraîche. 

Autre méthode : — Lorsque viendra l’époque de la vendange, après 
avoir de même ràclé le fût et rincé à fond, s’il est de grande capacité, 
on y déposera le raisin comme dans une cuve, puis, la fermentation vi- 
neuse s’établissant et pénétrant profondément le bois, enlèvera complè- 
tement toute trace de mauvais goût (i). Mais si le tonneau n’est qqp de 
i ou 2 hectolitres, après l’avoir défoncé et râclé de même, on le place 
au fond d’une cuve, de manière à ce qu’il soit recouvert et enveloppé 
par la masse du nmût en fermentation. Le résultat ainsi obtenu sera en- 
core plus complet que le précédent. 

Fût au moment d'itre rempli. — Quelques jours avant la vendange, 
les tonneaux devront être visités avec soin, reliés, abreuvés et rincés â 
l’eau chaude, puis rincés do nouveau à l’eau froide, puis, enfin, bon- 
donnés et mis en lieu frais. Au moment de remplir les fûts, H faudra 
de nouveau les rincer è l’eau, les égoutter avec soin, puis mécber très- 
légèrement, ou au moins y verser un peu de bonne eau-de-vie ou 
d’alcool et en imprégner avec soin les parois intérieures. 

Fût plein. — En sortant de la cuve, le vin est transvasé dans les fûta 
que l’on remplit exactement. Alors la fermentation ne tarde pas à re- 
prendre dans les tonneaux et se prolonge plus ou moins suivant les ci^ 
constances, de 2 à 15 jours environ. Pendant la durée de cette fenneu- 
tation, il est indifférent que la bonde reste ouverte ou que l’on y poso 
simplement des feuilles de vigne chargées de sable humide. Mais la fer- 
mentation terminée, bondonnez soigneusement et laissez en repos jus- 
qu’au soutirage (2). Le voile qui se forme alors h la surface du liquide 

(1) Oui, mais au dépens du vin nouveau, qui prendra le mauvais goût. " 
On obtient ce résultat, sans danger, en remplissant ce fût de marc bouillant» 
sortant de l’alambic. {Noie de la rédaction du Bulletin de Poligny)> 

(2) Go que nous disons lâ concerne les vins rouges. 


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— 309 — 

est assex ëpats pour protéger le vin contre les influences de i*air, si le 
fàt est bien bou^, et, du reste, des ouifleges pratiqués en ce moment 
en pourraient que retarder Tépoque de sa clarification. 

Smtirage . — 11 a pour effet de séparer le vin des lies et d’éloigner les 
fermeots qui le font tourner. Tous les vins, mais ceux de pressoir en 
pvticulier, qui déposent plus de lies, se trouvent donc bien d’ètre sou- 
une première fois en décembre, aux approches de Noël, après les 
premières gelées et avant les grands froids. Un deuxième soutirage sera 
pratiqué en mars, et tous les vins en générai subiront un nouveau sou- 
tirage vers la fin de la lune de juillet, avant l’époque où le raisin varie 
tt où s’établit une nouvelle fermentation dans les tonneaux. C’est une 
erreur de négliger ces soutirages sous prétexte que les vins en sont 
trop affaiblis, tandis qu’en les préservant de la maladie on les place dans 
des oondütioDs de plus longue conserve. Cet affaiblissement, du reste, 
a’est que momentané. On doit toujours choisir, pour faire les souti- 
rages, un temps frais, un ciel sereki avec vent du nord. Eviter le grand 
(raid et la grande choeur. 

LOuillagej — qui consiste à remplacer le déchet produit dans le fût 
pir l’évaporation, est surtout important k pratiquer lorsque les vins 
loot clairs, e’est>r4^ire après tes soutirages. 

Une fois les tonneaux remplis, il faudra bien se garder de tirer du 
vio, un jour id, un jour là, suivont la fâcheuse coutume de certains vi- 
gnerons imprévoyants. Le bon sens dit assez qu’un seul tonneau à la 
fois doit être mis en perce. 

Méthage. Cette opérajUen contribue à la clarification du vin, en 
même temps qu’ù sa coosen^ation. EHe a la faeuHé de suspendre toute 
fermentation et toute action de décomposition vineuse. Quelques per- 
sonnes redoutent bien à tort Temploi du soufre, qui n’a rien de répu- 
gnant, puisqu’il a’est plus alors qu’un gaz sulfureux, dépuratif par 
exceUenee. Le mécbage consiste à brûler un morceau de toile enduit 
de soufre, d’environ 3 centhnèircs carrés pour une pièce de 2 becto- 
lüfcs. Cette mèche est introduite dans le tonneau vide, suspendue par 
SB fil de fer fixé à la bonde, qui sert à la retirer après la cond)U8tion du 
soufre. Veifler à ce que la mèche ne tombe pas dans le fût, et l’enlever 
avant qu’elle ne soit complètement brûlée, afin d’éviter le goût désa- 
gréable de fumée. 

L’opération se fait immédiatement avant de transvaser le vin dans le 
fut ou immédiatement après un soutirage, si le tonneau doit rester vide. 

Il arrive parfois que la mcclic enflammée s’éteint aussitôt qu’on l’in- 
troduit dans le tonneau. Dans ce cas il faut y établir un courant d’air en 




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1 


— 310 — 

tournant en dessous ta bonde ouverte et en Télevanl tant soit peu. au- 
dessus du sol. Par cette position, le gaz acide carbonique qui s'opposait 
a la combustion, se trouve entraîné dehors par son propre poids, 
comme étant plus lourd que Tair. Un quart d’heure après environ, la 
mèche peut être introduite; elle brûlera complètement sans obstacle. 

Collage. — Le temps pendant lequel le vin doit être gardé en ton- 
neau dépend de la nature des cépages, de celle du terrain, de l'état de 
la température et de la manière dont s'est opérée la fermentation. Un 
an ou deux au plus doivent suffire pour les vins de notre pays. Pendant 
cet intervalle, jusqu’au moment de la mise en bouteille, les vins qui se 
dépouillent lentement ne se trouvent pas mal d’être collés lors des sou- 
tirages. Cependant les vins soutirés la première fois sur lie le seront 
toujours sans collage. 

Cette opération, qui a principalement pour but la clarification des 
vins, doit aussi toujours précéder la mise en bouteille. Le meilleur 
collage est celui qu'on pratique au moyen de blancs d’œufs frais. 

Formule : Pour un fût de 2 hectolitres, tirez 2 ou 3 litres de vin 
que vous n’y remettrez plus ; battez à part 6 blancs d'œufs très-frais 
avec 20 ou 30 grammes de sel de cuisine et un demi-verre d'eau , afin 
de compléter la dissolution. Versez dans le tonneau, agitez fortement 
le contenu à l'aide d’un bâton introduit par la bonde et tournez vive- 
ment en tout sens. Retirez le bâton, remettez la bonde, puis attendez 
huit jours aii moins avant de procéder au soutirage ou à la mise en 
bouteille. 

Nous terminons par les considérations que la Société de viticulture 
de l’Ain, dans le récent exposé de sa situation, vient de présenter sur 
le commerce des vins et l’importance des transactions à établir entre 
le producteur et le consommateur. — « Ces relations, dit-elle, ne pour- 
ront être profitables au vigneron qu'à la condition d'y apporter la plus 
stricte probité. L'acheteur qu'on aura trompé une fois, de quelque ma- 
nière que ce soit, ne reviendra pas. Lorsqu’au contraire il lui sera dé- 
montré qu’on ne le trompe ni sur la qualité, ni sur la provenance, il 
n'hésitera pas à faire pour lui-même et pour les autres de nouvelles 
demandes; car, on l'a dit avec raison, la loyauté est l'âme du com- 
merce. » 

(L'abeille du Bugeij et du Pays deCejr). 


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- m — 


CHRONIQUE AGRICOLE. 

U Sud-Est, journal agricole le plus répandu dans nos contrées, a inséré 
dans son numéro de noYembre un très-intéressant écrit sur les causes pré- 
soméesde la dégénérescence des prairies artificielles. L’auteur, If. Gueymard, 
ingéaieur des mines en retraite, reconnaît avec quelque fondement que ce 
o'est ni aux mauyaises qualités des graines, ni au changement de climat qu’on 
doit attribuer le peu de durée qu’ont maintenant les légumineuses fourra- 
gères. 

Nous aurions désiré pouvoir rapporter in extenso le travail de M . Gueymard; 
■ais comme les analyses chimiques auxquelles s’est livré ce savant doci- 
oaste seraient incomprises des cultivateurs, nous nous contenterons de citer 
^oelques points pratiques qu’ils pourront apprécier. 

« Les agronomes divisent les plantes en deux catégories : les plantes épui- 
santes et les plantes améliorantes. 

< Dans les premières se trouvent celles à courtes racines, qui vivent à la 
surface du sol et qui l’épuisent (céréales). 

> Les légumineuses fourragères succèdent aux céréales, mais sans engrais, 
et les céréales qui lenr succèdent aussi sans engrais, sont plus belles que 
les premières obtenues après une récolte sarclée. Cet état de choses leur a 
nln le nom d'améliorantes. Mais il y a ici erreur, car le trèfle, le sainfoin 
et la luzerne out de très-longues racines et vont chercher leur nourriture là 
où les céréales ne peuvent arriver. Le sol, à la surface, s’est donc reposé et 
t acquis la richesse d’une jachère. Puis, après le trèfle, le sainfoin et la lu- 
seme, on a eu de petites brindilles, des feuilles laissées par le fanage, enfin 
les racines de ces plantes qui sont un bon engrais. Mais la couche inférieure 
<nii a produit ces fourrages a perdu tous les éléments que l’on trouve dans 
ces fourrages, ainsi que dans les feuilles, les brindilles et les racines. 

« Les graminées épuisent la surface, les légumineuses épuisent le fond; 
donc il n'y a pas de plantes améliorantes prises dans un sens absolu. 


« Les racines des céréales sont traçantes et ne peuvent vivre que dans la 
couche arable. 

« Les racines de trèfle sont pivotantes et descendent plus bas. Comme on 
ne fait qu'une récolte, il faut estimer la longueur moyenne de 85 à 45 centi- 
mètres. 

« Les racines de sainfoin sont pivotantes et descendent plus bas que celles 
du trèfle. Elles augmentent tous les ans, et à la troisième année elles ont eu 
moyenne de 90 cent, à 1 mètre de longueur (l). 

9) Nous ne peoMDS pa» que le^ racines de sainfoin atteignent cette longueur dons le Jura. 


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^ 312 — 


« Enfin leâ racines de luzerne sont aussi pÎTOtantes» et à la cinquième 
année elles atteignent la profondeur de 2 mètres, m elles rencontrent on sol 
convenable, sans nappe d'eau. 


« Lorsque les légumineuses ne trouvent plus leur vie dans le sous-sol, il 
faut les remplacer par d'autres plantes; il faut attendre que le magasin poisse 
recevoir suffisamment d'éléments de fertilité par infiltration, par capillarité. 
On sait déjà par expérience que lorsqu'une Inzernière a dix ans, il faut atten- 
dre le même nombre d'années axant de recommencer cette culture fourragère. 
Le temps doit toujours varier avec le climat, la nature, la richesse do sol» 
la succession des récoltes, leur abondance, la quantité et la qnalhé des 
engrais. 

<( Semer des prairies artificieil» dans les terres dont le sous-sol est épuisé, 
on perd son travail, ses semences et une année sans produit. » 

Comme on vient de le voir, cette dégénérescence dont se plaignent les 
cultivateurs serait due, d'après l'opinion de M. Gneymard, à l'abus que l’on 
fait de ces prairies artificielles en les ramenant trop fréquemment dans le 
même champ. 

Puisque nous avons parlé de la culture des champs, disons aussi un mot 
de celle de la vigne. 

Nous emprunterons encore à ce sujet, au même journal, le Sud-E$l, quel- 
ques passages d'un article de M. Dufour de Rumigny, ancien procureur de 
la Cour d’appel de Savoie. 

Ecoutons ce que dit ce viticulteur de la méthode Hudelot, dont on a fait 
tant de bruit en 1863. 

« M. Hudelot sème ou plutôt plante des bourgeons de sarment, comuis 
vulgairement sous le nom à! y eux, de boutons. J'ai suivi toutes les prescrip- 
tions de ce viticulteur pour la création d'une petite vigne de six arcs, dans 
un but d’essai. Il est vrai que ma plantation a subi l’influence d’une forte 
sécheresse pendant près de quarante jours. La plupart des boutons ont 
germé; mais la sécheresse les a fait avorter. J'avais encore essayé une petite 
plantation pour pépinière dans un terrain profond et frais : je n'ai guère 
été plus heureux. J’ai la conviction que le semis de M. Hudelot ne peut pros- 
pérer qu’avec le secours de plusieurs arrosements successifs. » 

M. Dufour s’étend ensuite longuement sur la manière de préparer le terrain 
pour créer une vigne. Il propose d'adopter la méthode suisse, qui consiste i 
défoncer entièrement le sol à une profondeur de 55 à 60 centimètres. Biais 
au lieu de donner une forte fumure au terrain ainsi ameublé, M. Dufonr con- 
seille de faire précéder celte plantation par plusieurs récoltes de prairie 
artificielle, ce qui économiserait les engrais, qui sont d'un prix excessif en 
Savoie. 


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— 313 — 


Le défoncement dont on vient de parler se fait, autant que possible, en 
automne, afin de faire fuser la terre par les gelées. Dès les premiers beaux 
jours du printemps, le sol est nivelé an bidant (bigot), puis on procède à la 
plantation des sarments. Il ne parait pas qu’on laisse du vieux bois aux rames 
qu’on choisît pour planter, comme cela se pratique dans le Jura; car on les 
enfonce verticalement dans un trou de trente centimètres de profondeur, fait 
avec un instrument en fer, appelé iaraveile dans le midi. Les bois ainsi placés 
sur des lignes distantes entr'elles de 90 centimètres à 1 mètre, on tasse la 
terre autour du brin, comme les jardiniers fout en plantant les poireaux. 

Dana cet état, la vigne existe et produit considérablement pendant quinze 
à vingt ans sans terrage ni provignage. Aussi, M. Dufour affirme que nos voi- 
sins, les Suisses, sont les meilleurs vignerons du monde. Dans le canton de 
Vaux, il n'est pas rare de récolter près de deux hectolitres de vendange par 
are, ce qui est prodigieux, comparativement au produit moyen des vignes du 
Jura. Mais assurément le fendant vert et le fendant roua, qui sont les cépages 
de prédilection des cantons de Genève et de Vaud, ne donnent pas un vin 
comme notre notrtnel notre puisard. 

11 y a en ce moment de fortes discussions entre les partisans de la taille 
à long bois et ceux de la taille courte ou en têtard. Chaque contrée viticole 
se croit en possession des meilleurs procédés de culture et se moque de ceux 
qui sont pratiqués ailleurs, comme si le climat, le sol et les cépages étaient 
les mêmes partout. Un vigneron qui connaît les plants du pays qu’il habite 
se gardera bien de les tailler tous de la même manière, car il y en a qui ne 
rapporteraient presque rien si on ne les taillaii pas à long bois, comme il y 
en a d’autres qui ne produisent convenablement qne quand on ne leur laisse 
que deux ou trois yeux par rame. 

Ne nous jetons donc pas imprudemment dans des méthodes nouvelles 
encore peu expérimentées. N’allons pas chercher des plants du midi pour 
les planter dans le nord, sous prétexte qu'ils sont plus hâtifs. Opérons plu- 
tôt, comme on k fait pour les graines, par sélection, c'est-à-dire en choisis- 
sant dans k pays qu’on habite les sujets les plus beaux et les plus féconds. 
C’est là une recommandation que nous ne cesserons de faire aux cultivateurs. 

ViorcNBT, Viu-PrésidenX. 


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— 314 — 


AMÉLIORATIOINS AGRICOLES. 

Recliorclies expérimentales sur 
les moyens d’augmenter à la Tols la rlcbesso^ 
publique et la richesse privée^ 

PAR H. CBONTf AUX - DUBISSON , MEMBRE CORRESPOIfDAirT. 

{Suite et fin). 

La nourriture la plus ordinaire du bœuf qu’on engraisse à l’étable, se 
compose de foin, de racines (carottes, betteraves et pommes-de-terre) et de 
farine d’orge, quelquefois encore de tourteaux de graines oléagineuses. 
On lui fait manger pendant le temps de son engraissement une quantité de 
CCS différents aliments, au moins aussi considérable que celle que consomme 
une vache laitière qui donne par jour 20 litres de lait, en conservant son 
poids. * 

Ce qui le prouve, c’est le fait suivant, qui est le résultat de cinquante 
expériences semblables exécutées dans plusieurs endroits, entre autres au 
haras du Pin : Un bœuf qui pesait, le 10 décembre, 700 kilog., pesait» le 1 4 
mars, 800 kilog., et il avait consommé 1,284 kilog. de foin, 2,385 litres de 
racines, 1,001 litres de farine d’orge, 187 kilog. de tourteauz^de lin et 180 
litres de farine de féverolles. 

Cependant ce bœuf gagne à peine, en moyenne, 1 kilog. par jour. Evi- 
demment donc ses excréments (sans parler des urines) renferment plus 
de matières organiques que ceux de la vache, les circonstances étant éga- 
les. En supposant, en effet, qu'il fixe dans ses ' tissus une quantité de ma- 
tière grasse égale à celle que l’on trouve dans 20 litres de lait, quantité qui 
s’élève à 675 grammes sur 1 kilog. d’augmentation, il ne reste plus que 325 
grammes, lesquels donnent à peine 75 grammes de substances sèches. C’est 
donc en vingt-quatre heures plus de 800 grammes de substances axotées 
et 1 kilog. de substances ternaires, y compris les sels solubles qui doi- 
vent se trouver en plus dans les excréments liquides et solides de ce bœuf; 
car rien ne peut faire supposer qu’il perde par la respiration plus de ma- 
tière que la vache laitière. Dans un temps donné, ce bœuf fournira donc 
plus de bouses, et surtout des bouses plus riches en matières organiques, 
ternaires et azotées que cette vache à lait. 

En résumé, que l'on compare le bœuf à l’engrais, soit au pâturage, soit à 
l’étable, avec la vache laitière placée dans les mêmes conditions, donnant 
20 litres de lait, on trouve une différence énorme dans le rendement des 
produits alimentaires de l'un et de l’autre ; seulement, il faut faire une 
distinction. Dans le premier cas, le bœuf donne moins de ces produits que 


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la Tache, parce qu'il mange moins qu elle ; dans le second cas, quoiqu’il 
consomme autant et souvent davantage, il donne encore moins, parce qu'il 
tire un moins bon parti de ses aliments. C'est dans ce dernier cas que les 
agriculteurs ont le droit de dire que les bouses du bœuf sont un meilleur 
engrais, sous le môme poids, que celles de la vache laitière. 

J'ai considéré la matière grasse que le bœuf accumule dans scs tissus et 
que la vache donne dans son lait comme toute formée dans les aliments 
consommés par ces deux animaux. C'est une opinion qui a été professée, il 
Y a quelques années, par trois de nos plus illustres chimistes : MM. Dumas, 
Boussingault et Payen. Je ne sais si depuis, leur opinion s’est modifiée. 
Quoiqu'il en soit, je demande la permission de consigner ici quelques ob- 
servations qu'à ce sujet j'ai faites et recueillies. 

L’opinion de MM. Payen, Dumas et Boussingault étant que les herbivores 
trouvent toute formée dans leurs aliments la graisse qu'ils fournissent, 
j'ai entendu plusieurs personnes dire que cela n'est pas possible, par la rai- 
son que, dans notre pays, la vache donne, dans la force du lait, 750 gram- 
mes de beurre, quelquefois davantage, en vingt-quatre heures. Mais ces 
personnes ignorent la dépense que fait une vache laitière ; elles ignorent, 
par exemple, qu’une vache qui donne 20 litres de lait par jour, mange une 
fois plus, abstraction faite de la ration d’entretien, qu'une vache qui n’en 
donne que 10 litres, ayant une composition identique. Elles ignorent encore 
que la nature du pâturage a de l'influence sur la quantité de matière grasse 
qu’une vache donne, toutes les autres circonstances étant d'ailleurs égales. 

Des trois principales substances du lait, c’est la matière grasse qui varie 
le plus souvent et eu quantité et en qualité ; la même vache donne ici un 
cinquième, un quart, un tiers plus de beurre que là, la quantité de lait 
étant la môme ; ici encore, son beurre est jaune, a une saveur aromatique ; 
là, il est blanc et fade. Ces résultats sont dus à la nourriture, puisqu’on 
peut les obtenir en quelque sorte à volonté en faisant passer la môme vache 
d’un pâturage dans un autre. 

De CCS trois substances, la plus inconstante dans les plantes de nos her- 
bages, c’est la substance grasse; ce qu’ont expliqué de la manière la plus 
heureuse les beaux travaux de M. Payen. 11 est aujourd’hui démontré que 
les premiers développements du végétal sont caractérisés par la formation 
de la fibrine, de l'albumine ou de la caséine, puis de celle de la cellulose, 
de l’amidon ou de la dextrine. Ces diverses substances sont les premiers 
produits de l’organisation végétale, et se trouvent presque toujours dans 
la même proportion relative pour la môme plante, abstraction faite de 
l'eau. 

Quant aux substances grasses et aromatiques, elles paraissent être le ré- 
sultat d’une élaboration ultérieure, puisqu'une très-jeune plante en contient 


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souvent à peine, tandis qu’au moment de son complet développement, elle 
en renferme quelquefois de grandes quantités. Mais dans la production de 
ces principes (huiles, graisses et essences), l’âge de la plante et surtout les 
conditions dans lesquelles elle est placée, ont une grande part d'influence. 
Prenez dans deux pâturages, l’un bien orienté, recevant le soleil depuis le 
matin jusqu’au soir, i’autre couvert d’aitres, de pommiers, par exemple, ne 
recevant la lumière qn’indirectement; prenez dans ces deux pâturages de 
l’herbe de môme espèce, ayant le même âge (l'âge où il est convenable de 
la livrer â la consommation), desséchez cette herbe de manière à en chas> 
ser toute l’eau de végétation, puis prenez-en 100 grammes de l’une et au- 
tant de l'autre, traitez-les également par l’éther, celle qui sortira du pâtu- 
rage bien orienté laissera de 3 grammes à S grammes et demi de principes 
<sans doute oes principes ne sont pas seulement des substances grasses, 
mais la <üflérence des principes gras, dans ces deux cas, n’en est pas moins 
grande), tmidis que celle qui est fournie par le pâturage ombragé, ne lais- 
sera qu’un gramme et demi à deux grammes de ces mêmes principes ; c'est 
«ce que j’ai (^enu chaque fois que j’ai fait cette expérience, et je l’ai ré- 
pétée huit fois. 

Maintenant, nous avons reconnu que la même vache donnait, dans le pâ- 
turage bien exposé, un cinquième, un quart et même un tiers plus de 
beurre que dans le pâturage ombragé, quoique la quantité de lait rendue 
en vingt-quatre heures fût souvent moins forte dans le premier cas que 
dans le dernier. 

La même observation se fait â l’égard de l’engraissement do bétail ; ce 
sont les herbages les mieux exposés, toutes les autres circonstances étant 
d’ailleurs égales, qui sont les plus favorables à l'engraissement des herbi- 
vores. Gestun fait si bien connu, et depuis un temps immémorial, qu’il est 
passé en axiûme chez les agriculteurs. 

Nous venons de considérer le bœuf à l'engrais et la vache laitière sous 
Je rapport du rendement en produits alimentaires qu'ils retirent d'une 
même quantité d’herbe : nous venons de montrer que , lorsque ces deux 
appareils sont au pâturage, la vache â lait donne des produits en plus forte 
quantité que le bœuf à l'engrais, cela parce qu'elle consomme davantage. 
On a vu encore par ce qui précède que, lorsque l’un et l'autre sont à l’é- 
lable, si le bœuf est nourri de manière à gagner le plus de graisse possible 
dans un temps donné, il consomme autant et même plus d’aliments que la 
vache bonne laitière et rend moins qu'elle, et cela parce qu'il tire un mau- 
vais parti de ses aliments. 

Enfin, il nous parait avoir été établi qne, si la vache â lait et le bœuf à 
l’engrais préparent la matière grasse qu’ils donnenW il faut convenir qu'ils 


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— 317 — 

n'auraient pu faire autrement, puisqu elle existait toute fermée dans les ali^ 
mciits qu'ils ont dépensés. 

Il nous reste à examiner le boeuf à l’engrais et la Tache à lait sous le rap- 
port du bénéfice qu'en retire l'agriculteur. 

On engraisse , en Normandie , des vaches et des bœufs. Dans nos ridies 
pâturages, ce sont des bœufs d’un poids souvent considérable, et qu’on y 
laisse le plus ordinairement six à sept mois. Nous ne pouvons comparer le 
bénéfice qu’ils donnent avec celui des vaches laitières, parce que notre prin- 
cipal but, dans ce mémoire, étant d’envisager ces deux sortes d’animaux sous 
le point de l’économie publique, nous n’avons dû (par des raisons que nous 
avons déjà indiquées) faire notre comparaison que pendant trois mois. 

Quant aux vaches de graisse, leur période d'engraissement dure le plus 
généralement de trois mois à cent jours, et c'est du mois d’avril au mois 
de mal qu’on les met à l’herbe , et c’est de la fin de juin à la fin de juillet 
qu'on les livre à la boucherie. Eh bien! chaque vache, pour cent jours 
d’herbe, ne rapporte pas, en moyenne, plus de 60 francs; mais, puis- 
que ces deux vaches ont été nourries de la quantité d'herbe qu'eût exigée, 
pour SS nourriture, une vache laitière qui donne 20 litres de lait par jour, 
c’est donc le produit de deux vaches à l'engrais qu’il fant comparer à celui 
d’une vache à lait. Or, denx vaches à l’engrais, papnt chacune 60 francs 
d'herbe, rapportent 120 francs; le lait des vaches se vend, près des villes, 
25 cent, les deux litres ; la vache qui en fournit 20 litres par jour, rapporte 
donc 2 francs 50 cent., ce qui produit en cent jours 250 francs. 

Ainsi, l’herbe dépensée par la vache laitière rapporte le double au moins 
de bénéfice qne consommée par les deux vaches à l’engrais ; et qu'on le 
remarque bien, cette différence ne tient pas à ce que le lait est à un prix 
trop élevé et la viande, au contraire, à un prix trop bas. S’il est nne 
de ces deux matières alimentaires qui soit plus chère que l'autre, c’est la 
viande; la viande se vend ordinairement 50 centimes le demi-kilog.; 
or, cette quantité de viande représente à peine 100 grammes de ma- 
tière azotée sèche, et 50 grammes de graisse, tandis que 4 litres de lait, 
qui ne coûtent qne la môme somme, représentent 180 grammes de caséine 
sèche, 150 grammes de graisse et 200 grammes de sucre de lait, y compris 
les sels solubles ; le lait est donc bien moins cher que la viande. 

La pratique vient d’ailleurs le démontrer; offrez le choix à une famille, 
de 4 litres de lait ou d’un demi-kilog. de viande, et vous verrez laquelle 
des deux rations elle prendra. 

Nous venons de dire qu’en vendant le lait 25 cent, les deux litres, on re- 
tire d’une vache une valeur double de celle que donnent deux vaches à 
l'engrais, et cependant, ce qui est important, la société reçoit pour le môme 


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prix une quantité infiniment plus forte de matière alimentaire. 

Mais, m’objeclera-t-on, on ne peut vendre le lait à ce prix élevé que dans 
le voisinage des villes et même des grandes villes ; ailleurs quel parti en 
tirez-vous ? 

Chacun sait qu’on peut donner aux principes essentiels du lait une forme 
qui permet de les conserver et de les exporter ; tantôt c’est sous la double 
forme de fromage et de beurre qu’on exploite le lait, tantôt c est sous l’une 
de ces deux formes. 

Dans le canton de Livarot, on convertit le lait en beurre et en fromage. 

Lorsqu’une vache donne 20 litres de lait par jour, on obtient deux froma- 
ges qui se vendent immédiatement (à des marchands qui les cavent et les 
passent) 50 cent, chacun; on obtient, en outre, 750 grammes de beurre, 
qui ne représentent là que 1 franc 50 cent.; il reste encore à l’agriculteur le 
sérum, qui contient tout le sucre de lait, et un peu de beurre et de la ma- 
tière caséeuse. Il y a de plus le lait de beurre, produit nourrissant, puis- 
qu’il contient tous les principes du lait dans des proportions diverses. 

Sous la forme de fromage et de beurre, le lait produit une somme d’ar- 
gent égale à celle qu’on obtiendrait en le vendant 25 cent, le double litre; 
mais la société reçoit pour le même prix un peu moins de matière. En effet, 
le sucre de lait ne lui vient pas, puis une certaine quantité de caséine et 
de beurre, ce qui dédommage l’agriculteur des frais de main-d’œuvre qu’a 
nécessités la fabrication du fromage et du beurre. Le petit lait est alors le 
plus ordinairement employé à la nourriture des porcs. 

Dans le Bessin et le Cotentin, où se trouvent les plus belles vacheries de 
la Normandie, on n’exporte, en fait de produits provenant du lait, que du 
beurre, lequel a une grande réputation ; une vache dans la force du lait, 
pendant les mois de mai, de juin et de juillet, donne en moyenne 750 gram- 
mes de beurre, qui se vendent à Paris, au maximum, pendant ce temps, 

2 francs 25 cent, (en hiver il se vend davantage). Il reste à l’agriculteur 
toute la matière caséeuse et le sucre de lait, avec lesquels il nourrit de 
jeunes animaux. Sans doute la vache rapporte autant de bénéfice à l’agri- 
culteur du Bessin et du Cotentin qu’à l’agriculteur de la vallée d’Auge 
• (Livarot), mais rapporte-t-elle autant à la société, en matières alimentaires, 
dans le premier cas que dans le second? Malheureusement non. 

La raison en est claire : de tous les principes qui font partie du lait, 
celui qui est le plus utile à l’homme est le caséum ; or, du moment où, de 
tous ces principes, on ne livre directement à la société que le beurre, le 
reste étant consacré à la nourriture des animaux, il est évident que toôt le 
sucre de lait est détruit et qu’il ne revient à l’espèce humaine qu’une pe- 
tite quantité de caséum sous la forme de viande. 

N’y a-t-il pas, en effet, une quantité quelconque de matière azotée d’em- 


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ployée pour l'exercice des procédés de la vie de ces animaux ? Et faire con.- 
lommer ainsi les principes essentiels du sang lorsqu’il sont isolés et qu’ils 
peoTent sertir directement à la nourriture de l’homme, n’est-ce pas com- 
mettre une faute en économie publique ? 

Dans l’arrondissement de Pont4’EYêque, on contertit le lait en fromage ; 
ce fromage, qui renferme la caséine et le beurre, constitue une nourriture 
complète et agréable. 

Âtec 20 litres de lait, on fait trois fromages, qui sont vendus chacun 
1 franc 50 cent, à 1 franc 75 cent, ce qui fait, par jour, 4 francs 50 à 5 francs 
à peu près : il reste encore le sérum. 

U vache rapporte ici environ une fois plus que dans les contrées que 
nous avons déjà citées. 

 quelques lieues de là, à Camembert, et maintenant dans beaucoup de 
localités d'alentour, on fait du fromage qu’on appelle, à cause de sa pre- 
mière patrie, fromage de Camembert; avec 20 litres de lait, on obtient dix 
fromages, qu’on vend de 50 à 60 cent, chacun. Ce fromage est aussi 
nourrissant que celui de Pont-l'Evéque ; il renferme les mêmes principes 
et dans les mêmes proportions ; cependant ces deux espèces de fromage 
0 ont pas le même goût, ce qui tient à la manière dont ils ont été préparés 
et surtout dont ils ont été cavés. 

Il n'y a pas encore de caveurs spéciaux pour les fromages de Pont-l'E- 
Tèque et de Camembert, comme il y en a pour les fromages de Livarot ; 
l’igriculteur est obligé de les caver lui-même. C’est une considération qu’il 
faut sans doute faire entrer en ligne de compte dans le résultat obtenu, mais 
c'^t peu de chose. Je connais auprès de Lisieux une exploitation où l’on 
fait, avec le lait de 16 vaches, du fromage de Camembert ; les vaches étant 
au pâturage, il n’y a d’occupées à les traire, à faire le fromage et à le caver 
que deux personnes : la maîtresse de la maison et une domestique ; ajou- 
tons encore que ces deux personnes ne négligent aucun des autres soins 
du ménage. Quand on ne ferait pas de fromage de Camembert, le personnel 
de celte ferme ne serait pas moins considérable. Le fromage de Pont-l’Evéque 
n’exige pas plus de main-d’œuvre. 

C’est donc sous la forme de fromage de Camembert et de Pont-l'Evéque 
que le lait de la vache rapporte le plus enl^ormandie. 

Admettons qu’une vache ait donné pendant 100 jours 20 litres de lait par 
jour, avec lesquels on ait fait 10 fromages de Camembert, cette vache aura, 
dans cet intervalle, rapporté une somme de 500 fr. à son maître. 

D’ailleurs, ceux qui font du fromage ne sont pas obligés, comme ceux qui 
Tendent le lait ou même ne font que du beurre, d’avoir pendant l’hiver, des 
Taches dans la force du lait, ce qui, à mon avis, est encore un avantage, car 
la nourriture du pâturage est moins chère que celle de l’étable, la même 


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quantité de lait étant obtenue dans l'un et l'autre cas. 

Si le fromage qui n’a exigé que deux litres de lait pur se rend 50 cent., 
qu'on ne croie pas cependant qu'il soit vendu au-dessous de ce que repré- 
sente sa richesse nutritive comparée à celle.de la viande; qn'on ne croie 
point que ce soit un de ces aliments de luxe dont le prix n’est basé que sur le 
caprice. 

Nous avons montré qu'en vendant le lait 25 cent, le double litre, et la 
viande 50 cent, le demi-kilog., le lait était, dans le cas le plus défavorable, 
moitié moins cher que la viande. On comprend que si deux litres de lait, 
sous forme de fromage, se vendent 50 cent., le lait ne s’élèvera qu’au prix 
de la viande, car il y a autant de matière nutritive dans ce fromage (quoiqu’il 
ne contienne pas le sucre de lait) que dans un demi-kilog. de viande. 

Quel que soit le point de vue sous lequel on envisage la vache à lait, elle 
représente le moyen le plus économique pour retirer de nos pâturages les 
substances alimentaires qu'ils renferment. Encourager l’élève de la vache 
bonne laitière, c’est donc assurément une des choses les plus dignes du 
Gouvernement et des hommes éclairés, puisque le progrès, sur ze point, 
augmentera à la fois la richesse publique et la richesse privée. 


ARBORICULTURE. 

Une xnnladle de» poirier»* 

On lit dans le Journal du Calvados. 

Dans une discussion qui a eu lieu à la Société centrale d’agriculture, on 
a constaté, d’après les travaux d’un savant danois, que certaines espèces 
d’arbres du genre genevrier sont des voisins dangereux pour les poiriers, 
en ce qu’ils développent sur leurs feuilles des champignons microscopiques 
qui les empêchent de fructifier et même peuvent les faire périr. 

Il y a quatre ans que M. Victor Cliatel a signalé ce fait avec une clarté 
et une précision qui ne permettent pas de lui en contester la priorité. Il 
n’était nullement besoin d’aller à Copenhague pour faire cette découverte. 


/LVIS* — Par suite de différenU retards et du grand nombre de 
demandes et mémoires soumis au Jury d’examen, pour le Concours de 
1865, la distribution des Récompenses, qui devait avoir lieu le 11 
janvier 1866, est renvoyée au jeudi 8 février suivant. 



^ y. ^ 

\ J'y 


POLIGNY, IUP. DE MÂRESCllAL. 


• 1 - 


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(No*'H cl 12). 


— 321 — 


SCIENCES NATÜREfXES. 

Recherches expérimentales sur le Oottre, 

PAR M. CBOTlIfAVX-DCBlSSON, MEMBRE 0011B5PONDAI1T, 

(Suite et fin). 

ie viens de traiter d’une manière détaillée et complète Tbistoire du 
goitre endémique et épidémique, je vais maintenant fixer l’attention 
sur deux variétés d’engorgements de la glande thyroïde, dont les au- 
teurs classiques ne se sont point occupés. 

Et d’abord, je dois dire que j’en puise les renseignements dans l’ex- 
cellent ouvrage du docteur Nivet. 

Je désignerai la première variété sous le nom de goitre estival épidé^ 
mique. 

Il y a 22 ans environ, dit l’auteur, à l’époque où j’étudiais la phar- 
macie, des moissonneurs appelèrent mon attention sur la pénible sen- 
sation qu’ils ressentaient dans le col après avoir bu, à la régalade, de 
l’eau puisée à une source très-froide. Pendant mon enfance, j’avais 
moi-méme éprouvé des douleurs sourdes dans la région du larynx, 
lorsque, à la suite de courses fatigantes , j’appliquais ma bouche au 
tuyau de la fontaine pour me désaltérer. Des imprudences du même 
genre, répétées plusieurs jours de suite, pendant l’été, avaient été 
suivies chez l’un de mes camarades, d’un gonflement de la glande thy- 
roïde qui fut attribué à la contagion. Gel enfant fut accusé d’avoir bu 
dans un verre dont se servait habituellement une femme du voisinage 
qui portait un goitre volumineux. J’aurais probablement oublié ces par- 
ticularités, si je n’avais trouvé des faits semblables dans un manuscrit 
de M. le docteur Lavort, qui m’a été remis, il y a 8 ou 10 ans, par M. 
H-. Lecoq. 

Je vais reproduire textuellement les paroles de notre honorable 
doyen : 

U Pendant l’été dé 1822, il se manifesta parmi les élèves du collège 
de Clermont-Ferrand , un grand nombre de goitres. Dans l’espace de 
quelques jours, cinquante de ces élèves se présentèrent au médecin de 
l’établissement avec des goitres plus ou moins gros. Ces goitres étaient 
un peu douloureux et semblaient avoir le caractère aigu. Le médecin 
recherchant quelle pouvait être la cause d’une pareille épidémie , se 
manifestant chez des jeunes gens bien tenus, soumis à un bon régime, 


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— 322 — 


logés gaiement, dans un établissement très-salubre, pensa que cette épi- 
démie poun*ait bien avoir pour cause Tusage qu’avaient contracté ces 
élèves d’aller boire au robinet d’une fontaine , le cou tendu et la tète 
fortement portéç en arrière, ^t cela durant les récréations^ c’est^-à-dire 
couverts de sueur et pendant qu’ils se livraient à des jeux et à des 
exercices plus ou moins violents. Cédant à cette pensée, s’appuyant un 
peu sur les préventions populaires , ce médecin demanda et obtint du 
proviseur du collège que le robinet de cette fontaine fut fermé et cessât 
d’ètre à la disposition des élèves. Cette mesure une fois prise, le nom- 
bre des goitreux diaaânua chaque jour parmi les internes du collège. 

f( Ces maladies cédèrent fàcUement aux frictions faites avec la pom- 
made d’bydriodate de potasse, qu’on faisait précéder de l’appIicaUea 
de sangsues au pourtour de la tumeur et de cataplasmes émollients^ La 
mesure ayant été maintenue avec une exactitude sévère, et les élèves 
ayant à leur disposition pour se désaltérer, pendant l’été, de l’eau en- 
fermée dans des cruches, et à laquelle on mêlait une petite quantité de 
vinaigre, le nombre des goitreux a sensiblement diminué panni eux. » 

Plusieurs de ces élèves n’appartenaient point a la Basse-Auvergne : 
ils n’avaient subi Tiafluence du climat de la Limagoe que depuis un 
petit nombre de mois ou d’années; la prédisposition aux engorgements 
du col ne s’était annoncée antérieurement par aucun symptéme, et il 
avait fallu une cause toute locale, agissant avec énergie, pour déter- 
miner la formation rapide d’un goitre. 

La composition chimique de l’eau a été évidemment étrangère à la 
production de la maladie; carie liquide auquel on a attribué avec rai- 
son l’épidémie, provenait de la fontaine où l’on puisait l’eau qui ser^ 
vait de boisson au moment ou l’épidémie a cessé. On sait d’ailleurs que 
les sources qui alimentent les fontaines de Clermont ne renferment ni 
sels de magnésie, ni sels de chaux, et qu’elles contiennnent seulement 
des traces d’argile ferrugineuse et de matière organique. 

Voici un exemple de goitre qui s’est montré dans des conditions ana- 
logues : Une jeune dame, originaire du Bourbonnais, d’une eonsliUi- 
Uon lymphatique, vint habiter à Clermont un rez-de-chaussée dont les 
croisées s’ouvraient sur une rue étroite et humide. Un an après, e’était 
au mois de juillet, elle Gt à pied une longue promenade dans les vallées 
de Royat et Fontanat, et elle but, à plusieurs reprises, de l’eau des 
sources qui marque 10^ à 11** centigrades. Le soir même, elle ressen- 
tit dans le col une douleur sourde qui fut suivie du gonflement rapide 
de la totalité du corps thyroïde. 

Le lendemain cette glande avait doublé de volume, clic était un peu 


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- 323 — 


douloureuse au toucher. Des cataplasmes émollients^ des frictions avec 
la pommade d’iodure de potassium et des pédiluves sinapisés firent dis- 
paraître cette affection en moins de quinze jours. M. Fleur}*, père, a 
signalé dans son discours prononcé en 1833 , h l’école secondaire de 
médecine, Tapparition fréquente d’engorgements du corps thyroïde 
chez les jeunes filles étrangères qui viennent faire leur éducation dans 
les pensions et les couvents du chef-lieu du département. 

Enfin, en 1844, le docteur Villaret écrivait au ministre de la guerre 
que plusieurs cavaliers du régiment de dragons , casemés à Cler- 
mont depuis un an, avaient été atteints de goitres pendant l’été. Sept 
ou huH étaient en traitement k Tépoque où ce chirurgien fit paraître 
son rapport. La pommade d’iodure de potassium fit disparaître prompte- 
ment ces maladies. 

Pendant plusieurs années j’ai pu constater la fréquence du goitre 
estival épidémique. 

Voki, selon M. Nîvet, le résumé des observations que M. le docteur 
Menuao, chirurgien fort distingué du 18^ de ligne, lui a communiquées 
en 1881. 

Pendant l’été, à la snitede promenades dans la campagne ou à la 
cible, de mameuvres sur la place d’armes ou d’exercices ou gymnase, 
54 soldats du 18** régiment de ligne qui n'avaient souvent d’autres 
liquides à boire que de l’eau froide quand ils étaient en sueur, ont été 
atteints de goitre. 

Pannf ces militaires, 44 se sont présentés régulièrement k la visite : 
ee sont les seuls dont je m’occuperai. Je n’insisterai pas sur les trois 
cas isolés; inscrits dans le tableau d’avril, jls ne font pas partie de l’épi- 
démie. 

H n’en est pas de même des malades atteints pendant les mois de 
juillet, août, septembre et octobre. IJ sont assez nombreux pour mériter 
une mention spéciale. Trois d’entre eux ont été affectés de goitre à la 
fin du mois de juillet ; vingt-deux en août ; onze en septembre et cinq 
dans les premiers jours d’octobre. Sur ce nombre , deux seulement 
avaient éprouvé antérieurement une affection semblable ; ils appartien- 
nent aux départements du Puy-dc-Déme cl des Vosges; sept avaient 
passé leur enfance dans des contrées où le goître est assez commun ; 
huit dans des localités où il est rare; dix-huit dans des endroits où on 
ne l’observe presque jamais. 

Voici la liste des départements où sont nés les goitreux observés par 
M. Menuau : Les sept premiers viennent du {iant-Rhin, du Bas-Rhin, 
de la Haute-Saône, de la Meurlhc, de Saônc-ct-Loirc et de l’Aisne; les 


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— 324 — 


huit suivants : de la Seine-Inférieure^ des Ardennes, du Var, des Cètes- 
du-Nord; les dix-huit derniers : de la Vienne, de la Moselle, du Mor- 
bihan et de rindre-et-Loire. 

Voyez, comme point de comparaison, les comptes-rendus au roi sur 
le recrutement de Tannée, années 1837, 1838, 1839 et 1840. 

Ces derniers ont évidemment contracté dans la Limagne d’Auvergne, 
les premiers germes des lésions morbides qu’ils présentent. Une cir- 
constance toute particulière vient à l’appui de cette assertion. 

Les règlements obligent les militaires à porter des tuniques dont le 
collet est si étroit, que le moindre engorgement de la glande thyroïde 
les met dans l’impossibilité d’agrafer le crochet placé au bas du cou. 
Le gonflement du corps thyroïde doit, d’après cela, attirer Tattention 
des soldats aussitôt qu’il débute. C’est précisément ce qui est arrivé à 
plusieurs hommes de la garnison, chez lesquels le goitre était tout-à- 
fait indolent. 

Cette étroitesse du collet de la tunique , qui a facilité le diagnostic, 
ne parait pas avoir joué un rôle important dans la production de l’épi- 
démie. Les collégiens n’avaient pas le col serré , et cependant ils ont 
été exposés aux mêmes accidents que les militaires. 

Avant son arrivée en Auvergne, le i8"« de ligne avait habité Paris 
pendant trois ans. Mais ce séjour prolongé n’avait donné lieu à aucun 
gonflement des glandes du col. 

Au moment où l’épidémie s’est montrée, les compagnies d’infanterie 
parmi lesquelles on a trouvé des goitreux, habitaient dans la commune 
de Clermont-Ferrand, les casernes dont je vais indiquer brièvement la 
position. 

La caserne du Séminaire est celle qui renferme le plus grand nom- 
bre d’hommes; elle est placée sur les pentes orientales du monticole 
de Clermont, dans une position très-saine, entre le boulevard et les 
jardins du séminaire. 

2" La caserne de la Chasse est du côté de l’occident, à une petite dis- 
tance du ruisseau de Tiretaine, entre la grande route et des jardins 
humides. 

3° La caserne de Montferrand est dans la partie élevée de la ville, 
du côté du couchant. L’une de ses façades donne sur une petite place, 
l’autre sur une rue étroite et mal aérée. 

Le casernement n’a pu exercer aucune action sur le chiiire des 
malades. 

La compagnie hors ranp comprend les armuriers, les tailleurs et les 
cordonniers; elle n’est soumise à aucun exercice ou promenade, et 


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— 326 — 


quoique la constitution des individus qui la composent soit générale- 
ment affaiblie par une vie trop sédentaire, elle a offert un nombre très- 
restreint de goitreux, tandis que les compagnies assujetties à un serviee 
actif et parmi lesquelles nous avons placé les clairons , ont offert un 
grand nombre d’engorgements du col. 

Ainsi, on compte environ 9 goitreux sur 140 fantassins, et 2 goitreux 
sur 140 ouvriers. 

Un autre fait vient encore démontrer l’influence des exercices sur 
l’apparition des engorgements du col. Les fantassins qui font des pro- 
menades fatigantes, ont fourni 54 goitreux sur une population de 780 
soldats; les artilleurs, dont les manœuvres sont très-pénibles, ont offert 
7 ou 8 goitreux sur 110 hommes; les 388 cavaliers de notre garnison, 
qui font leurs exercices k cheval, n’ont présenté aucun cas de goitre, 
quoiqu’ils habitent une caserne moins saine que celle du Séminaire. 

Le tempérament sanguin est celui qui domine ^ le limpbatico-sanguin 
vient ensuite; les tempéraments lymphatique, nerveux, lymphatico- 
nerveux et nervoso-sanguin doivent être placés sur la même ligne. Nous 
ferons remarquer, en passant, que la durée du traitement n’a pas été 
sensiblement modifiée par la constitution des soldats. 

La maladie est venue rapidement et sa durée a été courte. 

Dans un seul cas, la maladie a été accompagnée de douleurs vives; 
5 soldats ont accusé des souffrances médiocres, qui augmentaient par 
la pression; 4 ont assuré que le gonflement de la glande thyroïde était 
indolent, et ils ne se seraient probablement pas aperçus de son exis- 
tence, si ce gonflement ne les avait pas empêchés d’agrafer le crochet 
de leur tunique. 

Le volume de la glande thyroïde était notablement augmenté, mais 
il n’a jamais atteint celui qu’on observe chez les personnes afièciées de 
goitre endémique héréditaire. 

Tantôt l’engorgement occupait l’un des lobes seulement, tantôt il 
occupait les trois lobes à la fois. 

La maladie a généralement guéri avec une grande rapidité. Le maxi- 
mum de la durée du traitement a été de 27 jours, le minimum de 3, la 
durée moyenne de 7 à 8 jours. 

La solution de carbonate de soude prise à l’intérieur, et les frictions 
avec la pommade à l’iodurc de potassium ont fait promptement cesser 
les goitres des militaires sur lesquels je viens d’appeler l’attention. (La 
solution aqueuse d’iodure de potassium," donnée à l’intérieur, fait dis- 
paraître le goitre bien plus promptement que les solutions alcalines, 
mais elle est dangereuse chez les tuberculeux). 


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326 — 


Après avoir interrogé les malades avec soin, après avoir étudié les 
circonstances au milieu desquelles cette épidémie s* est développée, je 
suis arrivé à une conclusion semblable à celle qui est contenue dans le 
mémoire de M. Lavort. 

Cependant, le refroidissement qui a suivi dans beaucoup de cas, Ten* 
lèvement du col-cravate a pu contribuer aussi à la production des en- 
gorgements du col. 

CONCLUSION. 

Il me semble que les faits exposés dans ce travail suffisent pour justi- 
fier les conclusions suivantes : 

Le goitre peut régner d’une manière épidémique pendant Tété ou 
l’automne. 

Il peut se développer rapidement sous l’influence de causes agissant 
d’une manière toute locale chez des individus qui n’avaient offert anté- 
rieurement aucun symptôme de cette maladie. 

Ce genre de goitre guérit promptement quand on le traite, k son 
début, à l’aide de topiques émollients, de préparations d’iodure de po- 
tassium et de solutions aqueuses de carbonate de soude. 

L'action de boire de l’eau très-froide ou d’exposer le col au contact 
d’un air dont la température est très-basse, pendant que le corps est en 
sueur, peut déterminer le goitre. 

L’eau agit par sa tempéroture, qui est relativement trop froide pen- 
dant les saisons chaudes, et non par les sels qu’elle contient. 

Si maintenant on raisonne par analogie, on est autorisé à penser que 
les causes du goitre épidémique, en portant leur action sur des indivi- 
dus affectés déjà d’un goitre endémique ou héréditaire, peuvent aggraver 
ce dernier; que ces mêmes causes, en occasionnant plusieurs années de 
suite des goitres accidentels chez des individus qui habitent des vallées 
humides, doivent, si on néglige de détruire leurs effets, déterminer des 
goitres chroniques, qui offrent les symptômes apparents des goibres 
endémiques, dont ils différent en ce qu’ils sont plus prompts à guérir 
parce qu’ils ne sont point entretenus par une altération aussi profonde 
de la constitution. 

La deuxième variété me parait mériter le nom de goitre variqueux- 
Cette affection consiste dans une tuméfaction légère du corps thyroïde, 
qui est compliquée d’une dilatation très-prononcée des veines thyroï- 
diennes inférieures ou supérieures. 

J’ai observé trois cas de ce genre. Voici dans quelles circonstances : 
Deux des personnes atteintes habitaient Clermont-Ferrand, la troisième 


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— m — 


demeurait à Montferrand au moment où sa maladie a commencé. Ces 
trois personnes habitaient, par conséquent, des localités où le goitre 
s’observe assez fréquemment. 

Chez deux, la glande thyroïde a augmenté un peu de volume pen- 
dant la grossesse; mais c’est surtout à l’époque des efforts de l’accou- 
cbement que les veines thyroïdiennes, peü apparentes jusqüe-là, se sont 
beaucoup dilatées. 

Chez la troisième, la gestation n’a déterminé aucun changement, 
elles efforts nécessaires pour expulser le fœtus ont seuls occasionné le 
mal. 

Les symptômes observés ont été les mêmes chez les trois malades, 
aussitôt que la dilatation a été opérée. 

Voici ce que l’observation a permis de constater : dans l’état de calme 
et de repos , la tumeur est très-peu apparente ; pendant les accès de 
colère et les efforts violents, la glande thyroïde se gonfle, l’on remar- 
que autour d’elle des cordons bleuâtres et tendus qui disparaissent 
lorsque la cause qui a déterminé la congestion sanguine a cessé d’agir. 
Ces cordons suivent le trajet des veines thyroïdiennes. • 

Cette variété, envisagée au point de vue du pronostic, est plus grave 
que la précédente. Il est bien difficile , pour no pas dire impossible, 
d’en obtenir la guérison complète. 

La saignéCf quand il y a plétore» une cravate placée autour du col 
pendant l’accouchement , tels sont les moyens préventifs applicables. 
Plus tard, on traite la maladie comme le goitre ordinaire. 


POÉSIE. 

MjBk Société iniitilelA dk) IP^llgpny, 

PAO aiuiiis Boaaonc, miaaB ooMBsroabAim. 

I. 

Sous le faix du travail, incliné dès rènfance, 

Mouillant de ses sueurs le pain de chaque jour. 

On a vu l'ouvrier cheminer sans défense, 

Portant dans sa poitrine, un cœur saignant et lourd. 

Sur le seuil de la vie, accueilli par l’orage, 

11 avait fièrement, en sou jeune courage, 

% 


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Lutté dans la tourmente et délié rédair; 

£t tandis que les vents faisaient courir la nuc^ 

Vers l’azur obscurci, levant sa tête nue, 
n cherchait l’arc-en-ciel au rayon doux et clair. 

Mais l’arc-en-ciel parfois n’a pas dissipé l’ombre ; 
Mais l’espoir s’est brisé dès le premier matin; 

Sans astre et sans chaleur, le ciel est resté sombre... 
L’amertume a rempli la coupe du festin! 

Alors le travailleur a, de sa lèvre blême. 

Laissé tomber la plainte et jaillir le blasphème. 
Demandant compte à Dieu de son stérile effort. 
Meurtri des premiers chocs , abandonnant la lutte , 

11 s’est assis dans Fombre, incessamment en butte 
Aux assauts répétés que lui livrait le sort. 

Honteux de sa faiblesse et de sa lassitude , 

Loin des yeux de la foule, il répandait ses pleurs ; 

Et sur sa vie en deuil la morne solitude , 

Jetant son voile sombre, en cachait les douleurs. 

Oh ! qui les comptera, ces âpres destinées , 

Atteintes à leur aube et dans l’oubli fanées, 

Gomme un fruit sans parfhm qui ne doit pas mûrir ! 
Oh! qui les comptera, ces tombes solitaires 
Où donnent étendus dans les plis des suaires. 

Les cadavres sans nom que nul n’a vus mourir!... 

Que peuvent les anneaux , quand se brise la chaîne T 
De la grappe égrenée, où va tomber le fruit ? 

A quoi sert l’épi mûr isolé dans la plaine? 

Que devient le rameau pris au faisceau détruit? 

Ah! l’arbre solitaire attire la tempête! 

Ah ! le cceur sans amis dans la douleur s’arrête ! 

C’est l’homme seul, enfin, qui tombe sans retour.... 
Eh bien! pauvre lutteur fait d’une molle argile, 

Que ta tremblante main feuillette l’Evangile : 

Y vois-tu flamboyer : « La force est dans l’amour. )> 

II. 

Les yeux longtemps fixés sur la sublime page . 
Quelques penseurs chrétiens en ont compris le seus^ 


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— 329 — 


Et, saintement émus par le divin langage, 

Dans le chemin tracé marchent obéissants. 

Revêtus désormais d'une puissante force , 

Gomme le chêne altier de sa rugueuse écorce , 

Ils écartent la peur en leur virilité, 

Et si, devant leurs pas, se dresse l’égoïsme, 

Qu’il ose demander le mot de l’héroïsme, 

Tous, d’un commun élan, diront : Fraternité! 

Ecoutez-les, nombreux, s’appeler, se répondre; 
Suivez-les, s’avançant en un même chemin; 

Comme des flots pressés, voyez-les se confondre; 
Comptez les inconnus qui se pressent la main ! 

C'est le travail commun qui fait la ruche pleine; 
C’est l’union des bras qui féconde la plaine; 

C’est la valeur de tous qui sauve le drapeau. 

Ah! qu’ils le savent bien, ces fils d’un même Père 
Aussi les jours futurs la verront-ils prospère, 

Cette grande famille unie en un fhisceau! 

Oui, c’est bien, n'est-ce pas, une même famille?.. 
Le frère pour le frère y donne son labeur. 

Et, d’un orgueil pieux le front de chacun brille. 
Quand , au profit de tous, en tombe la sueur. 

On n’y saura trouver d’étemelles épreuves ; 

On n’y comptera plus d’orphelins ni de vëùves, 
Puisque le coeur de tous appartient à chacun.. 

Car, posant à son tour sa pierre à l’édifice. 

Car, recueillant sa part de chaque sacrifice. 

On s’enlace bientôt en un lien conünun. 

Le travailleur verra la fin de la journée 
Sans peur du lendemain qu’il écoute venir; 

Et dans l’éternité, tombera chaque année 
Ainsi qu’un pas de plus vers un calme avenir. 

Plus de lèvres s’ouvrant pour la parole amère ; 

Plus d’angoisse cachée en l’âme de la mère; 

Plus de ces désespoirs où s’engloutit l’honneur! 
L’union fait jaillir la vivace espérance; 

Le travail en surgit, et du travail, l’aisance; 
L'aisance fait la paix et la paix.... le bonho"' . 


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— 330 — 


111 . 

Se dégageaat alors des entrâtes cruelles 
Où la matière, en bas, le retenait captif, 

L’esprit du tratailleuri en déployant ses ailes » 

Pourra, jusques à Dieu, monter d’un toi actif.... 

Alors, chefs du foyer, votre tâche sur terre 
Vous sera révélée en sa grandeur austère. 

Et tous en voudrez tous atteindre la hauteur. 

Tenant le sceptre en main, le sceptre de l'exemple. 

Du pins modeste toit, tous aurez fait le temple 
D’où la sainte vertu remonte à son auteur. 

Découragés trop tèt, les modernes prophètes, 

De l’avenir du peuple avaient désespéré. 

Et courbés SouS l’effroi des futures défaites , 

Ils ont crié : Malheur!.... et leurs yeux ont pleuré.... 
Qu’ils s'apaisent enfin : Sur une forte base 
La famille commence une nouvelle phase 
Et va régénérer ses languissants rameaux : 

Quand le foyer reprend ses lois patriarcales, 

Sa touchante fierté, ses douceurs sans égales, 

Les fils restent heureux à l’ombre des berceaux. 

On ne les terra plus désertant la patrie. 

Pitoyables jouets du tent des passions. 

Confier au hasard une honteuse vie 
Et grossir à leur tour le flot des factions. 

Avides conquérants de la liberté vraie. 

Ils ne mêleront pas au pur froment l’itraie 
Et la vigne de Dieu les terra travaillant. 

Alors tiendraient en tain les épreuves sans nombre.... 
Lorsque Dieu le conduit, jamais l’esquif ne sombre ! 

Un peuple vertueux sera toujours taillant! 

Rassemblant les épis en une gerbe immense, 

De la chaîne brisée unissant les anneaux , 

Poliguy, gloire à toi, dont le bras fort commence 
Cette œuvre de salut, honneur des temps nouveaux ! 
Des céteaux verdoyants où tes vignes mûrissent, 

De quelques ateliers où tes métiers bruissent. 


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— 83i — 

Monte vers l’avenir un mélodieux chœur : 

C'est l'hymne du travail, ce sauveur infaillible! 
L’hymne de l’Union, cette force invincible! 

C'est l’hymne de l’Amour, ce doux soleil du cœur! 


Bonté de Bleu» 

PAR H. HECTOR BERCE, MEURE COUESPOIfDA^T. 

Le ciel est parsemé d'étoiles; 

De fleurs l’air est tout embaumé; 

L'astre des nuits quitte ses voiles 
Et sourit au poète aimé. 

Au bruit succède le silence; 

Dans son nid l'oiseau se balance 
Et chante un hymne au Créateur; 

Le ruisseau parle poésie; 

Le cœur s'énivre d'ambroisie; 

L’âme déborde de bonheur. 

Dans le bosquet, tendre poète, 

Comme l'oiseau tu dois chanter; 

Quand sous les cieux tout est en fête. 

Vers Dieu tes chants doivent monter : 

Car c’est Dieu seul. Dieu qui t'inspire. 
Pour lui fais résonner ta lyre; 

Bénis son amour, sa bonté : 

Sur un tréne d'or et d’ivoire. 

Le vois-tu, rayonnant de gloire , 

De grandeur et de majesté? 

C'est Dieu qui fait fleurir les roses 
Et donne la plume à l'oiseau ; 

Sa main embellit toutes choses 
Et soutient le faible roseau. 

En Dieu nous puisons la sagesse ; 

En Dieu nous trouvons la tendresse ; 

Il veille sur nous nuit et jour. 

Quand de pleurs elle est épuisée, 

11 donne à la fleur la rosée; 

11 donne à la femme l’amour. 


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— 332 — 


Pourrais-ta rester, 6 poète, 

Ingrat devant ce bienfaiteur? 

Non , ta lyre n’est pas muette 
Et l'oubli n’est pas dans ton cœur. 
Rends donc hommage à sa justice : 
Dis-lui, Seigneur, sois-moi propice; 
A toi mon .invocation ! 

Atôme perdu dans l’espace , 

Que puis-je faire sans ta grâce 
Et sans ton inspiration ? 

Tu tiens la clef de tout mystère ; 
L’univers tressaille à ta voix; 

D’un souffle tu fais sur la terre 
Ecrouler les trônes des rois. 

Les cieux célèbrent ta puissance : 
Les Chérubins en ta présence 
Sont éblouis de tes rayons. 

La splendeur de ton diadème 
Fait pâlir la voûte suprême, 

Riche de constellations. 

Quel mortel pourrait, divin Maître, 
Ici-bas ne pas t’honorer? 

Eh 1 qui pourrait te méconnaître , 
Seigneur, et ne point t’adorer? 
Quand arrive le sombre automne 
Et que la feuille tourbillonne. 
L’homme voit terminer son sort : 

Le corps retourne à la poussière; 
Mais notre âme, divin mystère, 
Triomphe seule de la mort. 

Donne à l’insecte sa pâture. 

Le brin d’herbe pour l’abriter; 

Donne encore à ta créature 
Le pain du jour pour subsister. 

Mais donne-nous de préférence 
Un rayon brillant d’espérance, 

De foi, d’amour, de charité. 
Inonde-nous de ta sagesse. 

Et donne-nous avec largesse 
La gloire et l’immortalité. 


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— 333 — 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 

Enlèvement detProaerplne, 

Poème de Oaudien, traduit en vers français, par M . Jules Léon, membre correspondant. 

Od se demande jusqu’où l’humanité doit pousser l’amour du surna- 
turel et du merveilleux, pour qu’elle ait pu, et dans un temps qui n’est 
déjà pas si éloigné du nôtre, admettre sérieusement dés faits de la nature 
de celui que chante le poète latin, et des divinités à la façon de celles de 
Jupiter, Vénus et consors. — 11 s’élevait bien, par iniervalle, des voix 
généreuses, enhardies à réclamer les droits de la vérité et du bon sens; 
mais perdues dans le désert, ces réclamations arrivaient à peine à 
percer les rangs de la foule, étouffées qu’elles étaient par la complicité 
du sacerdoce officiel, intéressé au maintien de ses prérogatives, et de 
l’autorité civile, assez portée à faire des cultes un instrument de gou- 
vernement , autorisée et soutenue dans cette tendance par. l’opinion 
commune, qu’en matière religieuse l’erreur est moins funeste que 
l’absence de croyance, et plus capable d’opposer un frein salutaire aux 
passions des masses et de les protéger ainsi contre leurs propres excès^ 

ARGUMENT. 

A jamais séparé de sa chère Euridice, Orphée laissait reposer sa lyre 
eti deuil, et les hôtes des forêts qu’il apprivoisait au charme divin de 
ses accords, étaient revenues h leurs instincts féroces. Hëureusemcnt, 
apparut Hercule. Le vaillant fils de Jupiter et d’Alcmène, aux prises 
avec les douze travaux imposés h sa valeur par son frère ainé, Eurys- 
tbéc, de ^connivence et à l’instigation de Junon, leur marâtre, avait 
mis son bras invincible au service de l’humanité. Les exploits du héros 
réveillèrent les accents harmonieux du chantre de la Thrace; et, tandis 
que les cordes vibrant sous les doigts de l’imcomparable artiste, paci- 
fiaient de nouveau les bêtes aux appétits carnassiers, par l’extermina- 
tion des tyrans, plus cruels encore, Alcide rendait le repos aux humains 
cl s’ouvrait à lui-même les portes de l’Empyrée. 

CHANT II. 

C’est alors que Proserpine, la fille de Cérès, de la bonne, de la bien- 
faisante déesse des moissons, de son nom appelées encore aujoui'd’hui 
les céréales, c’est alors que Proserpine eut l’idée de quitter momenta- 
nément les splendeurs de l’Olympe. En compagnie de quelques déesses 
de son^rang,. et malgré les avis de Cérès, trop avertie, hélas! par sa 


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tendresse maternelle des dangers auxquels Téclatantc beauté de sa 
fille allait inévitablement Texposcr, elle descendit sur terre, et dans 
cette région bénie entre toutes, Tltalie, et dans cette partie féconde 
entre toutes les autres, la Sicile, afin, au retour du printemps qui appro- 
chait, de s’y livrer aux douceurs ineffables du plaisir des champs. 

Description des merveilles de cette contrée. 

Mais ici-bas le mal est sans cesse à eotoyer le bien. Naples est au 
pied d’un volcan toujours menaçant; Venise est sous la gueule toujours 
béante d’un autre cratère , prêt à consumer dans ses laves villes et 
habitants. 

Un bruit formidable a retenti. C’est Ptuton qui, d\in conp de son 
sceptre puissant, vient de s’ouvrir un passage è travers les flancs d’un 
de ces monts sulfureux. Il arrive, traîné sur un char d’ébène, aux cour- 
siers de même couleur, et surprenant Proserpine au milieu de ses jeux, 
il renlève et l’entraine aux sombres bords. Appel de ses compagnes à 
la vengeance de Jupiter; mais un éclair sinistre déchire la nue; un 
effrayant coup de tonnerre annonce que le souverain des dieux approm e 
le rapt de son foère ; tout se soumet, tout se résigne, Proserpine elle- 
mème, a la promesse du pouvoir suprême qu’elle était appelée à exer- 
cer sur tous les mortels, successivement soumis à ses arrêts de haute 
justice, et dont Minos ne serait que l’interprète, avec pleine et entière 
jouissance du droit rc^al de grâce et d’amnistie. 

On sait que toutes les fables de la mytbalo|^ renferment un sens 
allégorique. Quelle peut être la signification du n^tbe dont il s’agit? 
Est-ce une allusion à la puissance sans borne de L’amour, alliant en- 
semble le ciel et l’enfer? ou à l’union nécessaire de la chaleur et de 
l’humidité dans la nature, pour la production et la conservaiion des 
êtres? Ou bien faut-il y voir une pensée plus haute, une inspiratioii 
chrétienne? Est-ce d^è l’annonce qu’une femme écraserait de son pied 
la tête du dragon, et fermant l’abime où il règne, lui arracherait sa 
proie? Il est de Ctil qu’à rentrée de Proserpine dans les enfers, 
tous les supplices sont suspendus. Voici une partie de ce passage. 
N’oublions pas que le latin de Claudien est assez difficile ; rappelons- 
nous, en outre, que le vers français a bien de la peine, avec son ba- 
gage de pronoms, de contenir, sans un tour de force, la matière du 
vers latin correspondant, et nous aurons une idée du travail de la tra- 
duction. 


Minos a suspendu son jugement sévère. 

Le siflement aigu des serpents en torpeur 


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^ 335 


N'exhale plus au loin sou souffle corrupteur. 

Ixion sur sa roue et le voleur Sisyphe, 

L’oiseau de Prométhée et sa poignante griffé 
Ont cessé leurs cruels et torturants travaux, 

Et Tantale abreuvé trouve quelque repos. 

Les vautours dévorants frustrés par l’amnistie, 

Abandonnent les flancs du malheureux Tytie, 

Lequel se relevant au gré de ses efforts. 

Sur neuf arpents empreint la trace de son corps. 

Le Styx n’exhale plus cette odeur sulfureuse. 

Où vous trouvez la mort pantelante et hideuse. 

L’Achéron radouci ralentit sa fureur, 

Et fait couler du lait la suave blancheur, etc. 

Ainsi déjà le paganisme espérait que la miséricorde dans Dieu ferait 
fléchir sa justice ; déjà il adoptait la croyance orientale du triomphe 
futur du génie du bien sur le génie du mal, d’Oromase sur Ahriman. 
Dans tous les temps et dans tous les lieux s’est donc élevé et perpétué 
ce défi : O mort! quel est ton dard? Enfer, où est ta victoire? 

H. -G. Cler, pro/Vweur émérite. 


Eie Patois des Pour^» 

Par M« J. Tissot, dojen ée la Faculté des loUres de Dijon (1). 

A tous les degrés de Téchellc des connaissances humaines, une dé- 
couverte utile, d’une application étendue, peut, au moment où l’on s’y 
attend le moins, résulter d’une bonne observation. — Cui bonoî à q^uoi 
bon? n’est que la devise des ignorants, a dit Linné, dont le génie sut 
embrasser les productions de la nature, à la fois dans leur ensemble et 
dans leur détail. — Nous n’aurons pas la mauvaise grâce d’appliquer 
brutalement ce jugement à qui que ce soit de nos lecteurs. Toutefois, 
plusieurs personnes en voyant l’annonce que nous avons faite de ce 
nouvel ouvrage du savant professeur de philosophie, notre compa- 
triote, ont été quelque peu surprises qu’un esprit sérieux et profond 
comme le sien s’appliquât à une étude en apparence aussi futile que 

(1) Le Patois des Fourgs, arrondissemCTit de Pontarlier, département da 
Doubs. — Paris : A. Durand, libraire-éditeur, rue de Grès.; — Besancon : 
Dodivers et G*®, et Baudin-Bintot. — Prix : 4 fr. 


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— 336 — 

celle du patois d*unc obscure localité de notre arrondissement , pays 
natal de l’auteur. — Qu’on se détrompe. Des recherches du genre de 
celles qu’il a entreprises ne sont pas des revues puériles et d’un intérêt 
essentiellement très-restreint. Ce sont au contraire des données néces- 
saires pour des travaux ultérieurs qui^ entrepris sur une échelle suffi- 
samment étendue pour qu’on puisse procéder à un travail de compa- 
raison et de généralisation, — et déterminer, par exemple, ce qu’il y 
a de commun dans tous les patois d’un arrondissement, d’un départe- 
ment, d’une province, d’un pays, doivent jeter le plus grand jour sur 
les origines et la formation de la langue française. 

C’est aussi un des moyens les plus propres à donner l’intelligence de 
notre ancienne langue, à montrer les changements d’acception qu’elle 
a subis successivement dans le matériel de ses mots, à signaler des usa- 
ges perdus, des mœurs abandonnées, ou conservées mais modifiées. — 
Si chaque siècle avait rédigé son vocabulaire, des mots bien définis, 
mais aujourd’hui oubliés, nous retraceraient des usages qui n’exislcnt 
plus. M. Tissot en donne un exemple palpable ; 

(c Le mot solagnon^ dit-il, que je crois encore avoir entendu dans mon 
enfance sans en avoir vu l’objet, indiquait primitivement un pain de 
sel. Le sel, en Franche-Comté, se livrait donc au commerce à une cer- 
taine époque sous forme de pain, et non en poudre comme aujourd’hui. 
Ce n’était pas là, du reste, un usage propre à cette province, puisque 
l’ancienne .langue française a les termes correspondants : saleignon^ 
salignon^ salaignon^ hotte de saulx, etc., pour indiquer un pain de sel 
blanc. On voit, du reste, dans la dernière de ces expressions, le mot 
saulx, qui est encore usité aujourd’hui dans le patois et qui signifie 
sel. » 

Les patois étant des images fidèles des mœurs naïves des populations 
qui les parlent, indiquent dans leurs nuances, d’une localité à une autre, 
les diversités de goût, de jugement, de raisonnement, des qualités in- 
tellectuelles et morales qui peuvent servir à caractériser, à différencier 
des populations plus rapprochées quelquefois par les lieux que par les 
sentiments et les idées. — Ils peuvent servir aussi à déterminer l’ori- 
gine de populations souvent fort diverses, malgré le rapprochement de 
leurs patois actuels. Ecoutons encore l’auteur à ce sujet : 

cc Encore bien que Thistoire gardât le silence sur le mélange des po- 
pulations transjurane eteisjurane, sur l’émigration d’un grand nombre 
de nos, montagnards eorotois dans la Haute-Savoie, la grande ressem- 
blance du patois des deux pays ne ferait-elle pas présumer à elle seule 
quelque chose de semblable, sans parler encore de l’identité des types 


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— 337 — 

physiologiques, alors surtout qu'on voit qu’il y a peut-être plus de 
rea^emblance entre le patois de la Haute-Savoie et celui des Fourgs, 
ffeotre ce dernier et celui des Vaudots, qui confinent à cette dernière 
iaealité? Nous avions constaté cette plus gronde ressemblance, avant 
d'ivoir lu quelque part cé mouvement des populations de la haute 
CotDié vers les montagnes de la Savoie, et avant qu’on noos eut appris 
qoe « le patois savoyard, qui s’étend à la Suisse romande, au Bugey, à 
Il Bresse et à une partie de la Franche-Comté, provient de la langue 
d’oc. » 


« n est d’autant plus nécessaire de recueillîr les restes de nos patois, 
que les populations, plus agitées et plus mêlées aujourd’hui les unes aux 
ratres par Thidustrie, le commerce et les autres grands moyens de 
fosion, tendent à se dépouiller davantage de ce caractère pour ainsi 
dire territorial, et à substituer à l’idiome du pays natal la langue natio- 
nale. Les patois s’en vont ; encore quelques cinquante ans et il ne sera 
peut-être plus possible de les recueillir sur une échelle suffisamment 
étendue pour en tirer plus tard tous les avantages historiques, philolo- 
giques et philosophiques qu’ils recèlent en principe. » 

On voit donc l’uülité et la portée du travail de M. Tissot, si surtout 
il parvient à déterminer la publication d’un grand nombre de travaux 
de même nature déjè faits ou encore h faire. — Pour l’hniter, il suffit de 
le lire, de noter les ressemblances ou les différences qui auraient un 
caractère de généralité ou de loi. On contribuerait ainsi à une oeuvre 
d'on intérêt véritable dans la grande lèche philologique se prépare 
aujourd’hui dans notre pays. — A part an certain nombre de nuances 
grammaticales ou de mots usités seulement dans ce village, le patois 
des Fourgs est le même que celui des localités voisines; en consé- 
quence, pour arriver au but que nous signalons plus haut, c’est à eha* 
cane de ces localités à rédiger son glossaire. 

L’ouvrage de M. Tissot est divisé en trois livres précédés d'une in- 
troduction. — Dans le premier, il établit les rapports du patois des 
Fourgs a\^c quelques autres dialectes, notamment le français du com- 
mencement du XIV*** siècle, le patois bourguignon, le patois bisontin 
et le patois de Montbéliard. Le second livre est une véritable gram- 
maire. Enfin le troisième livre renferme le glossaire, en tète duquel on 
trouve des observations snr cette partie de son travail qui ne lui a pas 
donné peu de peine. — 11 a dà, pour dresser la liste du glossaire, lire 
tous les mots du dictionnaire français d’un bout à l’autre, et c’était 
encore le plus facile. — 11 lui a fallu, en outre, chercher dans scs sou- 


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— 338 — 

venirSy dans cewt dè ses amis et compatriotes, les mots échappés de sa 
mémoire, ou qui ne se seraient pas présentés d'eux-mémes à son esprit, 
quoique provoqués, par le mot français correspondant, à cause de ren- 
tière différence des racines. — A ce sujet, M. Tissot adresse des remer- 
ciements particuliers aux personnes modestes dont il a reçu des com- 
munications pendant les vacances quil a dû passer tout entières aux 
Fourgs en plusieurs années, dans le dessein de recueillir la plus 
grande partie de son vocabulaire. C'est ici que l’auteur place la lettre 
du docteur Renaud, au savoir et à l’amitié duquel il rend le plus flatteur 
hommage. « Celte lettre, ajoute M. Tissot, est un modèle du genre, 
non-seulement pour les expressions, mais aussi pour le naturel et la 
vérité du ton, de l’esprit et du sentiment. Le tour fin, spirituel et naïf 
cependant, est un des caractères des bons esprits de Tendroit. Si M. 
Renaud l’a si bien saisi, c’est par la bonne raison qu’il n’a pas eu, pour 
cela, d’efforts à faire. » 

Ed. Girod, bibliothécaire de la ville de Ponlariier. 


VINIFICATION. 

IVote sur la dég^ustation de cinq éeliantilloiui 
de vins ettaulTés et non ehauiréat 

PAR M. PASTEUR , MEMBRE BORORAIRE. 

Le 26 août 1865, écrit M. Pasteur, j’ai reçu la visite de deux per- 
sonnes dont la compétence en matière de vins est très-connue de tous 
les principaux négociants de Paris. 

Elles ont bien voulu, à ma demande, déguster les cinq sortes de vins 
suivants : 

I. Vin d’Arbois, bon ordinaire de 1863 : bouteilles chauffées à 76* 
le 5 avril 1865 ; bouteilles du même vin non chauffé. 

II. Vin de coupage acheté à rentrepét de Paris : bouteilles chauffées 
le 11 juin 1865 à 65<’; bouteilles du même vin non chauffées. 

III. Vin du Cher, vieux, acheté à rentrepôt de Paris : bouteilles 
chauffées le 11 juin 1865; bouteilles du même vin non chauffées. 

IV. Vin de Pomard de 1864, livré par M. Marey-Monge : bouteilles 
chauffées à 60* fin juillet; bouteilles du même vin non chauffées. 

V. Vin de Gevrey-Chamberlin de 1859, acheté chez le propriétaire 
au prix de 5 fr. la bouteille; bouteilles chauffées te 16 mai à 65^; bou- 
teilles du même vin non chauffées. 


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— 3a9 — 

Voici Tappréciatioû des experts : 

Vm d’Aibois. — Le chauffé est supérieur au non chauffé. Pas de diN 
féreoce sensible dans la couleur ; elle est phis vive dans le vin chauffé. 
Pas de dépôt sensible ni dans Tun, ni dans Tautre. 

Vm DE COUPAGE. — Le chauffé est supérieur au non chauffé. Même 
nuance de couleur, mais plus vive dans le chauffé. Déjà dépôt faible, 
mais sensible dans le vin non chauffé. Pas du tout de dépôt dans le 
chauffé. La bouteille retournée et agitée^ offre le vin aussi limpide 
qu’aoparavant. 

Vm DU Casa. — Le chauffé est supérieur au non chauffé. Même nu- 
ance de couleur dans tous deux, mais elle est plus vive et plus agréable 
dans le chauffé. Pas du tout de dépôt dans le chauffé. Il commence dans 
le non chauffé, assez pour troubler légèrement le vin lorsqu’on retourne 
et qu’on agite la bouteille. 

Vm DE PoHAED. — Le chauffé est supérieur au non chauffé. La cou- 
leur est la même, mais toujours plus vive dans le chauffé. La limpidité 
du vin chauffé est parfaite; pas encore de dépôt du tout. Le non c^uffé 
offra un dépôt considérable et flottant qui, examiné au microscope, 
montre des fils très-longs, d’autres très-petits, et enfin des granulations 
sphériques. Il a un goût d’amertume qui ne se retrouve que très-faible- 
ment dans le vin chauffé. 

Vm DE Ghaeebetin. — Limpidité très-grande et même couleur dans 
les deux cas. Autant de finesse et de bon goût dans le chauffé que dans 
le non chauffé, avec légère maigreur de plus dans le chauffé. 

Ces mêmes vins seront dégustés dans les années suivantes, autant 
que cda sert possible, par les mêmes personnes, et je m’empresserai 
d’en faire connaitre le résultat. 

Ces vins étaient tous en bouteilles. L’outillage pour le chauffage en 
fàl m’aurait entraîné à de grandes dépenses; aussi n’ai-jc fait encore 
qu’un petit nombre d’expériences, afin de me convaincre que l’on pour- 
rait chauffer au bain-marie les tonneaux cerclés en fer sans les dété- 
riorer. Quant à la manière dont le vin se comportera et à la rapidité 
plus ou moins grande de l’oxydation des principes du vin, d’où résulte, 
selon moi, son vieillissement, je n’ai que des inductions déduites de ce 
qui se passe pour le vin en bouteille. Or, nous venons de voir que des 
vins ordinaires ou grands vins, qui ont déjà cinq ou six mois de séjour 
en bouteille après l’opération du chauffage, ont été jugés meilleurs que 
les mêmes vins qui n’avaient pas été chauffés. Le vin, du moins, dans 
les six premiers mois après le chauffage, a donc vieilli sûrement en 
bouteille. Bien qu’en fût le vieillissement doive être beaucoup plus ra- 


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— 340 — 


pide qu*cn bouteille, d’après les principes que j’ai posés, il est vraisem- 
blable que l’aTnélloration du vin y sera graduelle également. 

J'ai fait déguster par les mêmes personnes les vins blancs vieillis en 
moins d’un mois par l’action directe de l’oxygène et du soleil, auxquels 
J’ai fait allusion dans ma lettre, et le résultat a dépassé mon attente, 
car ces vins, qui étaient de la récolte de 1864, ont été jugés avoir plu- 
sieurs années d’Age, un goût et un bouquet de madère très-sensibles, 
de la force et du corps; et, de mon côté, par des expériences particu- 
lières, j’ai reconnu l’impossibilité, en quelque sorte, de faire altérer ces 
vins. Dans certains cas, pour les vins roiiges sucrés notamment, c’est 
le goût des vins de rancio qui se développe. J'ai préparé, par ces nou- 
veaux procédés, des vins de liqueur qui m’ont paru avoir les meilleures 
qualités et qui sont tout-A-fait inaltérables. L’étude des produits d’oxy^ 
dation qui se forment dans les circonstances dont je parle sera fort in- 
téressante. Je l’ai commencée, et déjA, je me suis assuré que, outre la 
matière colorante, les acides et le sucre prennent part aux phénomènes 
dans une proportion très-sensible. 

Enfin, j’ai fait constater par les mêmes experts que tous les vins non 
chauffés dont j’avais maintenu les bouteilles debout étaient couvertes 
de fleurs, et que pas une seule des bouteilles des mêmes vins qui avaient 
été chauffés, il y a plusieurs mois déjà, n’avait la moindre pellicule dans 
le goulot. Dans mes communications à l'Académie, j’ai insisté sur la 
résistance remarquable des vins chauffés à l’altération^ même par la 
vidange. Prenez dix bouteilles de vin chauffé, videz-les à moitié, repla- 
cez leurs bouchons, et abandonnez-les à elles-mêmes ; la plupart ne se 
couvriront pas de fleurs et ne s’aigriront pas. Les germes des myeo- 
derma vint et des mycoderma aceti (voir mes publications anténeures 
sur les effets de ces fleurs) ne sont pas assez répandus dans l’air pour 
que l’expérience dont je viens de parler n’ait pas le résultat que j’m- 
dique; mais le fait de non altération n’est pas général, et il y aurmt 
danger, dans certains cas, à exposer sans précaution au contact de l’air 
le vin qui a été chauffé. Les germes des autres maladies des vins doi- 
vent être plus rares encore dans l’atmosphère, et, partant, il ne serait 
pas impossible qu’avec quelques soins convenables on pût utiliser des 
modes de chauffage dans des chaudières ou dans des cuves, et trans- 
porter le vin, après le chauffage, dans des tonneaux préparés pour le 
recevoir. L’industrie pourrait tenter, par exemple, de transformer l’ou- 
tillage des pratiques de vieillissemont de Mèze en outillage pour pro- 
cédé de conservation. 

J’ai la satisfaction d’ajouter en terminant qu’une commission va s’oc- 


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coper, à ma demande, d’éindier et de reproduire avec un soin parti** 
culier mes expériences et leurs résultats. La compétence et l’honora- 
bilité de cette commission seront reconnues et acceptées par tout le 
monde, dès que les noms et la qualité de ses membres seront divulgués. 
11 est inutile de les faire connaître présentement. 


Æitetm dn Ter» du cbarbon et des ulcali» 
mur lee vins. 

Le fer s’oxyde promptement dans le vin, et forme un sel d’un brun 
noirâtre , qu’on peut comparer au tartrate de fer et de potasse. Le 
moindre morceau de fer plongé dans le vin en modifie le goût et même 
la couleur. 

Dans un seau en fer blanc, le vin change de goût dans l’espace de 
deux heures; il prend une couleur d’un brun noirâtre, et cette modifi- 
cation est telle qu’il serait très-imprudent de mélanger ce liquide avec 
de bon vin. 

Le zinc et le cuivre produisent les mêmes effets avec plus d’in- 
tensité. Cependant le passage du vin sur ces métaux demeure sans ré- 
sultat fâcheux, pourvu qu’on prenne les précautions nécessaires. 

Il faut généralement éviter tout contact do vin avec un métal quel<- 
conque, surtout avec l’étain, qui exerce sur ce licpiide une influence 
telle que celui-ci n’est plus bon â rien. 

J’en ai assez dit pour amener les propriétaires â conclure qu’il faut 
se servir de seaux en fer-blanc avec prudence, que le vin qui y a sé- 
journé quelque temps doit être mis de côté, et qu’il serait plus prudent 
de s’en interdire l’usage. 

Le charbon a la propriété de guérir certaines maladies du vin, c’est 
reconnu; mais ordinairement il est malfaisant, 'et j’estime qu’il est pru- 
dent et sage de ne l’employer jamais, siFon tient âne pas compromettre 
la santé de son vin. 

Les alcalis n’exercent pas une influence moins funeste sur les vins rou- 
ges. C’est pourquoi on doit se les interdire même dans le lavage des fou- 
dres â la chaux. Ils ont la propriété d’absorber les sels végétaux qui 
concourent pour leur bonne part à la saveur du vin; le tartre se décom- 
pose et le liquide marche sourdement â sa perte. 

La potasse, la soude et la chaux sont des alcalis qui produisent sur 


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les vins rouges des eflèls désastreux. Non-seulement ils les rendent 
impropres à la consommotiony mais ils affaiblissent sensiblement leur 
valeur alcoolique. 

{Réforme agricole^ 


VARIÉTÉS. 

Une Cascade de la 'Vallée des Plcunoliea (Jura), 

PAS M. BOUSSON DE MAIEET. 

Au nombre des sites les plus pittoresques du Jura, doivent être placés 
en première ligne le vallon des Planches^ près d’Arbois, et ta double 
source de la Cuisance. Eloignés autrefois de toutes les grandes 
voies de communication, ces lieux ont offert Timage d’une riante et 
fraîche solitude, où, sur les bords d’une eau pure et transparente, sous 
des ombrages épais, dont le silence n’était troublé que parle bruit mo- 
notone des cascades et le chant varié des rossignols , les amis de la 
belle nature, de la poésie et du repos, pouvaient aller réver en liberté. 
C’en est fait désormais de ces précieux avantages : ces beaux lieux ont 
changé de caractère et d’aspect. Sur les sommets qui les environnent, 
et où naguère ne s’élevaient, dans la belle saison, que les chanfs 
joyeux des citadins qui, échappés de la ville, venaient à leurs pieds se 
livrer au plaisir, retentissent les élégants équipages des touristes et les 
pesantes voitures du commerce. D’immenses quartiers de rochers, dé* 
tachés avec fracas, ont roulé sur les verts gazons qui embellissent /a 
vallée, et Paris et Genève sont unis par un lien nouveau qui abrégé 
la distance qui les sépare. 

A ces pentes ardues et sauvages ont succédé de magnifiques points 
de vue. Dans l’espace de six kilomètres , une pente insensible nous 
élève au premier plateau du Jura. Après avoir traversé, en quittant 
Arbois, les riches céteaux de Ferrières, faible partie de cet immense 
vignoble dont les produits renommés ont été chantés par Gresset, par 
Voltaire et par Delille , et qu’aima tant Henri IV, la vue se repose sur 
le populeux et beau village de Mesnay, que terminent au midi les vastes 
bâtiments d’une papeterie qui alimente tous les départements voisins. 
Les hauteurs qui dominent ce bel établissement sont sillonnées par la 
route de Dijon à Lausanne. Enfin l’œil s’abaisse sur une opulente et 
fertile vallée, qu’arrose une rivière aux eaux toujours limpides, où se 
joue la truite au goût savoureux , et qui tantôt s’élance de cascade en 


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343 — 


cascade, tantôt, véritable Méandre, se déroule en ruban argenté. 

Mais voici le grandiose; voici un de ces tableaux de la nature, qui, 
en rappelant & l’honune sa faiblesse , frappent son âme de stupeur et 
d*admiration ! ' 

Devant nous s'élève, à la hauteur d’environ deux cents mètres, un 
colossal amphithéâtre, formé d’une roche vive et perpendiculaire. De 
la base de ce monument auquel n’a point touché la main de l’homme , 
s’échappe avec fracas et en bouillonnant, dans la saison des pluies, à 
travers des roches amoncelées que l’art même de la mécanique pourrait 
ébranler à peine, un torrent dont les eaux vont arroser le village qui 
donne son nom à la vallée. Le sommet de cette masse gigantesque est 
couronné par les ruines d’un antique château , qui fut la demeure des 
souverains du pays. De toute la splendeur dont il brillait alors, il ne 
reste que des taillis, des pans de mur que les saisons et les orages dé- 
gradent tous les jours , et la modeste image en bois du signe auguste 
de la Rédemption. C’est lâ , si l’on en croit la tradition , que séjournait 
la comtesse de Bourgogne, la veuve d’Othon V, la mère de l’épouse du 
roi de France Philippe-le-Long. C’est là que Mahaut (c’était le nom de 
la princesse) , désespérée de voir expirer autour d’elle des malheureux 
que dévorait une affreuse famine, et se voyant hors d’état de les nourrir, 
les lit rassembler dans un bâtiment du village de la Châtelaine, et or- 
donna qu’on y mît le feu. « Cruelle pitié! doulceur amaire! » s’écrie 
le vieil et naïf historien Gollul. Mais, hâtons-nous de le dire : cette tra- 
dition, dont Gollut lui-même ne garantit pas l’authenticité, nous sem- 
ble démentie par les nombreuses fondations pieuses que le pays dut à 
la comtesse. 

De ce spectacle si fécond en enseignements , le voyageur est bientôt 
amené à des pensées plus douces. La route que l’art, triomphant de tous 
les obstacles, a ouverte à travers des rochers contemporains du monde, 
fait un détour, et l’œil plonge sur le délicieux et frais vallon dont 
nous avons essayé plus haut d’esquisser la description. Du sein de la 
montagne on voit descendre à travers les rochers une source abondante, 
même pendant les grandes chaleurs. Après un court trajet dans la prairie, 
ses eaux se précipitent d’une hauteur d’environ quinze mètres, et éclai- 
rent la scène de leur blancheur éblouissante. C’est le point de vue que 
l’artiste a choisi : le spectateur est au fond de la vallée , et la cascade le 
sépare des hauteurs que parcourt la route nouvelle. Au-delà de ces eaux 
qui tombent, et dont on croit entendre le retentissement, se dressent 
les rochers que la mine a séparés ou entr’ouverts ; on voit les flancs de 
la montagne déchirés par les blocs de pierre qui en ont été précipitas. 


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Ces gigantesques roches sont représentées aveek vérité k plus parfaite. 
Vers le centre supérieur du taUeau, on aperçoit une sombre profondeur 
qui aboutit à une partie de k route, dont deux pyramides naturelles 
semblent former k limite : c'est le souterrain, le funnri que k route 
traverse dans une longueur de près de trente mètres. De là elle eon- 
toume vers le couchant, pour passer non loin do cène qae Tiefl aper- 
çoit à Textrémité gauche du taUcau. 

Telle est k nouvelle avenue de k vaste chaîne de montagnes dont 
les cimes, couvertes de glaces que mille hivers ont accumulées, s’éten- 
dent entre la France et l’Helvétie. Le commerce y trouvera une source 
inépuisable de richesses etde prospérité. Mais c’est surtout dans ce ra- 
pide passage d’un climat tempéré à l’air vif et pur des positions élevées 
du globe, que le voyageur éprouvm*ale$ plus agréables sensations. Avant 
de le traverser, il aura promené ses regards sur de riantes et fertiles 
campagnes, sur des céteaux justement renommés, et bientèt sa vue se 
perdra dans les plaines immenses que bornent les étemelles barrières 
que k Providence a assises entre les nations. Bientôt il les aura fran- 
chies; le lac Léman déploiera devant lui k nappe transparente de ses 
eaux azurées, et enfin il atteindra les brillantes et riches contrées du 
Milanais et de la Lombardie. ( Jura pitL) 


Une Sedne du peuaeé» 

PAS a. BECTOa BESCB, MEHBEI COaaBSPOIfDAItT. 

La cloche de l’Hôtel-de- Ville venait de sonner neuf heures, les tam- 
bours battaient le rappel, et les militaires attardés se bâtaient de ren- 
trer dans leurs casernes pour être présents à l’appel. Nous étions alors 
au milieu de l’été ; la chaleur vraiment tropicale était montée ce jour- 
là à un degré très-élevé : pas un léger zéphir ne venait caresser amou- 
reusement les feuilles des aulnes. 11 semblait que l’air était de feu. 

Je me promenab nonchalamment sur les fossés des Carmes, attendant 
avec impatience un ami qui m’avait donné rendez-vous. Lassé de fati- 
gue et d’attendre, j’ allumai on cigare et m’assis sur un banc de pierre 
faisant face à la rue de Lalande, 11 y avait près d’un quart d’heure que 
je savourais avec délices mon trabucos^ quand je vis un monsieur, âgé 
d’environ une soixantaine d’années, se diriger vers moi et s’asseoir à 
mon côté. Une minute s’était a peine écoulée que ce monsieur m’adressa 
l^parole. 


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- 345 — 


— Vous êtes comme moi, monsieur, vous avez l’air fatigué.... 

— Oui , monsieur, la chaleur a été si forte aujourd’hui et j’ai telles 
ment marché, que je suis bien aise de me reposer un instant en atten- 
dant mon ami. 

— Monsieur demeure sans doute aux environs.... 

— Non , monsieur, j’habite le quartier Saint-Seurin. 

— Celui-ci est assez fréquenté : les maisons n’en sont pas neuves, 
mais elles sont élégantes et solides. 

— C’est apparemment votre quartier, monsieur?— Oui, monsieur, 
j’occupe une maison de la rue qui nous fait face. 

— Ah! dans la rue de Lalande?.... — C’est ça même.... Cette rue 
et celle qui lui est proche, la rue de Labirat, rappellent aux Bordelais 
une piquante et singulière histoire. Si je ne craignais de vous ennuyer, 
je pourrais vous la conter ; je crois l’avoir lue dans les vieilles chroni- 
ques Bordelaises. — Je serais fort aise, monsieur, de vous écouter et 
de m'instruire en même temps. Il est agréable de connaître les évène- 
ments qui se sont passés dans une grande ville comme celle-ci. Ce mon- 
sieur mit la main à sa poche, en tira une tabatière d’ écaille, et après 
m’avoir offert une prise de tabac, il commença ce récit. 

« Le nom de ces deux rues qui se croisent vient d’un évènement sin- 
gulier dont on dit qu’elles furent le théâtre. En 1206, une armée Espa- 
gnole vint assiéger Bordeaux au nom du roi de Castille, qui revendiquait 
les droits sur cette ville, h l’occasion du mariage d’un de ses ancêtres 
avec une fille de Henri II , roi d’Angleterre et duc d’Aquitaine. Les 
assiégeants et les assiégés souffrant également de la disette des vivres , 
convinrent de remettre le sort de la campagne au hasard d’un combat 
singulier entre un champion de chaque armée. Si celui des Bordelais 
était vaincu, ceux-ci promettaient d’ouvrir les portes de leur ville aux 
assiégeants, et si le représentant de ces derniers succombait, ils devaient 
lever le siège. 

c< Les Espagnols envoyèrent au lieu du combat un de leurs guerriers 
que sa taille gigantesque avait fait surnommer GoltalA. Le Chevalier de 
Lalande, jeune Bordelais, s’offrit pour se mesurer avec ce redoutable 
adversaire, et fit vœu de bâtir un couvent en l’honneur de iVoIre-Dame- 
du~Mont^Carmel, s’il sortait victorieux de ce combat. Ayant tué le 
champion qui lui était opposé et délivré sa patrie des ennemis qui 
l’assaillaient, il fonda, dit-on, le couvent des Grands-Carmes sur le 
terrain même où il avait remporté la victoire. 

« Cette tradition avait pour autorité l’inscription suivante , qu’on a 
lue sur un pillier de l’église des Carmes, et qui était placée entre une 


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vieille lance et un grand collier de fer qu’on disait avoir appartenu au 
susdit Goliath. 

« L’an de grâce environ mil et cent , 
a Fonda premier ung Seigneur de Lalande 
« Au Carme Vielh ceste église et couvent 
a Pource qu'au lieu obtient victoire grande 
a Contre ung géant, qui conduisait la bande 
« Des Espaignols, pour Burdeaulx assaillir. 

U Le dessus dict luy fit payer l'amende, 

« Car il luy fist la teste à bas saillir. 

c< L’orsqu’on bâtit autour de ce couvent, la première rue ouverte sur 
le terrain du prétendu combat reçut le nom de rue de Lalande , qu’elle 
porte encore ; celle qui la traverse fut appelée rue Labirat , dénomina- 
tion dont voici, dit-on l’origine. 

«< Les Bordelais examinaient du haut de leurs murailles l’issue du 
combat entre leur champion et celui d’Espagne. Voyant ce dernier tom- 
ber mort sous les coups de leur compatriote, ils s’écrièrent simultanér 
ment dans le transport de leur joie : La birat! qui signifiait dans li 
langue d’oc : il l’a tué! ce cri devint le nom de la seconde rue qui fut 
ouverte sur le champ de ce beau fait d’armes. » 

— Voici, monsieur, tout ce que je sais concernant ces deux rues. 
Trouvez-vous cette historiette de votre goût ? me dit mon narrateur. 

— Elle est fort intéressante , et je serais fort heureux que vousm’en 
contassiez une autre. 

— Il se fait tard, et j’ai besoin de rentrer; mais si vous voulez bien 
vous trouver à la même place, je tâcherai de satisfaire votre curiosité. 
A demain donc! .... 

— A demain, répondis-je , et j’espère bien que vous ne manquerez 
pas au rendez-vous comme le fait mon ami. 

Mon monsieur sourit, se leva, me salua amicalement et se dirigea a 
petits pas vers la rue dont il venait de me conter avec simplicité l’in- 
téressante histoire. 

Je pris un autre chemin en songeant encore au Goliath Espagnol et 
à son terrible adversaire : le chevalier de Lalande. 


t 


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347 — 


ARCHÉOLOGIE. 

l¥ouvelle« donnée» sur In ville d*A.ntre et le 
Pont-de»-A.rctie«9 & l*e»t de lüoirnn»» 

PAR M. BEL^ ■CMBRB CORRBSPOIfDANT. 

A-t-il existé une agglomération digne de porter le nom de cité, de 
TÎJle, dans l’étroit bassin au fond duquel coule le faible ruisseau d’£ria, 
bassin rocailleux, abrupt, où l’on n’aperçoit, outre les débris des ou- 
▼rages de la main de l’bomme, que les ruines des œuvres de la nature; 
quecrèts dénudés, que lambeaux de sol déchiré, recouverts de ronces, 
d’épines et de buis rabougris? Est-il croyable qu’une nombreuse popu- 
, lalion ait préféré ce séjour où surplombent des rochers couronnés de 
noirs sapins, à la vallée de ta Sienne, vraie Provence, qui reçoit Eria à 
I 3 kilomètres de ta source de ce filet d’eau ? 

Le livre, La découverte de la ville d' Antre, par le jésuite Dunod, né 
à Lavons-les-S^-Claude, comme son neveu, l’historien de la Franche- 
G)mlé, ne permet pas le moindre doute sur cette existence. Mais quelle 
en est l’origine et quelle en a été l’importance? Sans prétendre qu’ Antre, 
dont les restes sont loin d’étre aujourd’hui ce qu’ils étaient au com- 
mencement du xvui”^* siècle, à raison des fouilles qui, dès lors, ont été 
pratiquées sur les lieux, le peu de monuments qui subsistent encore 
i snffisent pour confirmer en grande partie les assertions du R. P. Dunod. 
I Nous en exceptons celle qui fait d’ Antre Yaventrium romain , que rap- 
[ pelle le nom d’Avenches, en Suisse. Le nom d’ Antre aurait dù faire 
éviter cette erreur au P. Dunod. Mous verrons bientôt d’où cette cité 
tirait son nom. Les faits suivants vont corroborer les preuves données 
par Fauteur de La découverte. 

Après la défaite, en Egypte, des armées d’Antoine et de Géop&tre, 
César envoya l’élite des vaincus coloniser Mimes. Mais l’indiscipline 
des légions égyptiennes excita bientôt des mutineries qui forcèrent le 
vainqueur à exiler dans les montagnes de la Séquanie jurassique la ma- 
jeure partie de ces troupes turbulentes. L’inscription trouvée sur les 
lieux, militibui Niliads (aux soldats du Mil) et les nombreux débris 
de marbre vert, dit vert antique, recueillis près du lac d’ Antre et au 
Pont-des-Arcbcs, marbre dont aucune carrière n’était connue hors de 
l’Egypte, prouvent jusqu’à l’évidence que c’est dans cette aflreuse con- 
trée que les exilés se fixèrent. 

A quoi bon le Pont-des- Arches, construit en belle pierre de taille. 


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sur une largeur de 35 mètres environ ci de niveau avec les deux rives 
d’Eria, s’il ne devait servir aux communications entre deux parties con- 
sidérables d’ Antre? A quelle fin ce pont se trouve-t-il à trois ou quatre 
minutes en aval de la source du ruisseau? 

Antre ne pouvait remonter plus haut que la conquête des Gaules par 
Jules César, car ce pays ne connaissait pas auparavant la taille de la 
pierre et ne b&tissait qu’en briques. 

Antre était-il aussi grand que l’a prétendu le P. jésuite, décédé k S^- 
Maur en 1726? C’est une question que l’on peut résoudre alBnnative- 
ment, car en 1807 ou 1806, fut découverte dans le jardin potager du 
Moulin-Merle, situé sur l’Eria, à trois quarts de lieue du Ponl-des- 
Arches, une petite statue de Jupiter en bronze avec le piédestal, et le 
piédestal d’une Junon en pareil métal. Ces objets furent acquis par 
l’antiquaire Prost, de Clairvaux, qui habitait Lyon. Près du lac d’ Antre 
est une ferme dont le mur nord de son étable repose sur une partie de 
celui d’un temple dont le pied en taille polie plonge en forme de cor- 
niche renversée dans le sol. Au bas de la rampe qui monte à la grange 
i battre le blé, on découvrit, en 1820, une double chapelle dont les 
deux carrés se communiquaient par une sorte de corridor. Toutes les 
parois étaient revêtues de vert antique. Malheureusement ce précieux 
revêtement fut brisé par la pioche. Les morceaux sont devenus la pro*^ 
priété de maints amateurs, surtout de M. Tremeau, à Lons^e-Saunier. 

A l’angle sud-est de la ferme se trouve une pierre de taille renversée, 
portant une longue inscription où se lit le nom Maecellos. Entre la 
ferme et le lac était un amas de décombres couvert de ronces et d’é- 
pines, sous lesquelles on trouva des restes de fûts de piliers, dont les 
blocs étaient maintenus à l’intérieur, l’un sur l’autre, par un bantou 
en cuivre revêtu d’une feuille de plomb et scellés dans deux cuvettes 
correspondantes. Une scierie est établie à l’entrée d*un ruisseau dans 
le lac, sur des blocs taillés, débris évidents du temple, et le chemin qui 
part de cette usine et se dirige vers le Pont-des- Arches, est bordé des 
deux côtés par d’autres blocs portant à chaque bout deux cuvettes dont 
nous verrons bientôt l’emploi. 

Sur la rive droite du ruisseau d’Eria et à peu près i 200 mètres en 
aval du pont, M. Besson, de Moirans, propriétaire de tous les alentours 
de ce monument, fit, il y a environ 40 ans, découvrir les ruines d’un 
édifice en taille, dont partie des façades sud et est se dressaient encore 
à quelques mètres de hauteur. Eh bien ! toutes ces tailles étaient liées 
deux à deux, outre le mortier, par des crampons de fer. Ces crampons, 
longs d’environ 33 centimètres, étaient revêtus d’une feuille de plomb 


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H scellés dans quatre cuvettes pareilles à celles que portent les clôtures 
des terres de la ferme du lac. La feuille enlevée, le fer paraissait sortir 
réoemment de la forge. Deux de ces crampons se voient au Musée de 
Lons-le-Saunier, et il s’en trouve sans doute aussi chez les honorables 
IQs de M. Besson, à Moirans. 

Sur U rive gauche, un peu en amont du pont, et à mi-cète d’un mau- 
vais sol en culture, était encore, il y a 40 ans , un restant de mur i 
revêtement, de pierres carrées d’environ 18 centimètres de côté, pa- 
reilles i celles d’un mur de rempart romain, à Autun. Ajoutons aux 
monuments précités, les médailles nombreuses trouvées sur les lieux, 
entre autres une pièce en or de Néron, et jusqu’à Jeure, où débouche 
l’Eria dans la Sienne, point extrême que le P. Dunod assigne à la ville 
d’Antre, vers le sud. 

Mais d’où vient le nom d’ Antre, la roche d’Antre, le lac d'Antre, la 
vie (via) d’ Antre, les ruines d’ Antre? Ces questions sont aisées à 
résoudre. 

A environ 600 mètres de la scierie du lac, au levant de l’ancienne 
voie, on visite un abîme sans fond, une grotte perpendiculaire en forme 
de sac, à parois rocheuses. En se munissant de pierres, apportées de 
loin, car on n’en trouve plus de disponibles aux environs du gouffre, 
le voyageur les y précipite et les entend retentir de redan en redan 
pendant près d’une minute, puis plus de bruit deux ou trois secondes 
durant, après quoi rebondit du fond comme le beuglement formidable 
d’un taureau agonisant. C’est de cet antre que la ville tirait sans doute 
son nom. Son vaste orifice portait vraisemblablement le trépied de l’o- 
raele des montagnes, à l’instar de celui de Delphes. Une grotte exacte- 
ment pareille se voit à une lieue de là, au-dessus de Petit-Cbàtel, et 
eelle-^i s’appelle la Clef-des-Enfers. Ce trépied était apparemment 
desservi par les prêtres du temple voisin, dont nous avons parlé. Ce 
qui viendrait à l’appui de cette opinion, c’est l’existence de l’oracle de 
l’Apolloo gaulois, de Polignac, à 6 kilomètres du Puy (Haute-Loire). 
La tète creuse, de plus d’un mètre de large, de ce Dieu, se voit encore 
à l’entrée de la ferme qui exploite la vaste surface arable d’un cône 
volcanique tronqué, où gisent les restes du château féodal, de la cha- 
pelle, des écuries, etc., des anciens Polignac auxquels ont succédé les 
Cbalencon (et non Cbalençon) aux noms et armes des Polignac actuels. 

On distingue encore là le vaste puits destiné à abreuver le château, 
et tout près un autre de petite dimension, sur lequel était le colossal 
Apollon creux. A la paroi de ce dernier est pratiquée une ouverture 
qui donnait dans un souterrain ou galerie aboutissant à un bâtiment 


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situé au pied du cône tronqué. Là devaient s’arrêter les personne^qut 
allaient consulter le dieu. Un prêtre caché, après avoir entendu les con- 
versations des pèlerins avec les affidés de celte maison, remontait dans 
le vide de la statue, pendant que les dupes gravissaient la tranchée 
rocheuse qui aboutit sur la plate-forme. — Revenons à Antre. 

De l’abime on descend dans un chemin, antique tranchée, ouverte à 
travers un immense pâté rocheux horizontal et ayant 3 kilomèlros de 
long, pour aboutir au hameau de la Ragea, nom dérivé de crevasse, 
tranchée. De la Ragea, cette voie descendait au Pâtay, môt venant de 
chemin battu, pavé. C’est que cette voie était pavée, et nous l'avons 
encore vue ainsi, de grosses pierres carrées telles que celles du pavé 
de la voie romaine qui monte près de Clermont-Ferrand à Villars et 
au-dessus de la vallée de Royal, aimée des touristes. 

(A suivre). 


■ ■ — 

SÉANCE GÉNÉRALE DU 14 DÉCEMBRE 18C5. 

La séance est ouverte à 2 heures, sous la présidence de M. Clerc- 
Outhier, Président. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. 

Conformément à l’ordre du jour, il est procédé au dépouillement de 
la correspondance. 

Dans la correspondance manuscrite, on remarque : une lettre de M. 
E. Courtois, propriétaire à Bordeaux, exposant les qualités de son vin 
rouge Saint-Emilion^ 1861, et offrant d’en faire transporter à notre 
gare une demi-barrique (112 litres) franche de port et de congé, pour 
120 fr., etc.; — de M. le docteur Sandras, de F^ris, sollicitant, è l’oc- 
casion de deux mémoires qu’il nous fait l’honneur de nous adresser, le 
titre de membre correspondant de notre Société ; — de M . J. Sénamaud, 
jeune, de Bordeaux, exprimant le même désir, sous la recommandation 
de M. Jules Léon et sous le patronage d’une pièce de vers; — de M. 
le docteur Achille Chereau, qui veut bien nous adresser un exemplaire 
d’un livre très-important pour l’histoire de la Franche-Comté, le Jour- 
nal de Jean Grivel, seigneur de Perrigny, contenant ce qui s’est passé 
dans le comté de Bourgogne pendant l’invasion française et lorraine de 
Tannée 1596; — de M. le secrétaire de la Société d’émulation du Doubs, 
qui prie notre Compagnie d’accepter deux invitations pour son banquet 
annuel ; — M. Crétin, instituteur à Montholier, expliquant l’esprit qui a 
dicté ses observations sur Vémigraiion des campagnes ; — de M. Jacquot, 


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négociant k Dole, au sujet de rentrepAt du soufre de M. Lajarrige et 
— de Mélauie Bourotte, de Guéret, nous faisant part de la mort de 
M. Raindre ; — de MM. Vilmorin-Andrieux, nous offrant un exemplaire 
de leur bel ouvrage : Les Fleurs de pleine terre. 

La correspondance imprimée comprend : une circulaire du Ministère 
de Tagriculture, du commerce et des travaux publics, mettant à notre 
disposition deux exemplaires du rapport de M. le docteur Guyot, sur la 
viticulture du centre-sud de la France. — Exposition universelle de 1867, 
commission impériale : Cette eommission nous fait Thonneur de nous 
adresser deux exemplaires du règlement général de l’exposition uni- 
verselle de 1867, délibéré par elle et approuvé par décret de l’Empe- 
reur. Cette communication, faite si longtemps à l’avance, sollicite la 
ponctualité de tous ceux qui se proposent de concourir à l’organisation 
de cette solennité. — Société dunkerquoise : Programme des sujets 
mis au concours de 1866. Sciences : 1. Etude sur les constructions na- 
vales; II. Etude sur la faune de là Flandre maritime. Lettres : 111. Une 
histoire de Dunkerque racontée à la jeunesse; IV. Mémoire inédit sur 
un sujet relatif à l’histoire ou à l’archéologie de la Flandre maritime. 
Arts : V. Projet d’un monument commémoratif de la bataille des Dunes 
(1658), & ériger sur l’emplacement de cette bataille. Société centrale 
de médecine du département du Nord : Concours de 1866. De VHorti- 
eulUur moderne illuslré, publié par Jean Ulrich et C’**. De l’exploitation 
des tourbières de l’Ousque (Oise), Bocquet et C**, quai Valmy, 817. 
Du dépôt d’ognons et de graines de fleurs, chez Vilmorin-Andrieux et 
C**. La Société française de numismatique et d’archéologie, fondée au 
mois d’avril dernier, et dont le siège est à Paris, publie en ce moment 
un annuaire qui doit paraître incessamment. Les membres du comité 
de publication ont l’intention d’y joindre une chronique sur les princi- 
pales découvertes numismatiques faites en France pendant le courant 
de l’année 1865. Elle nous prie de lui envoyer dans le plus bref délai 
l’indication de tous les faits numismatiques parvenus à notre connais- 
sance, telles que les découvertes de médailles, les ventes de collections, 
les nécrologies d’amateurs, la liste des collectionneurs du département. 
Elle nous propose en même temps un échange entre nos publications 
respectives. 

Le Moniteur universel du soir consacre un article à l’éloge d’une pro- 
duction honorée d’une de nos médailles, la Comptabilité agricole, de 
M. Schneider, membre correspondant, et à l’excellent rapport fait sur 
cette publication par M. Gindre, de Molain. L’auteur de ce jugement 
bienveillant, M. ***, nous exprime à celte occasion le désir, pour nous 


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bien flattcart d’entrer en relation avee notre Société. 

Ces communications sont suivies des lectures & l’ordre du jour : IXe 
la culture des pommes-^e-terre , par M. Casimir Baud, du Pied. — Un 
trait de Thistoire de France : Démêlés entre Louis XI et Charles, duc 
de Bourgogne, — De Vinjustice des patrons et des chefs d*établissemen is 

en matière de salaire ei d*appointements, par M. Achille Marminia. 

Poésies : par le même, Génie du Sacerdoce, — Feuilles de Aose, pai* 
Eutrope Lambert, avec une préface de M. Boué de Villiers (de ces trois 
publications, analyses par M. H. Cler^. 

Sont nommés membres correspondants : M. le docteur Sandras, de 
Paris, et M. Jean Sénamaud , jeune, de Bordeaux; et comme représen— 
tant de la Société vis-à-vis la C* Lajarrige et C'*, M. Jacquot, négociant 
à Dole. 



SÉANCE AGRICOLE PUBLIQUE DU 4 DÉCEMBRE 1865. 

La séance est ouverte à 1 heure sous la présidence do M. le 
Vice-Président Vionnet. 

L'ordre du jour appelle l'attention de la Société sur l'application de 
la loi du 21 juin 1865, relative aux Associations syndicales» 

Plusieurs membres prennent part à la discussion que suscite la lec- 
ture des différents articles de cette loi, et M. le Président résume à 
peu près en ces termes son appréciation personnelle, qui semble être 
partagée par la majorité des personnes présentes à la réunion. 

Nous avons à parler des bienfaits que la loi du 21 Juin 1865, sur les Asso^ 
dations syndicales, est appelée à répandre. Cette loi, promulguée depuis si 
peu de temps, n'a encore reçu aucune application que nous saoUions; mais 
elle est d'un si haut intérêt pour l’agriculture, qu’il n'y a guère de localités oh 
quelques-unes des mesures édictées ne puissent, un jour ou un autre , être 
mises en pratique. Ainsi, quelle est la commune rurale où, à l’exception 
•des chemins vicinaux, les voies de communication pour le service des 
récoltes sont bien entretenues ? £h bien'! la nouvelle loi nous fournira les 
moyens de réparer nos chemins ruraux et de desserte, Il n’est, certes, pas 
trop tôt qu'on puisse enfln sortir son attelage du bourbier, alors que des 
murgers existent souvent à côté. Les prestations sont de lourdes charges 
pour certaines familles, et cependant elles les supportent sans trop se plain- 
dre, car, personne plus que le cultivateur, ne seut la nécessité d’avoir de 
bons chemins. 

Nous nous appercevons que nous parlons en premier lieu d’un avantage 


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qui est le dernier prévu par la loi dont il B*agit, Mais voici un paragraphe 
de l'article premier, dont l’application-immédiate est d'un besoin impérieux 
pour notre pays ; c’est celui relatif aux travaux de curage , approfondisse' 
ment, redressement et régularisation des cours d’eau non navigables ni flot* 
tables, et de canaux de dessèchement et d'ijrigation. 

Nous nous sommes déjà récrié, en diverses circonstances, contre l'incurie 
des propriétaires de nos prairies situées sur les cours d'eau. N'est-il pas 
bien regrettable, en effet, devoir oes eaux bourbeuses courir droit à la mer, 
alors que leur limon pourrait si utilement rechausser le col des plantes 
vivaces de ces prairies? Sur d'autres points^ çt dans.un sol trè&'hche eu hu- 
mus, l'excès d'humidité n’y laisse croître que de la laiche et d'autres mau- 
vaises herbes qui altèrent la santé du bétail quand elles ne le tuent pas par la 
phthisie. 

Dans le premier cas, n’est-îl pas urgent d'entretenir ces cours d’eau et d’y 
établir des barrages pour l'irrigation des prés en saison 09 nvenablef Nous 
soulignons ce dernier mot à dessein, car nous ne sommes nuHement partisan 
de l’emploi d’eau claire, soit de fontaine, soit de rivière, pour l'irrigation. 
Si certaines sources font verdir l’herbe en hiver, cet effet cesse bientôt au 
printemps, à mesure que la température de cette eau devient inférieure à 
celle de l’atmosphère. On agit encore bien plus imprudemment quand on 
arrose avec ces eaux froides dans les grandes chaleurs ; on favorise l’accrois- 
sement des plantes aquatiques au détriment do celles qui sont fourragères. 

L’efu claire de rivière ne produit pas non plus des effets bien satisfaisants. 
Employée en hiver, elle se congèle trop fréquemment, ce qui soulève les 
racines de l'herbe. Quand on s’en sert au printemps ou en été on obtient 
assurément plus de fourrage, ruais celui-ci n'est pas recherché du bétail parce 
qu'il a une odeur de poisson. 

Les barrages que nous conseillons, utilisés seulement en automne et en 
hiver, ne pourraient en aucune manière nuire aux intérêts des usiniers. Au 
contraire, ces barrages déverseraient dans les prairies l’eau des grandes crues 
qui, dans ces saisons, font souvent chaumer les usines. 

Nous citerons comme exemple des avantages recueillis par l’emploi de la 
méthode que nous proposons, une petite prairie dépendant de la commune 
de Champrougier (Jura). Cette propriété a tellement changé de nature en 
quelques années, sous la main intelligente de son propriétaire, M. Léculier, 
qu’elle a plus que triplé de valeur. 

Mais, nous diront certains fermiers, nous ne pouvons conseiller à nos 
propriétaires de s’associer pour exécuter des travaux de ce genre, sans les 
assurer en même temps que nous nous obligeons à payer l’intérêt de leurs 
avances. Or, nous ne pouvons faire cette promesse , attendu que nous no 


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— 364 — 

pouvons prévoir le montant de la dépense, ni les avantages qui résulteront 
de l’entreprise. 

C’est là, croyons-nous, l'un des plus grands obstacles qui se présenteront 
lorsqu'il s'agira de former une Association syndicale. Mais nous comptons 
bien que propriétaires et fermiers seront assez éclairés sur leur véritable 
iutérét pour ne pas s’arrêter à de pareilles considérations. Ils comprendront 
qu’on ne peut exécuter de grands travaux sur une certaine étendue de ter- 
rain sans le concours de tous les intéressés aux améliorations proposées. 

Les adhésions s’obtiennent bien facilement quand on y voit son bénéfice. 
Ne le voit-on pas dans l’établissement de nos fruitières, qui sont des Asso- 
ciations syndicales dans la plus pure acception du mot ? 

Que chacun donc agisse dans la mesure de ses pouvoirs pour que cette loi, 
si favorable à l’agriculture, ne soit pas une lettre morte. Que les fermiers, 
au lieu d’entraver les bonnes dispositions de leurs propriétaires, leur fassent 
connaître de bonne foi tous les avantages qui résulteraient pour leurs do- 
maines, de l’exécution de telle ou telle entreprise. 

Nous nous dispenserons d’indiquer ici les premières démarches à faire 
pour provoquer une association syndicale quelconque; c’est au plus intéressé 
dans l’entreprise qu’incombe cette initiative. Mais nous le disons avec regret, 
il arrive plus fréquemment encore que les mesures utiles sont proposées 
par des gens intéressés au second ordre, ou même encore par des person- 
nes qui y sont tout-à-fait étrangères. 

A la suite de ce résumé, la Société exprime le vœu d’en voir se réa- 
liser tous les effets utiles, qui trouvent déjà quelque peu d’application 
dans notre magnifique système de fromageries jurassiennes. 

Dans sa séance du 13 mars dernier, la Société avait distribué une 
certaine quantité de graines à titre d’essais. — Plusieurs membres pré- 
sents, qui avaient fait quelques expérienees, disent en avoir obtenu de 
bons résultats. M. Jacquin, de Barretaine, s’est trouvé très-content de 
ses graines de carottes fourragères, qui lui ont donné une abondante 
réeolte de racines. 

La séance est levée à 4 heures 1;2. 


CHRONIQUE AGRICOLE. 

La grande question du moment, c’est l’Enquête Agrieole. Quand et 
comment se fera-t-elle? Nous n’avons encore aucune donnée certaine à 
ce sujet. Seulement, nous pouvons prévoir que ce travail sera d’une 
exactitude plus rigoureuse que les tableaux de statistique qui étaient, il 


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- 366 — 


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y a un certain nombre d'années, adressés par les maires au Préfet. 

D’ordinaire, les renseignements destinés à la rédaction de ces tableaux 
étaient pris par le garde-cbampêtre, qui se rendait à cet effet chez chaque 
exploitant. Son calpin, rempli de notes plus ou moins exactes, était en- 
suite débrouillé par l’instituteur, qui alignait des chiffres dans les colon- 
nes du questionnaire; puis le maire signait, apposait le sceau, et le paquet 
était mis à la boite aux lettres. 

On conçoit aisément que des statistiques ainsi obtenues devaient of- 
frir de notables différences, même pour des localités contiguës, d’un 
même sol et d’une même culture. Cela dépendait ou de la sincérité des 
déclarants, ou du défaut de soin apporté à la rédaction des tableaux; sou- 
vent ces deux vices s’y rencontraient à la fois. 

^l ne faut pas être étonné de cette dissimulation des fermiers en pa- 
reille circonstance, car ils s’imaginent toujours que ces renseignements 
leur sont demandés dans le but d’augmenter les impôts, pu tout au moins 
le canon des fermages. Cela n’est pas particulier au temps où nous vi- 
vons; en voici un exemple : Un intendant, ami de Turgot, ayant voulu 
se rendre compte du produit des abeilles dans la province qu’il admi- 
nistrait, donna lieu, sans le vouloir, à la destruction d’une grande par- 
tie des ruches par la seule crainte d’un impôt sur ces insectes. 

Nous présumons aussi que les Commissaires préposés à l’Enquête por- 
teront une attention toute particulière sur l’état d’abandon dans lequel 
on laisse habituellement de riches prairies placées sur les cours d’eau , 
alors qu’on pourrait doubler leur produit par des irrigations ou des as- 
sainissements mieux entendus. Des améliorations de cette espèce con- 
tribueraient puissamment à l’extension de l’industrie fromagère , l’une 
des principales sources de richesse de notre département. 

Nous avions d’abord pensé que nous aurions à subir une redoutable 
concurrence de la part de nos voisins les Suisses, après la mise en vigueur 
du nouveau traité de commerce avec la France. Eb bien ! d’après l’ex- 
périence de cette année, notre industrie fromagère ne paraît pas devoir 
souffrir de l’importation Suisse. Celle marchandise s’écoule à des prix 
satisfaisants, malgré l’introduction, dans nos départements de l’Est, de 
près de deux millions de kilogrammes de fromage de Gruyère fabriqué 
en 1866 chez nos voisins. 

Il n’est pas rare, maintenant, d’entendre dire que l’agriculture est 
perdue si le blé reste au même prix. Ces clameurs ne nous touchent 
que médiocrement, car nous avons vu l’affreuse disette de 1817 et 
l’insuffisance de la récolte de 1846. Souhaitons plutôt que les culti- 


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valeurs de certaines contrées cessent de vivre de pain noir, fait avec 
des céréales qui ne devraient servir qu’à engraisser le bétail. C’est assez 
faire comprendre que nous ne conseillons pas de restreindre la culture 
du blé. 

Les vins fins du Jura, de la dernière récolte, sont maintenant appréciés 
des gourmets. Malgré l’arrivage incessant des produits du Midi dans nos 
contrées, les nôtres se maintiennent à des prix fort élevés comparati- 
vement à ceux des dernières années. Ceci est encore d’un bon augure 
pour l’avenir, car les moyens faciles de transport sont tout aussi bien 
à notre avantage qu’à celui d’autres contrées viticoles. 

ViONNET, vice-président. 


Rapport «ur le Brôme «le ScArader» 

PAR ■. LOUIS FOURQUET, 

Horticulteur à Dole , membre correspondant. 

Le Brôme de Schrader, originaire de la Californie, est une plante vivace, 
herbacée, extrêmement productive, et surtout à l’opposé de beaucoup d’autres 
plantes; il réussit mieux dans les terres peu cultivées et ingrates, dans les 
sables siliceux et dans les argiles froides, môme avec un sous-sol de glaise 
pure, et où on ne peut avoir d’autres fourrages. 

Telle est à peu près la description qu’en donne M. Tillancourt, président 
du Comice agricole de Château-Thierry. 

Après ces données, que j’ignorais pourtant à l’époque de mes essais, 
j’ai semé, en avril 1865, par la sécheresse, un paquet de 50 grammes environ, 
et cela dans un terrain ombragé et assez mauvais , n’en ayant pas d’autre 
pour le moment. J’ai obtenu en graine près de deux cents fois la quantité 
semée, malgré le bon nombre de graines qui s’étaient détachées, car la 
maturité n’arrive pas simultanément. Il résulte de mes essais, après les 
pluies arrivées dans le mois d’août, que les graines détachées ont complété 
les vides qui existaient. 

Voici donc le résultat succinct de mes expériences : 

Le 25 août, après avoir coupé mon brôme, j’ai mesuré, en présence de 
témoins pendant quelques jours , la pousse , qui n’était pas moins de huit 
centimètres par vingt-quatre heures. 

Enfin, pour me rendre un compte tout-à-fait exact des qualités de la 
plante, je l’ai présentée, après la dessication, à des chevaux parfaitement 
nourris et des plus délicats qui me furent signalés; tous l’ont mangée avec 


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— 367 — 

avidité, ainsi qne la race bovine, qui en est très-friande, malgré la grosseur 
du fourrage. 

Je conclus donc, d’après mes essais, que ce brôme est appelé à rendre 
d’éminents services à l’agriculture, et suis de l’avis de celui qui dit : « qu’il 
doit être plus favorable aux cultivateurs que la poussière d’or que l’on 
retire de son pays natal , » car la graine que l’on récolte abondamment est 
une nourriture pour les chevaux, qui la mangent comme l’avoine, à qui 
elle ressemble. 

On peut donc, en semant clair, avoir la seconde année une récolte très- 
abondante, puisque la graine perdue se retrouve pour les années suivantes. 


Récolte du blé semé en li^pnee» 

PAR LE MÊME. 

Je viens soumettre à la Société, d’après le désir qu’elle en a témoigné, 
les résultats obtenus, en 1865, de la semence de blé en lignes. 

J’ai obtenu, quoique j’aie semé tardivement, n’ayant reçu des variétés 
que dans le courant de novembre (du 15 au 20), les résultats que je vais 


signaler : 

Pélanielle de Nice, 50 pour 1. 

Blé Prince-Albert, blé rouge, 45 — 

Chiddam, blé blanc très-gros et très-beau, . 45 — 

Du Hickling, blé blanc superbe, .... 42 — 

Du Haigh's Wath prolifique, 54 — 

Hunier blanc, 40 — 


D’autres variétés ont moins bien réussi, car la sécheresse a été si grande 
et la chaleur si vive, que certaines espèces ont été saisies à la floraison. 

D’après ces résultats et les essais faits en plein champ, et avec la culture 
ordinaire, si ce n’est la manière de disposer la semence, je conclus que la 
semence en lignes est d’un grand avantage; je désirerais beaucoup pouvoir 
en convaincre les cultivateurs, en leur faisant voir les produits, desquels 
j’ai conservé des échantillons, après toutefois en avoir procuré à plusieurs 
personnes, et avoir semé dans le même genre une certaine quantité d’ares 
de terrain que les amateurs peuvent visiter. 


Culture des Pommes-de-terre» 

PAR M. CASIMIR BAUD, MEMBRE CORRESPOIfDAmr. 

La pomme-de- terre est un des plus précieux aliments du cultivateur : 
on ne saurait trop en perfectionner la culture. Introduites râpées dans le 


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pain, elles en diminuent le prix et contribuent à le maintenir longtemps 
frais sans qu*il cesse d’étre sain , d'un goût agréable et très-nutritif; éplu- 
chées et cuites à sec en yase clos, elles sont recherchées des enfants et 
forment la base de la nourriture des ménages nombreux. Au besoin, elles 
remplacent le pain : jamais l'estomac ne se lasse de ce mets si simple et si 
facile à préparer. 

Après avoir essayé tous les modes de culture de ce précieux tubercule, usités 
dans notre pays, voici celui que j’ai adopté et qui m'a constamment donné, 
depuis plusieurs années, des récoltes plus abondantes et de meilleure qua- 
lité que celles de mes voisins, lors même que leurs champs avaient été plus 
fumés que les miens. 

A l'automne ou au commencement de l'hiver, j'écobue le champ sans 
brûler les mottes d'éeobuage. On devra procéder à ce travail de la manière 
suivante : Le cultivateur se place à l'un des angles du champ et coupe avec 
la pioche les racines des herbes qui se trouvent devant lui, à la portée de 
son outil, en ramenant les mottes entre ses jambes; puis, au lieu de faire un 
pas en avant , il continue l’écobuage en marchant de cèté. Quand il a par- 
couru ainsi toute la lisière du champ, il a débarrassé de toute herbe une 
bande d'environ un mètre de largeur, bordée par les mottes d'éeobuage. On 
fait alors un pas en avant, et le travail se poursuit en marchant encore de 
côté pour nettoyer une nouvelle bande de terre. Lorsque cette façon est ter- 
minée, les mottes d'éeobuage forment des ados alignés comme les sillons 
d'un champ labouré. 

Ainsi amoncelées sous une petite épaisseur, les herbes se fanent et pour- 
rissent pendant l'hiver, tandis que la terre des mottes se réduit en fine 
poussière sous l’influence des gelées. Au printemps, par un temps sec, on 
donne un coup de hersage pour répandre également dans tout le champ ce 
terreau qui constitue un excellent engrais. 11 suffit ensuite d'une demi- 
fumure pour que le terrain soit prêt à recevoir- les pommes-de-terre que 
je plante toujours à la charrue de deux en deux raies, et à une distance 
d’environ 50 centimètres. Il faut avoir le soin de bien renverser la terre 
soulevée par la charrue, pour que le terreau mélangé de fumfer tombe sur 
les tubercules plantés dans la raie et les entoure. La profondeur de la raie 
ne doit pas dépasser 15 à 18 centimètres. Après la plantation, on égalisera 
la terre en brisant les plus grosses mottes, et l'on donnera en temps con- 
venable les façons d'entretien, sarclage, butage, etc., suivant la coutume 
du lieu. 

L'écobuage en automne ou au commencement de l'hiver offre de grands 
avantages quand on doit planter les pommes-de-terre à la charrue, ainsi que 
. cela se pratique généralement dans le Jura. Si le sol n’a pas reçu cette pré- 
paration, les tubercules plantés dans la raie sont souvent entourés de terre 


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— 369 — 


dure, ou recouTerts de touffes d’herbe verte qui continue à croître si elle n’a 
pas été suffisamment enterrée. Dans les deux cas , ils ne se trouvent pas 
dans les conditions convenables pour donner une bonne récolte. La pomme- 
de-terre croit mal dans une terre trop compacte; on a remarqué qu’elle était 
alors de médiocre qualité et très-sujette à se gâter. Au premier sarclage, 
il faudra arracher l’berbe qui l’entoure, ce qui ne pourra se faire sans briser 
une partie des germes de la pomme-de-terre, qui sont déjà assez développés. 
Ces deux inconvénients sont évités par Técobuage; car le terreau qui en 
provient recouvre les pommes-de-terre après la plantation, et le sol ayant 
été complètement débarrassé d’herbes, il suffit, au premier sarclage, d’un 
travail superficiel qui ne fait pas courir le risque de dérangeriez tubercules 
ou de briser leurs germes. 

Depuis que j'ai adopté ce mode de préparation des terres destinées à rece- 
voir des pommes-de-terre, non-seulement j'ai obtenu chaque année de belles 
récoltes, mais j’ai remarqué aussi que mes champs avaient été complète- 
ment préservés des ravages de la voire, que l’on appelle aussi ver blanc 
ou mans. C’est au système de culture que je viens d’exposer que j’attribue 
cet important résultat ; car l’écobuage d’automne, quand il a lieu avant les 
grands froids, détruit une grande partie de ces rongeurs qui se tiennent 
encore à peu de profondeur dans la terre. Beaucoup sont ramenés à la sur- 
face du sol avec la partie supérieure des racines coupées par la pioche, et 
y périssent ; les racines restées dans la terre ne tardent pas à pourrir, et 
ceux qui ont échappé à la pioche se trouvant privés de nourriture, ne résis- 
tent pas aux gélées d’hiver. 


Potasse considérée au point de vue 
de l’apiculture 9 

PAU M. GINDIIE, VICE-PRÉSIDENT. 

Après les inondations et les déluges qui ont répandu en couche fertile 
sur les campagnes les débris arrachés par la violence des eaux aux rochers 
et aux montagnes, il a dù se produire un phénomène qui, par un tamisage 
soigné, a mis à part et transporté prés du jour les éléments les plus fins 
de ces alluvions trop grossières; car partout les parties superficielles du 
terrain sont plus ténues, plus douces, moins pierreuses que le sous-sol. 
Qui donc a pu accomplir cet immense tamisage? Les vers de terre, dont la 
race a tellement pullulé qu’on ne saurait marcher sans avoir un de ces êtres 
sous chaque pas, l’ont peut-être fait en grande partie. En effet, ils mangent 


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— 360 — 


la terre, ils y font un choix, ils l’épluchent et en laissent le gros. Par une 
fraîche matinée, on peut voir sur les prairies celte infinité de petits dépôts 
vermiculés fi’une argile onctueuse et douce que ces insectes sont venus y 
apporter du fond de leurs galeries souterraines. Si, par hypothèse, en nive- 
lant chaque jour les minimes monceaux que leur travail élève chaque jour 
dans les bois et les guérets, on trouve que leur ouvrage de l’année équi- 
vaut à la centième partie d'un millimètre, ils auront tamisé un millimètre 
de terre en cent ans, et un mètre dans cent mille ans; ce qui n’est rien pour 
celui qui possède le temps. 

C’est dans cette terre ainsi triée par le plus humble des animaux que 
naissent et s’alimentent les végétaux herbacés, dont les racines plus déli- 
cates, moins longues et moins robustes que celles des grands arbres, ne 
pourraient s’accommoder de la rudesse ordinaire de la couche sous-jacente. 
C’est là que les racines des plantes puisent l’eau avec les sels et les gas 
qu’elle tient en dissolution. Les végétaux absorbent en plus forte proportion 
les sels qui prédominent dans les lieux où ils vivent. Théodore de Saussure 
trouva du carbonate de chaux dans les rhododendrons qui avaient crû sur 
un terrain calcaire, et de la silice dans ceux qui avaient végété sur du granit. 
Les plantes des bords de la mer ou des lacs salés contiennent du chlorure 
de soude (sel marin) ; celles qui croissent parmi les décombres renferment 
du nitrate de potasse. Les pins et les sapins de la Norvège et d’Allevard, 
dans le Dauphiné, contiennent plus de soude que de potasse, parce que les 
roches sur lesquelles ils reposent ont du silicate de soude, au lieu de con- 
tenir exclusivement du silicate de potasse comme le feldspath des roches 
granitiques. Cependant on trouve de la chaux dans les chênes qui ont crû 
quelquefois dans un terrain argileux ou siliceux, aussi bien que dans ceux 
qui vivent sur un sol calcaire , et du silicate de potasse dans les herbes 
récoltées sur ce dernier terrain. 

Je me propose uniquement aujourd'hui de parler de l’infinence de la po- 
tasse sur la végétation, et de l’olilité qu’elle a et peut avoir en agriculture. 

La potasse, appelée autrefois l’alcali végétal, nécessaire pour la fabrica- 
tion d’une foule de produits industriels, se trouve disséminée dans le sol 
par très-petites parties. Sous rraftuence de la vie qui les anime, les végétaux 
l'attirent à eux et se l’assimilent. Plus une terre renferme de potasse, plus 
elle est fertile; moins elle en contient, plus elle est ingrate. Les terres 
vierges de l’Amérique, où d’innombrables espèces de végétaux ont accumulé 
la potasse pendant une longue série de siècles, ne doivent leur fécondité 
presque fabuleuse qu’à cette précieuse matière. Le fellah égyptien , avant 
l’arrivée des eaux du Nil, transporte sur ses champs des masses de terres 
vierges prises dans des lieux déserts depuis longtemps, et néglige d’utiliser 


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— 36i — 

les fumiers et les débris de matière animale qui vicient l'air autour de sa 
masure. 

L’agriculture tend évidemment à épuiser la potasse du sol. Si Ton ne 
restitue pas à la terre, par des engrais ou des assolements bien combinés 
les éléments enlevés par la culture, il faut attendre pendant un certain 
nombre d'années de jachère que la potasse y soit revenue en quantité suffi- 
sante. 

La potasse, comme on le sait, provient des rochers granitiques, qui for- 
ment la base principale de la croûte du globe. Le granit est composé de 
feldspath, de quartz et de mica. Le premier de ces minérani est lui-même 
un mélange de silice, d'alumine et de potasse. 11 n’entre pas dans mon plan 
de parler ici des différents systèmes par lesquels on cherche à expliquer 
la manière dont la potasse se trouve transportée loin deamasscs granitiques 
et distribuée dans l’écorce terrestre. 11 suffit de savoir que le feldspath se 
décompose spontanément sous l'influence dos courants électriques de notre 
planète, et qu’il perd sa potasse avec une partie de sa silice pour donner 
naissance au kaolin ou terre à porcelaine. 

Naguère encore l’industrie n’avait pas d’autres moyens de se procurer la 
potasse nécessaire à ses besoins que de l’extraire des cendres végétales. 
Toute la somme de cette substance ainsi obtenue, qui ne forme que trois à 
cinq millièmes du poids du végétal avant l’incinération, et servant journelle- 
ment à faire du cristal, du illnt-glass, de la poudre, etc., est une soustrac- 
tion très-préjudiciable à la fécondité do sol. 11 est certainement à désirer, 
dans l’intérêt agricole, que ce produit puisse être obtenu sans appauvrir 
nos champs. 

La mer est le grand bassin où vont se rendre toutes les eaux courantes, 
avec ce qu'elles emportent de la surface des continents. Un kilog. d’eau 
marine contient un gramme et tiers de sels de potasse (chlorure ou sulfate). 
En supposant la profondeur moyenne des mers de quatre mille mètres, on 
a calculé que la quantité de tous les sels de potasse qui y sont contenus 
représenterait environ une couche de huit mètres d’épaisseur, ce qui fait 
au moins quatre mètres de potasse pure. Quelle richesse enfouie dans les 
abîmes de l'Océan ! Ne viendra-t-il pas un jour, dans les desseins augustes 
de la Providence, où l'homme, aidé de l’arme des dieux, ou plutôt de la pile 
voltaïque, ira peut-être s’emparer de ces trésors dans le sein même des eaux? 
J'ai confiance dans le progrès humain, et j’appelle de tous mes vœux l’ins- 
tant où le travailleur des champs pourra se procurer cet énergique stimu- 
lant à un prix raisonnable. 

M. Balard, l’auteur de la découverte du brème, a rendu un immense ser- 
vice en indiquant les moyens d’extraire avec avantage la potasse de la mer. 


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— 362 — 


Dans un avenir prochain, ce vaste réservoir fournira amplement toute celle 
qui est nécessaire à l’industrie; et dut-on voir par la suite notre sol dé- | 
pouillé de ses forêts, om ne peut plus craindre que la potasse vienne à 
manquer. 

Le nitrate ou azotate de potasse (salpêtre) se trouve en efflorescence dans 
un grand nombre de lieux, surtout au milieu des grandes plaines de nos 
continents, comme en Hongrie, dans l’Ukraine et la Podolie; dans les plaines 
de la mer Caspienne, en Perse, en Arabie; dans lea déserts de l’Egypte, en 
Espagne, dans le royaume de Naples, aux Indes- Oriental es; dans diverses 
cavernes des terrains calcaires et les dépôts feldspatbiques. Les Anglais 
estiment assez la vertu du salpêtre pour l’aller chercher au-delà des mers. 
La neige ne doit qu’au nitrate dépotasse qu’elle contient ses propriétés fer- 
tilisantes. On dit habituellement : année de neige, année de foin abondant 
et bon. Les hautes montagnes du Jura ne devraient-elles point la qualité 
supérieure de leur foin à la grande quantité de neige qui y tombe chaque 
année et qui y séjourne si longtemps. Les herbes des prairies sont riches 
en potasse (silicate) : le salpêtre y serait excellent. Pourquoi n’imiterions- 
nous pas nos voisins d’Outre-Manche et ne nous servirions-nous de cette 
substance que pour en faire un objet de destruction?.... 

La cendre, qui contient une certaine quantité de sous-carbonate de po- 
tasse (potasse du commerce), répandue sur les terres, est un des amende- 
ments les plus précieux. Elle y reporte, avec la potasse, la silice, la chaux, 
l’acide phosphorique, les oxides de fer et de manganèse, etc., que les végé- 
taux en avaient tirés. En Hollande, on les recueille avec soin. Les domesti- 
ques les enlèvent et les déposent dans des tinettes ou paniers destinés à cet 
usage. Ils y joignent les balayures de la maison. A une heure Gxe, un homme 
conduisant un tombereau fermé en dessus et traîné par un cheval, passe 
dans les rues habitées par ses pratiques. 11 donne un coup de trompe dans 
le voisinage. Les domestiques, avertis par le son, arrivent avec leurs paniers; 
le charretier les prend et les vide dans son tombereau, qu’il ramène rempli 
aux magasins de cendres. On évite de les laisser mouiller, parce que l'eau 
dissoudrait les sels alcalins qu’elles contiennent et qui en font le principal 
mérite conune engrais. Mélangées, comme la potasse, avec les vidanges, les 
urines ou autres engrais liquides, les corps morts, les mauvaises herbes, 
les feuilles, la tourbe, le tan, etc., eUes forment un excellent composé. On 
ne peut vraiment s’empêcher de déplorer l’incurie de bien des cultivateurs 
de nos montagnes, qui les vendent à vil prix aux habitants de la plaine. 

La potasse agit sur le te^eau et les divers débris organiques; elle les rend 
solubles dans l’eau et susceptibles de servir immédiatement à la nourriture 
des plantes. C'est pour cela que l’écobuage et le brûlement des herbes à la 


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surface du sol en augiüente la fertilité d’une manière notable, mais momen? 
tanée toutefois. 

J’ai dit que la potasse forme de trois à cinq millièmes, ou quatre millièmes, 
en moyenne, du poids du végétal avant la combustion. La cendre représente, 
au même poids, un , deux, trois, jusqu’à six centièmes, ou trois centièmes 
et demi , terme moyen : elle contient donc généralement environ un neu- 
vième de son poids de potasse. Si l’on suppose le double-décalitre de cendre, 
qui se vend dans nos fromageries pour le prix modique de vingt et quelques 
centimes, peser ras neuf kilog., il renfermerait mille grammes de potasse. 

Les herbes comme la paille absorbent une proportion notable de silicate 
de potasse. Lorsqu’on fait brûler avec précaution, à la flamme d’une bougie, 
quelques brins d'herbes sèches, puis qu’on rapproche peu à peu dans cette 
flamme le mince filet de cendre charbonneuse qui survit au brin d’herbe, on 
voit cette cendre incandescente se fondre graduellement en une petite perle 
de verre. Ceci sert à expliquer, disons-le en passant, l’origine de ces masses 
vitrifiées noirâtres qu'on trouve sur le sol quelquefois après l’incendie d'une 
meule de foin. 

J’ai répété sur des prés secs, avec une certaine dose de cendres, l’expé- 
rience que Franklin fit avec du plâtre sur un champ de trèfle : les résultats 
que j’ai obtenus ont été des plus encourageants, tandis que ceux du gypse 
ont été toujours pour ainsi dire insignifiants. 

En résumé la potasse et toutes les substances qui en contiennent, comme 
le salpêtre, la neige, les cendres, et surtout celles provenant de végétaux 
crûs dans des lieux salpétrés, sont des fertilisants très-appréciés en copro- 
logie. 


petlt4B Oiseaux.* 

Toucher le cœur des chasseurs , n^est pas chose facile ! Laissons donc 
à leurs courses désordonnées , â leurs stratégies barbares , tous ces per- 
sécuteurs inexorables des chantres ailés de nos forêts et de nos jardins, 
et démontrons â nos auditeurs que , s'il peut entrer dans les plans de 
Dieu que nous fassions servir à nos besoins certains animaux tradition- 
nellement désignés pour cet usage , il n’est pas permis à l'homme de 
priver, pour son amusement, l'agriculture de ses plus utiles auxi- 
liaires. 

Examinons quelques-uns des résultats de cette guerre sans trêve ni 
merci que vous faites aux bergeronnettes , aux rossignols , aux fauvet- 
tes, aux mésanges, aux rouges-gorges, aux chardonnerets, aux linottes, 
aux pinsons, aux verdiers, aux alouettes. 


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— 364 — 


On comptait jadis, terme moyen, à chaque printemps dix mille nids 
par lieue carrée ; or, nous savons tous que chaque nid contient en 
moyenne quatre petits. Eh bien ! il a été constaté qu’il faut à chaque 
petit quinze chenilles par jour, et que le père et la mère en mangent 
soixante autres pour leur part, ce qui fait cent vingt chenilles pour la 
consommation quotidienne de chaque nid. 

Si donc vous multipliez 120 chenilles par 10,000 nids, vous avez un 
total de 1,200,000 chenilles qui étaient détruites chaque jour, par con- 
séquent 36 millions pour un seul mois. Trente-six millions de chenil- 
les ! Mais a-t-on bien songé que ces 36 millions de chenilles , si èn ne 
respecte pas l’existence de tous ces oiseaux du bon Dieu qui les con- 
sommaient , mangeront à leur tour la feuille , la Oeur, le fruit de nos 
arbres, toutes nos plantes potagères et toutes celles d’agrément ? 

N’oublions pas aussi que les insectes et les plantes parasites , dont 
les oiseaux nous auraient délivrés , prélèvent un impôt presque double 
de l’impôt foncier. N’oubliez pas que cette année surtout le papillon 
du chou {Pteris hras8icœ)si produit tant de chenilles, que cette plante 
a manqué à nos ménages et à nos étables. N’oubliez pas, enfin, les ra- 
vages de plus en plus grands de la chenille processionnaire dans les 
forêts. 

DoNifET, archevêque de Bordeaux. 


Destruction des Cbamncons. 

On lit dans la Réforme agricole, 

« Voici un procédé que j’emploie depuis vingt ans avec un succès remar- 
quable pour la destruction des charançons; il consiste à faire mettre en farine 
deux ou trois doubles-décalitres de haricots blancs et d en saupoudrer les tas 
de grains atteints de ces insectes, pour les voir disparaître à l'instant ; deux 
opérations suffisent, en faisant bien mêler le tas dans lequel on aura mis 20 
litres de cette farine pour 100 hectolitres de grains. 

a Ayant vingt domaines dans le département de la Haute-Vienne, et n’a- 
yant pas toujours le logement convenable pour pouvoir soigner mes greniers 
chaque fois que je me voyais obligé de garder des grains deux ou trois ans, 
les charançons me faisaient un dégât épouvantable ; je m’aperçus qu'un tas 
de haricots avait été respecté, j'imaginai qu’en saupoudrant mes tas de grains 
avec de la farine de haricots, je parviendrai à les chasser. A la première opé- 
ration, je les vis grimper après les murs comme une fourmilière ; huit jours 
après, je répétai l'opération, et tout disparut complètement pour ne plus 


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— 365 — 


reparaître. J'en fis part à mes amis, et tous ceux qui ont employé ce moyen 
comme moi n'ont plus eu connaissance de cet insecte si nuisible aux agri- 
culteurs. 


Beaudemoulin, 

Propriétaire-cultivateur, à Limoges. 


i^pparition des Clienilles* 

On sait comment les circonstances climatériques de l'an dernier ont été 
favorables à la pullulation des insectes. 

Leur ponte a été extraordinairement abondante ; elle s'est faite dans les 
meilleures conditions pour que nous ayons à redouter cette année la conti- 
nuation de leurs dégâts. 

L'hiver, qui joue le rôle le plus efficace dans leur destruction, n'est pas 
encore venu. Ce ne sont pas quelques petites gelées du commencement de 
cette saison qui ont pu leur nuire ; elles n'ont pas atteint leurs retraites sou- 
terraines. 

Aujourd'hui la température est douce, beaucoup trop douce. Dans le climat 
de Paris, on voit déjà des bourgeons, et de nombreux nids de chenilles 
menacent les premières frondaisons. 

Pendant que rien ne les dérobe encore aux recherches, c'est le moment 
de commencer leur destruction. 

La nature ne se repose pas an instant dans l'infinie variété de sa produc- 
tion. L’homme, à son tour, doit constamment intervenir à son profit dans la 
lutte que se livrent entr'elles toutes ces forces, et qui est ia loi de l'univer* 
selle harmonie. 

Heureusement, on a reconnu l'efficacité ée l’emploi du soufre contre cette 
invasion; et grâce à l'exploitation que MM. Lajarrige et font ches nous 
de ce minerai, le péril pourra, en grande partie du moins, être conjuré. 
Nous avons, pom* ainsi dire, le remède sous la main (1). 

(Mercure Apiésienj, 


Les jardiniers voient souvent leurs senois dévorés en quelques jours 
par des limaçons et des limaces , et tous les moyens qu’ils emploient 
pour SC débarrasser de ces voraces insectes restent stériles dans la plu- 
part des cas. 

(I) Un dépôt de ce minerai est établi à Dole chez M. Jacooot, marchand do bois de constme- 
tion , faubourg ou route de Gray. 


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— 366 — 

Voici, dit le Journal de Sainl-Quentin , un moyen indiqué pour les 
détruire : 

Le soir, quand T air et le sol seront assez humides pour provoquer 
la sortie des limaces et des limaçons, on répand du sel ordinaire sur le 
sol où se trouvent les semis qui redoutent leur attaque. 

Le lendemain, tous les limaçons et les limaces qui seront venus en 
cet endroit y seront morts et paraîtront comme rétis. 


Un de nos plus assidus correspondants, M. Achille Billot, artiste- 
peintre à Lons-le-Saunier, a reçu dernièrement un témoignage bien 
flatteur pour son talent d*artiste et son mérite de professeur. Au Con- 
cours des Ecoles de dessin de France, tenu récemment à Paris, il a vu 
une de ses élèves, formée en une seule année de leçons, non-seulement 
remarquée dans les six dessins qu'elle présentait, mais encore honorée, 
pour les débuts, d’une récompense de deuxième classe. 


DONS. 

Il est offert à la Société, par : 

Les Académies ci-après : Société départementale d'agriculture du Doubs : 
Compte-rendu des travaux et concours en 1863 et 1864.— Société d'histoire 
naturelle de Colmar, 5»® année. — Anncdes de la Société impériale d’agri- 
culture, industrie, sciences, arts et belles-lettres du département de la 
Loire, tome IX. — Société des sciences historiques et naturelles de l'Yonne, 
année 1865, X1X“« volume. — Société d'émulation du Jura, section de lasso- . 
dation philotechnique, année 1865. — Association en faveur des pauvres 
petites orphelines d’Angleterre, sous le patronage de Mgr Grant, évêque de 
Soutwark. 

Par l’auteur, M. Achille Mahminia : Vidée de la Mort et de VEtemité. 


ERRATA DU BULLETIN N® 10. 

Page 300, ligne 6, au lieu de : bronchydrique, lisez : hromhydrique. 
Même page, ligne 20, au lieu de : carbonate de smtfre, lisez : carbo- 
nate de soude. 


FIN DE LA 6® ANNÉE (1865). 


POLIGNT, IMP. DE MARESCHAL. 


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TABLE DES MATIÈRES 


A deux pas de Paris, page 208. 

Apparition des Chenilles, 365. 

Bonheur des champs, poésie, 296. 

Bromus Schrader, 31. 

Chronique agricole, 283, 311, 354. 

Concours des Ecoles de dessin, 366. 

Concours régional d’Annecy, 115. 

Conseils aux Vignerons, 306. 

Conservation du Lait, 127. 

Conservation et amélioration des Vins, 81. 

Considérations sur la Sience et les Savants, 47. 

Culture des Pommes-de-terre, 357. 

Culture du Biz de Chine, 61. 

De la Décentralisation intellectuelle, 141. 

De l Azerolier, 274. 

De l’Eclectisme en médecine, 87. 

De l’Ecrevisse, 210. 

De l’Emprisonnement cellulaire, 232. 

De l’Entrée en vacances et de la rentrée des classes dans les Ecoles publi- 
ques, 101. 

De l’Injustice des patrons et des chefs d'établissements en matière de 
Salaires et d’Appoinlements, 305. 

De quelques points de Philosophie chimique, 264, 297. 

Description dun Sceau de Grégoire IX, pape, au xiii“*« siècle, 241. 
Destruction des Limaces, 366. 

Destruction des Vers blancs ou Mans, utilité de la Taupe et emploi du Soufre 
en agriculture, 121. 

Dons, 32, 64, 96, 128, 160, 192, 223, 288, 366. 

Du choix des Graines pour faire des Prés arrosés, 29. 

Du Régime intérieur des Hôpitaux au xiii®« siècle, 24. 

Effets du Fer, du Charbon et des Alcalis sur les Vins, 341. 

Eloge de la Pomme, poésie, 262. 

Enlèvement de Proserpine, 333. 

Evaluation des Fumiers en comptabilité agricole, 62, 93, 125, 157, 187, 253. 
Feuilles de Roses, poésie, 301. 

Fulminabilité arboréale, 235. 

Hygiène du Vigneron, 15. 

Jean le laboureur, poésie, 75. 

L’Abbaye de Château-Chalon, 173. 

La Bonté de Dieu, poésie, 331. 

La Conservation des Vins, 243. 

La Franche-Comté, poésie, 150. 

La Grêle et la Viticulture, 83. 

La Liberté s’exilant de la Pologne, poésie, 237. 

La Potasse considérée au point de vue de l’agriculture, 359. 

La Société de Secours mutuels de Poligny, poésie, 327. 

La Vie et l’CËuvre de Charles-Frédéric Gérardt, 159. 

Le Bréviari d’Amor, 111. 

Le Foyer paternel, poésie, 76. 

Le Joueur d’Orgue, poésie, 293. 

Le Lecteur et son Livre, 129, 161, 193. 

Le Martyr de sainte Catherine, 247. 


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— 368 — 

Le Mystère de la Passion, 175. 

L'Enfant abandonné, poésie, 13« 

Le Patois des Foiirgs, 337. 

Le Ravin, poésie, 294. 

Le Sacrifice, poésie, 48. 

Les Animaux qu’il ne faut pas détruire, 159. 

Les Engrais artificiels et le Fumier de ferme, 59. 

Les Grottes de Baume (Jura), 269. 

Les Insectes du blé sur pied, 92. 

Le Songe de Lise, poésie, 74. 

L’Espérance, poésie, 293. 

Les petits Oiseaux, 363. 

Lettre autographe de Mirabeau, 230. 

Lettres sur les Roches du Jura et leur distribution géographique dans les 
deux hémisphères, 67. 

L’historien Chevalier (de Poligny), 52. 

L’Oïdium, 77. 

Mère et fils, poésie, 77. 

Moyen de posséder nromptement des Radis, 127. 

Moyens de détruire les Pies, les Geais et les Larves des Hannetons, 30. 
Moyens pratiques d’améliorer les Forêts des montagnes du Jura, 70. 
Monographie du Théâtre antique d'Arles, 8. 

Morale trouvée à Persépolis, 280. 

Nécrologie, 26, 178. 

Nettoyage des Laines, 83. 

Notices biogr^hiques, 43. 

Notice sur la Tour-du-Mcix (Jura), 7. 

Notice sur le Tremblement de terre d’Oran, 1, 33, 65. 

Nouveaux Chants prosaïques, 216. 

Nouvelles données sur la ville d’Antre et le Pont-des-Arches, 347. 
Obsen^ations sur le Rapport de M. Gindre, concernant les Engrais com- 
posés, 61. 

Production lactée, 125. 

Programme du Concours de 1865, 223. 

Projet de souscription pour une Vie abrégée de Mgr Chaffby, 55. 

S ort sur le Brême Schrader, 356. 

erches expérimentales sur le Goitre, 103, 136, 168, 200, 225, 250, 257, 
289, 321. 

Recherches expérimentales sur les moyens d’augmenter la richesse publique 
et la richesse privée, 188, 220, 285, 314. 

Récolte du Blé semé en lignes, 357, 

Salage du Bois, 272. 

Séances agricoles publiques, 58> 156, 281. 352. 

Séances générales, 27, 56, 88, 118, 154, 185, 218, 248, 350. 

Simple note sur les Matières utiles du sol jurassiqne, 97. 

Sociétés savantes, 239. 

Soins à donner aux Abeilles, 184. 

Sur les mots Jura et Joux, 84. 

Une Cascade de la vallée des Planches, 342. 

Une Maladie des Poiriers, 320. - ; 

Une Scène du passé, 345. . i . , . 

Une Vente à l’enchère chez une Phr\Tié parisienne, poésie, 179, 205. 

Y aurait-il lieu d’admettre une troisième Aliso? 37. ; ‘ 

' , .1 1 J 

FIN DE LA TABLE. j > 


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